Annette a évoqué deux coups de cœur : "Monstres fabuleux" d'Alberto Manguel et "Tout ce que l'on ne te dira pas, Mongo" de Dany Laferrière. Dans le premier ouvrage, l'écrivain argentin nous invite à retrouver les plus légendaires personnages de la littérature mondiale : de Dracula à Faust, de Robinson Crusoé, de Superman à Quasimodo, et bien d'autres héros inoubliables. Ces personnages "débordent de leurs livres pour nous guider sur le chemin de la vie". L'érudit Manguel se lit toujours avec un plaisir certain. Dans le deuxième coup de cœur, Dany Laferrière tente de répondre à un jeune homme qui vient de débarquer à Montréal. Il parle d'insertion, d'assimilation pour comprendre les codes sociaux et se confie sur ses quarante années passées au Québec. L'écrivain rend hommage au Canada dans cette belle lettre d'amour. Odile a beaucoup apprécié une autobiographie très littéraire d'Hector Bianciotti (1930-2012), "Ce que la nuit raconte au jour", publiée chez Grasset en 1992. La famille du jeune Hector d'origine piémontaise émigre en Argentine pour défricher un coin de terre et cet enfant promis aux travaux des champs saisit la seule chance d'échapper à ce sort : partir au séminaire où il découvre les amitiés particulières, la musique, les livres et la culture, en particulier la langue française. Sous la dictature de Péron, son meilleur ami qui était un mouchard haut placé, voulait se faire pardonner et offre à Hector un billet de bateau pour venir en France. Ce grand Académicien raconte son destin dans une langue superbement classique. A découvrir ou à relire. Cet écrivain oublié méritait vraiment de revenir dans nos mémoires. Chantal, notre nouvelle recrue, a parlé d'un poète qu'elle aime beaucoup : Jean-Paul Siméon. J'ai retenu cette phrase sur sa poésie ; "La force des mots de ce poète représente un antidote à toute forme de contamination de quelque virus que ce soit". Brigitte a choisi Richard Colasse, "La trace", publié dans la collection Points. Devenu PDG d'une entreprise prestigieuse au Japon, il raconte sa vie, son couple, son quotidien et révèle une trahison intime, celle d'un amour oublié. Régine a beaucoup aimé le premier roman aux accents autobiographiques d'Eta Rum, "Le silence d'Isra". La jeune Isra, Palestienne d'origine, est mariée de force à 18 ans et part à Brooklyn où vit son époux. Elle pense trouver une vie meilleure mais affronte le pire en restant cloîtrée chez elle. Elle donne "malheureusement" donné naissance à des filles dont la fougueuse Deya qui ne veut pas subir le sort de sa mère. L'écrivaine porte un regard sur les conflits intérieurs des femmes musulmanes prises en étau entre aspirations et traditions.
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
vendredi 16 octobre 2020
jeudi 15 octobre 2020
Atelier Lectures, 1
Aujourd'hui, ce jeudi 15 octobre, l'atelier Lectures a démarré sa saison au sein de la Maison de Quartier du Centre Ville à Chambéry après trois mois d'interruption. Malgré la crise sanitaire, nous avons la satisfaction de disposer d'une grande salle nommée Fraternité... Masque sur le visage, nettoyage des chaises après la séance, les gestes recommandés sont respectés à la lettre. Les participantes, fidèles et motivées, ont accueilli deux nouvelles recrues, Brigitte et Chantal. J'ai décliné les rendez-vous de l'année, souvent le troisième jeudi du mois et précisé le tempo de la séance : coups de cœur dans la première séquence et ensuite, commentaires sur les ouvrages conseillés. Geneviève a commencé les coups de cœur avec le roman de Leila Slimani, "Au pays des autres", publié chez Gallimard. En 1944, Mathilde, une jeune Alsacienne, tombe amoureuse d'Amine, un Marocain combattant dans l'armée française. Elle se marie avec lui et part vivre au Maroc, à Meknès où le système social de ségrégation s'applique. Il récupère ses terres et vit difficilement avec sa famille. Mathilde s'adapte mal au climat moral rigoriste et Amine se sent tiraillé entre deux cultures. Les deux petites filles du couple sont élevées par les Sœurs avec les enfants des colons. La fin du roman évoque la fin de la colonisation en 1956 quand ses terres sont