mardi 22 octobre 2024

Atelier Littérature, 3

 Après notre séance "psychanalyse", nous avons évoqué les coups de coeur du mois. Annette a parlé d'un très bon roman, "Les guerriers de l'hiver" d'Oliver Norek, publié chez Michel Lafon. Ce roman historique évoque l'invasion de la Finlande par l'Union soviétique le 30 novembre 1939. Le personnage principal, Simo Häyhä, apprend le tir de précision à la chasse avec son père. Ce jeune homme est appelé à la guerre d'hiver où il se retrouve face à une armée gigantesque. Les Finlandais possèdent peu de matériels (pas de tanks, de canons, d'avions). Simo et ses amis vont défendre leur territoire avec une motivation patriotique que les soldats russes ne semblent pas éprouver. Ces soldats héroiques détenaient le Sisu : "Le Sisu est l'âme de la Finlande. Il dit le courage, la force intérieure, la tenacité, la résistance, la détermination. Une vie austère, dans un environnement hostile, a forgé leur mental d'un acier qui nous résiste aujourd'hui". Ce roman a été sélectionné pour les prix littéraires de novembre. Les lecteurs, fidèles de l'écrivain, ont évidemment plébescité son dernier roman. Pascale a choisi comme coup de coeur un roman d'Anna Seghers (1900-1983), "La Septième Croix", publié en 1942 et disponible en Poche. Dans les années 1930, sept opposants au nazisme s'enfuient d'un camp. Un formidable appareil policier est mis en branle pour les retrouver et sept croix sont dressées. Combien de fugitifs seront capturés ? Il faut découvrir ce roman sur la montée du totalitarisme nazi, écrit par une écrivaine allemande, membre du Parti communiste de son pays. Elle s'est exilée en France et au Mexique. Elle retourne à Berlin en 1947. Geneviève a évoqué son dernier coup de coeur, "Le Magicien", formidable biographie romanesque sur l'écrivain allemand, Thomas Mann. Le biographe se nomme Colm Toibin, grand écrivain irlandais. Odile a choisi "Houris" de Kamel Daoud. Elle a analysé le roman qui se déroule dans une Algérie des années 90 où la guerre civile a provoqué des milliers de victimes. Nous avions déjà parlé de ce livre en septembre. Il figure dans les listes des prix littéraires et obtiendra peut-être le Graal, le prix Goncourt ! Nous nous retrouverons le jeudi 21 novembre à la Base pour Paul Auster et pour les coups de coeur que j'espère plus nombreux... 

lundi 21 octobre 2024

Atelier Littérature, 2

 Pascale et Régine ont lu le même ouvrage, "Sigmund Freud : La guérison par l'esprit" de Stefan Zweig, publié en 1932 et disponible en 2010 en Livre de Poche. Elles ont été unanimes pour déclarer que cet essai les avait vraiment intéressées tant l'écrivain autrichien raconte avec son talent indiscutable l'aventure de la psychanalyse et celle de son fondateur originel, Sigmund Freud. Ces deux intellectuels fondamentaux partagaient des passions communes : la littérature, la psychologie, Vienne, leur culture juive. Ces deux hommes se complétaient à merveille : l'un, Freud, admirait la créativité littéraire de Zweig, et l'autre éprouvait une fascination envers son ami savant. Ils s'écrivaient des centaines de lettres et l'écrivain autrichien a prononcé l'éloge funèbre de Freud à Londres. Cet ouvrage pédagogique dans le bon sens du terme précise avec une grande clarté la valeur et la portée de l'oeuvre freudienne. Nos deux lectrices ont apprécié ce livre très bien écrit qui définit les clés essentielles sur l'homme Freud et sa théorie. Mais, avec Zweig, on peut s'attendre à une extension de sa réflexion sur les pouvoirs de la pensée, sur l'esprit de l'époque avec ses doutes et ses espoirs. Ils ont fui tous les deux la folie meurtrière du nazisme en s'exilant, l'un à Londres, l'autre au Brésil. L'écrivain est le plus grand témoin complice de l'oeuvre freudienne avec la découverte de l'Inconscient, du rôle révélateur des rêves, de la sexualité, de l'agressivité, pulsion de mort. Stefan Zweig apporte aussi une touche philosophique quand il décrit "l'antagonisme entre la civilisation et l'instinct". S'il n'y a qu'un livre à lire sur le génie de Freud, il faut choisir celui-ci ! Régine a aussi découvert "Panique" de Lydia Flem. L'écrivaine psychanalyste définit ce moment, la panique, comme un "coup de fouet. Elle jette à l'écart de soi, loin des mots, de la raison, hors du sens. Les sentiments n'existent plus, elle occupe toute la place. Nue comme le fil d'une lame. (...) C'est un écartèlement de tout l'être, une dépossession de soi, la sensation d'une mort imminente". Le texte relate des exemples de panique dans une journée mais malgré l'intérêt de ce sujet, notre amie lectrice n'a pas ressenti une adhésion totale à cette "Panique", publié en 2014. Certains titres ont été choisis, d'autres n'ont pas attiré l'intérêt des lectrices. Mais, j'ai voulu mettre à l'honneur la relation profonde entre la littérature et la psychanalyse, deux phénomènes essentiels pour sonder notre "âme" ! 

