mercredi 15 mai 2019

Stockholm, 3

Le Musée National des Beaux Arts a enfin réouvert ses portes en octobre 2018 après quelques années de rénovation. Le vaste édifice de style Renaissance italienne abrite depuis 1866 des collections de peinture depuis le début du XVe jusqu'au XXe. Les écoles européennes sont bien représentées et j'ai vu avec plaisir des Cranach (quel peintre génial !), Arcimboldo et ses distorsions picturales, Bellini, mon peintre vénitien préféré, Rembrandt, le Hollandais, Le Pérugin. La peinture suédoise et scandinave, moins connue, s'est révélée passionnante à mes yeux. Le département des Arts décoratifs prend une place importante car le design fait partie de l'identité du pays. Les objets courants comme les téléphones des années 60, le mobilier en bois clair très avant-gardiste, les fauteuils originaux, sont exposés de façon ludique et pédagogique. L'entrée est gratuite depuis 2016 (politique culturelle généreuse) et je n'ai subi ni file d'attente interminable, ni fréquentation de masse en ce mardi vers midi. Après une pause restaurant, je me suis dirigée vers l'île aux bateaux, Skeppsholmen, un lieu magnifique pour visiter le Musée d'art moderne, le Moderna Musett. Avant de pénétrer dans l'édifice, je me suis baladée dans le jardin du Musée de l'architecture où des sculptures monumentales de Nikki de Saint-Phalle accueillent le public. Les machines de Tinguelly cliquètent devant un module de Calder. Un espace surprenant et original, nommé Paradiset. A l'intérieur du Moderna Musett, j'ai vu un Giacometti, quelques Picasso, Bonnard, Klein et bien d'autres tableaux contemporains. Certaines œuvres en place me plongeaient dans la plus grande doute car l'art conceptuel reste une énigme pour moi même si je fais des efforts pour le comprendre. Quelques artistes cités dans le guide ne figuraient pas dans les salles car les responsables du musée proposent des expositions temporaires. Un peu déçue par cette déconvenue, je me suis installée dans le café du musée qui dispose d'une baie vitrée sur la Baltique et les bateaux qui passaient devant moi constituaient de véritables "marines"... J'ai dégusté une spécialité incontournable : le Kanalbull, une brioche à la cannelle succulente, et ce moment de pause s'appelle Fika, un art de vivre en Suède. Ensuite, j'ai pris le métro pour retourner à l'hôtel et surprise dans la station Kungstradgarden, j'ai remarqué la place de l'art dans les plafonds peints sous forme de caverne, des copies de statues antiques, des carrelages colorées, etc. J'apprécie cette volonté manifeste d'aménager les lieux communs, les objets usuels avec le goût du beau. Cette philosophie de la vie me rappelle celle des Grecs anciens et leur "kalosagathos", le beau et le bon… Les héritiers des Vikings ont lu Homère et Platon… Le Sud et le Nord, reconciliés, une Europe culturelle à préserver. 

