Le roman, "Ordesa", écrit par l'écrivain espagnol, Manuel Vilas, a obtenu le Prix Femina étranger à la rentrée littéraire. J'avais envie de le lire depuis longtemps et j'avoue que ce livre peut agacer ou enthousiasmer le lectorat. Mon intérêt pour cette autobiographie mémorielle repose sur quelques points communs que je partage avec cet écrivain provoquant en moi une certaine résonance : un pays (l'Espagne) dont sont originaires mes grands-parents, une région (l'Aragon), un amour inconsolé (la perte de ses parents). Cet ouvrage est un cri d'amour : "Que leur parler me soit désormais impossible me semble l'événement le plus spectaculaire de l'univers, un fait incompréhensible aussi colossal que le mystère de l'origine de la vie intelligente. Qu'ils soient partis m'empêche de dormir. Tout est irréel, inexact, fuyant ou vaporeux depuis qu'ils m'ont quitté". Père quinquagénaire de deux adolescents un peu lointains, divorcé, le narrateur ne se remet pas de la mort de son père en 2005 et de sa mère, neuf ans plus tard. Comme une rupture insurmontable, incomparable, sa condition d'orphelin le met dans un état fortement dépressif. Il appelle les fantômes parentaux et les voit partout dans l'appartement. Il convoque dans ce récit quelque peu halluciné les souvenirs de son enfance des années 60-70 dans une Espagne franquiste qui s'ouvrait un peu à la modernité, à la société de consommation et des loisirs. Ses parents appartiennent à la classe "moyenne basse". Son père était représentant de tissus et parcourait le Nord du pays. Sa mère restait à la maison. Il se souvient de la beauté de ses parents, se promenant dans le village de Barbastro avec ce petit garçon, si fier de se montrer avec eux : "C'était le paradis. Mon paradis. Ils ont été mon paradis, mon père et ma mère que j'ai tant aimés. Comme nous avons été heureux et comme nous nous sommes écroulés". Sa mère prenait des bains de soleil et allait à la piscine municipale comme une pionnière. Son père fréquentait les bars, aimait les jeux d'argent, adorait sa voiture, une Seat. Mais malgré une vie de travail, le narrateur constate que ses parents n'ont jamais atteint un niveau de vie confortable : "L'Espagne n'a rien donné à mes parents, ni l'Espagne franquiste, ni l'Espagne monarchique". Des décennies plus tard, le narrateur constate qu'il vit dans la même précarité que celle de ses parents comme un déterminisme social. Il pose le problème de la transmission, de la fidélité, de la perte. Comment vivre sans la protection parentale, comment devenir un adulte ? Il évoque ses problèmes d'alcool, de solitude et de pauvreté. Peut-être que l'écriture de ce livre lui apporte l'apaisement nécessaire pour tenir debout… Ce récit intimiste résonne comme une sonate au piano de Schubert, teintée d'une mélancolie rageuse. Cet ouvrage a rencontré un large public en Espagne avec plus de cent mille exemplaires vendus. Il mérite le même succès en France.