vendredi 18 octobre 2024

Atelier Littérature, 1

Le jeudi 17 octobre, nous étions autour d'une table à la Base du centre Malraux pour parler "littérature et psychanalyse". Odile et Agnès ont choisi "Le Détective de Freud" d'Olivier Barde-Capuçon, publié en 2010. Nos deux lectrices ont beaucoup apprécié ce roman "freudien" qui se passe à Paris en 1911. Le docteur du Barrail est missionné par Freud lui-même pour enquêter sur la mort mystérieuse d'un confrère. Aidé par Max Engel, un drôle de détective marxiste et Carl Jung, le jeune homme sonde les esprits, surtout les trois femmes de l'entourage du disparu. Ces troublantes héroïnes jouent un rôle majeur. Odile et Agnès ont surtout aimé l'arrière-plan historique de la Belle Epoque et de l'apparition d'une nouvelle science humaine, la psychanalyse. Un très bon roman divertissant,  classé comme un roman noir dans la collection Babel d'Actes Sud. Une porte d'entrée originale et ludique pour comprendre l'univers de la psychanalyse. Geneviève a commenté le roman de Sarah Chiche, "Saturne", publié en 2021 en livre de poche. Ce texte autofictionnel, imbibé de psychanalyse, raconte la famille de la narratrice. Harry, son père, meurt à 34 ans dans des circontances tragiques. Issu d'une grande lignée de médecins contraints à l'exil au moment de l'indépendance de l'Algérie, Harry et son frère, Armand, ont bâti un empire médical en France. Mais, la passion de Harry pour une femme à la beauté "incendiaire", fera voler en éclats cette famille et leur empire économique. Comme le soulignait Geneviève, ce roman particulier se lit bien mais au fond, sans un intérêt profond. Véronique a lu "La petite robe de Paul" de Philippe Grimbert, publié en 2001 chez Grasset. Paul, la cinquantaine, marié, achète une petite robe blanche qu'il a aperçue dans une vitrine. Cette acquisition compulsive va entraîner une déflagration dans ce couple. Il la cache dans son placard sous un costume. Sa femme voulant donner des vieux vêtements découvre alors cette petite robe. Elle se pose mille questions sur cette robe. A-t-il une deuxième vie ? Un enfant caché ? Cet achat mystèrieux fissure l'harmonie du couple les précipitant au bord du gouffre. On ne peut pas vivre avec les mensonges, des secrets cachés, des souffrances refoulées, semble dire l'écrivain psychanalyste. Ce couple va revivre les moments les plus douloureux de leur existence pour retrouver un équilibre serein. (La suite, lundi)

mardi 8 octobre 2024

"Avant", Jean-Bertrand Pontalis

 Psychanalyste réputé et écrivain, Jean-Bertrand Pontalis (1924-2013) possède un art incroyable de mettre à la portée des lecteurs-lectrices la psychanalyse sans jargon spécialisé et sans ostentation. Son style d'une simplicité raffinée se confirme dans cet ouvrage, "Avant", publié en 2012. Ce recueil de textes parfois hétéroclites pose la question existentielle du temps, de son passage inéluctable : "Quand il nous arrive de dire, "c'était mieux avant", sommes-nous des passéistes en proie à la nostalgie d'une enfance lointaine, d'une jeunesse révolue, d'une époque antérieure à la nôtre où nous avons l'illusion qu'il faisait bon vivre ? A moins que cet avant ne soit un hors-temps échappant au temps des horloges et des calendriers. Je me refuse à découper le temps. Nous avons, j'ai tous les âges". Cette citation résume la démarche de l'écrivain, une démarche intime, intérieure, hors d'une temporalité tyrannique. Chacun d'entre nous songe souvent à son enfance mythique, à sa jeunesse insouciante et le psychanalyste parle de "l'infans" en nous, "cet être d'avant le langage", ce passé inconnu, la plage de l'inconscient. Le premier chapitre intitulé, "Avant", rappelle le texte fabuleux de Georges Perec, "Je me souviens". Le rôle de la mémoire sélective joue une partition essentielle dans notre vie psychique. Il revendique la méthode du fragment dans ses écrits divers. Ses références littéraires et philosophiques représentent un régal de l'esprit, de Roland Barthes à Proust, de Georges Perec à Borges, de Rousseau à Chateaubriand. Un des passages les plus intéressants concerne ce phénomène de la mémoire que le psychanalyse définit comme un "inconscient" : "L'Inconscient ne devrait-il pas s'appeler Mémoire ? Une Mémoire Zeilos, hors-temps, (...) indifférente au calendrier. Et la cure psychanalytique qui, via le transfert, ne cesse d'entremêler le passé et le présent, serait-elle autre chose qu'un dévoilement progressif, qu'une aléthéia, la levée du voile de Léthé, l'oubli ? Une magie lente, disait Freud". Car, le nom de Freud revient souvent sous la plume enchantée de Pontalis. Des articles m'ont particulièrement intéressée notamment sur Ulysse, sur le peintre Caspar David Friedrich, sur une nouvelle de Balzac. Evidemment, il est question aussi de la culture psychanalytique quand il cite Lacan, Winnicott, Breuer, etc. Ce texte patchwork, tissé de souvenirs, d'aphorismes, de références, se lit sans difficultés. J.-B. Pontalis, un médiateur idéal de la psychanalyse et de la littérature que j'ai choisi dans ma liste pour l'Atelier d'octobre. 

