mercredi 15 juillet 2015

Revue de presse

L'été est propice à la lecture : je garde près de moi une pile de revues pour les lire par intermittences, article après article selon mon humeur du moment. Le Magazine littéraire propose un numéro double avec un Spécial Livres de poche, un dossier sur l'apocalypse et un supplément de 30 pages intitulé "Jouez avec les écrivains". Drôle d'idée d'évoquer l'apocalypse pendant l'été mais, vu la permanence caniculaire sur notre pays au climat traditionnellement tempéré, cette thématique semble bien justifiée. Les écrivains comme les philosophes, les historiens et les sociologues s'alarment et nous inquiètent en même temps en nous prédisant des temps chaotiques dans les années à venir. Ce dossier apporte une vision nouvelle et intelligente sur ce phénomène qui prend ses sources dans l'Antiquité. Pour se changer des idées sombres que pourrait provoquer la lecture sur l'apocalypse, il suffit de se distraire avec les quizz littéraires, des mots croisés, des aphorismes à remettre en forme, etc. Des plages de jeux pour les soirées entre ami(e)s... Lire dévoile déjà les 15 romans les plus attendus de la rentrée dont David Grossman, Mathias Enard, et l'incontournable Amélie Nothomb. Les livres de l'été sont classés par envies (s'émouvoir, frissonner, voyager, vibrer, s'instruire, etc.). La revue offre un portfolio des "dix librairies pas comme les autres". J'ai retrouvé la Livraria Lello à Porto et ces photos m'ont donné envie d'aller visiter (un programme utopique...) celles de Rome, Venise, Buenos Aires, Mexico, Pékin, Bruxelles, Santorin, et la plus spectaculaire à Maastricht, installée dans une église dominicaine du XIIIe siècle...  L'entretien avec Guillaume Gallienne se révèle très intéressant car ce comédien vénère la lecture et la littérature. J'ai aussi acquis Transfuge, une publication plus confidentielle, plus tranchée dans ses critiques, avec son chic "parisien" et son choc "intello". On trouve des articles concernant Anthony Doerr, le Pulitzer mérité, Cannes et son bilan, les séries, etc. Pour terminer ma revue de presse, j'ai acheté en librairie, Page, toujours aussi beau sur le plan graphique et mettant à l'honneur la littérature jeunesse dans son numéro de l'été. Des revues pour l'été, des guides pour débusquer les bons, les très bons livres.

vendredi 10 juillet 2015

"Une journée avec Tabucchi"

J'ai trouvé ce petit livre dans ma librairie préférée. J'aime soutenir ce commerce "intellectuel" et une ville sans librairie et sans bibliothèque me semble un lieu sans âme (je le rabâche sans cesse). Il est donc indispensable de consacrer un budget mensuel pour acquérir des livres. J'en emprunte évidemment beaucoup mais,  quel plaisir d'avoir chez soi sa propre librairie, une bibliothèque personnelle qui reflète aussi sa personnalité. Chez moi, tous ceux qui jettent un œil sur mes étagères et remarquent quelques titres, apprennent beaucoup sur moi et devine mes différents "trajectoires" de ma vie professionnelle à ma vie intime. Toujours cette obsession de la place des livres dans une maison, un appartement, une chambre, un couloir, un grenier... Les livres m'habitent, me nourrissent et me consolent. En lisant "Une journée avec Tabucchi", j'ai aussi ressenti chez cet écrivain italien, hélas disparu en 2012, un grand amour de la littérature et des livres. La maison d'édition "Quai Voltaire" a eu l'excellente idée de recueillir quatre témoignages d'écrivains (Paolo Di Paolo, Dacia Maraini, Romana Petri, Ugo Riccarelli). Rentrer dans l'intimité de Tabucchi semble exceptionnel car lui-même est toujours resté discret sur sa vie. Mais j'ai surtout remarqué l'influence littéraire qui a marqué les intellectuels de son pays. Chaque témoignage rappelle la force de l'œuvre "tabucchienne" et donne envie de la relire. Je conseillerai "Pereira prétend", "Nocturne indien", "Requiem". Tabucchi représente pour moi un homme obsessionnel du temps, (il a donné un titre significatif à un de ses ouvrages avec "Le temps vieillit vite"). Et j'aime aussi sa passion pour Lisbonne et Pessoa, son impertinence politique, son esprit "saudade", son univers littéraire étrange, son style élégant. Je l'ai découvert dès qu'il a publié son premier ouvrage chez Bourgois et je n'ai manqué aucun rendez-vous avec ce maître magistral, cet amoureux des mots et de la littérature. Je suggère à la maison Gallimard de le faire rentrer illico presto dans la pléiade... L'ouvrage amical et admiratif, "Une journée avec Tabucchi" rend un hommage émouvant à cet homme éminemment sympathique.  

