Pour humer la traditionnelle rentrée littéraire, il ne suffit pas de regarder les sites internet d'Amazon, de la FNAC, de Decître, et de bien d'autres libraires, des grandes enseignes comme des librairies traditionnelles qui proposent aux lecteurs(trices) de très bons conseils de lecture. Je vais de temps en temps flâner dans les sites de Mollat à Bordeaux, de la librairie Compagnie à Paris, de la Rue en Pente à Bayonne, etc. Mais, évidemment, rien ne vaut une bonne discussion avec une libraire (souvent des femmes) et cet après-midi, j'ai fait un petit tour dans ma librairie préférée pour feuilleter les nouveautés, lire les résumés, parcourir un extrait, faire le point sur mes futures lectures. J'en ai profité pour acquérir deux ouvrages de Pierre Michon. La librairie Garin avec une quarantaine de confrères propose "un petit guide de référence à l'usage du lecteur curieux" au titre suggestif : "S'il n'en restait que 100". Le guide est divisé en quatre parties : romans français, premiers romans, romans étrangers et essais. Un cadeau utile pour choisir intelligemment quelques titres pour l'automne. Laurence, la responsable de la librairie, m'a conseillé quelques écrivains, en particulier, Emmanuel Carrère, Patrick Deville, Aurélien Bellanger, François Roux, David Foenkinos, et surtout Eric Reinhardt. D'après son expérience de libraire, la rentrée littéraire 2014 est très prometteuse, voire exceptionnelle. Pour affiner mon choix, j'ai acheté le Matricule des Anges, le mensuel de la littérature contemporaine qui met en avant les petits éditeurs courageux, les écrivains peu connus mais très intéressants, des poètes, des essayistes. Le numéro de septembre évoque la rentrée littéraire sans mentionner les auteurs habituels. Le Magazine littéraire de septembre met à l'honneur Françoise Sagan, (que reste-t-il de Sagan ?), propose un grand entretien avec Murakami et de nombreux articles sur les nouveautés. Je crois que je vais dévorer après mon intermède toscan, de très bons romans...
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mercredi 10 septembre 2014
mardi 9 septembre 2014
Pierre Michon, suite
Après avoir lu ce chef-d'œuvre (j'ose qualifier ainsi "Les vies minuscules"), j'avais envie de comprendre et de connaître ce maître des mots, du style et de la langue française. J'ai donc trouvé à la médiathèque de Chambéry, le livre en question : "Le roi vient quand il vient", publié chez Albin Michel en 2007 et malheureusement épuisé en librairie. Heureusement que les bibliothèques conservent des documents, introuvables dans le commerce ! Le sous-titre, "Propos sur la littérature" évoque le projet de Pierre Michon : offrir à son lectorat tous les entretiens qu'il a donnés depuis 1984. Il prévient aussi qu'il a peu touché les articles écrits mais qu'il a retravaillé les interviews enregistrés. Cette somme de trente textes, éparpillés dans des revues littéraires, se révèle passionnante à découvrir et cette initiative de l'éditeur devrait servir de modèle pour d'autres écrivains. Je pense en particulier à Pascal Quignard dont les entretiens ne sont jamais futiles et superficiels... J'ai compris l'univers de Pierre Michon à travers ses influences littéraires : Melville, Flaubert, Beckett, Rimbaud, Giono, Hugo, Borges, Villon, etc. Il évoque ces écrivains majeurs avec amour et gratitude. Il rend un hommage constant à la littérature et je cite une de ses phrases : "La littérature est une forme déchue de la prière, la prière d'un monde sans Dieu." Plus loin, il décrit sa démarche créative : "Ceux qui ont vainement demandé au monde leur dû, c'est-à-dire tous ceux qui ont existé, les anciens vivants, aspirent à un corps de mots, plus solide, plus chantant, un peu mieux rétribué, un peu moins mortel que l'autre. Ils nous font signe de les rappeler." Le personnage de Joseph Roulin, le facteur de Van Gogh, illustre le devoir d'écriture de Pierre Michon. Le dernier texte concerne un écrivain "mythique", le solitaire d'Angers, Julien Gracq et sa prose majestueuse (parfois précieuse). Ce livre de 393 pages est un bonheur de lecture pour ceux et celles qui aiment la littérature... Et j'ai commencé à acquérir tous les titres de Pierre Michon pour les lire avec une attention décuplée et les intégrer dans mon Panthéon littéraire personnel...