brûlées dans un acte de violence inouïe. Cette saga romanesque et historique a emballé la critique et le public. L'écrivaine franco-marocaine va écrire la suite avec deux volumes supplémentaires. Sylvie a présenté un roman venu du Vietnam, "Terre des oublis" de Duong Thu Huong. Mien, une jeune femme, retrouve son premier mari après quatorze ans d'absence. Elle le croyait mort en héros à la guerre. Entretemps, Mien a épousé un riche propriétaire terrien avec qui elle a un enfant. Mais, la communauté l'oblige à retourner vivre avec le premier mari... Un roman prenant et passionnant selon Sylvie. Mylène a évoqué "Un garçon sur le pas de la porte" d'Anne Tyler. Micah, un homme de 40 ans, vit une existence tranquille à Baltimore. Un jour, il trouve sur le pas de sa porte un jeune adolescent fugueur. Ce garçon lui annonce qu'il est son père biologique. Pour un homme routinier, cet événement va transformer ses habitudes... Anne Tyler, écrivaine américaine, décrit trés bien les crises familiales avec un esprit piquant et irrésistible. Véronique a présenté son dernier coup de cœur, "L'énigme de la chambre 622" de Joël Dicker. Un soir de décembre, un meurtre a lieu au Palace de Verbier dans les Alpes suisses. L'enquête n'aboutira pas et au début de l'été 2018, un écrivain se rend dans ce même hôtel et il se retrouve plongé dans cette affaire. La critique n'a pas apprécié ce livre mais son public l'a encore suivi avec une certaine ferveur. La suite, demain.
mardi 13 octobre 2020
"Le Grand Vertige"
Dans les nouveautés de la rentrée, j'ai lu récemment "Le Grand Vertige" de Pierre Ducrozet, édité chez Actes sud. Ce roman ambitieux et symphonique raconte notre monde contemporain d'un point de vue écologique et pose la question angoissante : comment agir face à la dégradation entropique ? Comment réparer la planète abîmée ? Notre planète souffre et on ne fait rien. Pierre Ducrozet dans un article du Monde des Livres est défini ainsi : "A presque 40 ans, il est l'un des écrivains les plus attentifs aux bouleversements scientifiques et éthiques du monde contemporain. Sa façon de toujours envisager ses personnages en interaction avec le cours du monde, dans lequel ils trouvent aussi bien des limitations que de nouvelles perspectives, hisse ce qui pourrait n'être qu'une écriture dans l'air du temps à la hauteur des romans les plus ambitieux et les plus pénétrants". Le personnage central s'appelle Adam Thobias. Ce chercheur original alerte depuis quarante ans les médias pour dénoncer l'effondrement futur des sociétés qui sera provoqué par le réchauffement climatique. Il est qualifié de "savant fou, de génie, ou de charlatan, de clown". Cet icône de la lutte écologique passe à l'action en réunissant des grands spécialistes comme des géographes, des scientifiques, des anthropologues et des voyageurs" qui composent une "Commission internationale sur le changement climatique et pour un nouveau contrat naturel". Ce réseau "Télémaque" est chargé d'imaginer comment sortir de la crise. Ces aventuriers de l'écologie partent sur tous les fronts : de l'Himalaya à Nairobi, l'Arabie saoudite, la Birmanie, l'Australie et les capitales asiatiques. Cinq personnages se détachent des autres : Nathan, Mina, Arthur, Chloé et June. L'un d'eux, Nathan, star de la microbiologie, cherche une plante miraculeuse qui fournirait de l'énergie sans pollution. Ils parcourent la planète pour montrer les dégâts effroyables de l'activité industrielle : pétrole, gaz, agriculture intensive, etc. Le lecteur peut s'accrocher à ces jeunes utopistes qui donnent un peu de romanesque à ce roman discursif et savant. Adam Thobias va finir par se retirer dans une partie du monde inaccessible et ce retrait choisi sonne le glas d'une utopie ultra minoritaire. Pierre Ducrozet brasse de nombreux thèmes de l'écologie, de la mondialisation, de la collapsologie, du capitalisme sauvage, des guerres économiques, du gaspillage. Roman complexe, roman moderne, ce texte emporte le lecteur dans un tourbillon de voyages, de missions, de périples autour du monde, ce monde bien inquiétant... Un nouveau genre littéraire est né avec Pierre Ducrozet.