jeudi 9 juillet 2015

"Mr Gwyn"

Ce roman d'Alessandro Baricco, publiée en 2014 chez Gallimard, m'a laissée quelque peu songeuse... Je l'ai lu jusqu'au bout en me demandant si je le laissais "tomber" ou pas. En tant que lectrice motivée, je n'abandonne pas un livre que j'ai commencé à lire. Si je dépasse les trente premières pages, j'accomplis ma tache en terminant et en me chuchotant, mais pourquoi poursuivre ? Je suis dans le "devoir", dans le respect de l'écriture et de l'immense travail que représente la composition d'une œuvre. Pour "Mr Gwyn", je n'avais peut-être pas l'esprit assez vif à cause de la canicule pénétrant dans la maison malgré les volets fermés. L'histoire de cet écrivain anglais est une fable sur la création littéraire et sur les affres de l'imagination. Jasper Gwyn a écrit trois romans qui lui ont apporté le succès. Mais, il ne veut plus publier. Il a décidé d'interrompre sa carrière prometteuse et prend une année sabbatique. Il a même établi une liste de 52 choses qu'il ne fera plus... dont l'écriture d'un livre. Au bout d'un an de réflexion, il a enfin trouvé sa nouvelle vocation : il veut réaliser des portraits à la manière d'un peintre. Il loue un local commercial, l'équipe sommairement, et surtout l'éclaire avec des ampoules spéciales. Il y ajoute une musique originale d'ambiance. Il embauche des modèles qu'il observe et les dépeint avec des mots. La galerie des personnages "peints" va d'une jeune fille très ronde à une femme de 40 ans, puis une de 50 ans, et il étudie aussi quelques hommes. En fait, il remet le portrait écrit à chaque protagoniste et cet œuvre est unique. Quel est le message d'Alessandro Baricco dans ce roman "intrigant, brillant et formidablement élégant" (notes de l'éditeur) ? J'ai lu quelques critiques qui m'ont éclairée sur la démarche. L'écrivain, lassé de combines routinières dans l'écriture, chercherait l'authenticité, la vérité des "modèles" choisis en les observant attentivement. Il se veut "copiste" de la réalité des autres. Mais, ses tentatives innovantes en littérature ne s'avèrent pas si concluantes... Un roman très déroutant, à découvrir si on aime les énigmes...

mardi 7 juillet 2015

"Histoire de ma vie"

