vendredi 7 mars 2014

Revue de presse

En mars, quatre revues reposent sur ma table de chevet. Le Magazine littéraire a changé sa maquette et je regrette déjà l'ancienne formule... Nostalgie oblige, mais je reconnais que les rubriques restent inchangées et surtout que la lisibilité des textes (hélas en trop petits caractères) sur un fond plus blanc semble plus aisée. Je trouvais l'ancienne maquette plus élégante, plus "sérieuse" et je trouve que cela devient un peu lassant de toujours changer. Il faut bien se renouveler de temps en temps, mais je crois que l'ancienne maquette n'a vécu que cinq ans... Ce mois-ci, le "nouveau" Magazine a sorti le dossier central sur le cynisme ou comment une philosophie antique est devenue le fléau de notre société. On peut lire aussi un entretien avec Jonathan Coe, un article sur Michaux,  une enquête sur les romanciers argentins et les critiques habituelles sur les nouveautés.  La revue Lire a mis à l'honneur les écrivains et la guerre de 14-18 avec un sous-titre "combattre, comprendre, témoigner". Comme la littérature argentine est l'invitée d'honneur du Salon du Livre de fin mars, Lire offre aussi une enquête intéressante. Transfuge propose un dossier alléchant sur les femmes d'aujourd'hui avec des textes de Christine Angot, Alice Munro,  Maylis de Kerangal, Régis Jauffret, etc. Les rubriques cinéma sont toujours aussi originales. La dernière revue du mois, Page,  m'éclaire vraiment sur les choix de mes lectures à venir. J'ai lu les articles sur Edouard Louis, Maylis de Kérangal (décidément très sollicitée dans la presse littéraire), Hanif Kureishi sans oublier, les bons romans policiers, les essais, etc. Voilà pour le mois de mars, un printemps prometteur pour découvrir de très bons livres...

jeudi 6 mars 2014

"Opération Sweet Tooth"

Ian McEwan, écrivain anglais, vient de publier "Opération Sweet Tooth", édité chez Gallimard en janvier 2014. Ce roman était attendu depuis 4 ans, et mon attente n'a pas été déçue. J'ai retrouvé avec un grand plaisir, l'ironie insolente, l'humour à fleur de ligne et l'invention romanesque sans égal de McEwan. Il raconte l'histoire de la belle Serena Frome, diplômée de Cambridge, dans les années 70. Elle s'intéresse mollement aux mathématiques qu'elle a pourtant choisies pour ses études et préfère de loin la littérature. Elle se lie à un professeur d'histoire qui l'initie à la politique et qui lance sa carrière au sein de la mystérieuse MI5, le service de renseignements chargé de la sécurité intérieure et du contre-espionnage. Dans ces années-là, la guerre froide sévissait en Europe : la lutte idéologique anti-communiste faisait partie de l'air ambiant. La hiérarchie au sein du MI5 empêchait les femmes d'être des officiers. Pourtant, Serena grimpe les échelons et se voit confier une mission "originale" : infiltrer un écrivain anglais débutant pour qu'il produise une œuvre en toute liberté mais une œuvre à l'accent libéral. Voilà notre espionne téméraire dans la vie de cet homme, espoir dans les lettres anglaises : Thomas Haley. Elle lui présente l'agence comme une plate-forme d'aide à la création et s'engage à lui verser une mensualité pour qu'il quitte l'enseignement. Commence une histoire d'amour pourtant basée sur le mensonge et la trahison. Serena rend compte à ses chefs de "l'avancée des travaux" et réussit à leurrer parfaitement ce benêt d'écrivain, naïf et persuadé de son talent littéraire. Le roman est aussi parsemé de textes de Thomas Haley, et son premier roman rencontre un certain succès auprès de la critique. La relation des deux protagonistes se transforme en une vraie histoire d'amour mais qui espionne qui ? Thomas se nourrit de Serena pour l'écriture et Serena vit sa mission avec beaucoup de passion. Mais, un grain de sable imprévu va dérégler la machine amoureuse et une surprise attend le lecteur(trice) dans les dernières pages... Roman d'amour, thriller d'espionnage, roman de mœurs, roman sociologique, Ian McEwan est vraiment un grand écrivain !

