J'avais vraiment beaucoup aimé le dernier livre de Zeruya Shalev, "Ce qui reste de nos vies", paru chez Gallimard en septembre 2014. Ce roman fulgurant et passionnant a obtenu le Prix Femina Etranger. J'avais donc envie de découvrir l'œuvre entière de cette écrivaine, née en 1959 en Israël. J'ai trouvé "Théra" à la médiathèque, écrit en 2005 et j'ai renoué avec le thème fort et fascinant de Zeruya Shalev dans ce grand roman de 500 pages : la famille, la famille et rien que la famille. Mais quelle famille ? Il faut lire "Théra" pour comprendre cette notion qui, au fond, concerne tout un chacun. Ella, la narratrice, analyse avec une précision de chirurgien, les sentiments qu'elle éprouve pour son mari, Ammon, pour son petit garçon, âgé de six ans. Elle met fin à son couple après dix ans de vie commune et se retrouve seule et isolée. Ses parents traditionnalistes désapprouvent cette décision, ses amis se détournent d'elle, et son mari refuse la séparation. Comme elle est archéologue de métier, elle fouille son passé pour comprendre cette décision irréversible. Elle décrit ses angoisses, ses cauchemars, ses peurs. Elle se débat avec une culpabilité paralysante car elle prive son fils de son père, une semaine sur deux, et vivre sans son enfant devient un tourment permanent. Alors qu'elle commence à douter de sa rupture et à redouter cette liberté retrouvée, elle rencontre un parent d'élève, Oded, psychiatre de métier, et lui aussi, en rupture conjugale. Ils se sentent bien ensemble et décident de partager un appartement. Mais son nouveau compagnon a aussi deux enfants. Commence alors la recomposition de deux familles. La vie quotidienne, les modes de vie, les personnalités des enfants provoquent de nombreux incidents, de nombreuses blessures et des incompréhensions. Chacun cherche sa place au sein de ce nouvel espace familial et les dissonances semblent plus nombreuses que les moments de sérénité au sein de la nouvelle fratrie. Entre le rêve d'un amour retrouvé et la réalité de la vie quotidienne, la marge peut se transformer en gouffre... Ella ne vit pas à la surface des "choses", ne joue pas à la comédie sociale. Elle idéalise les relations amoureuses, familiales et ne veut pas renoncer à la pérennité des liens. Mais comme dans ses évocations de Théra, une ancienne civilisation située à Santorin et disparue à cause d'une éruption volcanique, Ella, notre archéologue de la famille, du couple, des enfants, tient en haleine son lecteur(trice) tout au long de ces 500 pages volcaniques, flamboyantes dans une prose qui dévale comme de la lave et nous emporte dans un psychodrame familial qui prend des allures de tragédie grecque...
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mercredi 19 août 2015
lundi 17 août 2015
Rubrique cinéma
Cet après-midi, direction l'Astrée pour un film espagnol, recommandé par un critique du Monde... "La Nina del fuego" du réalisateur Carlos Vermut, ressemble à du Almodovar, mais je n'ai pas retrouvé le grain de folie douce et joyeuse du cinéaste espagnol. L'histoire de cette jeune femme m'a littéralement provoquée un malaise et j'avais envie de quitter la salle. Mais, ma curiosité de cinéphile l'a emportée et j'ai essayé de comprendre le projet de Carlos Vermut. Dans la première demi-heure, on suit un professeur au chômage qui s'occupe de sa petite fille de 12 ans, atteinte de leucémie. Elle rêve de mangas, de personnages japonais et dans un journal intime, elle désire une robe de couturier à un prix déraisonnable (quelques milliers d'euros). Ce père désespéré veut lui offrir ce cadeau stupide à ses yeux mais unique pour sa fille. Alors qu'il allait briser une vitrine de bijoutier, il reçoit une vomissure d'un balcon. Le deuxième volet de l'histoire repose sur une jeune femme, Barbara, mariée à un psychiatre. Elle dépend totalement de lui et prend des médicaments pour stabiliser sa "maladie" (bien mystérieuse pour les spectateurs...). Elle se cogne la tête contre un miroir, avale de l'alcool avec des cachets. Et les deux histoires se rejoignent dans la scène de rue entre le professeur souillé et la jeune femme en crise, surprise de son acte. Elle l'invite chez elle et démarre alors l'intrigue sulfureuse et d'une noirceur totale. Ils couchent ensemble et le professeur, voulant réaliser le rêve de sa petite fille, pense au chantage et lui réclame de l'argent pour la robe japonaise. Barbara, par peur de perdre son mari, trouve une solution radicale pour se procurer cette somme : la prostitution mondaine... Je ne révélerai pas la fin de ce film sombre, noir, de la même veine que le dernier Almodovar, "La piel que habito". Je n'ai pas tout compris et malgré la bonne critique du Monde, qui évoque "un nouveau labyrinthe de passions espagnoles", je vais vite oublier "cette fille de feu et de glace"...