lundi 12 octobre 2020
Escapade à Paris, 6
Il me restait la matinée de vendredi pour profiter de mon séjour à Paris car je devais reprendre mon TGV vers 15 heures. J'ai choisi tout simplement de revoir les collections italiennes du Louvre dès son ouverture. D'habitude, quand on n'a pas eu le temps de réserver les billets, on attend parfois de longues minutes ou des heures pour se les procurer. Ce jour-là, personne aux caisses et même l'employée était ravie de nous vendre les entrées. Revisiter une aile du Louvre dans ces conditions optimales me semblait une opportunité à saisir et c'est avec un plaisir immense que j'ai revu la peinture italienne et la sculpture européenne. J'ai songé à l'exposition de Leonard de Vinci qui avait attiré un million de visiteurs, le record absolu pour le Musée du Louvre après celle de Delacroix en 2018. Je n'avais pas eu le temps de contempler les toiles exposées et je les ai revues sans aucune gêne. La salle où La Joconde attend ses admirateurs était quasi déserte. Les autres toiles de Léonard localisées dans la Grande Galerie devaient se sentir bien seules. J'ai donc apprécié ce moment d'intimité avec l'un des peintres les plus fascinants de la péninsule italienne. Et, j'ai revu Arcimboldo et ses saisons, le divin Raphaël, Paolo Uccelo, Piero della Francesca, Messina, Mantegna, Bellini, Caravage et bien d'autres. Ce grand bain dans l'art italien m'a consolée de deux escapades annulées à cause du Covid, l'une à Rome et l'autre en Sicile où je devais revoir Syracuse. Déambuler dans cet immense institution sans son public de touristes (en particulier venus d'Asie) représente une aubaine exceptionnelle. Le public habituel reviendra certainement à la fin de la crise sanitaire. Il faut vraiment repenser à l'avenir, les flux de visiteurs avec des quotas comme l'impose la crise sanitaire. J'ai terminé la visite dans la boutique de souvenirs du Louvre, chic et de qualité. J'ai même ramené une pyramide miniature en verre que j'ai intégrée dans mon "cabinet de curiosités" où j'accumule des petits objets d'art de mes visites "muséales" à travers l'Europe. J'ai donc terminé mon séjour parisien au Louvre et dans le Jardin des Tuileries, toujours aussi majestueux et magnifique. Musées, expositions, librairies, concert de Philippe Jaroussky, ma rencontre avec Pascal Quignard, j'ai joué à l'écureuil en accumulant des provisions de beauté, d'art et de musique en quatre jours ! Comme la situation sanitaire se dégrade dans les grandes métropoles, je peux rester à l'abri, en "hivernage" avec toutes ces belles rencontres culturelles et artistiques. Je sais déjà que je reprendrai le TGV au printemps prochain pour humer de nouveau le parfum culturel de notre capitale à trois heures de la Savoie...
vendredi 9 octobre 2020
Escapade à Paris, 5
Le jeudi, le Musée Marmottan-Monet m'attendait pour une exposition reprogrammée à la rentrée, "Cézanne et les maîtres. Rêve d'Italie". Le peintre n'a jamais voyagé en Italie et pourtant, il connaît son art grâce au Louvre et aux livres. Le but de cette mise en scène est de mettre en parallèle un tableau d'un maître italien (dont Tintoret, Bassano) et une œuvre de Cézanne. On retrouve la célèbre Montagne Sainte-Victoire, Pastorale et des natures mortes diverses. D'autres artistes italiens tels que Boccioni, Carra, Morandi, complètent l'exposition pour montrer l'influence de Cézanne sur les jeunes générations d'artistes italiens qui ont abandonné les sujets religieux et mythologiques au profit des paysages, des natures mortes, des personnages profanes. J'ai remarqué une magnifique et saisissante "Vanité" de Cézanne que je ne connaissais pas. Après Cézanne, j'ai repris mon parcours artistique avec William Turner au Musée Jacquemart-André. Ce beau et charmant musée présente le peintre anglais du 26 mai au 11 janvier 2021. J'ai tout de suite constaté beaucoup plus de visiteurs attirés par la réputation bien établie de son génie coloriste avec l'exploitation des effets de lumière et de transparence. Les toiles sur Venise ont bien capté mon attention mais ses aquarelles m'ont semblé un peu fades. Je préfère de loin les tableaux peints à l'huile. En fait, le musée expose une soixantaine d'aquarelles et une dizaine de tableaux. Cet hôtel particulier du XIXe transformé en musée au début du XXe possède une belle collection de peintures italiennes : Carpaccio, Bellini, Mantegna, Uccelo et même un Botticelli. J'avais vu en novembre dernier la collection Alana dont je garde un merveilleux souvenir. J'ai ensuite passé mon après-midi dans