mercredi 5 mars 2014

Atelier d'écriture

Mylène nous a proposé ce mardi une séance d'écriture malgré la période des vacances. Elle a choisi le thème de l' île en nous distribuant un plan de l'habitation si célèbre de Robinson Crusoé et nous a lu un texte d'Hubert Haddad, extrait de son roman "Le peintre d'éventail". Chaque participante pouvait inventer une île, et après lecture des textes, on pouvait se promener dans l'océan pacifique, indien, atlantique... Comme je n'ai pas beaucoup d'imagination, j'ai rêvé d'un lieu à deux heures d'avion dans notre continent européen : je l'ai baptisée "Théa". Voici ma modeste contribution :
"La Grèce est en faillite. Récemment, j'ai lu une annonce dans le journal local et je vais enfin réaliser mon rêve : je vais tout vendre et j'achèterai un tout petit îlot dans les Cyclades à un prix dérisoire. Enfin, je vais robinsonner à la grecque... L'agence m'a prévenue : sur ce rocher aride et battu par les vents, il faut respecter l'environnement et je peux quand même utiliser les ressources d'une nappe phréatique pour mes futures plantations. Qui n'a pas rêvé de tout laisser tomber et de partir ? Mais, rares sont les courageux qui passent à l'acte, courageux ou inconscients ? Je l'imagine, mon île, couverte d'oliviers, et sur un promontoire dominant la mer, une maisonnette cubique blanche et bleue, entourée d'une terrasse. Je rêve d'un dialogue avec les dieux et surtout les déesses (Délos est proche de mon îlot) et pour rester les pieds sur cette terre sacrée, je cultiverai mes oliviers pour produire un nectar exceptionnel que j'expédierai à mes amis restés sur le continent. Que demander de plus ? Une île blanche, une mer bleue, une lumière jaune, un ciel argenté, des oliviers vert doré, une terre ocre, et les tranches multicolores de mes livres dans la bibliothèque... Silence et solitude, lecture et écriture, la mer à l'horizon et la musique baroque du vent dans les branches des oliviers, c'est décidé, je me "recycle" dans mon rêve-îlot, en attendant un départ prochain..."
 

mardi 4 mars 2014

"Pluie rouge"

J'ai évoqué en février un écrivain néerlandais, Gerbrand Bakker, et je poursuis mon exploration littéraire du côté des Pays Bas avec Cees Nooteboom, romancier, poète, essayiste et surtout grand voyageur, arpenteur du monde et de ses merveilles. Je viens de lire son recueil de récits, "Pluie rouge", édité chez Actes Sud en 2008. "Je suis une tribu nomade de deux personnes. Voilà, le moment est revenu, la transhumance annuelle du troupeau à travers la France, le passage des Pyrénées en direction de l'Aragon, destination : Barcelone et l'île." En effet, notre écrivain passe la moitié de l'année à Majorque, et ce séjour annuel dure depuis quarante ans... Il raconte diverses anecdotes sur l'île, un pays très attachant, loin des images du tourisme de masse. Il décrit avec un grand sens de l'observation, teintée d'une ironie mordante, la présence bienfaisante des voisins, la beauté de la nature, la cuisine locale, les animaux familiers, le jardin à soigner. Il écrit à propos de ce jardin qui lui manque quand il vit à Amsterdam : "J'ai mis des années à comprendre mon jardin, et à pouvoir supporter la rancune qu'il me montrait du fait de mon absence." Cees Nooteboom intègre aussi des récits très courts sur ses voyages au Japon, au Maroc, en Italie, en Allemagne et en Provence. Ce baroudeur, follement curieux du monde, confie avec une grande clarté la genèse de ses romans. Ce recueil vraiment très agréable à lire m'a donné envie de découvrir son œuvre entière  publiée chez Actes Sud. Je le considère comme un veilleur de sensations liées aux voyages et comme un éveilleur, doté d'une immense empathie ressentie pour les "gens", les lieux, les paysages, le quotidien, les chats, la vie dans toutes ses dimensions, l'ici et l'ailleurs enfin réconciliés... Il nous communique une envie de bouger, d'observer, de raconter, de lire, de découvrir : une leçon de choses à l'ancienne et une leçon de vie à suivre. 
 

vendredi 28 février 2014

Rubrique cinéma

Avec la pluie et le vent de ce vendredi, je suis allée au cinéma voir "Le sens de l'humour" de la réalisatrice-comédienne, Marilyne Canto. Ce film délicat et intimiste raconte l'histoire d'une jeune mère qui vient de perdre son mari. Elle élève son fils Théo, âgé de 10 ans, et travaille dans un musée. Leur vie quotidienne est rythmée par les devoirs, les déplacements, une routine rassurante et anesthésiante. Elle entretient une relation avec Paul, un bouquiniste très amoureux d'elle. Elle ne conçoit pas un avenir avec Paul, le repousse souvent, lui avoue même qu'elle ne l'aime pas, que leur rencontre n'est qu'une histoire de corps. Paul l'apprivoise au fil du temps en montrant une patience d'ange. Il s'occupe du petit Théo, enfant solitaire et à la recherche d'une nouvelle famille. Théo se met aussi à rejeter sa mère, trop aimante et trop fusionnelle. Le couple se construit malgré la jalousie, la mésentente sur la vie quotidienne, le poids de la perte, la présence de Théo et le déséquilibre amoureux. Quand Elise choisit un fauteuil anglais très abimé dans une brocante malgré la désapprobation de Paul, leur histoire prend fin. Paul comprend qu'elle ne l'aime pas et ils se quittent. Mais, le film pourrait s'arrêter sur cet échec. L'absence de Paul commence à peser dans le foyer mère et fils. Elise apprend qu'elle est enceinte. Va-t-elle interrompre sa grossesse ? Veut-elle tourner la page ? Ou reconstruire une famille ? Marilyne Canto a donné un titre paradoxal à ce film si "féminin" et plutôt teinté d'optimisme en mettant une dose d'humour et de légèreté dans la vie parfois si difficile...  

