lundi 14 septembre 2015

Rubrique cinéma

J'ai vu un beau film, "La Belle Saison" au Forum dans une salle rénovée et avec des horaires nouveaux (14h30 et 16h45). Catherine Corsini a choisi deux belles actrices, Cécile de France et Izia Higelin, pour incarner deux jeunes femmes attachantes, fortes et rebelles. L'histoire se passe à Paris en 1971 à une époque influencée par les événements de 68 où la contestation étudiante avait laissé des marques. Quelques femmes commencent à s'organiser pour leurs droits. Ces luttes anarchiques et joyeuses vont donner naissance aux divers mouvements féministes dont le MLF dans les années 70 et 80. Delphine, fille de paysans, monte à Paris pour travailler. Elle croise un groupe de filles survoltées, rieuses et libérées. Elle les rejoint dans des réunions de réflexion et se lie d'amitié avec la "leader" du groupe, Carole, parisienne et professeur d'espagnol, mariée à un militant de gauche. Delphine préfère les filles aux garçons et tombe amoureuse de Carole qui finit par comprendre qu'elle ressent le même sentiment. Elles ne se quittent plus et vivent à Paris leur histoire amoureuse en toute innocence. Mais, le père de Delphine tombe gravement malade et sa mère lui demande de reprendre la ferme familiale. Elle se remet courageusement au travail et invite Carole à partager ses taches éreintantes. La vie à la campagne s'avère dure pour les deux jeunes femmes, obligées de se cacher pour s'aimer. Un matin, la mère de Delphine les surprend enlacées. Elle injurie Carole et la chasse de la ferme. Delphine vit un dilemme : restera-t-elle à la ferme par devoir ou va-t-elle partir avec Carole ? Dur de vivre en ces temps là leur amour au féminin dans le milieu paysan, conservateur et farouchement fermé à la différence... Je ne dévoilerai pas la fin de cette belle histoire d'amour. Ce film audacieux et politiquement incorrect devrait apporter une pierre à l'édifice "Tolérance" et remettre en question les préjugés les plus lamentables.  Un film militant et heureux sur la libération des femmes qui s'aiment...

samedi 12 septembre 2015

"La triomphante"

Teresa Cremisi est plus connue comme éditrice et pas n'importe quelle éditrice. Elle a publié Christine Angot, Houllebecq, Onfray chez Flammarion dont elle était la directrice. Elle signe donc son premier roman, une autobiographie masquée qui lui donne aussi une liberté qu'elle revendique. La première phrase du livre donne le ton : "J'ai l'imagination portuaire". Elle évoque avec amour son Alexandrie natale qu'elle a quittée à l'âge de dix ans. Elle a quitté ce pays lors de la crise du canal de Suez en 1956 alors qu'elle y vivait heureuse avec ses parents. Cette petite fille intrépide raconte cette enfance dorée, parfumée, colorée dans un paradis oriental perdu. Elle baigne dans une culture cosmopolite, brillante voire scintillante. Elle évoque le port égyptien, "un port qui a connu la gloire et l'oubli, une charnière du monde". Ils sont obligés de partir pour l'Italie mais ses parents ne s'adaptent pas à leur nouvelle vie. La dépression de sa mère, une sculptrice reconnue, et les difficultés financières de son père ne minent pourtant pas la jeune adolescente qui se nourrit de littérature. L'Iliade fortifie son caractère, Stendhal l'enchante. Elle saisit sa chance dans une proposition de travail concernant la gestion d'une grande imprimerie et la voilà dans un enchaînement heureux sur le plan professionnel. Bien que ce livre s'intitule roman, Teresa Cremisi relate sa grande réussite dans le milieu éditorial français. Cette femme "triomphante" ne déclame pas son orgueil d'une vie bien remplie. Elle se sent toujours cette "exilée" d'un pays disparu mais qui l'a marquée à vie. Ce récit mi-fictif, mi-réel dégage un charme certain, une élégance toute féminine, et même féministe dans son amour de la liberté et de l'indépendance.  "La Triomphante ", un plaisir de lecture, une écriture sobre et parfois poétique, une vie accomplie d'une femme audacieuse et aussi pleine d'ironie et de doute...  Et quand elle cite un poème de Cavafis sur les années qui passent trop vite, je me dis que j'aurais bien aimé la rencontrer, Teresa Cremisi...

