lundi 21 janvier 2013

"Supplément à la vie de Barbara Loden"

Ce récit a reçu en 2012, le prix du Livre Inter, ce qui représente une réconnaissance certaine car le jury est composé de lecteurs(trices) extrêmement motivé(e)s. Son auteur, Nathalie Léger, a écrit deux autres récits : "Les vies silencieuses de Samuel Beckett" et "L'exposition", édités chez P.O.L. Ce récit évoque la comédienne et réalisatrice américaine Barbara Loden,  à la personnalité complexe qui fascine dans le sens "sidéral" du terme, Nathalie Léger. Il est aussi question du film "Wanda", film culte des années 60. La construction du récit semble mouvante et floue, effet "tremblé" du texte. Le style renforce cette recherche éperdue de l'auteur qui veut capter au plus profond, l'âme de Wanda, personnage fictif du film, et celle de Barbara Loden, la réalisatrice. Nathalie Léger insère au fil de cette quête sa propre vie et celle de sa mère. Ce récit est une tentative littéraire pour révéler les secrets du comportement singulier d'un certain type de femme, fuyant la réalité, l'ordre patriarcal, les contraintes de la vie familiale. Le sujet du livre reprend la thématique majeure du film et de la vie de Barbara Loden : comment vivre sa vie en étant une femme, surtout dans ces années 60 ? Wanda, Barbara, et bien d'autres femmes choisissent la dérive, la grande échappée. Je cite un passage du livre : "Barbara Loden, à travers Wanda, ne montre qu'une seule chose : une femme qui fait la femme à fond, non pas offerte, ni suave, ni fatale, ni ironique, puissante ou dangereuse, mais absente à elle-même, fuyante, ou cherchant à esquiver la contrainte, indifférente au mal, s'échappant, ou dissimulée, dissimulant sa peine et son refus, simulant pour s'échapper. Une femme à fond, une actrice." Cette phrase résume le sujet et donne un aperçu du style musical "durassien" de Nathalie Léger. Après la lecture, j'ai envie de visionner le film (il existe en format DVD) et j'accompagnerai l'écrivaine dans sa fascination absolue de Wanda et de Barbara, l'une fictive et l'autre réelle, qui finissent par former une seule entité féminine. Un livre d'une subtilité rare...

vendredi 18 janvier 2013

"Le Dormeur éveillé"

Je lisais ce "Dormeur éveillé" de J.-B. Pontalis quand j'ai appris sa mort sur Internet, me laissant incrédule. Cette coïncidence se vit rarement et même si on peut supposer que la vie peut s'interrompre à cet âge-là,  89 ans. La littérature ressemble à une planète d'Immortels et Pontalis nous accompagnait avec ses livres si singuliers. Je vous livre quelques repères biographiques, tirés de Wikipédia. Après des études de philosophie, il collabore à la revue Les Temps modernes, devient un ami de Sartre. Il devient professeur à Alexandrie (1948-1949), Nice (1949-1951) et Orléans (1951-1952). Il fait son entrée au CNRS et entreprend une analyse avec Lacan. En 1967, il écrit avec Laplanche un ouvrage très important, "Vocabulaire de la psychanalyse". Il devient éditeur et collaborateur dans le monde de la psychanalyse. Dans les années 80, il entre au comité de lecture des éditions Gallimard.  Son œuvre littéraire est très influencée par sa culture psychanalytique. En 1989, il crée la collection "L'un et l'autre" chez Gallimard. On peut trouver la liste de tous ses ouvrages dans le même article. (Un grand merci à cette encyclopédie gratuite et indispensable pour s'informer).
Quand j'ai terminé la lecture de cet essai, paru dans la très belle collection "Traits et portraits" en 2004, j'ai ressenti une grande admiration pour Jean-Bertrand Pontalis. Les chapitres courts et denses de cet ouvrage sont vraiment d'une finesse, d'une intelligence, d'une délicatesse, révélatrices de cette "imbrication" entre la littérature et la psychanalyse. Quand il parle d'une toile d'un peintre à Sienne, d'une visite à Venise, d'une amitié, d'une maison de famille, d'une rêverie, d'un songe, d'un écrivain, il nous offre des fragments de littérature qui se dégustent lentement en procurant un plaisir délicieux.
Je le cite : "Songes, rêves et rêveries dont naissent littérature, art et musique, si nous vous aimons à ce point, serait-ce parce que vous nous offrez une vie seconde et nous donnez pour un temps l'illusion de nous délivrer de la mort ?". Je pense que cette phrase résume la philosophie de J.-B. Pontalis, un très grand écrivain, trop méconnu du grand public...

jeudi 17 janvier 2013

"Exercices de survie"

