"La part du héros", écrit par Andréa Marcolongo, porte le sous-titre : "Le mythe des Argonautes et le courage d'aimer". L'écrivaine italienne avait publié en 2016, "La langue géniale", éditée aux Belles Lettres où elle démontrait la beauté du grec ancien et prouvait l'influence profonde du monde grec dans notre culture européenne. Cette jeune professeur, helléniste, formée à Milan, est tombée amoureuse du grec ancien dès l'âge de 13 ans. Sa mère meurt un an après et la jeune adolescente se refugie dans l'apprentissage de la langue : "Le grec était son refuge. Une arme pour se construire. Pour se reconstruire." Elle s'obstine dans cette passion après une jeunesse voyageuse. Elle revendique l'héritage de Jacqueline de Romilly et de Marguerite Yourcenar. Son rêve s'accomplit : elle devient professeure de grec. Son livre a déclenché un engouement étonnant pour le grec ancien, ce qui m'a évidemment réjouie quand je l'avais lu. La presse l'a baptisée "l'Athéna grecque". Cet ouvrage savant s'est tout de même vendu à plus de 300 000 exemplaires et vient de sortir en livre de poche. Dans ce deuxième essai, "La part du héros", elle s'approprie la légende des Argonautes pour illustrer ses réflexions philosophiques, linguistiques, intimistes. On connaît mieux l'Iliade et l'Odyssée d'Homère que l'histoire de la nef Argo, écrite par Apollonios de Rhodes, (3e siècle avant J.C.), poète épique. En exil à Rhodes, il revient à Alexandrie pour diriger la Bibliothèque en succédant à Zenodote. Son œuvre principale, "Les Argonautiques", composée en 250 av. J.C. évoque en quatre chants la construction du navire Argo, les adieux de Jason, les aventures avec une nymphe, la rencontre avec Médée, la victoire de Jason sur les taureaux d'airain, la conquête de la Toison d'Or, la fuite de Médée et le retour du navire en Grèce. Il vaut mieux s'informer sur ce poème avant de lire l'ouvrage d'Andrea Marcolongo. Le récit entremêle les péripéties des marins sur la nef avec des comparaisons sur notre monde contemporain. Comment cinquante gaillards solidaires sont arrivés à accomplir un exploit impossible ? Ils ont conquis la Toison d'Or, symbole de la volonté d'être. Garder le cap, ne jamais baisser les voiles, apprendre de l'épreuve, ne jamais renoncer, atteindre son but : toutes ces expressions se retrouvent sous la plume alerte, érudite, lumineuse d'Andrea Marcolongo, férue d'étymologie. J'ai remarqué son hommage pour les professeurs, véritables héros grecs, pour elle. Dans la vie, ce n'est pas la victoire qui compte. Jason nous apprend qu'il suffit de se relever surtout après une chute. Dans un entretien qu'elle a donné au Monde des Livres, elle déclare : "C'est ça Jason. (…) Comprendre que nous sommes tous en voyage, premiers et uniques responsables de nos actions et de nos choix". L'essayiste italienne porte deux tatouages : l'un en grec, "Pathei mathos", souffrir pour apprendre, et un second en latin, "Ferox invictaque", fière et invaincue. Elle nous conseille de "prendre la mer, nous dépasser, devenir des héros grecs !" Programme alléchant mais pas toujours facile à réaliser… Ce livre se lit avec un bonheur certain pour tous les amoureux(ses) de la culture grecque antique.