J'avais découvert Aharon Appelfeld avec son roman, "Et la fureur ne s’est pas encore tue"  et j'ai tout de suite ressenti le sentiment d'avoir découvert un écrivain essentiel. Toute son œuvre est éditée chez L'Olivier qui offre aux lecteurs, depuis de nombreuses années, une production marquante dans le panorama éditorial français. J'ai choisi à la médiathèque de Chambéry son autobiographie majeure, 'Histoire d'une vie". Il me semble opportun pour comprendre un nouvel écrivain, de démarrer par un témoignage sur sa vie. Le lecteur(trice) a besoin de clefs pour entrer dans la maison des mots d''Aharon Appelfeld. Il est né en 1932 dans un village appelé Czernowitz en Bucovine (Roumanie). Il dresse le portrait de ses parents, des Juifs assimilés, de ses grands-parents, d'origine paysanne. Les souvenirs de son enfance illuminent les premières pages avant de sombrer dans le chaos de la fuite, une fuite salutaire face à la barbarie nazie. Son père veut sauver sa famille dès 1938 en s'installant en Amérique mais ses tentatives échouent. Aharon Appelfeld écrit à ce moment-là : "Bien des phrases incompréhensibles bruissaient dans la maison. Nous vivions dans une brûlante énigme." Sa famille est donc obligée de vivre dans le ghetto où leur existence devient vite cauchemardesque. Puis, le jeune garçon s'enfuit dans les bois et perd la trace des ses parents. Il se réfugie en Israël où il construit son identité d'écrivain. La problématique linguistique entre le yiddish et l'hébreu peut sembler un peu absconse pour des lecteurs non avertis mais ces passages sont très intéressants pour comprendre l'œuvre de cet écrivain.  Pour conclure, il faut écouter ce message : « Plus de cinquante ans ont passé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le cœur a beaucoup oublié, principalement des lieux, des dates, des noms de gens, et pourtant je ressens ces jours-là dans tout mon corps. Chaque fois qu'il pleut, qu'il fait froid ou que souffle un vent violent, je suis de nouveau dans le ghetto, dans le camp, ou dans les forêts qui m'ont abrité longtemps. La mémoire, s'avère-t-il, a des racines profondément ancrées dans le corps. Il suffit parfois de l'odeur de la paille pourrie ou du cri d'un oiseau pour me transporter loin et à l'intérieur. » Dans un article sur Wikipédia, j'apprends que les écrivains préférés d' Aharon Appelfeld se nomment Tchekhov, Kafka et Proust... Des influences que l'on devine en lisant "Histoire de ma vie"...

lundi 6 juillet 2015

"Ca aussi, ça passera"

Milena Busquets, écrivaine espagnole, devient Bianca, la narratrice, dans ce roman, publié cet été chez Gallimard. Bianca part à Cadaquès, près de Barcelone pour passer des vacances d'été, entourée de ses deux anciens maris, de son amant actuel, de ses enfants, de ses amies... Elle réunit sa tribu pour se sentir heureuse parmi les siens, tant elle a besoin d'amour pour survivre à la mort de sa mère. Car le personnage central du roman n'est pas la narratrice, mais sa mère disparue. Elle s'adresse à elle en lui rappelant tous les souvenirs liés à cette maison de famille sous le soleil méditerranéen. Le décor prend de la place dans ce texte, un décor idyllique, estival, peuplé de baignades, de balades en bateau, de repas partagés sous la tonnelle : une vie légère et insouciante. Les relations amoureuses de Bianca et de ses copines parviennent à contrebalancer les passages douloureux où la narratrice décrit l'absence de sa mère dans les détails de la vie quotidienne : un vieux chandail accroché à un porte-manteau du couloir, les cartons de livres, la vaisselle dépareillée, le linge de maison. Sa mère a séjourné dans un hôpital et ses derniers jours marqués par la souffrance, hantent la mémoire de Bianca. La narratrice confie sa détresse, son deuil, son sentiment du "plus jamais" à cette mère fantasque, libre et intellectuelle. Elle écrit : "Je ne serai jamais plus regardée par tes yeux. Lorsque le monde commence à se dépeupler des êtres qui nous aiment, nous nous transformons peu à peu, au rythme des morts, en inconnus. Ma place dans le monde était dans ton regard et cela me paraissait si incontestable et éternel que je ne me suis jamais inquiétée de vérifier où elle se trouvait." Ce livre-bilan d'une femme à la quarantaine bien remplie résonne juste dans la description de la relation avec cette mère-référence, cette mère-souche. Le thème du deuil, universel et personnel, est traité avec sensibilité par Milena Busquets. On ne se remet jamais de la perte des siens, même dans le tourbillon de la vie comme celle vécue par l'héroïne qui s'étourdit de fatigue avec ses multiples relations amoureuses et amicales... Un roman à la Sagan, une Sagan espagnole...

vendredi 3 juillet 2015

"Academy Street"