jeudi 13 août 2015
"Un Candide à sa fenêtre"
J'avais lu en 2010 le premier volume du journal iconoclaste de Régis Debray, "Dégagements" et j'ai donc acheté en librairie la suite, "Un Candide à sa fenêtre", paru en janvier 2015 chez Gallimard. Cet ouvrage a obtenu le Prix Montaigne de Bordeaux. Cet intellectuel français revendique avec gourmandise ses 70 ans (ce qui est rare de nos jours...). Il écrit dans sa préface en reprenant Rimbaud : "On est très sérieux quand on a 17 ans : on l'est beaucoup moins, par chance, à 70 ans. On musarde, on galèje, on griffe, on batifole, on déraille." Régis Debray se lit avec un plaisir jubilatoire. Il possède un style inimitable, manie les mots à merveille, brasse les idées sans complexe, mélange des anecdotes sans problème. Son regard "d'ancien" sur la vie en société lui distribue un rôle de bougon, de ronchonneur contre les travers de la modernité pour le plus grand bonheur de ses lecteurs(trices). J'ai savouré quelques passages tellement je m'y reconnaissais. Un exemple parmi tant d'autres : "D'où vient qu'on oublie que le portable de quatrième génération a pour usager le même mammifère nativement angoissé, doté de la même carcasse ostéo-musculaire et du même système nerveux que le plantigrade effaré guettant le mammouth dans la savane". Son humour ravageur, son ironie flamboyante, sa liberté de ton donnent à l'ouvrage un air vivifiant dans le paysage intellectuel d'aujourd'hui. Régis Debray se sent bien dans sa marginalité assumée (sauf pour l'assemblée du Goncourt), dans son âge libérateur, dans sa lucidité et dans sa clairvoyance sur l'état de notre pays. L'ouvrage se compose de six chapitres : "Frances, Mondes, Politiques, Philosophies, Arts, Littératures". Dans chaque partie, le même festival d'érudition, de portes à franchir pour un lecteur(trice), d'interrogations à naître. J'apprécie particulièrement tous les extraits sur son écrivain fétiche, Julien Gracq, au style toujours inégalé de nos jours. Lire "Un candide à sa fenêtre", c'est découvrir un homme généreux, un intellectuel facétieux et aussi profondément humaniste. Ses passions pour une France républicaine vertueuse et pour une littérature française somptueuse, me confirment que Régis Debray dont je partage sa lucidité blessée, est un très grand écrivain...