lundi 7 octobre 2024

"La Vie des spectres", Patrice Jean

 Patrice Jean, un écrivain talentueux, vient de publier son dernier roman, "La vie des spectres", publié au Cherche Midi. Quand je lis du "Patrice Jean", je sais que je rentre dans le domaine du grinçant, de l'ironie, d'un certain désarroi, et surtout du politiquement incorrect. Le regard impitoyable de l'auteur me fait souvent sourire. Son héros principal, Jean Dulac, travaille pour un journal local dans sa ville de Nantes. Il était chargé des critiques de théâtre et son rédacteur en chef lui demande de réaliser des portraits de personnalités locales. L'humour dévastateur de l'auteur se niche dans ces articles loufoques. Jean renacle devant tant de mauvaise foi des personnalités superficielles qu'il rencontre. Son "mauvais esprit" se manifeste dans un article qu'il écrit sur une surveillante, victime de clichés sensibles sur les réseaux sociaux. Des lycéens dont son fils ont diffusé ces photos. Comme cet homme persiste dans un esprit critique corrosif, sa femme et son fils le boycottent et lui demandent de quitter le foyer familial. Le voilà un peu dépité de se retrouver isolé de tous tellement il ne colle plus au consensus général, celui de la bienveillance fraternelle. Il loge dans un ancien appartement de sa mère et il finit par dialoguer avec un ami disparu. Ce héros découvre la bêtise environnante, surtout celle d'une jeunesse en pleine dérive, dogmatique et intolérante, refusant la moindre autorité. Ce romantique désabusé fait penser à l'univers de Houellebecq ou à celui de Flaubert, le grand pourfendeur de l'hypocrisie sociale, de la médiocrité des élites, de la lâcheté collective. Jean Dulac sera exclu de la société, car il refuse de "jouer le jeu". Dans un précedent roman, "L'Homme surnuméraire", il imaginait un jeune homme embauché pour réécrire les classiques de la littérature française pour supprimer les passages offensants pour les minorités. Patrice Jean est un écrivain en colère contre le conformisme social, les faux semblants, la bêtise des réseaux sociaux, le narcissisme triomphant. Evidemment, il ne rayonne pas d'optimisme quand il dénonce avec humour les travers d'une société en crise morale et politique. Il ressemble à Milan Kundera pour qui les "notions de droite ou de gauche lui sont parfaitement étrangères. Seule compte la littérature".  Patrice Jean écrit dans son roman : "Existe-t-il un seul être humain, depuis l'ère quaternaire, qui ait mesuré, dans toute sa vérité, le degré d'indifférence dont il était universellement l'objet ?". J'ai pensé à une filiation littéraire car son père spirituel ressemblerait à Marcel Aymé, sarcastique, ironique sur les travers inévitables de la société contemporaine. A découvrir. 