Jorge Semprun a laissé un récit posthume, "Exercices de survie", paru chez Gallimard en  2012. J'ai tout lu de cet écrivain passionnant,  espagnol de naissance, français de cœur et allemand de culture. Ses expériences politiques, relatées dans ses écrits, prouvent son extrême courage et font de lui, un homme exceptionnel. Il s'engage à 20 ans dans la Résistance Il est arrêté et enfermé au camp de Buchenwald. Il est libéré en 45, travaille au Lutétia, l'hôtel qui a accueilli les Déportés. Puis, ce sera l'époque de la clandestinité en Espagne sous Franco au sein du Parti communiste. J'ai suivi dès lors ses engagements du côté de la Gauche, son œuvre littéraire, ses scénarios filmographiques et ses passages toujours intelligents dans les médias. Cet homme représente la culture européenne dans son excellence et ses luttes pour la liberté. Son dernier livre revient sur la période de la Résistance et de son enfermement à Buchenwald. Il évoque la torture en citant des compagnons qu'il a croisés pendant la Guerre à Paris et qui n'ont pas trahi malgré les sévices infligés au corps du torturé. La description de sa libération en 45 par deux Américains dans leur jeep découvrant cette horde dépenaillée des prisonniers est un des passages les plus marquants du récit. Jorge Semprun possède la science de la survie face à la torture potentielle, face à la cruauté des nazis SS dans le camp et même au-delà dans sa vie future. Dans une très belle introduction, Régis Debray salue en camarade le destin de Semprun le qualifiant ainsi : "L'homme portait les cicatrices d'un XXe siècle d'épouvante. Il en a épousé les ensorcellements et les désillusions, à bras le corps. Pareille densité de destin, peu de nos aînés auraient pu y prétendre." En 2012, quelques titres de son œuvre "Le Fer rouge de la mémoire" ont été réunis dans la collection "Quarto" de Gallimard. On peut donc lire avec admiration : "Le grand voyage", "L'évanouissement", "Quel beau dimanche", "L'écriture ou la vie", "Le mort qu'il faut". Peut-être que Jorge Semprun se retrouvera un jour prochain aux côtés de Milan Kundera dans la Pléiade... pour rentrer dans le Panthéon de la littérature et de la mémoire !

mardi 15 janvier 2013

"Tout autre, une confession"

J'avais lu une bonne critique de ce livre dans le "Monde des Livres" et j'avais donc envie de découvrir qui était François Meyronnis. Ce récit littéraire paraît dans la collection "L'Infini" chez Gallimard et si l'on éprouve une grande curiosité pour la littérature française, cet ouvrage est vraiment original et riche d'enseignement sur l'absolu littéraire. François Meyronnis est un ami de Philippe Sollers et de Yannick Haenel. Ils se retrouvent autour de la revue ambiteuse "Ligne de risque", touchant quelques milliers ou (centaines) de lecteurs(trices). Si j'ai bien compris le message initial du récit, il veut "dépoussiérer" la langue, inventer une conception "spirituelle" de la littérature, "désépuiser" le langage, les idées, renouveler le discours. Ce récit autobiographique ressemble à une prise de paroles rebelles, voire révolutionnaires. L'écrivain se vit en ermite social, refuse les conventions, les conformismes, les situations communes. Il se revendique avant tout comme un "anarchiste" de la littérature. Le lecteur(trice) va croiser des références littéraires, des pères spirituels comme Lautréamont et Rimbaud. Il évoque aussi la personnalité de  Bernard Lamarche-Vedal, écrivain incompris. Son credo réside dans le refus de toute société organisée et sa solitude ascétique, sa vérité d'homme voué exclusivement à l'écriture finissent par toucher le lecteur(trice) quelque peu songeur devant cet engagement total pour la littérature. J'ai surtout apprécié dans ce récit une langue française, travaillée comme un diamant, sans aucun maniérisme. Le style de François Meyronnis se rencontre rarement de nos jours... A découvrir, pour comprendre une des tendances littéraires d'aujourd'hui et pour la beauté du langage.

lundi 14 janvier 2013

"Le vieux roi en son exil"