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
jeudi 12 septembre 2019
mercredi 11 septembre 2019
"Pour l'amour des livres"
Quand j'ai vu ce titre en librairie, je n'ai pas résisté à l'appel de ce récit de Michel Le Bris, publié chez Grasset. L'écrivain se retrouve à l'hôpital et constate que sa vue est brouillée. Le voilà dans l'incapacité de lire et d'écrire : "L'évidence m'avait écrasé : sans lire, sans me lire, je ne pourrais plus écrire. En somme, j'étais mort. Pas physiquement, peut-être, ou pas encore, mais comme écrivain. Et que serait une vie pour moi, sans le pouvoir d'écrire ?". Il se sent diminué, handicapé sans ses yeux, mais le médecin lui annonce que sa vue reviendra vite. Soulagé par cette heureuse annonce, il décide d'écrire "Pour l'amour des livres", une ode magnifique à la littérature, "une déclaration d'amour", "un message d'espérance". Pour l'écrivain, la littérature sert à "nous reconduire à nos mondes intérieurs, dans le temps long de la lecture et le silence gagné sur le brouhaha ordinaire, jusqu'à nous faire approcher le mystère même du langage, qui nous relie aux autres, au monde et à nous-mêmes". Le petit Michel, enfant unique solitaire, issu d'un milieu très modeste en Bretagne, découvre avec émerveillement son premier coup de cœur, "La Guerre du feu" de J.H. Rosny aîné. Son instituteur remarque son talent d'écriture et lui permet de composer des textes en toute liberté. Cette rencontre avec cet enseignant magistral provoquera sa vocation d'écrivain. Puis, dans une bibliothèque, il se passionne pour les écrivains aventuriers, explorateurs, pionniers dont il gardera toute sa vie une empreinte indélébile. Son récit autobiographique met l'accent sur sa gratitude envers sa mère, ses instituteurs, ses professeurs qui l'ont toujours aidé à dévorer les livres. Il raconte aussi sa vie de militant en 1968, ses activités éditoriales, ses amitiés avec des confrères, son Festival des Etonnants Voyageurs de Saint Malo, créé en 1990. Il rend un hommage à ses écrivains préférés : Guillevic, Victor Hugo, Melville, Bruce Chatwin, Paul Theroux, Joseph Conrad. Il consacre de nombreuses pages à son mentor, Stevenson, celui qui l'a le plus influencé. Michel Le Bris compose une élégie de gratitude pour ces passeurs de mots et ces créateurs de mondes. Dans sa dernière page, il résume son beau projet : "J'ai voulu ce livre comme un acte de remerciement. Pour dire simplement ce que je dois au livre. (…) Plus nécessaire que jamais, face au brouhaha du monde : il est en chacun de nous un royaume, une dimension d'éternité, qui nous fait humains et nous fait libres. Tel est notre grand message : que, tous, nous sommes plus grands que nous". Très belle conclusion…
mardi 10 septembre 2019
"Les choses humaines"
Les romans de Karine Tuil s'inscrivent dans notre époque, une époque ultra-contemporaine. Son dernier livre d'une densité incroyable décrypte les rouages du pouvoir et de l'argent dans notre société où tout se consomme vite, surtout le sexe. Alexandre Farel, fils de Jean Farel, journaliste star de la télévision et de Claire, essayiste féministe, est accusé de viol. Leur monde doré, protégé, prétentieux s'effondre comme un château de cartes. L'écrivaine s'inspire librement de l'affaire de Stanford aux Etats-Unis, où un étudiant, accusé d'un viol sur une étudiante, a bénéficié d'une peine minimale. Alexandre est un garçon brillant, doué, voué à un avenir flamboyant car il est accepté dans une université américaine. Son père, Jean Farrel, avide de pouvoir médiatique, lutte contre son propre âge, qui le mène inévitablement vers la sortie. Ce personnage éminemment creux, interviewer célèbre des hommes et des femmes politiques, voit son influence en danger avec cette nouvelle stupéfiante : son fils au banc des accusés. Sa femme Claire ne cohabite plus avec lui car elle a rencontré un professeur avec lequel elle vit une grande passion. Le drame va éclater quand Alexandre rencontre la fille du compagnon de Claire. La jeune fille très timide participe à une fête alcoolisée et "cannabisée". Tout s'enchaîne avec un jeu débile entre garçons où ils doivent rapporter un slip féminin pour gagner… La jeune fille se laisse abuser dans cette ambiance festive et quand elle suit Alexandre, celui-ci la force à avoir une relation sexuelle. La jeune fille porte plainte dès le lendemain au commissariat. Quand démarre le procès, les points de vue s'entremêlent : où est la vérité ? De quel côté ? Les arguments fusent en faveur du garçon, parfois de la victime. Claire, la féministe, ne peut pas croire que son petit soit cet homme brutal et primaire. Jean fuit son fils même s'il use de son influence médiatique pour arranger l'affaire. Le personnage paternel concentre à lui seul le pouvoir insupportable qu'il exerce sur les femmes autour de lui, sur son fils pour sa course à la performance, sur sa maîtresse, sur sa femme. Cet homme d'origine modeste, imbu de sa réussite sociale, patriarcal devient père à 70 ans pour prouver sa virilité. Alexandre sera libéré avec un sursis et créera une star-up. Tout rentre dans l'ordre dans ce monde puissant et cynique. Karine Tuil tient en haleine son lecteur(trice) tout au long de son roman qui dénonce les lâchetés masculines, la place du sexe dans la société, les pouvoirs abusifs, les réseaux sociaux, les ambitions démesurées : les "Choses humaines". Heureusement, les mouvements de protestation comme "meeto" après l'affaire Weinstein prennent enfin racine dans la société. Un très bon roman "balzacien" de cette rentrée littéraire, d'un féminisme que j'apprécie beaucoup.
