mardi 28 juillet 2015

Rubrique cinéma

Peu de films m'attirent en ce moment, peut-être que la canicule des jours passés me cantonnait au frais chez moi, bien que la climatisation des salles de cinéma donne un vrai confort pour les spectateurs. Je me suis tout de même déplacée pour "While We're Young" de Noah Baumbach. L'histoire se passe à New York, de nos jours. Les deux personnages principaux, Josh et Cornelia forment un couple uni malgré l'absence d'un enfant qu'ils auraient voulu avoir. Ils ont des amis qui vivent selon le mode "famille" et les encouragent à faire de même... Josh n'arrive pas à terminer un film documentaire qu'il traîne depuis des années. Son beau père est un cinéaste célèbre et par discrétion, Josh ne lui demande pas d'aide. Josh rencontre un jeune couple, Jamie et Darby, dans un de ses cours et le jeune homme confie son admiration pour ses films précédents. Flatté par ces compliments, Josh les invite au restaurant et, évidemment paie l'addition. Les deux couples sortent ensemble, font des fêtes, des séances de relaxation, etc. Le jeunisme stupide sévit dans leur amitié et ce renouveau régénérateur bouscule le couple d'âge mûr. Le cinéaste montre le ridicule de la situation dans les scènes drôles et comiques comme l'utilisation du vélo, le port du chapeau, les boîtes de nuit, la décontraction feinte. En fait, le jeune homme n'est qu'un ambitieux cynique qui veut s'introduire dans le milieu du cinéma. L'imposture de ce créateur bidon va pourtant porter ses fruits car il va réussir et devient people. Josh et sa femme comprennent enfin qu'il faut assumer l'âge que l'on atteint sans singer l'éternelle jeunesse... Cette comédie sociale et familiale aux accents "woody-allenien" se regarde avec plaisir et provoque une réflexion "philosophique' sur les âges de la vie.

vendredi 24 juillet 2015

"Le Voyant"

Jérôme Garcin, gentleman-écrivain, s'est spécialisé dans les biographies de héros valeureux et peu connus du grand public. En 1994, il avait obtenu le Prix Médicis pour son essai sur Jean Prévost, un écrivain lyonnais, grand Résistant et homme modèle. Dans un article de la revue Lire de février 2015, le polyvalent biographe, critique littéraire, journaliste de l'Obs révèle sa passion de la littérature et du cheval ! Il passe toutes ces fins de semaine en Normandie où il s'adonne à l'équitation et à l'écriture. Il confie sa fascination pour les "destins brisés" comme le fut celui de son père, mort jeune d'un accident de cheval. Il a choisi d'évoquer la vie de Jacques Lusseyran, né en 1924. Enfant, il est tombé après une bousculade dans sa classe et il a perdu la vue à l'âge de huit ans. Cet accident stupide l'handicapera toute sa vie mais la cécité ne l'empêchera pas d'avoir une destin hors du commun. Etudiant doué, il intègre les lycées parisiens prestigieux. Il s'engage en 1941 dans la Résistance en fondant le mouvement des Volontaires de la Liberté. Après une dénonciation d'un de ses camarades, il est emprisonné à Fresnes  et il est déporté en 1944 au camp de Buchenwald. Libéré par les Américains, il revient à Paris et devient professeur de philosophie en Grèce et aux Etats-Unis. Il se marie trois fois, a trois enfants. Mais sa carrière littéraire n'aboutit pas malgré des tentatives continues. Le seul récit qui le fera connaître, "Et la lumière fut", est publié chez Gallimard. Son destin se brise lors d'un accident de voiture en 1971 à l'âge de 47 ans. Jérôme Garcin avec sa sobriété élégante ne cache pas les errances de son héros quand celui-ci fréquente un gourou guérisseur pour soigner un état dépressif chronique. Jérôme Garcin aime l'héroïsme, le courage, l'abnégation et Jacques Lusseyran symbolisait ces vertus un peu démodées aujourd'hui. Je reprends ses mots : "Cela me passionnait aussi de raconter tout un pan de l'Histoire à travers les sensations d'un aveugle."  Cet ouvrage documentaire sur un écrivain français méconnu mérite le détour...