jeudi 10 septembre 2015

Rubrique cinéma

J'avais beaucoup apprécié le dernier film de Paolo Sorrentino, "La Grande Belleza" et je suis allée voir cet après-midi, "Youth" à l'Astrée. Le cinéma raconte rarement des histoires de "vieux", ou de séniors (pour parler plus correctement). Les cinéastes préfèrent évidemment la beauté de la jeunesse... Paolo Sorrentino a choisi deux octogénaires, Fred, le chef d'orchestre compositeur et Mick, le cinéaste en quête de scénario. Ils se retrouvent dans un hôtel de luxe en Suisse dans un décor enchanteur. Fred reçoit un émissaire de la Reine pour un concert commémoratif. Il refuse cet honneur pour des raisons mystérieuses. Son grand complice, Mick, veut réaliser son film-testament et s'entoure de scénaristes dévoués et loufoques. Il veut tourner avec la star de sa jeunesse qu'il a lancée lui-même (interprétée par Jane Fonda).  Des personnages "felliniens" gravitent autour de deux personnages principaux : un jeune acteur en crise qui préfère Novalis au cinéma commercial, un footballeur vedette obèse et essoufflé,  un couple mutique, un moniteur d'escalade poète, etc. La fille de Fred est mariée au fils de Mick et leur séparation sert d'accélérateur dans ce film drôle et amer à la fois. Le cinéaste montre le naufrage de l'âge, les amours perdus et inaboutis, la comédie sociale, la vanité, la petitesse, le cynisme,  la vulgarité. Mick reçoit "son" actrice octogénaire et elle lui annonce son refus du rôle dans le film-testament car elle va tourner une série qui va lui apporter le confort financier. Fred réconforte sa fille qui règle ses comptes avec lui sur son égocentrisme légendaire. Je ne veux pas dévoiler la fin du film et certaines scènes "lumineuses" (le concert final, le vieux footballeur en train de jongler avec une balle de tennis) suggèrent que l'art dans la vie peut lui donner du sens. Un beau film grinçant, ironique, drôle et tellement proustien sur le temps qui passe...

mercredi 9 septembre 2015

"Crépuscule des bibliothèques", suite

Si on aime à la folie : la révolution numérique, les e-book, les liseuses, la documentation sur internet, alors, il ne faut surtout pas ouvrir le livre de Virgile Stark, "Crépuscule des bibliothèques". J'ai évoqué dans le billet d'hier mon métier de bibliothécaire et j'ai mesuré l'évolution fantastique des bibliothèques depuis les fichiers en bois remplis de petites fiches bibliographiques aux catalogues informatisés et aux espaces audiovisuels... Nostalgie, nostalgie quand tu nous tiens ! Pendant ma lecture, j'ai acquiescé et souri en découvrant ses formules percutantes, et même excessivement pessimistes de ce bibliothécaire "archaïque". Selon ce spécialiste, le temps des livres est terminé : beaucoup de paramètres le confirment et j'en ai souvent parlé dans ce blog de "défense" de la culture de l'écrit  : moins de lecteurs, moins de vente et de prêts de livres, des centaines de librairies qui ferment leurs portes, des bibliothèques sans crédits, etc. Il dénonce cette catastrophe intellectuelle : "l'autodafé symbolique a commencé. La nuit tombe sur l'esprit. (...) Le papier brûle. Les livres brûlent. Nos livres. Nos bibliothèques, emportées par la Vague numérique". Son constat fait frémir tout amoureux(se) du papier. Mais son cri d'alarme touche les lecteurs(trices) bousculé(e)s par les managers de l'information, ceux qui se moquent bien de la culture livresque et qui ne vivent qu'à travers le prisme d'un écran, d'une tablette et d'un objet connecté. J'ai relaté ma propre expérience de bibliothécaire chahutée par les nouvelles technologies de l'information. L'ouvrage déborde d'anecdotes et de remarques teintées d'amertume. La bêtise technocratique n'est pas assez critiquée de peur de paraître "dinosauresque" ... Je ne citerai qu'un exemple sur la transformation annoncée des bibliothèques en biblioparcs où "l'homme moderne assouvit son besoin de distraction". J'ai assisté récemment à une scène surprenante  dans la médiathèque de ma ville : un groupe de femmes était réuni pour une séance de... tricotage ! A mon époque, on luttait pour nos droits ! Cette initiative m'a laissée sans voix : je ne savais pas que le tricotage avait gagné ses lettres de noblesse dans un lieu symbolique où l'on vient pour lire, étudier, se cultiver. Pourquoi pas ? Comme je l'entends souvent, il faut créer du lien, du "vivre ensemble", des contacts, de l'humain... J'attends donc des cours de poterie, de cuisine, de vannerie, etc. La bibliothèque deviendra une maison de quartier, ou une MJC, et après, que deviendront les collections de livres ? Virgile Stark refuse cette évolution vers la bibliothèque dématérialisée ou la bibliothèque, lieu de vie sans lien culturel. Sa conclusion sur la disparition annoncée des livres me semble excessive. Je pense que notre communauté des amoureux du livre a encore de beaux jours devant nous, et tenons le pari que le livre, objet "vintage" va peut-être redevenir à la mode ! Pourquoi pas ?