lundi 9 septembre 2019
"Jour de courage"
Brigitte Giraud vient d'écrire son onzième roman, "Jour de courage", publié chez Flammarion. Dès que j'ai ouvert le livre, j'ai lu les deux citations qui résument le sujet du roman. La première est signée de Louis Calaferte : "Le plus dur est de faire le saut", la deuxième confirme ce choix radical : "Il ne suffit pas simplement d'être, on doit également agir". Livio, 17 ans, lycéen en Terminale, a décidé de parler. Il prend le prétexte d'un exposé, demandé par son professeur d'histoire, pour dire sa vérité. Le thème du cours porte sur les autodafés dans le nazisme et il choisit le destin incroyable d'un médecin juif-allemand, Magnus Hirschfeld, un des premiers sexologues, adepte de l'égalité hommes-femmes, et des droits des homosexuels. Le secret de Livio est d'emblée dévoilé à la première page : "Il avait décidé de bousculer chacun et de rompre avec son image de garçon convenable qui lui collait à la peau. On ne l'avait jamais vu si déterminé, si libre". Le récit se déroule sur deux plans : l'exposé historique sur ce médecin allemand et sa vie intime avec ses proches. Livio avance sans faillir. Il sait qu'il prend des risques dans ce lycée, auprès de ses collègues lycéens et surtout de sa meilleure amie, Camille. Cette jeune fille admire et aime Livio. Il n'a jamais avoué à Camille qu'il préférait les garçons, un tabou absolu. Il n'a jamais avoué à son père qu'il était différent car ce père crie "pédales" quand il regarde un match de foot. Sa mère aussi ne remarque rien, ne voit pas que son fils voudrait partager son secret. Dans cette classe, il se lance et raconte avec précision l'autodafé de 1933 où les nazis ont brûlé des milliers d'ouvrages dont la bibliothéque du médecin. Plus il avance dans son exposé, plus il se dévoile. Il évoque le premier film allemand, coécrit par le médecin qui parlait de l'homosexualité en 1919. Livio sidère sa classe avec cet exposé original, audacieux, risqué. Son enseignante l'encourage à poursuivre la présentation de l'autodafé qui s'est déroulé à Berlin. A cet emplacement, un artiste, Micha Ullmann a créé une "Bibliothèque engloutie" sous la Bebelplatz. A la fin de l'exposé, Livio quitte le lycée et choisit sa liberté parce qu'il se sent incompris, nié dans sa différence. Je regrette l'issue radicale du roman quand le jeune homme disparaît sans laisser des traces pour le retrouver. Peut-être vivra-t-il enfin son homosexualité sans se sentir jugé, critiqué, moqué car hélas, la bêtise humaine n'est pas encore éradiquée dans la société. Un roman utile, sensible, fort et un portrait attachant. Une belle pépite de la rentrée littéraire.
