J'ai aussi profité du soleil en partant en Grèce en agissant comme un écureuil qui amasse des noisettes pour l'hiver. Mes noisettes ensoleillées, je les ai ramassées sur une plage proche d'Athènes, baptisée Edem que l'on atteint en tramway. Mais, je ne sais pas rester sur un transat des heures entières surtout quand on a tant de lieux à découvrir. J'ai choisi d'aller à Egine, l'île aux pistaches, à deux heures de ferry. Prendre un ferry au Pyrée demande pas mal d'astuces quand on utilise le bus. Mais, j'ai eu de la chance pour trouver le terminal car une jeune femme grecque d'une gentillesse exquise m'a accompagnée de l'arrêt du bus à mon ferry. Il faut vivre cette expérience essentielle : s'embarquer avec des Grecs (peu de touristes sur le bateau) et partager ces moments de traversée dans un grand salon avec tables et fauteuils. Des popes s'amusaient comme des enfants, des groupes de "copines" jouaient aux cartes, certains dormaient, d'autres regardaient la télévision. Je me promenais sur les divers ponts pour humer la mer bleue, observer les mouettes, suivre les voiliers, les bateaux de pêche, les ferries qui nous croisaient. Je pensais au mot grec "thalassa", la mer tout autour de moi comme un sentiment de jubilation archaïque, sachant depuis longtemps que le vivant est né dans l'eau... A Egine, j'ai vite repéré une plage de rêve et je n'arrivais pas à le croire : un musée archéologique se cachait derrière la pinède ! Je l'ai visité avec plaisir entre deux baignades... Ma deuxième sortie m'a réservé une belle surprise, encore d'ordre archéologique. J'ai repris un bus régional pour longer la côte de l'Attique, vers le cap Sounion où un temple de toute beauté, dédié au dieu de la mer, Poséidon, contemple l'horizon depuis 2600 ans. Homère l'a mentionné dans l'Iliade, Thucydide aussi, et j'imaginais les méchants Perses, escalader les pentes du piton rocheux pour envahir la terre grecque. Un lieu somptueux, magique, assez difficile d'accès, mais quelle récompense quand on arrive sur place... J'ai vécu un beau voyage, un retour sur le grand passé, (3000 ans av JC), une déambulation dans une Athènes en crise mais si attachante, une plongée dans la mer Egée, je me dis que, décidément, ce pays nous est essentiel, indispensable en Europe. Nous sommes tous Grecs comme on était Charlie en janvier 2015. J'ai déjà décidé que j'y retournerai dès l'année prochaine pour une escapade dans les Cyclades !
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mardi 6 octobre 2015
lundi 5 octobre 2015
Retour de Grèce, 4
Il m'est un peu frustrant d'aborder dans ce quatrième billet l'univers merveilleux des musées et à Athènes, il en existe une dizaine à découvrir en priorité. J'avoue que j'aime énormément me promener dans ces lieux magiques qui concentrent le "meilleur de l'art", des chefs d'œuvre parfois connus, parfois méconnus. Je citerai les deux principaux qu'il ne faut en aucun cas rater : le Musée archéologique national et le Musée de l'Acropole. Ces deux institutions détiennent les plus grandes collections de l'art antique. Le premier, ouvert en 1889, s'annonce le plus complet et offre un panorama unique concernant toutes les périodes : cycladique, mycénienne, archaïque, hellénistique romaine, égyptienne. Il m'a fallu deux visites pour apprécier et admirer les milliers de vases grecs, les statues, les stèles funéraires, les objets du quotidien. Si l'on veut comprendre la Grèce antique, il faut "savoir décrypter" toutes ces images de pierre, de céramique, de marbre, de bronze pour voir défiler sous nos yeux cette civilisation, une des plus passionnantes de l'Histoire ancienne. J'éprouve toujours le même vertige du temps quand je pense aux potiers qui ont façonné les vases, aux sculpteurs qui ont creusé le marbre, aux peintres qui ont décoré les murs... J'ai admiré en particulier les kouroi et les kourai, des statues votives représentant des jeunes hommes et des jeunes filles, arborant un sourire énigmatique, baptisé le "sourire archaïque". J'arpentais les salles avec un sourire ébloui, le kouros de trois mètres m'ayant influencée... Ouvert en 2009, le Musée de l'Acropole impressionne par sa dimension et son architecture. Il présente tous les objets, statues, stèles trouvés sur l'Acropole dont les célèbres Caryatides du temple Erechthéion, les frises du Parthénon, les sculptures, les vases, etc. J'étais tellement plongée dans la culture antique que je n'ai pas eu le temps d'appréhender l'art byzantin et les églises à part celles qui se trouvaient sur mon parcours, mais la plupart était fermée. J'ai aussi beaucoup apprécié les "petits musées" que peu de touristes fréquentent mais qui me semblent incontournables : celui de l'art cycladique qui présente de fascinantes figurines en marbre à la tête plate et aux bras croisés dont on ne connaît pas encore la signification et celui d'un mécène, le musée Kanellopoulos avec des portraits du Fayoum. Je suis revenue avec plus de 1000 photos prises dans ces lieux et quand je veux les classer, je vais revivre mon voyage dans l'art grec en admirant des détails que je n'avais pas remarqués en temps voulu...