Voici un récit bouleversant sur la maladie d'Alzheimer que tout lecteur(trice) peut lire sans appréhension. Arno Geiger, écrivain autrichien, écrit un portrait de son père, atteint de cette maladie du siècle. Le très beau titre "Le vieux roi en son exil" traduit l'aspect le plus implacable de la maladie : un exil sans retour, la mort de son identité, de son soi, de sa personnalité. La littérature nous réserve des découvertes essentielles pour mieux comprendre la réalité, si pénible soit-elle, et surtout nous préparer à vivre des expériences difficiles et souvent insoutenables. Qui n'a pas peur pour soi-même ou pour nos proches de la maladie d'Alzheimer ? Arno Geiger raconte la vie de son père, jeune soldat perdu dans la guerre, son unique expérience loin de sa maison. Il ne voudra plus s'éloigner de son village et deviendra un modeste employé de mairie. Médiocre mari, père distant, Arno Geiger ne magnifie pas l'existence terne de ce chef de famille, mais la démence qu'il subit lui fournit un statut de "héros" souffrant et combattif contre la perte totale de sa mémoire. La famille présente et les nombreuses infirmières ou aides ménagères très dévouées lui permettent de rester chez lui jusqu'au moment fatidique de son entrée dans une maison de retraite médicalisée. Loin d'être sombre et tragique, le récit comporte des moments loufoques sur le langage créatif du père. J'ai rarement lu un livre aussi lucide et vrai sur un lien de famille pourtant ténu et fragilisé par la maladie. Ce récit est donc un hommage pour un père absent par la pensée et présent physiquement. Ce livre délivre un message d'espoir : toute vie humaine même en "lambeaux" détient sa propre dignité et mérite une attention profonde. Un récit qui donne toutes ses lettres de noblesse à une littérature de témoignage pour sauvegarder des traces de vie, la vie de ce "vieux roi en son exil"...

vendredi 11 janvier 2013

Atelier d'écriture, suite

Le deuxième exercice que Mylène nous avait préparé devait se baser sur une anaphore. Elle a lu quelques extraits d'un ouvrage de Joe Brainard "I remember" dans la collection Babel d'Actes Sud. Georges Perec s'était inspiré de cet écrivain américain dans le célèbrissime "Je me souviens". Voilà mon texte écrit à partir de ma passion des livres :
"Je me souviens de ma maladie à l'âge de douze ans quand je suis restée à la maison. Ma mère, si attentive et si généreuse, m'achetait des livres que j'ai dévorés et ce repos obligé m'a ouvert l'univers magique de la littérature.
Je me souviens de mes études de lettres à Pau et de la bibliothèque de quartier qui me servait de refuge.
Je me souviens de ma vie de libraire au Pays basque à l'époque bénie de l'utopie politique, des luttes féministes, des belles rencontres avec les amoureux des livres.
Je me souviens de "mes" bibliothèques municipales, des milliers de lecteurs rencontrés, des milliers de livres empruntés, des milliers de sourires échangés.
Je me souviens de tous les enfants qui se jettaient sur les tapis pour lire BD et albums.
Je me souviens des lectrices qui me livraient leurs confidences comme à un curé de campagne.
Je me souviens de mon enthousiasme à piloter ces bibliothèques, vaisseaux de culture, paquebots de livres.
Je me souviens du Général de Gaulle qui rêvait d'un poste de bibliothécaire.
Je  me souviens de la chance que j'ai eue de travailler dans ces espaces dédiés à la lecture."
Dans ce genre d'exercice, il vaut mieux choisir des souvenirs d'enfance, un thème, un lieu ou une période donnée comme je l'ai fait avec ma relation essentielle à la lecture.
Ce premier atelier s'est donc terminé par la lecture de nombreux textes de très grande qualité...

jeudi 10 janvier 2013

Atelier d'écriture

Pour ce premier atelier de l'année, ce mardi 8 janvier, nous étions motivées pour reprendre cette belle et bonne activité, un exercice "spirituel" comme le prônaient les philosophes de l'Antiquité, toute modestie mise à part... Mylène a proposé deux exercices courts car nous avons amicalement partagé la galette pour fêter la nouvelle année 2013.
Mylène nous a lu un poème de Guillevic extrait du recueil "Présent" que je cite :
"En ce jour de l'an,
je sens le temps
tailler ses crayons

Pour quel usage ?"

La consigne devait comporter la même phrase et constituer un portait chinois de la nouvelle année.
Voilà mon texte :
Si 2013 était un paysage,
ce serait une plage océanique avec des vagues immenses et blanches.
Si 2013 était un voyage,
ce serait des promenades dans des ruines romaines ou grecques pour sentir le temps passer.
Si 2013 était une composition musicale,
ce serait écouter à l'infini toutes les cantates de Bach.
Si 2013 était une nouvelle invention,
ce serait un vaccin contre la bêtise et l'ignorance.
Si 2013 était une œuvre d'art,
ce serait une visite au Musée de Dijon pour voir les toiles de Vieira da Silva.
Si 2013 était un lieu chargé d'histoire,
ce serait Rome, le Colisée, les places, les fontaines, les musées.
Si 2013 était un voeu
ce serait une année meilleure...

Demain, la suite de l'atelier.