un lieu magnifique : le Musée Rodin. Le ciel gris s'est mis au bleu dès que je suis arrivée dans la rue de Varenne. J'aurais pu croiser le Premier Ministre qui habite juste à côté... Les principales sculptures monumentales se situent dans le parc d'une superficie de 3 hectares. J'étais encore seule dans cet espace pour déambuler afin d'admirer le "Penseur", "Les Bourgeois de Calais", "La Porte de l'Enfer"... A l'intérieur du musée, on suit la créativité de Rodin sur le plan chronologique : ses années de formation, sa vie en Belgique, les plâtres de ses commandes et au premier étage, la collection de peintures et des œuvres antiques, des sculptures de Camille Claudel et les siennes. Le sculpteur avait loué cet hôtel particulier et occupait quatre pièces du rez-de-chaussée. Ce lieu possède une âme, l'âme de Rodin, certainement... J'ai terminé ma journée avec un concert de musique au Théâtre des Champs-Elysées pour écouter Philippe Jaroussky, Emoke Barath, Lucile Richardot et Emiliano Gonzalez Toro. Ils interprétaient des extraits d'opéra de Vivaldi. Un moment magique, un moment de rêve avec la musique enchantée du "Rouquin de Venise". Nous étions un bon millier de spectateurs séparés par des fauteuils vides. Le chef d'orchestre, Julien Chauvin, et sa formation, le Concert de la Loge, nous a remercié d'être tout simplement là pour soutenir la musique classique et l'art lyrique... J'avais l'impression de revenir à la vie d'avant la crise quand on pouvait assister à des concerts sans masque. Le porter pendant deux heures n'était pas un pensum : je me croyais à Venise avec Vivaldi !
jeudi 8 octobre 2020
Escapade à Paris, 4
Après la visite du Louvre, je me suis promenée dans le Quartier latin, un lieu mythique pour les amoureux de la littérature. Quand je vivais à Paris dans les années 80, les librairies donnaient le tempo, le rythme de la vie intellectuelle. J'ai retrouvé quelques traces du passé dans la librairie Compagnie, créée en 1986 à l'initiative des Editions de Minuit. Ce lieu d'excellence propose un assortiment d'ouvrages en privilégiant la littérature et les sciences humaines. Son site internet propose de très nombreuses bibliographies. Je me suis baladée dans les rayonnages en ne reconnaissant pas l'aménagement à ses origines. Plus loin, la librairie et maison d'édition, le Dilettante, a conservé son parfum d'antan en vendant aussi des livres d'occasion très littéraires. J'aime toujours fureter, humer, palper les livres qui, de plus en plus souvent, se sentent esseulés dans leur casier respectif. En me baladant dans ces rues de Paris, j'ai aussi vu une exposition sur les femmes écrivains dans la galerie Gallimard, "Ecrire libre, 1945-1980". On peut voir des photos, des manuscrits, des lettres, des contrats de Nathalie Sarraute, Simone de Beauvoir, Marguerite Yourcenar, Marguerite Duras, Annie Ernaux. Cette génération de femmes singulières et géniales ont dévoilé "un réel féminin, en toutes situations de l'expérience individuelle et collective". Elles sont peu nombreuses, nos grandes écrivaines françaises mais elles ont influencé des générations de femmes et d'hommes (j'espère). Des citations sont inscrites sur les murs blancs et j'ai retenu celle de Marguerite Duras : "Toutes les femmes de mes livres, quelque soit leur âge, découlent de Lol V. Stein. C'est à dire, d'un certain oubli d'elles-mêmes". J'ai aussi remarqué celle de Simone de Beauvoir : "Je voyais dans mes livres mon véritable accomplissement et ils me dispensaient de toute autre affirmation de moi". Après ce pélerinage littéraire, j'ai atteint le Jardin du Luxembourg en profitant d'une belle éclaircie. J'ai retrouvé un Paris éternel avec le grand bassin et ses petits voiliers, les statues, les arbres, les allées et les chaises vertes. Acquis par Marie de Médicis en 1612, elle voulait créer un lieu qui lui rappelait sa Toscane chérie. Le Sénat gère et entretient ce parc de 23 hectares, un des poumons verts de la capitale. Cette halte reposante et esthétique permet de se ressourcer pour repartir dans le flot ininterrompu des véhicules motorisés qui restent encore bien présents malgré la présence des vélos encore bien minoritaires. J'ai croisé beaucoup plus de scooters que de bicyclettes... La marche dans Paris demeure la meilleure façon de découvrir, de redécouvrir le cœur de Paris avec ses ponts, la Seine, ses monuments, ses institutions. Malgré l'ambiance bizarre qui règne dans les rues avec le port du masque, une euphorie intime se lovait dans mon esprit baignant dans un air culturel permanent !