samedi 5 octobre 2024

Découverte de la grotte d'el Castillo, une expérience unique

J'ai évoqué les grottes d'Altamira et j'ai eu la chance d'en visiter une, une vraie, une authentique, celle d'El Castillo, située à Puente Viesgo, à quelques kilomètres de Santillana del Mar, inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco en 2008 au sein d'un ensemble appélé "Grotte d'Altamira et art pariétal paléolithique du Nord de l'Espagne". J'avais réservé mes places cet été deux mois à l'avance pour la visiter avec un guide spécialisé. C'est la première fois de ma vie que je voyais devant mes yeux ébahis l'art du Paléolithique supérieur. Découverte en 1903, étudiée par Henri Breuil, la datation des peintures pariétales remontent à plus de 40 000 ans, les plus anciennes en Europe ! Mon rendez-vous était fixé à 13H et la visite a duré une heure. Sur 759 mètres, j'ai suivi mon guide qui nous a prévenus que le sol était ultra glissant. J'avançais donc avec une extrême prudence, en suivant le halo lumineux de la lampe torche du guide. Je me disais que j'allais à la rencontre de nos plus lointains ancêtres qui avaient habité cet espace pourtant glacial et d'une obscurité totale. Pour avoir de la lumière, ils restaient devant la grotte et quand certains d'entre eux s'éloignaient dans la grotte, ils utilisaient des "chandelles végétales". Avant d'atteindre les quelques traces artistiques, je remarquais la forme de la grotte, pourvue de stalactites, de stalagmites, de colonnes. C'était déjà un spectacle de sculptures naturelles datant de quelques millions d'années. Le guide a ensuite éclairé les mains négatives sur une paroi en nous expliquant la façon dont elles étaient déposées sur la roche. Les artistes n'étaient pas des hommes comme on le pense souvent par préjugés culturels. Les femmes marquaient leur présence dans ces espaces secrets. Et personne ne sait ce que signifiaient ces traces : un rite magique, un calcul, une marque de propriété ? J'admirais ces mains comme les premiers tableaux de l'art humain. Plus loin, le guide a révélé un bison, puis un auroch, d'autres mains et ces traces m'enchantaient ! Je pensais à Jules Verne et à son roman "Voyage au centre de la terre"... J'ai vraiment ressenti une grande émotion devant ces oeuvres si anonymes, si simples, si symboliques ! Cela valait le déplacement même en passant une heure dans le froid, l'humidité, en marchant sur un sol glissant au risque d'une chute ! Je m'en souviendrai longtemps de ces mains qui me parlaient de ces lointains, très lointains ancêtres, si proches de nous, pourtant. Une visite inoubliable ! 

vendredi 4 octobre 2024

Escapade à Santillana del Mar

 Après Santander, je suis partie à Santillana del Mar, une petite cité médiévale que notre écrivain national, Jean-Paul Sartre, a qualifié de "la plus jolie ville espagnole" dans "La Nausée". Avec Simone de Beauvoir, il voyageait beaucoup mais je n'ai trouvé aucune trace de leur passage à Santillana ! J'ai bénéficié d'une belle éclaircie dès le matin pour déambuler dans les rues pavées de la commune. Placettes, maisons à balcons, boutiques anciennes, palais, toute l'architecture romane se déploie avec un respect total pour son passé. Le nom de la cité vient de Santa Juliana dont les reliques sont conservées dans la collégiale de la ville, le monument le plus emblématique datant du XIIe siècle. La Colégiale se compose d'une église, d'un cloître et d'un musée diocésain témoignant de l'art médiéval en Espagne. Le cloître est particulièrement splendide avec ses colonnes doubles et ses chapiteaux finement sculptés de motifs géométriques et figuratifs. Dans l'église, un rétable polychrome composé de tableaux et de figurines embellit l'espace. Le sarcophage de Santa Juliana trône au milieu de l'allée centrale. J'ai aussi visité un musée d'un sculpteur espagnol, José Otéro, peu connu en France mais une gloire locale en Espagne. Je savais que Santillana del Mar remontait à la Préhistoire avec la présence des grottes d'Altamira, célèbres pour leurs peintures rupestres du Paléolithique supérieur. Baptisées souvent de  "Chapelle Sixtine de l'art", elles ont été découvertes à la fin du XIXe. Evidemment, comme la grotte de Lascaux, les visiteurs se contentent d'une grotte en fac-similé, assez spectaculaire au demeurant. Des bisons et des chevaux ornent les parois. Mais, selon le philosophe Walter Benjamin, il manquait à ce décor reconstitué la notion d'aura, l'aura d'une oeuvre d'art, son "hic et nunc", son "ici et maintenant". Le philosophe évoque l'aura comme "l'unique apparition d'un lointain si proche". Seules, deux cents personnes par an, tirées au sort, peuvent visiter la vraie grotte ! Heureusement, le musée d'Altamira présente des pièces authentiques : os gravés, flèches et silex, figurines féminines, etc. La vie quotidienne des Homo sapiens est relatée d'une façon ludique pour ne pas "ennuyer" les visiteurs. Après l'étape d'Altamura, j'ai retrouvé l'océan à Suances, petite station balnéaire, située au pied d'immenses falaises, un vrai repaire de surfeurs. La playa des Locos, la plage des fous, a conservé un aspect sauvage, rare de nos jours. (La suite, demain)