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
lundi 10 février 2020
vendredi 7 février 2020
"Une machine comme moi"
Dès qu'un roman de Ian McEwan paraît chez Gallimard, je me précipite pour le lire. Ce grand écrivain anglais a marqué depuis des décennies la littérature mondiale avec "Samedi", "L'Intérêt de l'enfant", "Dans une coque de noix" et bien d'autres titres qui m'ont toujours intéressée et interrogée. Dans ce dernier opus, "Une machine comme moi", l'auteur pose le problème de la robotisation dans la société. Il est question d'un androïde, baptisé Adam, par son acquéreur, Charlie, un quadragénaire londonien rentier. Ce robot, copie conforme d'un humain, est doté de fonctionnalités prodigieuses grâce à des programmes informatiques sophistiqués. La publicité le présentait comme "un compagnon, un interlocuteur digne de ce nom dans les échanges intellectuels, un ami et un factotum qui pouvait faire à la fois la vaisselle, les lits et réfléchir". L'intelligence artificielle fait une entrée littéraire déterminante avec l'écrivain anglais. Adam sait tout faire, possède une culture vertigineuse, représente-t-il "le jouet ultime, un rêve séculaire, le triomphe de l'humanisme ou son ange exterminateur". Ces deux personnages se retrouvent dans un Londres en 1982 qui ressemble à celui d'aujourd'hui mais quelques détails intriguent : les Beatles sont toujours au complet, les Anglais ont perdu la guerre des Malouines, Alan Turing, le génial mathématicien, créateur de l'informatique, est toujours vivant. Adam dialogue avec Charlie, écrit des poèmes et tombe amoureux de sa compagne, Miranda. Le trio s'installe dans une relation amoureuse malgré la jalousie de Charlie. Adam est programmé pour dire la vérité et il avoue à Adam que Miranda a fait un faux témoignage lors d'un procès qui a envoyé un homme en prison. Charlie a aussi rencontré un jeune enfant, Mark, maltraité par ses parents qui n'hésitent pas à le "vendre" au couple. Miranda va alors tout faire pour l'adopter en sollicitant les services sociaux. Le pauvre Adam se sent déstabilisé face à un Adam sensuel et mélancolique, qui mime à merveille les émotions et les comportements humains. Miranda l'ébranle dans son rêve de famille. Leur vie commune va se compliquer avec l'attitude de plus en plus dérangeante du robot humain. Charlie ne peut plus supporter l'emprise grandissante de son jouet. Je ne dévoilerai pas la fin de cette intrigue originale… Ian McEwan manie l'humour noir, l'ironie, dans cette fiction érudite. Il pose des questions essentielles sur notre époque : les humains vont-ils disparaître à l'avantage des machines ? La société ultra connectée nous mène droit au mur, semble penser cet écrivain philosophe. Nos consciences légères et nos libertés individuelles commencent à fusionner dans la boucle Internet et l'intimité se dégrade inexorablement. Ce roman ambitieux donne un certain vertige tellement l'auteur soulève des questions épineuses mais passionnantes. A lire absolument. Un des grands romans de 2020.
mercredi 5 février 2020
George Steiner, hommage
Critique littéraire, linguiste, écrivain et philosophe, George Steiner est mort le 3 février à Cambridge à l'âge de 90 ans. Il a écrit de nombreux essais sur la théorie du langage et de la traduction. La presse a peu parlé de sa disparition mais elle salue en lui l'archétype de l'intellectuel européen tellement cet homme était pétri de plusieurs cultures, en particulier, par son éducation trilingue en allemand, français et anglais. Et il ne faut pas oublier sa connaissance parfaite du grec ancien et du latin, cela va sans dire… Ses parents, des Juifs viennois, sentant monter l'antisémitisme, ont quitté l'Autriche pour Paris. En 1940, ils s'installent à New York avant l'arrivée des Nazis dans la capitale française. George Steiner s'est forgé une mémoire de survivant qui a influencé profondément son œuvre. Il disait : "Ma vie entière a été hantée par la mort, le souvenir et la Shoah". Il devient citoyen américain en 1944. Après des études de littérature, de mathématiques et de physique, il passe une thèse de doctorat à Cambridge. Sa carrière universitaire brillante se termine à Genève jusqu'en 1994 comme professeur de littérature comparée. Pierre Assouline dresse un portrait du philosophe dans son blog, "La République des Livres" : "Chaque matin, il traduisait un poème dans les quatre langues qu'il pratiquait naturellement et selon lui, ce rituel avait le don de faire entrer un rayon de soleil dans sa vie quotidienne". Pour ma part, j'avais acquis en décembre un ouvrage de George Steiner, "Les chemins de la culture". J'ai souvent écouté les messages de cet homme cultivé, érudit et ses livres ont touché ma fibre de bibliothécaire car c'était un ardent défenseur des livres, de la pensée, de la culture, de la littérature. Une des questions fondamentales qu'il se posait me taraude toujours l'esprit : "Je mourrais en ayant conscience de n'avoir pas eu assez de toute une vie pour résoudre un mystère insoluble : pourquoi, lorsque le commandant d'un camp d'extermination nazi, une fois rentré chez lui le soir pour jouer une sonate de Schubert au piano à ses enfants, puis lire des poèmes d'Hölderlin à sa femme avant le dîner, après avoir passé sa journée à superviser des tortures, des exécutions et des massacres de milliers d'êtres humains de tous les âges en raison de leur seul crime d'être nés, pourquoi la musique n'a pas dit non, pourquoi la poésie n'a pas dit non ?". Il pensait que la culture n'est pas un rempart contre la barbarie... Ce constat pessimiste ne l'a pas empêché d'écrire de grands livres comme "Les Antigone", "Passions impunies", "Le silence des livres" et d'autres essais parfois complexes à lire. Il faut découvrir ce penseur polyglotte exceptionnel parfois ardu et si l'on veut connaître des bribes autobiographiques, son ouvrage "Errata" peut combler le lecteur(trice) curieux(se)… Heureusement, son œuvre prend le relais et son éternité est lovée dans ses milliers de pages.