mardi 14 mai 2019

Stockholm, 2

Le lendemain matin, j'ai consacré ma première visite à la Bibliothèque royale, la "Kungliga Biblioteket", située dans l'agréable parc de Humlegarden. Le bâtiment date de la fin du XIXe comme en témoigne la salle de lecture avec ses colonnes de fer et ses larges fenêtres. La sobriété toute scandinave règne dans cet espace fonctionnel. J'ai traversé la bibliothèque sans problème, en prenant des photos sans qu'aucun gardien ne vienne m'interdire ce geste. Les Suédois font confiance dans la bonne éducation des citoyens et j'ai ressenti un grand sentiment de liberté en déambulant dans les diverses salles de la bibliothèque. Dotée de plus de 20 millions d'ouvrages, cette institution rénovée en 1990 possède un livre unique au monde : le Codex Gigas, un manuscrit médiéval écrit par un moine bénédictin de Bohême. Cette Bible dit du "Diable" mesure 97 cm de haut sur 50 cm de large, contient des enluminures et même l'image du Diable, que le scribe Hermann le Reclus implora pour finir cet ouvrage composé en latin, en grec et en hébreu. Comme la Suède est très avancée dans les nouvelles technologies, j'avais une borne informatique qui m'a permis de feuilleter l'ouvrage. Un moment de bonheur pour une bibliothécaire qui, même à la retraite, conserve un goût profond pour les ouvrages exceptionnels. Ma matinée s'est poursuivie dans une belle librairie du quartier où j'aime flâner dans les rayons pour regarder les livres d'aujourd'hui et même dans la langue suédoise, je reconnais quelques auteurs internationalement connus. J'ai aperçu un livre de littérature jeunesse sur Simone de Beauvoir ! Le féminisme se pratique tôt en Suède… Je suis ressortie avec un beau carnet et quelques marque-pages. J'ai profité d'une belle éclaircie pour faire un tour en bateau bus pendant une bonne heure où j'ai admiré le panorama de la ville dans toute sa beauté. Quand je suis rentrée dans le bateau, un coin café convivial permettait aux passagers de se réchauffer et je n'ai pas hésité à utiliser ce cadeau inhabituel… Se balader ainsi sur la ligne 80 et voir défiler les clochers, les musées, les beaux hôtels, les immeubles anciens démontre la place essentielle de la mer Baltique à Stockholm, posée sur quatorze îlots et ces dizaines de ponts. J'ai pensé à Venise et à sa lagune. On a d'ailleurs baptisé Stockholm, la Venise du Nord. Après cette sortie en mer, j'ai repris mes visites muséales pendant l'après-midi : le Musée National et le Musée Moderne… (La suite, demain)

lundi 13 mai 2019

Stockholm, 1

Copenhague m'avait vraiment enchantée en mai 2018 et j'ai senti que la culture scandinave me plairait encore à Stockholm, ce petit bout essentiel de la Suède. Je suis donc partie la semaine dernière avec ma famille en prenant l'avion à Genève. Il faut deux heures trente de vol pour parcourir 2 000 kilomètres de distance entre Chambéry et la capitale suédoise. Dès que j'ai survolé les côtes suédoises, j'ai aperçu les nombreux ilots qui formaient un paysage abstrait d'une couleur "Baltique", c'est à dire d'un bleu gris mélancolique.  L'aéroport d'Arlanda se situe à 45 kilomètres de la capitale et j'ai remarqué d'emblée la place de la forêt, des sapins au bord des routes dans le paysage jusqu'aux portes de la capitale. J'avais choisi un très bon hôtel, près des quais Skeppsholmen, dans un quartier résidentiel et tranquille. La dizaine de chambres faisaient partie d'un appartement vaste dans son style dit gustavien : parquet, couleurs douces, mobilier en bois, rideaux en coton, une ambiance chic et feutrée, un confort appréciable. La présence d'un poêle scandinave apportait une touche chaleureuse. J'ai vite déposé la valise pour profiter de la ville en fin d'après-midi. Il faisait froid et le vent glacial nous titillait les oreilles. Mais, j'avais prévu ce temps frisquet et le bonnet m'a sauvée du rhume… Comme l'hôtel Parlän se situait au centre dans le quartier Ostermalm, j'ai parcouru les quais en découvrant la beauté de Stockholm : beaux immeubles cossus, de couleurs ocre, jaune, vert, des voiliers, des bateaux restaurants, des bateaux bus. Des mouettes à tête noire virevoltaient à une vitesse incroyable. Les Stockholmois se baladent en vélo, et les pistes cyclables forment un réseau très dense. Peu de voitures, aucun camion, un calme surprenant règne dans le centre ville. Déjà, on ressent la "coolitude" légendaire des pays scandinaves, la vie en plein air, l'écologie intelligente et non punitive… Un rêve enfin réalisé ! Ce qui frappe en se promenant dès la fin de la journée, c'est la lumière qui illumine les quais, les bâtiments, les arbres, les parcs. J'ai visité le quartier de Gamla Stan, le cœur historique de la ville avec ses rues étroites, la grande place Stortorget où l'on trouve des façades pittoresques très colorées. Le musée Nobel est situé sur cette belle place et j'imaginais Albert Camus montant les marches pour recevoir son prix en 1957... J'ai terminé ma balade dans un restaurant local où j'ai savouré les célèbres boulettes de viande aux airelles, un délice ! Dès les premières heures passées à Gamla Stan et sur les bords des quais, je me suis sentie vraiment trés bien dans ce lieu conjuguant des éléments que j'aime particulièrement : une culture maritime, écologique, historique, culturelle et des Suédois d'une gentillesse délicate pour des visiteurs venus de France…  

dimanche 5 mai 2019

"La solitude Caravage"