jeudi 23 juillet 2015

"Vaterland"

Je n'avais jamais lu Anne Weber et j'ai découvert avec "Vaterland", une approche sensible d'une filiation lourde à porter. Ce récit autobiographique, sorti en mars 2015 au Seuil, est un voyage dans le passé troublant d'une famille allemande. Anne Weber possède la double identité française et allemande. Elle écrit dans les deux langues. En souhaitant évoquer son arrière-grand-père, "Sanderling", le philosophe Florens Christian Rang, ami de Walter Benjamin, l'auteur mène une enquête sérieuse et approfondie sur la vie de cet aïeul lointain, mais si proche pour elle. Cet intellectuel allemand a vécu dans la Prusse d'avant la guerre de 14-18, fut pasteur dans un village près de Poznan. Son arrière-petite-fille le décrit avec une empathie totale, soulignant sa personnalité tourmentée et passionnée. Il est mort en 1924. Il avait perdu un de ses fils pendant la guerre et son deuxième fils, le grand-père de la narratrice, devient l'ancêtre "honteux". Ce grand-père s'est engagé dans les S.A. nazis, occupait des postes administratifs dans les bibliothèques, n'a jamais renié son passé calamiteux. Ce secret familial mine évidemment Anne Weber et elle ne cesse de s'interroger sur cet encombrant héritage : être allemand, naître allemand, cela peut-il se vivre sans penser à cette période horrible du nazisme ? Son enquête concernant l'élimination de milliers d'handicapés mentaux et physiques dans un hôpital psychiatrique en Pologne rappelle la phrase prémonitoire énoncée par cet arrière-grand-père, pourtant un homme de culture, quand il se demandait pour quelles raisons on n'éliminait pas les malades... Ces ancêtres obsèdent Anne Weber et elle finit par accepter cette filiation en s'avouant que ces hommes forment une énigme qui ne sera jamais résolue. Elle écrit : "Les vivants sont-ils donc à tout jamais un miroir des morts ? Se séparent-ils, comme leurs ancêtres, en deux moitiés : ceux qui ont manigancé et commis le crime, ou qui l'ont laissé faire, et les autres qui l'ont subi ? Est-ce mon héritage, ma malédiction éternelle ?"  Ce récit d'une sincérité poignante révèle le sentiment de culpabilité que peuvent éprouver les héritiers involontaires d'une Histoire qu'ils n'ont pas vécue. 

mardi 21 juillet 2015

"L'enfant des limbes"

J'avais acquis l'an passé une dizaine de Folios de J.-B. Pontalis, surtout les œuvres antérieures à ses derniers ouvrages qui m'ont fait beaucoup apprécié cet écrivain-psychanalyste, disparu en 2013. Gallimard propose une anthologie de ses écrits littéraires dans l'excellente collection Quarto, "une cousine germaine de la Pléiade" dans un grand format plus lisible et sans reliure en cuir. Dans cette collection, on trouve Annie Ernaux, René Char, Semprun, Proust et tous les textes essentiels de la littérature mondiale. Dans l'article du Magazine littéraire de cet été, deux belles pages écrites par l'écrivain Sylvie Germain résument le projet de regrouper les récits de Pontalis dans le Quarto. Je cite cet extrait : "L'art du va-et-vient, des bifurcations, des croisements et des glissements; de la variation et des discrètes métamorphoses est au cœur de la vie, de la pensée, de l'œuvre de Pontalis. (...) Cette traversée désorientée, (...) Pontalis l'a effectuée pendant des décennies, d'un pas de glaneur de traces, de cueilleurs d'échos, de flâneur à l'attention à la fois flottante et en affût patient d'instants fugaces." Sylvie Germain est manifestement une styliste hors pair et elle rappelle le rôle de Pontalis dans la création de la collection "L'un et l'autre" chez Gallimard. J'ai donc une admiration totale pour cette œuvre originale, mêlant le réel et le rêve, les digressions subtiles, les portraits des patients qu'il psychanalyse, les écrivains qui le nourrissent. "L'enfant des limbes" date de 1998 et en le lisant, je n'ai pas ressenti ce décalage temporel. Dans une liste où il révèle ses goûts et des dégoûts à la façon d'un Georges Perec, j'ai souri car ses remarques me concernaient aussi. On sent qu'il aime les livres quand il écrit : "Il faisait preuve d'une grande curiosité pour les livres, n'en ouvrait jamais un sans espérer y trouver quelque révélation." Il évoque le thème des limbes en brodant sans cesse sur ses recherches en bibliothèque, dans la Bible, dans la littérature. Ce fil conducteur comme le fil d'Ariane nous emmène dans un labyrinthe de références, de notations, de fragments, de citations pour illustrer la notion de "limbes", une zone d'ombre en soi, une réserve de rêves nocturnes, un espace de liberté enfin conquis sur les certitudes en granit... Lire Pontalis, c'est rencontrer un ami délicieux et irremplaçable. J'ai d'autres Folios à découvrir de cet écrivain nonchalant et tellement séduisant. Je conserve ces titres pour de futurs bonheurs de lecture...