mardi 4 février 2020
Le droit de blasphémer, un droit fragile
Comme je suis l'actualité quotidiennement et avec un intérêt constant, j'ai été frappée par l'histoire de cette jeune adolescente, Mila. Je l'ai vue à la télévision chez Yann Barthès où elle a expliqué ce délirant épisode sur les réseaux sociaux. La jeune fille a refusé les avances d'un garçon car en plus d'être une jeune athée, elle se revendique homosexuelle. Un crime impardonnable... L'athéisme et la liberté sexuelle vont devenir des comportements insupportables aux yeux de certains pratiquants. Où se situe la liberté d'expression, la tolérance ? Chaque personne dans le monde occidental choisit la vie qu'il veut mener. Mila a donc subi des milliers d'insultes, de menaces de mort. Elle a quitté son lycée et doit être protégée. L'affaire est gravissime et il faut donc qu'elle soit d'un courage inouï pour se montrer. Les réactions à ses paroles même outrancières sont bien timides. Heureusement, Elizabeth Badinter a écrit une tribune dans l'Express pour dénoncer "l'esprit de soumission" d'un grand nombre de responsables politiques. "On le paiera cher", dit-elle. Je suis étonnée que le milieu des féministes se taise. Je suis étonnée que la gauche radicale se taise. Je suis étonnée du silence complice des intellectuels. Si on ne peut plus dire ce que l'on pense des religions, si on ne peut pas s'en moquer, la situation me semble ubuesque. Vit-on encore dans une République laïque ? Chacun peut vivre sa religion y compris l'athéisme. Je me réfère à Nietzsche et son "Dieu est mort". A son époque, il n'avait pas reçu heureusement des milliers de tweets qui le menaçaient, l'insultaient. Heureuse époque sans cette haine sur Internet… Je cite Clément Rosset : "Fabuler d'un autre monde que le nôtre n'a aucun sens à moins de supposer qu'un instinct de dénigrement, de dépréciation et de suspicion à l'encontre de la vie ne l'emporte en nous. Dans ce cas, nous nous vengeons de la vie en lui opposant la fantasmagorie d'une vie "autre" et "meilleure". En France, aujourd'hui, il semblerait que nous n'avons plus le droit de critiquer la religion, toutes les religions. On a définitivement le droit à l'athéisme et à la liberté. Mila a tout de même regretté la vulgarité de ses propos et a même présenté ses excuses aux "croyants pacifiques". Car, cette adolescente a osé dire ce qu'elle pensait. Elle a déclaré qu'elle quittait les réseaux sociaux. Bonne et sage décision. Pour ma part, je soutiens Mila, le blasphème, la liberté d'expression, les critiques sur les religions. Je suis Charlie, je suis Mila, je suis qui je veux, même combat…
lundi 3 février 2020
"Love me tender"
Il semblerait que Constance Debré soit devenue la nouvelle coqueluche de la revue littéraire, "Transfuge". J'ai éprouvé la curiosité de découvrir cette nouvelle voix de la littérature française et j'ai donc lu "Love me tender", un récit autofictionnel, publié en janvier chez Flammarion. Les premières phrases se veulent déjà radicales, risquées, dérangeantes : "Je ne vois pas pourquoi l'amour entre une mère et un fils ne serait pas exactement comme les autres amours. Pourquoi on ne pourrait pas cesser de s'aimer. Pourquoi on ne pourrait pas rompre.". Le ton percutant de la jeune écrivaine heurte la culture familiale traditionnelle. Elle ose mettre en question une relation réputée indestructible, même si ce lien pose souvent des problèmes. Constance Debré évoque son malaise : "Je regarde les autres et je ne vois que des mensonges et je ne vois que des fous." La narratrice a vécu vingt ans avec son mari et elle le quitte pour vivre son homosexualité. Elle se décrit comme une femme libre aux cheveux courts, tatouée, sans entraves, minimaliste et marginale. Elle quitte une vie bourgeoise (sa famille concerne les Debré dont Michel, son