"En finir avec Eddy Bellegueule"

Edouard Louis n'a que 21 ans et déjà connaît la renommée littéraire grâce à son roman autobiographique, "En finir avec Eddy Bellegueule", publié aux éditions du Seuil en janvier de cette année. Cette histoire pourrait se dérouler dans les années 50, ou avant mais, non, Edouard Louis raconte sa vie de jeune garçon dans la décennie 1990-2000, en Picardie, une région rurale loin des centres urbains. Il a un problème d'identité sexuelle, il se sent différent des autres garçons. Il n'aime pas le foot, n'est pas attiré par les filles. Son père s'exclame "Il est bizarre Eddy avec ses manières de tapette. Pourquoi il est comme ça ? Il fout la honte à toute la famille ! C'est un mec oui ou merde ? !" Ce garçon, pas comme les autres, fait pourtant des efforts surhumains pour correspondre à la conformité sexuelle. Il se répète devant la glace qu'il veut être un "dur", un macho comme son père, un homme violent et frustre. Il va même jouer à l'hétéro avec une fille du village pour faire taire les rumeurs sur sa "déviance". Ce roman tient plus du journal intime d'un jeune homme, victime de la plus grande bêtise des adultes de son entourage : sa mère se plaint sans cesse et râle, éructe sa vie misérable, son père est alcoolique et violent. Personne ne lui vient en aide, ni un ami, ni un réconfort dans sa famille. Edouard Louis décrit un milieu social défavorisé, replié sur des préjugés archaïques, homophobe et raciste. Le personnage n'a qu'une issue : fuir ce monde fermé et intolérant. Il s'inscrit à l'option théâtre du lycée et quitte son village pour la ville. Ce récit autobiographique, dur comme un diamant, plaide la cause indiscutable et universelle de la tolérance infinie envers ceux qui veulent vivre autrement, qui veulent vivre leur vie différente sans subir la bêtise et la haine de ceux qui n'acceptent pas la différence sexuelle. Quand je pense aux manifestations contre le mariage pour tous, il faudrait distribuer ce bel ouvrage pour leur dire : mais de quoi avez-vous peur ? Ce récit peut se lire comme un coup de colère salutaire contre l'idiotie, la misère intellectuelle, la non-éducation, l'intolérance... Un témoignage émouvant d'une actualité brûlante.

jeudi 27 février 2014

Rubrique cinéma

Je suis allée voir un "joli petit" film suisse, "Les Grandes Ondes" du réalisateur Lionel Baier avec Valérie Donzelli, Michel Willermoz et Patrick Lapp. Une équipe de journalises radiophoniques doit se rendre au Portugal pour rendre compte des subventions accordées à ce pays si pauvre. Nous sommes en 1974. La tension est à son comble entre la jeune journaliste ambitieuse et son collègue, proche de la retraite, et qui souffre de troubles de mémoire. Comme j'aime beaucoup le Portugal et que je me souviens bien des années 70, années de ma jeunesse, j'ai apprécié ce retour cinématographique sur une réalité historique quand les dictatures portugaise, espagnole et grecque régnaient au Sud de l'Europe. L'escapade au bord d'un Combi Wolswagen s'apparente à un road-movie où chaque protagoniste joue leur rôle avec un humour virtuose. Ils mènent leurs enquêtes à travers le pays quand ils apprennent que Lisbonne s'agite en ce jour du 24 avril. Ils vont couvrir le changement politique sans vraiment se rendre compte de sa portée historique. Le passage le plus intéressant du film montre la Révolution des Œillets de 74, une révolution fraternelle sans violence et sans victimes et qui va marquer notre époque contemporaine. Le Portugal se libère, viendra ensuite l'Espagne avec la mort de Franco, la Grèce, et la chute du mur de Berlin en 1989. Ainsi, la démocratie s'installe partout en Europe. Souvenons-nous des images célèbres des soldats portugais rejoignant le peuple avec des œillets au bout de leur fusil. Le réalisateur rend aussi hommage à la radio,  ce média si important à l'époque quand les reporters traquaient la vérité des événements avec un matériel à bandes, la préhistoire de la communication. J'aime bien ces films proches de l'artisanat artistique, sans prétention et sans gros moyens délirants. "Les Grandes Ondes" appartient à cette catégorie : un film modeste mais très attachant sur l'air du temps des... années 70.