Yannick Haenel raconte son Caravage : "Vers 15 ans, j'ai rencontré l'objet de mon désir. C'était dans un livre consacré à la peinture italienne : une femme, vêtue d'un corsage blanc se dressait sur un fond noir". Il découvre le nom du peintre : le Caravage (1571-1610). Cette captation fulgurante, dévorante lui fait comprendre le rôle de l'art : "Trouver dans sa vie comment saluer la beauté n'est-ce pas de cela que qu'il s'agit dans toute initiation ? Je faisais mes débuts, j'attendais la magie." La première héroïne du narrateur s'appelle Judith. Yannick Haenel renouvelle avec talent le genre biographique. Il mêle des éléments intenses de la vie du Caravage à l'analyse pointue, savante des tableaux qui, pour l'écrivain, révèlent cette personnalité tourmentée. A Rome, Yannick Haenel visite le Palais Barberini où se trouve la toile de ses quinze ans. Il constate avec stupéfaction quinze après que son héroïne n'est pas seule. Elle est accompagnée d'une servante et tient une épée avec laquelle elle a tranché la tête d'Holopherne, le général assyrien, afin de libérer sa ville assiégé. Cette toile inspire cette réflexion : "Le monde peint a partie lié au royaume et qu'en un sens, il est lui-même le royaume". Yannick Haenel, pensionnaire en 2008, de la Villa Médicis, visite la célèbre église Saint-Louis-des-Français où l'on peut admirer deux immenses tableaux du Caravage : "Les corps du Caravage possèdent un éclat sauvage qui les jette dans une existence plus tendue, plus crue, plus belle, aussi que toutes celles que nous partageons". Il explique que sa fascination pour le peindre lui procure une expérience poétique, semblable à un sentiment mystique : "Voilà mon coup de foudre pour le Caravage me confirmait à quel point la vraie vie consistait à s'ouvrir à une parole qui vous nourrit, à lui offrir votre corps, à vous laisser traverser par cette expérience, et à écrire". Dans la petite soixantaine de tableaux éparpillés dans le monde, le biographe résume les sujets ainsi : "Des sacrifices, des extases, des heures saintes et des mises à mort, toute l'histoire de la solitude, toute l'histoire de la vérité, et leurs torsions dans le noir". Les éléments biographiques ne sont traités qu'en pointillé et l'écrivain est frappé par l'extrême solitude du peintre : "S'il y a quelqu'un sur cette terre qui a connu la dernière des solitudes, c'est bien le Caravage". Quand j'ai rencontré le Caravage à Rome, à Naples, à Vienne, ce génie de la peinture procure une expérience inhabituelle, exceptionnelle. Chaque fois, le choc esthétique, le choc émotif. Il est mort jeune à 39 ans, il vivait dans l'art, il ne pensait qu'à la peinture même s'il s'agitait dans une discorde permanente jusqu'à la mort. Cet ouvrage magnifique m'a subjuguée et la rencontre Yannick Haenel et le Caravage ne peut que séduire les amoureux(ses) de l'Italie, de la peinture et de l'art. 

vendredi 3 mai 2019

"Ruptures"