grand-père) et se retrouve dans un petit studio sans meubles, sans vaisselle, sans livres, sans rien. Son métier d'avocate ne l'intéresse plus. Elle veut fuir toutes les attaches habituelles matérielles et familiales. S'alléger, se retrouver, retrouver son corps. Mais le seul lien qu'elle ne peut pas rompre concerne son fils de huit ans, Paul. Pour punir son ex-femme de l'avoir abandonné, son ex-mari la prive du droit de visite. Devant le juge, le mari délaissé dénonce les lectures "toxiques" de son ex-femme : Hervé Guibert, Bataille, etc. Il l'accuse d'inceste pour se venger d'elle. La juge lui accorde une heure tous les quinze jours lors de son divorce. Mais, elle fait appel et comme la justice est lente, elle ne voit plus son fils. Dans ce récit, elle raconte ses conquêtes féminines avec une crudité audacieuse, sans aucune pudeur, se conduisant comme un Don Juan au féminin. La narratrice nage beaucoup pour oublier son chagrin de mère mais, elle ne renonce en aucun cas à sa façon de vivre : "Je ne reviendrai pas en arrière. Je ne reprendrai pas ma peau d'avant". Elle résume elle-même sa nouvelle existence : "Nager, lire, écrire et voir des filles, comme une ascèse". Elle écrit une lettre à Paul en lui déclarant : "Je suis ta mère, c'est quelque chose qui ne cesse jamais". Deux ans sans voir Paul… Et un jour, elle peut enfin le revoir. Mais, ces retrouvailles ne se passent pas comme prévu. Il faut lire ce texte furieux, original, radical mais d'une sincérité totale. Constance Debré lance un brûlot contre la tradition, les clichés, le conformisme, la normalité… Femme libérée, libre de son ancienne vie, pour devenir ce qu'elle est vraiment : une écrivaine.
jeudi 30 janvier 2020
"Le Consentement", 2
Cette histoire amoureuse hors-norme va se déliter quand la jeune Vanessa va enfin ouvrir les yeux sur son prédateur pervers. Elle commence à comprendre que son cher G.M. entretient des relations épistolaires avec d'autres jeunes filles. Elle constate "sa frénésie sexuelle" même s'il lui déclare qu'elle est la seule qu'il aime. Très fin stratège, l'écrivain raconte qu'il nourrit son œuvre avec toutes ses expériences, "ses conquêtes collégiennes". Vanessa devient sa muse et aussi un personnage de fiction. La Brigade des Mœurs le convoque pour des renseignements mais cette entrevue ne provoque aucune suite, ni une visite chez lui. L'écrivain peut mener la vie qu'il veut, se sentant protégé par les pouvoirs en place, en particulier l'ancien président François Mitterrand… Vanessa Springora accompagne le "Grand Ecrivain" dans une émission littéraire et elle écrit : "Et personne ne se montrera choqué, ni même embarrassé par le contraste entre le G. et mes joues pleines de gamine, sans fard ni accidents de l'âge". La narratrice raconte enfin "La déprise" quand elle tombe sur un paragraphe d'un ouvrage où G.M. se met en quête de petits garçons de onze ans à Manille. Elle se sent "avilie et plus seule que jamais". Cet homme "n'était pas bon. Il était bien ce que l'on apprend à redouter dès l'enfance : un ogre". Cette découverte dissipe "le sortilège amoureux". Le fatidique et grotesque Prince Charmant s'est transformé en pitoyable citrouille. Sentant que la jeune Vanessa s'éloigne, le quinquagénaire odieux la retient dans son emprise. Mais, Vanessa a enfin compris qu'elle se fourvoyait. Elle renoue des relations avec des jeunes de son âge. Elle met fin à cette relation en lui envoyant une lettre de rupture. Un certain Youri a permis ce dévoilement et commence pour la jeune fille une reconstruction de son être. Au fil des années, elle constatera que G.M. évoque cet amour dans ses ouvrages. Elle se sent instrumentalisée comme une proie, cet homme étant un vampire. Après une psychanalyse salvatrice, elle décidera d'écrire "Le Consentement" pour dénoncer l'exploitation