mercredi 12 août 2015
Visite au musée
Lundi, temps médiocre, favorable à une visite de musée... J'ai opté pour le musée de Grenoble et je savais qu'en plein mois d'août et dès dix heures du matin, je me baladerais avec plaisir dans les salles sans rencontrer des dizaines de touristes... Ce musée a ouvert ses portes en 1994 et bien que j'avais eu l'occasion de voir ses collections quand je vivais dans la cité dauphinoise, j'avais envie de revoir ce lieu magnifique. J'étais un peu frustrée par les rares salles concernant l'Antiquité (Egypte, Grèce, Etrurie) mais la vision d'une momie d'origine copte provenant d'Antinoë, exposée dans un cercueil de verre avec tout le trousseau funéraire, surprend les vivants que nous sommes. Les espaces consacrés à la peinture du XIIIe au XIXe siècle présentent des chefs d'œuvre mais aussi des toiles qui ne présentent pas un intérêt majeur comme les portraits traditionnels, les scènes religieuses, les paysages soignés, etc. J'ai surtout admiré quelques natures mortes flamandes, une toile unique et merveilleuse du primitif flamand, Quentin Metsys, un Guardi, un Canaletto, et bien d'autres peintres connus ou inconnus. La richesse du musée se révèle surtout dans la période moderne et contemporaine : Matisse, Braque, Picasso, Bonnard, Léger, Soutine, De Chirico, Chagall, etc. Je suis restée beaucoup plus longtemps devant "mon" Vieira da Silva, intitulé "Les tours", représentant des gratte-ciels dans un camaïeu de bleu, de jaune et de blanc. C'est tellement rare de voir une œuvre de mon artiste portugaise et j'étais heureuse de la retrouver au travers de sa toile... Le musée a mis aussi à l'honneur l'art contemporain avec les boites-archives de Boltanski, les coutures d'Annette Messager, les toiles "nature" de Penone, etc. Cet art contemporain me semble toujours surprenant, déroutant, inquiétant, mais aussi ludique, critique, ironique. Pour apprécier et revivre avec plus de profondeur cette visite muséale, il faut absolument lire l'ouvrage, "Musée de Grenoble, image d'une collection" édité en 1999. Ce grand musée, digne d'une capitale européenne, tellement proche de Chambéry mérite vraiment le détour...
mardi 11 août 2015
Ma bibliothèque, 3
J'ai vu passer dans mes mains des milliers de livres. Si j'additionne les stocks de ma librairie, les fonds des bibliothèques où j'ai travaillé, j'arrive certainement à plus de 700 000 exemplaires... J'ai œuvré dans deux structures qui possédaient des fonds importants : la bibliothèque départementale de l'Isère et la Bibliothèque universitaire de Chambéry. J'ai parcouru des centaines de kilomètres dans les travées des réserves, dans les secteurs accessibles au public, et j'avais l'impression de me balader dans des sentiers forestiers, le papier provenant bien des arbres. Je ne me suis jamais lassée de ces masses de papier et j'ai même terminé ma carrière en allant visiter pour la dernière fois l'immense magasin de la BU où reposaient des milliers d'ouvrages oubliés, délaissés, qui n'étaient plus demandés par les étudiants et les professeurs. Mais, le rôle d'un bibliothécaire consiste à protéger la mémoire humaine dans sa forme écrite. Quand on vit ainsi entourée de ces drôles d'objets intelligents, sensibles, émouvants, pendant plus de trente cinq ans, on ne peut plus s'en passer. Bien au contraire, mon intérêt pour les livres reste intact. Je m'occupe maintenant de ma modeste bibliothèque, située dans mon salon et dans une chambre. Je m'étais jurée de réfréner mes pulsions acheteuses pour juguler l'invasion livresque, car je vis dans une petite maison. Mais je n'y arrive pas et j'ai ajouté cet été trois étagères de couleur rouge acquises dans un célèbre magasin d'origine scandinave à un prix imbattable. Dans la première bibliothèque, reposent ma documentation sur la Grèce (apprentissage de la langue, livres d'art, dictionnaires, classiques) et des livres de philosophie. Dans la deuxième, des guides de voyage avec une préférence pour les Guides bleus Hachette et le Routard sans oublier l'excellente collection "Cartoville" de Gallimard. Dans la troisième, j'ai rangé toutes les revues de littérature : Lire, Le Magazine littéraire, Transfuge, Le Matricule des Anges, etc. Et j'ai encore de l'espace disponible pour accueillir de nombreux livres à venir... Je suis persuadée que toutes ces couvertures colorées me rassurent, m'appellent pour les saisir dans mes mains, représentent des milliers d'heures de lecture apaisantes, sereines et vivifiantes aussi...