Claire Marin, professeure de philosophie, vient de publier, "Ruptures", aux Editions de l'Observatoire. Ses recherches portent sur les épreuves de la vie, les titres de ses ouvrages le montrent bien : "Violence de la maladie, violence de la vie", "La maladie, catastrophe intime", "Hors de moi". Dans un article du journal Le Monde, l'auteur explique sa réflexion philosophique qui va à l'encontre du "rebondir", de la résilience et du "il faut prendre les choses du bon côté". Claire Marin bouscule les idées préconçues : une rupture est un cataclysme intérieur, une blessure béante. Elle observe la société où tout se délite vite : les liens amoureux, familiaux, les engagements politiques, professionnels. Il existe peu de domaines stables, durables et solides. Aujourd'hui, tout s'accélère. Une constatation déjà établie par des sociologues de renom comme l'allemand Harmut Rosa. Volent certains mots dans l''air ambiant, relayés par les médias : flexibilité, adaptation, innovation, nomadisme… Claire Marin analyse dans cet ouvrage passionnant les ruptures multiples : amours, amitiés, famille, pays, travail, etc. Elle précise : "Il n'y a pas de vies sans brisures". Elle analyse dans les divers chapitres de l'essai les modalités de la rupture en commençant par la personnalité psychique, la fidélité à soi même : "Il arrive malheureusement que l'on rompe pour suivre sa folie intime, sa ligne de sorcière. Il y a, dans toute rupture, l'espoir de se trouver et le risque de se perdre". Pour illustrer la rupture amoureuse, elle évoque la littérature, source vive de tous les aventures humaines en s'appuyant sur les œuvres de Michel Butor, Marguerite Duras, Pontalis, Roland Barthes : "On peut mourir psychiquement d'un chagrin d'amour, se vider de soi, disparaître. Pourquoi une séparation amoureuse est-elle si insupportable ? Parce que dans cette révolution intime, je ne sais plus qui je suis, je ne sais plus si je suis". En vivant cette expérience, on apprend aussi à être seul. Elle convoque aussi Charles Juliet dans un chapitre sur le devenir soi, Henri Michaux sur la dispersion de soi. La famille semble concentrer aussi un milieu favorable aux ruptures multiples. La disparition des êtres chers fait l'objet d'un chapitre important sur cette expérience universelle. Je note cette phrase essentielle : "La maladie comme le deuil ou d'autres formes de traumatisme psychique impriment en nous une profonde inquiétude, l'impossibilité d'un rapport serein et confiant à la vie, une tension et une fébrilité toutes particulières". Pour Claire Marin, nous faisons sans cesse l'expérience de la perte, de la naissance à notre mort et c'est la définition de la condition humaine… Elle nous invite à "affronter l'incertitude de la vie" et à cultiver "le courage d'être".  Un ouvrage vraiment passionnant à lire sans aucune difficulté. 

jeudi 2 mai 2019

"Je remballe ma bibliothèque"

J'ai toujours lu Alberto Manguel avec un plaisir évident et ce grand érudit de la lecture, des livres et de la littéraire m'enchante depuis longtemps. Cet immense lecteur sait tout sur ce domaine, une planète universelle qu'il arpente avec une curiosité dévorante. Ecrivain, traducteur, éditeur, il aime se définir comme "un lecteur", un modeste lecteur… Né à Buenos Aires, il a vécu en Israël, en Europe, dans le Pacifique et au Canada. Ce voyageur passionné bouge et quand on change de lieu, il faut emballer, déballer les livres que l'on emporte avec soi. Il faut savoir qu'Alberto Manguel s'était installé en France dans un vieux presbytère et il possédait plus de trente-cinq mille volumes tellement il aime ses compagnons de papier. Dès les premières pages, il raconte sa bibliothèque actuelle et ses petites bibliothèques dans son enfance, son adolescence et rend un hommage appuyé à tous ces lieux magiques : "J'aime les bruits étouffés, le silence pensif, la lueur douce des lampes (surtout si elles sont d'opaline verte), les tables polies par les coudes de générations de lecteurs, l'odeur de poussière, de papier et de cuir". Sa propre mémoire dépend de tous les bibliothèques qu'il a constituées : "Chacune d'elles est une sorte de millefeuille autobiographique". A la fin de chaque chapitre, l'écrivain propose une digression sur un évènement littéraire. Il relate avec une érudition époustouflante le phénomène du déballage : moments excitants où il évoque ses goûts littéraires. Déballer, remballer, il ressent ces gestes ainsi : "Si déballer une bibliothèque est une action débridée de renaissance, en remballer une est une mise en tombeau ordonnée".  Alberto Manguel a donc vécu l'expérience douloureuse de remettre en caisses sa bibliothèque adorée, un véritable déchirement pour lui qui avait mis des années à la constituer. Il vit l'absence de ses livres comme une perte d'identité. Il déménage à New York et apprend ensuite qu'il a été choisi pour diriger la Bibliothèque Nationale de Buenos Aires, succédant ainsi à son mentor, Jorge Luis Borges. Un honneur sans précédent pour Alberto Manguel, le chaman de la lecture. Pour conclure son essai, il définit l'acte de lire : "La découverte de l'art de lire est intime, obscure, secrète, presque impossible à expliquer, proche de la naissance d'un élan amoureux". Une belle définition à méditer… Ce livre est un bijou littéraire !