vendredi 2 octobre 2015
Retour de Grèce, 3
Hier, j'ai évoqué le site majeur de l'Acropole, dominant la cité, attirant plus de trois millions de touristes par an. Mais, en fait, il suffit de faire quelques pas pour se retrouver presque seul devant un monument de toute beauté. Cela m'est arrivé quand j'ai pénétré dans l'enceinte de l'ancienne Agora, au pied de la colline sacrée. Ce site date du VIe siècle avant JC et j'ai arpenté avec une fébrilité de "groupie" de la Grèce antique les allées menant aux différents espaces de ce carrefour de la vie publique avec ses commerces, ses édifices administratifs et civils, ses maisons dont il ne reste que des traces sur le sol. Deux édifices dominent l'ensemble : le Théséion, un beau temple dorique (6 colonnes sur 13) consacré au dieu Héphaïstos, en très bon état et la Stoa d'Attale, roi de Pergame, qui abrite le musée de l'Agora. Cette magnifique galerie expose une collection de statues et de têtes en marbre représentant des hommes politiques de l'époque et des dieux toujours présents sur cette terre grecque. On y admire aussi les objets trouvés dans l'Agora antique. Lors de cette découverte, je voyais déambuler les citoyens d'Athènes dans leurs activités sociales et politiques. Plus loin, l'Agora romaine du 1er siècle après JC présentait des ruines plus abîmées mais je pouvais constater l'existence d'un ancien marché derrière une porte monumentale d'Athéna. Hélas, la Tour octogonale des Vents était en rénovation... Mais, je voulais aussi aller à la rencontre de l'empereur Hadrien, amoureux de la Grèce, qui a construit une bibliothèque où furent déposés 17 000 rouleaux de papyrus. On ne voit que des pans de mur avec des niches réceptionnant ces livres antiques. Imaginez-vous ce lieu de l'écrit, du patrimoine complètement disparu. Mais, ces lambeaux de pierres noircies par le temps, témoignent de ce "miracle grec", berceau de la littérature, de la philosophie et des mathématiques. Les épousailles de la démocratie et de la bibliothèque jaillissent comme une source du savoir qui a permis la naissance de notre histoire occidentale... Athènes réserve encore quelques belles surprises comme le site de l'Olympieion, temple gigantesque dont il reste une quinzaine de colonnes, terminé par le même Hadrien. Quand on prend le tram ou un bus, ces colonnes d'une hauteur impressionnante apparaissent comme des vigies de l'Antiquité dans cette cité urbanisée à outrance. Je n'oublierai jamais le métro de la place Syntagma où j'ai remarqué un squelette reposant depuis des siècles dans un mur reconstitué. Ce frère ou sœur humain(e) a été retrouvé lors des fouilles entreprises pour créer cette ligne en 2004. Cet homme ou cette femme dort à tout jamais devant les passants innombrables de la station. Qui est-il (elle) ? Quels sont ces rêves secrets ? Je suis allée le ou la saluer pour rompre son sommeil de pierre... L'archéologie déclenche des fortes rêveries évidemment romanesques !