lundi 10 août 2015
Ma bibliothèque, 2
Les beaux livres logés avec plaisir dans deux meubles en bois de hêtre, fabriqués maison, me rappellent des souvenirs liés aux voyages, aux visites des musées et aussi à mon ex-vie professionnelle de bibliothécaire. J'évoque tout de suite mon admiration totale pour une femme peintre d'origine portugaise, Vieira da Silva, une amie de René Char. Elle a vécu en France dès sa jeunesse et n'a jamais voulu repartir dans sa patrie de naissance. Elle fait partie d'un mouvement pictural, l'abstraction figurative, et malgré son génie, n'est pas connue du grand public. Je collectionne tous les livres sur elle depuis des années et je suis même allée à Lisbonne pour visiter le musée qui réunit la plupart de ses toiles et celles aussi de son compagnon de vie, peintre hongrois, Arpad Szenes. Elle m'intéresse beaucoup pour l'hommage qu'elle rend dans ses tableaux, aux bibliothèques et j'aime sa discrétion artistique, sa modestie d'ouvrière de l'art. C'est peut-être elle qui m'a fait aimer la peinture moderne. Evidemment, j'ai aussi des livres d'art sur toutes les époques : les natures mortes du XVIIe, la peinture romaine, l'art grec, l'art étrusque, la peinture italienne (dont le Musée imaginaire de Paul Veyne), le Journal de l'art abstrait, des catalogues des musées visités, etc. Je collectionne aussi les livres sur les... livres, l'histoire des bibliothèques, de l'écriture, de la poésie, sur la littérature (Proust, Perros, Char, etc). Une bibliothèque reflète la vie de son propriétaire. J'ai conservé précieusement quelques ouvrages, hérités de ma mère, disparue depuis cinq ans. Elle collectionnait tous les parutions sur la cuisine et j'ai gardé "Colette gourmande", "La cuisine retrouvée de Proust", de Giono. Quand je les feuillette, je revois ma mère fureter sa documentation culinaire pour nous préparer un bon petit plat... Tous mes livres me racontent des histoires de vie, ravivent ma mémoire et me consolent du temps qui passe trop vite...
vendredi 7 août 2015
Ma bibliothèque, 1
La bibliothèque de mon salon déborde, ne peut plus recevoir de livres. Entre les Gallimard, les Pléiades, les poches, quelques livres anciens, des dictionnaires musicaux, des livres d'art, je n'arrive plus à glisser quelques exemplaires sur les étagères. Je précise aussi que je dispose d'une bibliothèque sur mesure que j'ai réalisé avec un menuisier quand j'ai déménagé à Chambéry. Comme j'aime la musique classique, j'avais demandé deux colonnes pour mes CD encadrant une porte. Dans ce mur de livres et de CD, j'ai installé ma table de travail sur laquelle repose mon ordinateur. J'aime ce décor "livresque" car j'ai vécu toute ma vie dans les lieux bénis du livre : librairies et bibliothèques, mes temples de papier. Je lutte pourtant contre une certaine invasion et je peux aussi donner, vendre, prêter des livres pour faire de la place. Mais, il me reste quelques années pour relire les ouvrages que j'ai appréciés tout au long de ma vie. Je les conserve précieusement comme des marqueurs de temps. Ainsi, Albert Camus et Marcel Proust m'accompagnent dans ma vingtaine, Virginia Woolf et Milan Kundera dans ma trentaine, Marguerite Yourcenar et Julien Gracq dans ma quarantaine, Marguerite Duras et René Char dans ma cinquantaine et aujourd'hui dans ma soixantaine, Pascal Quignard et Annie Ernaux, tous ces écrivains deviennent les vigies dans ma bibliothèque. D'autres noms vivent côte à côte dans mes étagères : Georges Perros, Antonio Tabucchi, Simone de Beauvoir, Paul Auster, Philip Roth, pour ne citer que les plus importants dans ma planète littéraire. Comme j'aime les aussi les livres d'art, deux petits meubles fabriqués maison portent les grands formats que je feuillette régulièrement. La semaine prochaine, je poursuivrai la description de cette bibliothèque, le cœur de ma maison... Dans ce blog, je parle des livres : pourquoi pas décrire ceux qui partagent ma vie de lectrice ?
Inscription à :
Articles (Atom)