mercredi 1 mai 2019

"L'amie de la famille"

Le Premier novembre 1968, Annie est emportée par une vague monstrueuse alors qu'elle se promenait sur les rochers qui surplombent la Chambre d'amour à Anglet. Elle n'était seule dans cette promenade imprudente : ses deux frères et son fiancé l'accompagnaient. Les deux frères ont évité le pire. Son fiancé a aussi été saisi par la vague mais il a pu s'accrocher à un rocher alors qu'Annie, épuisée par son combat contre l'océan déchainé, est morte d'épuisement dans son transfert à l'hôpital. L'auteur écrit : "Elle avait vingt ans, moi quinze. Il aura fallu un demi-siècle pour que je parvienne à évoquer ce jour, et interroger le prodigieux silence qui a dès lors enseveli notre famille. Je suis parti à la recherche d'Annie. Je l'ai vue revenir intacte dans sa fougue, ses doutes, ses enthousiasmes, ses joies et ses colères : une jeune femme d'aujourd'hui".  Jean-Marie Laclavetine décide, cinquante ans après l'accident, de soulever la chape de silence qui a emmuré ses proches. Quand les parents recevaient des amis et qu'ils posaient la question  : "qui est cette jeune fille sur la photo ?", ils répondaient à l'unisson : une amie de la famille… Le moment est venu pour l'auteur de rendre un hommage vibrant à cette sœur en retraçant sa jeune existence. Il mène une enquête précise, cherche des témoignages, remonte le temps, le fouille avec patience et acharnement. Il veut enfin savoir qui était cette jeune femme amoureuse, cette jeune femme amicale, cette jeune femme fraternelle. Il part sur les traces de sa meilleure amie qui lui brosse un portrait attachant d'Annie à travers des lettres. Il retrouve son fiancé après des démarches administratives sans suite. Il s'est remarié alors que la famille n'avait jamais repris contact avec lui. Il découvre alors une sœur beaucoup plus complexe que son image au sein de la famille. Elle était dépressive, anorexique. Passionnée et exigeante, ses relations avec ses parents ne semblaient pas sereines. Elle avait enfin passé le cap dangereux de l'adolescence en devenant plus "raisonnable" et à vingt ans, la vague tueuse n'a pas eu pitié d'elle. L'écrivain s'interroge en profondeur sur l'irruption du malheur dans une vie : "L'événement a transformé mon existence. La mort m'a fait ce que je suis. Je suis né à quinze ans". Ce très beau récit autobiographique ressemble à une re-naissance et ce retour sur un passé douloureux lui permet de donner vie à sa sœur disparue. Jean-Marie Laclavetine écrit une élégie sur sa famille blessée et grâce à l'écriture, cet hommage sur la vérité d'un drame terrible, traumatisant, atténue peut-être son immense chagrin. Il écrit: "La littérature a peut-être du moins ce pouvoir réunir ce qui se disperse, d'assembler ce qui s'éparpille au vent des destinées singulières, de coudre ensemble les lambeaux épars que la mémoire accroche dans les recoins de notre conscience". Une définition de la littérature qui me convient parfaitement…