samedi 7 septembre 2019
Des bonbons géants à Chambéry
Quand on se promène dans les rues de Chambéry, quelques sculptures particulières frappent les yeux : des bonbons géants… Quelle drôle d'idée ! J'ai donc remarqué à divers endroits des bonbons rouges, des bonbons argentés à la gare, des multicolores devant la Cathédrale, des bleus, Place de la Métropole, etc. L'artiste s'appelle Laurence Jenkell. Elle vit et travaille à Vallauris dans les Alpes Maritimes. Les Chambériens ont beaucoup de chance de voir les Bonbons car ils ont été exposés à Londres, New York, Dubaï jusqu'à Pékin… J'ai lu la petite plaquette consacrée à cette artiste contemporaine "autodidacte" (faut-il être diplômée d'un doctorat pour créer ?). Le maire semble très fier de l'accueillir pour sa renommée internationale… Il déplore le fait que beaucoup de Savoyards ont oublié l'importance de notre capitale régionale "si belle et si attractive"... J'avoue que j'ai souri en lisant la présentation de l'exposition estivale. Les œuvres portent aussi des titres : "Wrapping Bonbon rouge", "Les amoureux", "Du côté de chez Swann", "Up and Down", etc. Je croyais que Laurence Jenkell était française… Encore l'usage de l'anglais, on n'en sortira jamais. Notre langue française se meurt à petits feux. Que veulent raconter ces gourmandises géantes ? Notre maire, toujours disert, toujours enthousiaste, veut croire que ces bonbons, ces objets étonnants, vont remonter le moral des troupes chambériennes. Il imagine les familles qui, en se baladant, vont "se régaler" et replonger dans l'enfance… Notre édile parle de "véritable ode à la naïveté et aux bonheurs simples", et ces sculptures exposées vont apporter de la gaité dans la ville… Notre ville s'est-elle transformée en Dysneyland : tout est beau, tout est gentil, la ville du bonheur, pourquoi pas ? Suis-je la seule citoyenne à me poser des questions (et je m'abstiens de parler du coût de l'opération pour embellir la cité des Ducs de Savoie). Cette initiative artistique se double d'une opération touristique : qu'il fait donc bon vivre à Chambéry, nos élus nous offrent des bonbons ! Quelle chance ! Quelle joie ! Pour ma part, j'estime que ces gourmandises m'ont semblé un peu superflus dans l'espace urbain. L'architecture et les montagnes donnent déjà un certain charme italien à Chambéry. Et pour ma part, ces sculptures ne me touchent pas particulièrement. Je préfère l'art non naïf, qui dérange, qui questionne, qui bouscule, qui inquiète, un art contemporain qui raconte nos angoisses, nos peurs… Les Bonbons de Laurence Jenkell sont certes amusants, ludiques mais, je me demande s'ils ont rempli leur mission : rendre le sourire à tous les passants. Je n'ai pas trop remarqué ce phénomène, dommage…
vendredi 6 septembre 2019
"Une joie féroce"
Sorg Chalandon vient de publier "Une joie féroce" aux éditions Grasset. Cet écrivain, journaliste au Canard enchaîné, a écrit huit romans qui ont été primés dés leur parution. Il prévient d'emblée ses lecteurs(trices) : "Sur mon carnet bleu, j'ai écrit : "C'est l'histoire de quatre femmes. Elles se sont aventurées au plus loin. Jusqu'au plus obscur, au plus dangereux, au plus dément. Ensemble, elles ont détruit le pavillon des cancéreuses pour élever une joyeuse citadelle". Cette histoire rocambolesque évoque la cavale de ces quatre personnages féminins : Jeanne, la libraire, Brigitte, la patronne d'une crêperie, Assia, sa compagne, et Mélodie, une jeune femme un peu mystérieuse. Elles se sont rencontrées à l'hôpital car trois d'entre elles sont atteintes d'un cancer. Dès la première page, elles s'apprêtent à commettre un braquage dans une bijouterie. Puis, ce fait divers disparaît pour laisser place à leur histoire propre, sept mois avant. Jeanne travaille dans une librairie à Paris et se fait baptiser "Jeanne Pardon" car elle s'excuse sans cesse. Son mari, Matt, ne supporte pas la maladie de sa femme d'autant plus qu'ils ont perdu leur fils cinq ans avant. Cet homme peu sympathique au fond préfère se choisir et fuit avec une lâcheté lamentable sa compagne malade. Jeanne commence