mardi 8 septembre 2015

"Crépuscule des bibliothèques"

Quand je suis retournée à la bibliothèque des Deux-Mondes de La Motte-Servolex, je me suis dirigée vers le présentoir et là, m'attendait un ouvrage que j'ai dévoré dans la journée tellement j'ai retrouvé toutes mes idées et toutes mes sensations concernant le livre et les bibliothèques. Virgile Stark (certainement un pseudonyme) est un bibliothécaire désespéré, attristé, voire épouvanté par le changement qu'il vit dans son métier. Son pamphlet vigoureux, "Crépuscule des bibliothèques" analyse l'invasion du "numérique" dans les lieux du livre et ce réquisitoire m'a vraiment réjouie. Je me sentais un peu isolée quand je travaillais dans une bibliothèque universitaire. J'ai vécu le changement radical de ces lieux de culture, d'information et de formation dans les années 2000 avec l'irruption fascinante d'Internet. Peu à peu, et à pas feutrés, surtout à l'université, les collections "papier" sont remplacées par des collections numérisées dans tous les domaines. J'étais submergée par cette bien-pensance du tout  "dématérialisé". Je formais les étudiants aux bases documentaires informatisées pour leur recherche personnelle. J'étais à la fois captivée par ces nouvelles technologies et agacée par la place essentielle qu'elles prenaient au sein de ces institutions. Les prêts de documents "papier" diminuaient année après année. Nos pauvres livres se sentaient abandonnés. Les réunions de direction ne parlaient que de logiciels, de système de données, de collections numérisées, d'open data, avec tout ce jargon technocratique et informatique qui subjuguaient nos "décideurs". Je me croyais dans une entreprise privée, loin d'un service public au service de l'éducation... Les livres étaient relégués dans les réserves et les ordinateurs envahissaient les espaces. Je constatais que la lecture d'ouvrages ne semblait pas une passion partagée avec mes collègues. L'essai de Virgile Stack relate cette dérive des bibliothèques vers le tout écran, le tout numérique, l'internet globalisé et mondialisé. A quoi bon acquérir des livres ? Internet répond à toutes les questions... Qu'est-elle devenue cette belle identité des bibliothécaires, féru(e)s de culture littéraire et historique, mettant de l'ordre dans les milliers d'ouvrages en les classant par sujets, transmettant aux lecteurs l'amour des livres ? Maintenant, le bibliothécaire d'aujourd'hui se transforme en bibliothécaire-système, en webmaster, en médiateur, en informaticien mais le cœur du métier a peut-être perdu son âme. "Crépuscule des bibliothèques" dénonce cette évolution irréversible vers un monde nouveau sans livres... 

lundi 7 septembre 2015

"Femme fuyant l'annonce"