lundi 8 septembre 2014
Une rencontre
Il peut arriver dans une vie de lectrice d'ignorer un écrivain. On connaît sa réputation, sa célébration, son influence auprès de ses confrères et de la presse littéraire. Mais, la négligence, les préférences et la méconnaissance l'emportent sur le désir de la découverte. Un jour, j'ai trouvé un folio de cet auteur dans la librairie d'Emmaüs. Je l'ai intégré dans un choix de livres pour mon atelier. Quand il a été question de cet ouvrage, la lectrice avait éprouvé une admiration pour ce petit folio et je me suis dit qu'il fallait que j'entreprenne sa lecture cet été. J'avais aussi rencontré Pierre Dumayet (un passeur merveilleux de littérature) à Bron dans le cadre d'une fête du livre et quand je me suis entretenue avec lui, je lui ai posé la question fatidique : quel sont vos écrivains préférés ? Je me souviens d'un nom en particulier, celui de... Pierre Michon. Je n'avais pas été étonnée mais après cet aveu si important, j'ai continué à ignorer ce conseil si précieux. Je crois qu'il faut parfois attendre de longues années pour enfin ouvrir un livre d'un écrivain un peu secret, un peu complexe, dont l'univers ne nous attire pas d'emblée. Quand j'ai commencé "Les vies minuscules" publié en 1984, j'ai retenu mon souffle et j'ai plongé dans la prose poétique de Pierre Michon, dans son monde tellement particulier, un monde ancien, paysan, humble, de petites gens, mais qu'ils racontent à la façon d'un Homère de la Creuse. Le recueil cité rassemble huit histoires : vie d'André Dufourneau, vie d'Antoine Peluchet, vies d'Eugène et de Clara, etc. Ces histoires sont racontées par un narrateur, témoin de ces vies perdues, oubliées. Je n'ai pas l'intention de résumer ces récits qui ressemblent à des nouvelles mais je vous cite une phrase de Pierre Michon : "Le désert que j'étais, j'eusse voulu le peupler de mots, tisser un voile d'écriture pour dérober les orbites creuses de ma face ; je n'y parvenais pas ; et le vide têtu de la page contaminait le monde dont il escamotait toute chose (....)". Un style unique, un monde perdu décrit comme une civilisation disparue, un écrivain rare et magnifique. J'ai emprunté un ouvrage sur lui à la médiathèque pour mieux appréhender cette œuvre. J'en parlerai demain...
vendredi 5 septembre 2014
"Dans les yeux des autres"
J'ai lu en deux jours "Dans les yeux des autres" de Geneviève Brisac, édité aux Editions de l'Olivier. J'aime le style direct, vivant de cette romancière, nouvelliste et essayiste. Elle a consacré de nombreux essais sur Virginia Woolf, Flannery O'connor, Karen Blixen et Alice Munro. Elle écrit aussi pour le cinéma et le théâtre. Son dernier opus de cette rentrée littéraire me semble très réussi : une histoire entre deux sœurs, leurs compagnons et l'épopée d'une frange de militants d'extrême-gauche, tendance troskyste. Anna est une femme idéaliste, a dédié sa vie à l'écriture. Sa sœur, Molly, pratique un métier utile, concret et bien réel : elle pratique la médecine dans un centre social. Elles vivent ensemble dans une maison de la banlieue parisienne. Anna traverse une crise d'inspiration : elle ne publie plus de livres et se sent abandonnée. Elle décide de relire ses carnets de jeunesse et leur passé de militantes resurgit avec la présence de Marek, son amant attitré et Boris, celui de sa sœur. Il ne faut pas oublier la présence de Mélini, la mère égocentrique et loufoque. Le portrait à charge de Mélini donne des pages succulentes sur la relation mère-fille. Les aventures rocambolesques de ces militants enragés rappellent les années 70 en France quand des groupuscules voulaient faire la Révolution et chambouler l'ordre républicain. Les amours entre eux fluctuent, les relations entre les deux sœurs se fragilisent. Geneviève Brisac offre aux lecteurs(trices) un très bon roman sur une génération avec ses illusions utopiques, ses engagements extrêmes, sa descente aux enfers (Marek meurt en prison), et le retour à une vie "normale" : une vie d'écrivain pour Anna et une vie de médecin pour Molly. Je pense à un livre de Simone Signoret "La nostalgie n'est plus ce qu'elle était"... Ce roman décrit l'erreur d'une génération dans une utopie politique irréalisable. Les hommes sont souvent défaits par l'échec alors que les deux sœurs se construisent malgré tout un avenir. Mon premier coup de cœur de la rentrée.
jeudi 4 septembre 2014
La rentrée littéraire
Quand les nouveautés de la rentrée littéraire apparaissent sur les catalogues de la médiathèque, je m'amuse à pointer certains titres pour remarquer le nombre de réservations déjà enregistrées. On retrouve ainsi le goût du public pour certains écrivains, en particulier, Amélie Nothomb (il vaut mieux l'acheter en librairie, si on l'aime bien). Je me souviens des romans policiers nordiques (Camila Lachberg) dont le nombre de réservations atteignait la bonne dizaine. Si chaque lecteur garde l'ouvrage un mois au minimum (délai officiel), il faut donc attendre presque une année entière pour le lire. J'ai fait, comme beaucoup de lecteurs, quelques réservations pour les emprunter vers le mois de novembre. J'ai déjà obtenu le Geneviève Brisac et le Catherine Cusset : pas mal comme cadeaux de la rentrée... Les bibliothécaires sont donc dans leur période de choix et avec un budget restreint, certains écrivains ne franchiront pas les fourches caudines de nos professionnelles du livre qui veulent faire "plaisir" à leur lectorat et prennent rarement des chemins de traverse pour proposer un choix plus audacieux, plus original. Je suppose qu'elles ne vont pas acquérir (je l'espère) la dernière "bombe littéraire" de la journée, tellement ce récit autobiographique vengeur et revanchard me semble pathétique. Livrer son ex-compagnon, aussi goujat soit-il, aussi menteur, soit-il, ne se fait pas (elle aurait pu attendre 2018) et ne mérite pas un tel traitement médiatique proche de l'hystérie. Pauvre Président et pauvre République... Et quand j'entends la presse et la télé mêler VT, l'ex-dame, à la rentrée littéraire, je préfère en sourire... Cette journaliste d'un hebdo populaire dans le mauvais sens du terme, a voulu dire sa vérité mais la vérité n'est pas toujours bonne à dire... Et je ne le lirai pas car je n'ai pas envie de pénétrer dans les querelles d'un couple séparé. Décidément, la vie politique en France commence à se berlusconiser à outrance. Ne dépensez pas 20 euros pour rien, consacrez-les aux premiers romans pour encourager les jeunes pousses de la littérature, consacrez-les aux écrivains que vous aimez et laissons tomber les coups de pub pour des faux livres...