de son image. Son témoignage provient d'une réaction quand elle a appris que cet écrivain avait obtenu un prix littéraire assez réputé dans les années 2010. Sa réputation littéraire pourtant très confidentielle (petits tirages de ses œuvres) avait donc mérité cette récompense. Invraisemblable, selon la narratrice et elle termine son récit en racontant son geste : elle déchire et découpe les livres de G.M. en "grand carnaval de confettis". Cette libération cathartique permet à Vanessa d'écrire ce très beau récit autobiographique sans haine, ni ressentiment. La littérature peut être souvent amorale mais, il ne faut pas oublier qu'elle n'est pas au dessus des lois, n'en déplaise à certains défenseurs de cet immonde imposteur…
mardi 28 janvier 2020
"Le Consentement", 1
Vanessa Springora vient d'écrire sa vérité, une vérité qui surgit trente ans après son "consentement" auprès d'un écrivain, Gabriel Matzneff, impuni jusqu'ici malgré ses comportements pédophiles. Ce comportement criminel, puni par la loi, n'a pas alerté le milieu littéraire. Bernard Pivot l'a souvent reçu dans Apostrophes et seule, une écrivaine, Denise Bombardier, s'était indignée. La société fermait les yeux et une pétition, initiée par Gabriel Matzneff, stipulait l'impunité des relations sexuelles entre adultes et mineurs. Elle a été signée par de grands intellectuels (Sartre, Beauvoir, Barthes). L'époque libérale de l'Après 68, prônait la liberté où chacun pouvait se livrer à sa vie amoureuse comme il le sentait. Il ne fallait pas contrarier les pulsions sexuelles… Le libertinage d'un prédateur comme cet écrivain était accepté sans aucune règle morale. Il faut bien du courage à l'écrivaine et nouvelle directrice des Editions Julliard, pour raconter avec un calme distant, apaisé, l'histoire de ce drôle de couple improbable. Vanessa Springora vit à Paris avec sa mère qui travaille dans le monde de l'édition. Le père est absent, très occupé et le couple en crise se sépare. La jeune adolescente accompagne sa mère dans un dîner et elle s'ennuie au milieu des adultes. Un homme l'observe, la regarde, la fixe avec ses yeux bleus redoutables. Cet homme possède une réputation flatteuse de lettré et connaît beaucoup de gens importants. Elle va rencontrer dans cette soirée, son ogre… La narratrice comprend quelques années plus tard ce moment fatidique où toutes les conditions sont réunies : "Un père aux abonnés absents qui a laissé dans mon existence un vide insondable. Un goût prononcé de la lecture. Une certaine précocité sexuelle. Et, surtout, un immense besoin d'être regardée". La fascination envers ce "grand écrivain" se transforme vite en passion amoureuse, exaltée et lyrique. Elle a 14 ans et lui 50 ans… Il commence ses contacts par une relation épistolaire intense. Elle accepte de le voir et ils se retrouvent dans son studio. Leur relation démarre et quand sa mère apprend qu'elle est la maîtresse de ce homme âgé, elle lui révèle que ce G. M. a une réputation de pédophile. Elle ne croit pas cette mère en colère. Comme beaucoup d'adolescentes en révolte, elle défie l'autorité des adultes et se jette dans les bras de cet homme pervers. Vanessa Springola relate avec une parfaite maîtrise cette relation anormale, son initiation sexuelle, un nouveau continent pour cette jeune fille timide. Elle écrit : "Je suis amoureuse, me sens aimée comme jamais auparavant". Leur rencontre est un miracle, lui dit-il. Il l'emmène dans les musées, au cinéma, lui conseille des lectures, l'attend à la sortie du collège. Leur amour doit rester secret. Sous emprise de cet homme qu'elle admire pour sa culture et son intelligence, la jeune fille impose son amant quinquagénaire à sa mère qui finit par adouber cette relation exceptionnelle. (La suite, demain)
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