Malgré la marée montante des nouveautés de la rentrée, j'ai préféré découvrir un roman, publié en France en 2011. Il s'agit de "Femme fuyant l'annonce" de David Grossman dans l'édition de poche du Seuil, ayant obtenu le Prix Médicis Etranger. Le premier chapitre peut dérouter le lecteur(trice) et il faut arriver à la page 67 pour entrer dans l'histoire que nous raconte l'écrivain israélien. Les deux personnages principaux, Ora et Ilian, forment une famille avec leurs fils Adam et Ofer. Les deux garçons ont déjà effectué leur service militaire d'une durée de trois ans mais le fils cadet Ofer décline le projet de voyage qu'il devait faire avec sa mère, récemment séparée de son mari. Il a signé pour une mission spéciale d'un mois sans lui parler de cette grave décision. Ora souffre de cette désertion-trahison car elle avait préparé cette randonnée pendant six mois. Pourtant, elle ne renonce pas et elle décide de partir en ressentant un trouble intuitif pour ce fils trop volontaire. Elle invite son amour de jeunesse, Avram, un homme broyé par la guerre israélo-palestinienne. Lors de cette escapade à travers les collines du pays, Ora révèle le secret de la naissance d'Ofer car Avram est son père naturel, mais il n'a jamais rencontré le garçon. La mère d'Ofer aimait ces deux hommes et après sa séparation avec Ilian, elle a choisi cet homme pour faire renaître l'amour lors de cette traversée physique et surtout psychologique. Elle fuit le présent, qui représente une menace effrayante pour son fils parti en mission. Et comme Avram ne sait rien de ce fils inconnu, elle lui raconte son enfance complexe, sa vie familiale chaleureuse, ses relations fusionnelles avec son frère, son engagement militaire. Les deux amants marchent, parlent, marchent, parlent et finissent par se retrouver à travers ce fils en danger de mort. Il faut se laisser emporter par le souffle romanesque de l'écrivain presque sans respirer... Ora veut empêcher la réalité de surgir car elle sait que la douleur va déferler dans sa vie. Ce roman parle de bilan de vie, d'angoisse, de la difficulté d'aimer, de vivre dans un pays en guerre. Quand la randonnée se termine, la vie bascule pour Ora. Pour découvrir ce grand roman, il faut s'y préparer comme on entreprend un voyage dans une zone d'inquiétude. Un grand roman à découvrir pour comprendre l'immense complexité de l'amour maternel, de la perte et du deuil. Cette randonnée en montagne ressemble à une plongée dans le tourbillon de l'Histoire du côté d'un pays en insécurité permanente...

vendredi 4 septembre 2015

Rubrique philosophie, 2

Ce soir, fin du "marathon philosophique" avec Daniel dans le cadre des "JADES", toujours au Covet du mardi 14h au jeudi 17H : une vingtaine d'heures de cours et d'échanges pour une "Histoire expliquée et commentée de la philosophie". Notre professeur nous a donné un dossier signé de sa main reprenant les périodes histoiriques, les plus grands philosophes, les concepts majeurs. De l'Antiquité au XXe siècle, j'ai compté une bonne centaine de noms mais nous n'avons traité que les "phares". La philosophie se partage en six grands chapitres : l'Antiquité, la pensée médiévale (800-1500), la Renaissance, l'époque classique et les Lumières (1600-1800), le XIXe et le XXe siècles. Ce découpage temporel permet une approche logique de l'histoire philosophique, mais notre animateur a manifesté un bel esprit pédagogique en survolant 3000 ans de pensée et en insistant sur l' articulation entre toutes ces périodes induisant des changements irréversibles. De l'Antiquité à la fin du XIX, la philosophie se préoccupait de Dieu, surtout, et de l'homme, ensuite, l'instant de la Métaphysique. Puis, à partir du XVIIe, Descartes a effectué un retour à l'homme avec son "je pense donc je suis", a posé le principe du doute. Le XIXe a émancipé l'homme de Dieu avec l'idéalisme allemand et le matérialisme scientifique (Darwin, Marx, Freud). Les plus grands philosophes selon notre "référent" fonctionnent en binôme : Platon et Aristote, Montaigne et Erasme, Descartes et Pascal, Spinoza et Leibniz, Rousseau et Diderot, Kant et Hegel, Schopenhauer et Nietzche, Marx et Freud, figures majeures de la philosophie occidentale. Evidemment, les commentaires sur ces penseurs ne pouvaient pas durer longtemps, car il fallait présenter les concepts essentiels et rien de remplace un médiateur pour développer avec une patience infinie des notions indispensables pour comprendre ce monde mental : le en-soi et le pour-soi, l'objet et le sujet, le divin et l'humain, la raison et la croyance, l'inné et l'acquis, etc. Toutes ces heures de cours d'une intensité rare m'ont permis d'appréhender l'histoire de la philosophie des origines à nos jours, dans un souci de clarté, de répétitions nécessaires pour raconter cette belle histoire de la pensée occidentale. Des heures utiles et denses pour une vingtaine d'apprentis philosophes !