Mary Costello vit à Dublin. Elle a écrit des nouvelles et les Editions du Seuil publient son premier roman qui a reçu le prix du meilleur livre paru en 2014 en Irlande. L'histoire du roman se passe au début des années 60 dans une Irlande rurale. La petite Tess, à l'âge de 7 ans, perd sa mère de tuberculose et perd aussi la parole tellement cet événement tragique va marquer sa vie. Son père s'enfonce dans le silence et le chagrin. La famille commence à se disperser en immigrant et sa sœur aînée la fait venir à New York. Tess devient infirmière et s'éprend du cousin de sa co-locataire. Lors de la seule étreinte amoureuse, elle tombe enceinte et met au monde un garçon. Elle ne verra plus son premier amant. Elle élève seule son enfant et sa famille se détourne d'elle. Sa vie de jeune mère se déroule dans une tristesse profonde même si l'amitié avec Willa, une femme noire, lui apporte un réconfort chaleureux. Son fils grandit et peu à peu s'éloigne d'elle car il la juge trop craintive. Tess a pourtant des envies, des désirs et des rêves mais elle ne réussit pas à les mettre en "vie"... Elle éprouve constamment un sentiment de solitude qu'elle ne peut maîtriser. Le seul apaisement qu'elle ressent, elle le trouve dans la compagnie des livres et l'auteur rend ainsi un hommage sensible à la lecture-thérapie. Tess ressemble à une anti-héroïne, une immigrée de l'intérieur, qui subit son destin et se sent "sans importance" même dans sa relation avec son propre fils. Sa mise en retrait volontaire, son humilité et son courage font de Tess, un personnage féminin que l'on a envie de consoler...  Ce roman n'est pourtant pas écrit avec une plume trempée dans l'encre du désespoir : il décrit le destin de beaucoup de femmes qui s'effacent au lieu de s'imposer dans le réel, un réel souvent inaccessible pour certaines d'entre elles comme Tess. Un roman plein de délicatesse, de sensibilité et de subtilité... Un beau portrait de femme entre deux mondes, l'Irlande de son enfance et l'Amérique de sa maturité.

jeudi 2 juillet 2015

"Miniaturiste"

Jessie Burton, écrivaine anglaise, née en 1982, est comédienne. Elle a étudié à Oxford et l'éditeur Gallimard publie son premier roman traduit en français dans l'excellente collection "Du monde entier". Des critiques ont salué la sortie de "Miniaturiste" en le comparant à Donna Tartt et son "Chardonneret" et à "La jeune fille à la perle" de Tracy Chevalier. Ces romancières anglaises possèdent un véritable talent pour raconter une histoire touchante, émouvante, une histoire de femmes aussi, avec une élégante manière de parler de leur condition inférieure et douloureuse dans les siècles passés. Nella Oortman n'a que dix-huit ans quand elle se marie avec un marchand d'Amsterdam en 1686. Dès la première page, on se sent chez soi dans cette maison bourgeoise au bord du canal. Son mari, Johannes Brandt, un trentenaire un peu vieilli prématurément par ses longs voyages pour le commerce, ne prend pas le temps d'accueillir sa jeune épouse et la confie à sa sœur qui porte le nom de "Marin". Nella découvre ce monde urbain avec étonnement sans se laisser intimider par les manies particulières de sa belle sœur, restée célibataire. Ils vivent avec deux domestiques, Otto, venu de Malaisie et Arabella. Nella se voit offrir une maison de poupée par son mari et reçoit régulièrement des colis d'objets minuscules représentant l'intérieur de leur propre logis. Elle découvre aussi des poupées et reconnaît ses propres traits et ceux de sa nouvelle famille. Elle se sent épiée par une femme miniaturiste qui lui révèle certains secrets. Les masques tombent alors et Nella comprend enfin la froideur polie et respectueuse de son mari. Je ne dévoilerai pas les rebondissements de l'histoire pour ne pas gêner le plaisir de lecture que ce roman procure à grandes doses. Dans la quatrième de couverture, l'éditeur définit ce roman ainsi : "Jessie Burton livre ici un premier roman qui restitue avec précision l'ambiance de la ville à la fin du XVIIe. (...) La jeune Nella apparaît comme une figure féminine résolument moderne." La revue Lire salue ce roman en le qualifiant de coup de maître... Une lecture estivale à retenir pour ses qualités romanesques avec le personnage de Nella, jeune fille généreuse et tolérante, pour ses descriptions historiques d'Amsterdam, son commerce effervescent, dans une époque où la religion prenait une place étouffante. Encore un très bon livre pour se distraire avec intelligence cet été...