sa thérapie, seule sans soutien. Brigitte la remarque et l'aide à vivre ces moments pénibles. Peu à peu, Jeanne intègre l'appartement des filles qui, par solidarité, la prennent en charge. Auprès de ces combattantes du "K", Jeanne reprend confiance et se bat contre le cancer du sein. Quand Mélody leur annonce que sa petite fille est détenue par son mari russe. Elle avoue qu'avec une somme d'argent, elle pourrait récupérer l'enfant. Jeanne apprend le passé de chacune d'entre elles. Elles ont fait de la prison. Cette découverte n'empêche pas Jeanne de participer au plan fou, élaboré par Brigitte. La bande de ces filles rebelles va commettre le braquage de la bijouterie en jouant la comédie d'une saoudienne voilée en quête de bijoux, offerts par son "prince"... Je ne dévoile pas la fin de l'intrigue, ce serait dommage. Ce roman loufoque et politiquement incorrect peut réjouir ou déplaire selon l'humeur des lecteurs(trices). Sorj Chalandon décrit avec justesse les soins médicaux de ces femmes rompues par la maladie et décrypte la solidarité féminine avec leurs envies de se venger de leur malchance. Cette "joie féroce" se lit avec un plaisir certain même si cette bande de Pieds Nickelés au féminin semble peu crédible…
jeudi 5 septembre 2019
La rentrée littéraire
Dès la fin du mois d'août, la presse révèle le chiffre des romans qui vont paraître à la rentrée. Encore un nombre effarant : 524 titres mais selon les spécialistes, l'année dernière, c'était encore pire avec 567. Une autre distinction me semble intéressante à ajouter : les romans français passent de 381 à 336 dont 86 premiers romans et les livres traduits restent stables. Qui peut dévorer cette quantité astronomique ? Personne ! Quelques libraires, des critiques littéraires, des passionné(e)s ardents de littérature vont certainement en lire quelques dizaines en les feuilletant et en les abandonnant dès la dixième page. A quoi bon persévérer quand le roman tombe des mains ? Quand je lis la presse littéraire, je remarque vite qu'une cinquantaine d'ouvrages va apparaître dans les choix des journalistes spécialisés. Et dans ces cinquante romans, je retiens pour ma part les écrivains que je lis régulièrement. Je délaisse depuis des années (j'ai peut-être tort) Amélie Nothomb tellement sa présence à la rentrée devient une manie éditoriale. J'ai commencé à lire des nouveautés dès la semaine dernière en les réservant en amont à la Médiathèque de Chambery et j'ai deviné les préférences des lecteurs(trices) sur certains titres. Quand je suis en cinquième position pour un roman, ce titre va avoir du succès. Je me souviens de l'attente pour la saga d'Elena Ferrante : dix à quinze réservations… Il vaut mieux aller en librairie si l'envie est trop pressante pour découvrir une nouveauté. J'aime beaucoup cette période de l'année car la rentrée littéraire ouvre la saison automnale. Je m'en suis rendue compte avec mes hortensias déjà fanés et un peu carbonisés par le soleil déraisonnable de l'été. La rentrée littéraire ressemble à la madeleine de Proust, un parfum d'éternité pour une lectrice comme moi. Les nouveautés représentaient un des moments les plus intenses dans ma vie de libraire où je déballais les cartons avec une curiosité fiévreuse. Quand j'étais bibliothécaire, je partais dans les librairies pour acquérir les ouvrages sur les conseils avisés des professionnels. Notre revue "Livres-hebdo" qui existe toujours devenait un guide précieux. Je plongeais donc avec délices dans cet océan de papier, la rentrée annonçant la vague d'équinoxe, la Belharra, la vague géante du côté de Socoa… Depuis des dizaines d'années, le mois de septembre apporte sa moisson nouvelle de romans et d'essais. Ce phénomène éditorial donne à l'année une couleur particulière, un cérémonial rassurant dans ce monde voué sans cesse au changement perpétuel, perturbant et mouvant. Au moins, la rentrée littéraire revient comme les vendanges automnales, et reviendra, je l'espère, jusqu'à la fin des temps… Pour le bonheur des amoureux de la lecture !
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