mercredi 3 septembre 2014
J.-B. Pontalis, suite 2
Mon deuxième "Pontalis" se nomme "Fenêtres", publié en 2000 et disponible en Folio. Le métier de cet écrivain, (psychanalyste), a eu une influence déterminante sur ses écrits car le lecteur(trice) éprouve une curiosité stimulante en lisant ce type de textes, mélange de littérature teintée de psychanalyse ou de psychanalyse, teintée de littérature. L'art de cet écrivain libère les appréhensions légitimes concernant une science "médicale" souvent obscure et à la seule portée des spécialistes ou des lecteurs très avertis. Quand j'ai découvert la psychanalyse en classe de philo (en 1970...), j'ai pensé que cette approche du comportement humain répondait à des questions fondamentales comme celle de tout questionnement philosophique : "Qui suis-je ?". Freud apporte sa réponse : chaque individu possède un ça, (l'inconscient), un moi, (la construction personnelle) et un surmoi (la construction sociale). J'ose simplifier cette notion de base qui constitue malgré tout une sacrée révolution intellectuelle. Pontalis parle souvent de Freud, et de biens d'autres psychanalystes en toute complicité avec ses lecteurs(trices). Ses ouvrages se lisent donc avec évidence et son talent de conteur fait tomber toutes les barrières. Ce livre ressemble à un "petit lexique à usage personnel (...), ce n'était pas seulement des mots qui me venaient à l'esprit, mais des images, des traces que des rencontres avec des patients, des amis, des lectures avaient laissé en moi." En feuilletant le sommaire, les thèmes du livre sont toujours imprégnés de nostalgie car ils abordent les âges différents de la vie, l'usure du temps, la mémoire, l'enfance, le "vieillir", l'amour, etc. Quand Pontalis évoque les manières de lire, il écrit : "L'expérience de lecture préfigure celle de l'analyse. Toutes deux sont transport, transfert, hors de soi. Toutes deux sont épreuve de l'étranger. D'un étranger qui serait au plus près de l'origine." Ces "Fenêtres" méritent d'être ouvertes... pour se changer d'air !
mardi 2 septembre 2014
J.-B. Pontalis, suite
J'aime beaucoup parcourir l'œuvre entière d'un écrivain et j'organise une rencontre mensuelle avec J.-B. Pontalis. J'ai donc lu cet été deux ouvrages de cet écrivain-psychanalyste : "L'amour des commencements" et "Fenêtres", parus dans la collection Folio. Et j'ai encore une bonne dizaine de titres à découvrir, promesses de plaisir garanti. Le premier cité, publié en 1986, n'a pas pris une ride et dans un post-scriptum, l'écrivain explicite sa démarche assez complexe d'écriture autobiographique, basée sur son expérience d'analyste. Il est très difficile, quasi impossible de résumer les chapitres intitulés de cette façon : "l'amour du lycée", "les creux", "l'effacement", "le grand Autre", "les voix non familières", etc. Pontalis égrène des souvenirs du lycée, des séjours en Normandie, des rencontres amicales, des réflexions teintées de psychanalyse d'une clarté évidente et toutes ces anecdotes composent un ouvrage d'une lecture facile et immédiate. Pour savourer du "Pontalis", il faut se laisser porter dans son rythme de phrases, dans son style inimitable, classique et contemporaine. Sur l'acte d'écrire, il donne quelques définitions plus que subtiles et j'ai envie de les citer : "écrire, c'est aussi rêver, c'est aussi être en deuil, se rêver, être animé d'un désir fou de possession des choses par le langage et faire à chaque page, parfois à chaque mot, l'épreuve que ce n'est jamais ça ! D'où la fébrilité et la mélancolie qui accompagnent toujours, en alternance, l'acte d'écrire. (...) Ecrire, (...) c'est vouloir donner forme à l'informe, quelque assise au changeant, une vie - mais combien fragile, on le sait- à l'inanimé. Tant qu'il y aura des livres, personne, jamais, n'aura le dernier mot". J'évoquerai "Fenêtres" dans un billet suivant.
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