jeudi 1 octobre 2015
Retour de Grèce, 2
Au lieu de raconter mon séjour d'une façon chronologique, je préfère la manière thématique. Comme mon objectif était de découvrir la Grèce antique dans ses sites archéologiques et dans ses musées, j'ai vu tout ce que j'avais noté dans les divers guides de voyages, feuilletés durant l'été. J'avoue que la lecture permet un premier voyage, un embarquement tissé de mots et d'images, absolument nécessaire pour mieux comprendre ce que l'on visite. J'ai pourtant "raté" ma visite de l'Acropole car j'ai opté pour le premier dimanche de mon séjour tellement je voulais revivre un choc esthétique lors de mon premier rendez-vous avec le Parthénon. D'emblée, une foule de touristes accompagnés de leur guide avait envahi le lieu. Je pense que nous étions des centaines de visiteurs à grimper sur l'Acropole en file indienne, en faisant bien attention de ne pas se faire bousculer... Deuxième contrariété, des échafaudages masquaient le devant du Parthénon et des Propylées. Je savais qu'un plan ambitieux de rénovation avait démarré depuis quatre ans mais ces travaux, certes indispensables, gâchent un peu la beauté sublime de ces monuments antiques. J'ai quand même ressenti un sentiment d'admiration devant ce lieu sacré dominant la ville depuis 2500 ans. Une fois sortie de ce chaos touristique (comme à Venise, sur la place San Marco où la foule se concentre), j'ai vite redescendu la colline pour visiter le théâtre de Dyonisios, au pied de l'Acropole et là, quelle fut ma surprise de me retrouver avec une dizaine de visiteurs alors que je venais de quitter des centaines de pèlerins parthénoniens ! J'ai arpenté le théâtre bâti au Ve siècle av JC, un berceau de la tragédie où furent présentées les pièces de Sophocle, Euripide et Aristophane. Je m'imaginais dans la première rangée, un soir au coucher de soleil, écoutant ces comédiens (tous des hommes) déclamant à travers leurs masques, des tirades terribles sur le destin des dieux et des humains. Ce théâtre n'est pas aussi spectaculaire que celui d'Epidaure mais il pouvait accueillir 15 000 spectateurs. Et comme pour tous les sites archéologiques, il faut de l'imagination pour reconstruire les monuments tels qu'ils étaient à l'origine. L'autre théâtre, l'Odéon d'Hérode Atticus, a été rénové pour recevoir le Festival d'Athènes. Depuis 2004, (date des Jeux Olympiques à Athènes), une promenade piétonnière de trois kilomètres relie les sites archéologiques à travers une forêt de pins, d'oliviers, de chênes et avec en prime, la musique des cigales... Un lieu magique et vraiment exceptionnel qu'il faut fréquenter tôt le matin et après 17h quand les cars des "tours opérators" ont quitté la ville...
mercredi 30 septembre 2015
Retour de Grèce, 1
Je suis revenue de mon périple odysséen et je garde en moi la lumière jaune d'Athènes, la chaleur estivale malgré quelques épisodes orageux, souvent rafraîchissants et bienfaisants. J'ai réussi à concilier la culture et la nature : j'ai visité une vingtaine de musées et de sites archéologiques que j'évoquerai dans le blog et je me suis baignée plusieurs fois dans la mer Egée à 28° près d'Athènes et dans l'île aux pistaches, Egine. Mais avant de décrire mes rencontres esthétiques et mes admirations historiques envers la Grèce Antique, j'ai envie de parler de la ville d'Athènes et de ses habitants. J'avais loué un studio dans un quartier près de l'Acropole, ce qui m'a permis de rayonner dans le centre formé par la colline de Filopappou, l'Agora grecque, l'Agora romaine et les grandes avenues. Tout d'abord, cette ville "ciment" s'étale à perte de vue et supporte près de 4 millions d'habitants sur 11 millions de Grecs vivant dans le pays. A part le centre historique, les quartiers se ressemblent avec des immeubles de quatre à six étages, tous munis de terrasses et de stores pour lutter contre le soleil dévorant de l'été. Certains habitations s'herborisent avec bonheur et donnent des touches de vert salutaires. La ville ne possède pas d'unité urbanistique comme à Amsterdam et Venise. De grandes avenues sont envahies de voitures et de taxis de couleur jaune qui défilent à une allure inconcevable en France et quand le feu rouge se met au vert, je courrais presque pour traverser la rue. Les automobilistes et les scooters mènent la vie dure aux piétons et je n'ai remarqué aucun cycliste. La révolution verte ne semble pas conquérir le cœur des Athéniens... Mais, l'écologie est peut-être une démarche appartenant à des sociétés très riches ? Et puis, les marques de la crise se manifestent sur les murs avec des millions de tags, que l'on nomme "art street", l'art des rues, si on veut parler de gestes artistiques. Evidemment, je préfère des murs sans ces graphismes douteux mais nos jeunes artistes d'aujourd'hui, souvent anonymes, veulent exprimer leurs colères, leurs révoltes, leurs rancœurs. Je pensais à Socrate quand je me baladais dans ces avenues bruyantes, collectionnant les commerces fermés et je me disais, quelles paroles prononceraient-ils pour décrire sa cité devenue tentaculaire, vibrante de bruit et de vie, de restaurants ouverts sur la rue, avec sa noria de taxis, de lignes de métro, de bus, de tramway ? J'aurais aimé connaître son avis...