lundi 20 juillet 2015

Le cross booking


Je n'apprécie pas beaucoup l'anglicisation de la langue française. Je suis très "vieux jeu" à cet égard. Je sais bien que l'anglais remplace le latin du Moyen Age, qu'il permet la communication entre un Chinois et un Russe, un Iranien et un Espagnol, etc. Depuis quelque temps, la médiathèque de Chambéry propose un petit espace de "cross booking" au rez de chaussée près des banques de prêts. Ce petit meuble noir contient les dons de livres des particuliers. Une bibliothécaire les réceptionne, les sélectionne et les met en place dans cette toute petite bibliothèque en double face. Quand je pénètre dans le hall d'entrée et avant de monter dans le secteur adultes, je vais tout de suite vérifier si certains titres m'intéressent. J'ai trouvé une seule fois  depuis que ce dispositif est proposé, les souvenirs de Stefan Zweig, "Le monde d'hier" dans une édition récente et neuve... Quel est le lecteur ou la lectrice qui avait déposé ce chef d'œuvre ? J'aimerais bien lui envoyer des remerciements sincères pour ce don intelligent. Le "Cross booking" peut se traduire par le livre voyageur, le livre en balade, le livre buissonnier, le livre en campagne, le livre en cavale, etc. Je regrette de n'avoir trouvé aucune explication sur le site internet de la médiathèque. Je félicite toutefois notre institution communale d'offrir une telle opportunité aux lecteurs des bibliothèques même si, le plus souvent, traînent sur les étagères, les ouvrages qui encombrent l'espace intime de leurs propriétaires. Et dans ces lots, j'ai repéré de nombreux livres de poche, des romans policiers, des best-sellers oubliés, des écrivains délaissés (comme Gilbert Cesbron, par exemple), des livres jeunesse, des livres de cuisine, des classiques. Chacun peut donc faire son marché selon ses goûts et dans une totale gratuité.  Ce concept d'échange commence à s'installer dans certaines régions comme dans deux villages du Puy-de-Dôme où deux jeunes femmes ont déposé devant leur maison une boîte remplie de livres. Les livres sont prêts au départ pour une aventure digne d'Ulysse... On les croit sages et immobiles, nos livres mais ils veulent bouger comme tout un chacun, ils aiment voyager, changer de lieu, de propriétaire, en trouver des meilleurs... Le livre voyageur, le cross booking a de l'avenir, j'en suis persuadée !

vendredi 17 juillet 2015

"Lucy"