mercredi 7 octobre 2020
Escapade à Paris, 3
Mercredi, j'ai démarré ma journée au Musée de l'Orangerie. Pas de file d'attente, une entrée fluide et agréable. Je voulais absolument voir l'exposition de Giorgio De Chirico (1888-1978), ce peintre italien que l'on qualifie de métaphysicien. Les toiles exposées proviennent du MOMA à New York, de Philadelphie, de Chicago, de Londres, etc. Cette initiative tient presque du miracle en considérant que les déplacements de ces œuvres picturales devenaient périlleuses en fonction du virus. Chaque toile possède un mystère particulier qui déconcerte, interroge, surprend, déroute... Pourquoi deux artichauts dans un tableau intitulé "La conquête du philosophe" ? Philippe Dagen dans un article du journal, "Le Monde", apporte cette réponse : "Parce qu'ils se mangent lentement, feuille à feuille, lenteur qu'exige aussi la philosophie qui effeuille le monde". Les titres défilent : "La Nostalgie de l'infini", "La mélancolie du départ", "La récompense du devin", "La tour rouge". Mannequins aveugles, paysages urbains déserts, objets insolites, colonnes antiques, jeux d'ombre et de lumière, tous ces éléments composent des tableaux surréalistes, oniriques, fantastiques. Pourquoi évoquer l'aspect métaphysique de cette peinture moderne ? Pour le critique d'art déjà cité, il note ceci : "La métaphysique selon De Chirico a pour dessein de rendre mieux visible l'absurdité du monde et des activités humaines". A côté des tableaux de Chirico, j'ai vu des Morandi que j'aime beaucoup et d'autres italiens influencés par la peinture métaphysique. Le Musée de l'Orangerie possède une collection importante de Claude Monet dont les célèbres "Nymphéas". Après l'Orangerie, j'avais rendez-vous au Louvre : plus aucun touriste étranger, peu de touristes nationaux et personne devant la Pyramide. J'avais visité le Louvre l'année dernière en fin novembre où j'avais été quasi bousculée par la masse des visiteurs qui se pressaient aussi pour voir l'exposition consacrée à Leonard de Vinci. Dès que je suis entrée à l'intérieur de la Pyramide, l'ambiance avait complètement changé. On pouvait prendre son temps, flâner comme au bord d'un lac, s'arrêter devant un tableau sans gêner personne. J'ai décidé de commencer par l'aile Denon où se trouvent les Antiquités grecque et romaine. J'étais seule devant la Vénus de Milo, devant la victoire de Samothrace, devant les Kouroi, devant les idoles cycladiques, etc. Une aubaine, évidemment pour les amateurs d'archéologie... Ce labyrinthe où se nichent tant de trésors artistiques ne se visite pas en une seule fois. Il vaut mieux revenir le lendemain pour mieux "assimiler" dans son esprit tous ces fragments d'un passé fondateur. Du côté des antiquités égyptiennes, Anselm Kiefer, cet immense artiste contemporain allemand, a confié trois œuvres au Louvre dont une toile, "Athanor" représentant un homme gisant au sol, fixant un ciel étoilé. Cette toile d'une dimension impressionnante est installée dans une niche sous une voûte en arêtes, encadrée par deux chapiteaux corinthiens. Un dispositif qui donne une ampleur "mystique" au tableau. Quel bonheur de visiter ce musée sans la foule autour de soi...