samedi 19 septembre 2015
Voyage en Grèce
Samedi 19 septembre, départ pour Athènes. A moi, l'Acropole, l'Agora romaine, les musées, les temples, les théâtres, les églises byzantines, les places, les Grecs dans les rues, la chaleur, le soleil, le bord de la mer Egée, le Pirée, le Cap Sounion, Egine, les élections législatives, les tavernes, la circulation intense, et tout le reste que je vais découvrir en dix jours. Avant de voyager, j'ai effectué un vrai pèlerinage dans les livres. En dehors des guides (le Routard et le guide Bleu Hachette) que j'emporte avec moi, j'ai emprunté à la bibliothèque des ouvrages sur l'art grec pour mémoriser les grandes périodes artistiques. Comme j'ai un intérêt particulier pour les vases grecs, je me prépare à admirer dans les musées les pièces les plus précieuses. : un régal des yeux et un vertige intellectuel en pensant à ces artisans souvent esclaves qui modelaient la terre cuite et dessinaient des figures géométriques ou humaines pour raconter la vie fabuleuse des héros mythologiques de la Grèce antique. Dans toute la documentation que j'ai amassée sur cette civilisation que me tient tant à cœur, je retiendrai le "Dictionnaire amoureux de la Grèce" de Jacques Lacarrière, publié en 2001 chez Plon dans cette délicieuse collection des dictionnaires. Non seulement l'auteur nous rappelle les noms des sites à visiter, des dieux et des déesses terribles et magnifiques, des personnages mythologiques, mais il nous présente surtout des écrivains grecs contemporains qu'il a traduits lui-même. Tout un monde mythique est raconté dans un style "non-universitaire" sans qu'il soit besoin d'être un spécialiste de la Grèce. Il m'a fait découvrir un poète, prix Nobel de littérature en 1963, Georges Seféris (1873-1971). Dans un de ses poèmes appelé "Epiphanie 1937, il dit : "J'ai maintenu ma vie, en chuchotant dans l'infini silence." Pour essayer de percer l'âme d'un pays, il vaut mieux s'adresser à ses poètes, à ses écrivains, qui nous racontent à leur façon l'identité profonde de la "grécité". Rendez-vous à la fin du mois, après mon périple dans l'Attique à la rencontre des dieux et des hommes dans un pays en ébullition politique, et comme j'aime l'Antiquité , je vais me sentir bien à Athènes qui est, selon les archéologues, la plus vieille cité du monde...
vendredi 18 septembre 2015
"Otages intimes"
Le dernier roman de Jeanne Benameur, "Otages intimes", ne décevra pas ses lecteurs(trices) qui aiment son œuvre, en particulier le très beau "Profanes" aux éditions Actes Sud. Il existe une musique "bénameurienne", si j'ose m'exprimer ainsi. J'ai retrouvé son style sensuel, une intrigue dramatique, un trio amoureux, des personnages toujours empathiques, un environnement mondial en crise. L'histoire se passe aujourd'hui et pour Etienne, photographe de guerre, la vie n'est pas d'une simplicité limpide ! Il a été pris en otage dans un pays "à feu et à sang". Les premiers chapitres racontent sa survie lors de sa détention, sa libération inattendue et son retour dans son village natal. Il se "reconstruit" en douceur, dans la maison de sa mère. Il retrouve son meilleur ami d'enfance, Enzo, devenu ébéniste et Jofranka, une amie commune quand ils étaient enfants. Ce trio d'enfance se reconstitue au retour d'Etienne. La jeune femme, avocate, travaille à La Haye, au tribunal international. Enzo et Jofranka se sont mariés, puis séparés. Etienne avait une compagne qui a préféré rompre avant sa détention, fatiguée de ses voyages dangereux. Chaque personnage se débat dans une crise : Etienne et son retour à la vie normale, Enzo et son amour perdu pour Jofranka qui, elle même, revient pour régler son passé, la mère d'Etienne et son ex-mari, disparu en mer. Tout ce petit monde se frôle, s'observe, s'aime, se déchire, s'apaise. Etienne se sent l'otage d'un monde en guerre, Enzo se sent l'otage du village, Jofranka se sent l'otage des femmes victimes. La question que pose Jeanne Benameur s'impose : de qui ou de quoi sommes-nous l'otage ? Et peut-on se libérer de ces entraves ? L'écrivain nous susurre à l'oreille, malgré la dureté des temps, que, oui, la vie peut aussi nous réserver d'heureuses surprises inattendues... Un beau roman, teinté d'espoir.
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