Je lis toutes les semaines les pages consacrées aux livres du journal Le Monde. Ce rendez-vous hebdomadaire dure depuis de nombreuses années. Je voue une fidélité sans faille à ce supplément littéraire qui m'a permis d'explorer la planète littérature sans oublier les sciences humaines. Je conserve pendant l'année la quarantaine de numéros que je feuillette régulièrement à la recherche d'une critique. J'ai donc lu sur les conseils de la journaliste Florence Noiville le roman de Cristina Comencini, "Lucy", une histoire-miroir attachante, publiée chez Grasset en janvier 2015. Le personnage principal, Sara, paléo-anthropologue, spécialiste de la vallée du Rift en Afrique, traque les traces de la première femme, notre ancêtre la plus âgée (3 millions d'années !), et que les scientifiques ont baptisé Lucy. Sara écrit une lettre d'adieu à sa famille, une famille éclatée : un mari avec lequel elle a divorcé, un fils célibataire, éloigné au Canada, une fille en couple sans enfant. Le mari, Franco, s'est remarié et est redevenu père sur le tard. La mère a tout sacrifié à sa carrière de paléontologue. Elle est partie en Afrique au détriment de ses enfants. Matilde, sa fille, tient à garder un contact permanent téléphonique avec cette mère fuyante. Alex, le fils instable, a perdu le sommeil et ne vit que de liaisons intermittentes. Franco se sent coupable d'avoir trahi sa femme qu'il aimait passionnément mais, avec laquelle, il ne s'entendait plus,  la vie commune devenant difficile et impossible par ses absences africaines. Sara représente la quintessence de la femme moderne voulant tout concilier : son métier, sa famille, ses amies, ses loisirs... Mais son esprit indépendant et sa liberté revendiquée dérangent les siens et finissent par l'isoler dans une certaine solitude. La rencontre avec Milo, un jeune homosexuel, va éclairer sa fin de vie, car elle ne veut pas imposer sa maladie aux siens. Cristina Comencini (fille du grand cinéaste italien) a écrit un beau portrait de femme, complexe, déroutante, dérangeante mais terriblement séduisante... La morale de l'histoire pourrait se situer dans la comparaison entre Lucy et Sara, deux femmes qui suivent leur chemin sans jeter un regard derrière leur épaule. Elles se sont mises en marche et personne ne les arrêtera...

mercredi 15 juillet 2015

Revue de presse

L'été est propice à la lecture : je garde près de moi une pile de revues pour les lire par intermittences, article après article selon mon humeur du moment. Le Magazine littéraire propose un numéro double avec un Spécial Livres de poche, un dossier sur l'apocalypse et un supplément de 30 pages intitulé "Jouez avec les écrivains". Drôle d'idée d'évoquer l'apocalypse pendant l'été mais, vu la permanence caniculaire sur notre pays au climat traditionnellement tempéré, cette thématique semble bien justifiée. Les écrivains comme les philosophes, les historiens et les sociologues s'alarment et nous inquiètent en même temps en nous prédisant des temps chaotiques dans les années à venir. Ce dossier apporte une vision nouvelle et intelligente sur ce phénomène qui prend ses sources dans l'Antiquité. Pour se changer des idées sombres que pourrait provoquer la lecture sur l'apocalypse, il suffit de se distraire avec les quizz littéraires, des mots croisés, des aphorismes à remettre en forme, etc. Des plages de jeux pour les soirées entre ami(e)s... Lire dévoile déjà les 15 romans les plus attendus de la rentrée dont David Grossman, Mathias Enard, et l'incontournable Amélie Nothomb. Les livres de l'été sont classés par envies (s'émouvoir, frissonner, voyager, vibrer, s'instruire, etc.). La revue offre un portfolio des "dix librairies pas comme les autres". J'ai retrouvé la Livraria Lello à Porto et ces photos m'ont donné envie d'aller visiter (un programme utopique...) celles de Rome, Venise, Buenos Aires, Mexico, Pékin, Bruxelles, Santorin, et la plus spectaculaire à Maastricht, installée dans une église dominicaine du XIIIe siècle...  L'entretien avec Guillaume Gallienne se révèle très intéressant car ce comédien vénère la lecture et la littérature. J'ai aussi acquis Transfuge, une publication plus confidentielle, plus tranchée dans ses critiques, avec son chic "parisien" et son choc "intello". On trouve des articles concernant Anthony Doerr, le Pulitzer mérité, Cannes et son bilan, les séries, etc. Pour terminer ma revue de presse, j'ai acheté en librairie, Page, toujours aussi beau sur le plan graphique et mettant à l'honneur la littérature jeunesse dans son numéro de l'été. Des revues pour l'été, des guides pour débusquer les bons, les très bons livres.