Je lis en ce moment l'ouvrage de Yuval Noah Harari, "Sapiens", paru chez Albin Michel en septembre. Mon professeur de philosophie nous l'a fortement conseillé dès la rentrée car notre sujet de l'année porte sur l'homme, la condition humaine. L'auteur de ce livre raconte d'une façon très pédagogique "Une brève histoire de l'humanité". Je reparlerai de ce document dans ce blog mais, grâce à cette lecture, j'ai beaucoup apprécié ma visite dans le superbe musée de Santander, le MUPAC, consacré à la Préhistoire et à l'archéologie de la région cantabrique, ouvert en 2013. Il met en scène les modes de vie de nos plus anciens ancêtres, de l'ère paléolithique au Moyen Age. Tous les objets présentés ont été trouvés dans des grottes proches de Santander. Des restes d'animaux disparus sont exposés dans des vitrines. Et on peut admirer quelques objets gravés dans des bois de cerf, des os, des plaques de pierre et ces premières traces d'art, datant de dizaines de milliers d'années provoquent un sentiment de proximité avec les "Sapiens". Au fond, ce temps si lointain, vertigineux, se rapproche quand nous reconnaissons ces gestes pour se nourrir, pour se vêtir, pour survivre dans un milieu naturel hostile. Les premiers outils, les premiers harpons, les premières lances retracent à merveille la vie des hommes et des femmes de cette époque. De grandes stèles discoïdales géantes n'ont jamais délivré leur secret. Les anthropologues supposent qu'elles auraient un caractère funéraire. J'ai surtout apprécié la scénographie vraiment intelligente avec des outils pédagogiques informatiques que l'on commence à utiliser dans beaucoup de musées scientifiques. J'étais même été étonnée de trouver un musée de cette qualité dans une ville qui est loin d'être une grande métropole. Le livre de l'historien Harari, "Sapiens" et ce musée de la Préhistoire de Santander ont déclenché une plus grande curiosité envers ces temps encore plus lointains que mes chers Grecs. Avant, mon intérêt commençait à la naissance de l'écriture (-3000 ans av JC) et maintenant, la Préhistoire mérite toute mon attention... J'ai terminé mon séjour en dégustant un plat typique de ce pays si attachant dans un restaurant situé dans un marché couvert :"los chipirones encebollados", un vrai délice, au goût océanique...
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
vendredi 23 octobre 2015
jeudi 22 octobre 2015
Escapade à Santander, 3
Après Bilbao, j'avais envie de découvrir Santander sur la côte cantabrique. Je connaissais la réputation de la cité balnéaire, dotée d'une des baies les plus magnifiques d'Espagne. J'avais réservé une chambre avec la vue sur l'océan et en octobre, les prix sont très attractifs... Vivre même quelques heures en bord de mer procure une sensation de liberté, de légèreté et d'insouciance. Se laisser bercer par la musique lancinante des vagues, voir le coucher de soleil, écouter respirer l'océan la nuit, ouvrir la fenêtre et se retrouver dans ce paysage marin, tous ces moments résument le voyage que j'ai entrepris. Je pourrais ajouter la marche matinale sur la plage, la balade en bateau tout au long de la baie, les aigrettes sur un îlot ensablé, les mouettes virevoltant derrière les bateaux de pêche, les montagnes au loin... Mais, je n'ai pas seulement admiré la baie de Santander. J'ai aussi visité deux musées. Le musée d'art moderne et contemporain expose aussi bien un Goya avec un tableau d'un artiste d'aujourd'hui... Hétéroclite et surprenant, ce petit musée bouscule la tradition dans la mise en place des collections. J'ai surtout admiré une sculpture du catalan Jaume Plensa qui s'est représenté dans un autoportrait, assis avec les genoux repliés et retenus par ses bras. Cette sculpture en marbre porte des noms de ses écrivains préférés. J'ai retenu Pessoa, Baudelaire, Woolf, etc. Dans un article de Wikipédia, j'ai trouvé des explications éclairantes sur la démarche "littéraire" de l'artiste : " Les sculptures nous parlent d'elles-mêmes, les mots qu'elles portent sont écrits avec une encre invisible. Comme un tatouage, tout ce que nous vivons s'imprime sur notre peau. Selon lui, les livres nous transforment intellectuellement et physiquement : ce que nous lisons devient une peau de mots, traverse nos flux, fabrique notre identité et change notre compréhension du monde. Les lettres du livre forment une totalité des êtres vivants. Une caractéristique de son approche tient au fait qu'il ne se contente pas de lire les auteurs qu'il a choisis, mais les entend comme des voix vivantes qui l'accompagnent. Pour percevoir ces voix, on a besoin d'un vide dans lequel puissent naître des idées, un dialogue, on a besoin d'un intervalle qui corresponde à une autre tension. » J'avais vu déjà vu une de ses sculptures monumentales à Antibes et elle m'avait vraiment "emballée". J'aime beaucoup les artistes qui rendent hommage à la littérature, aux lettres, aux livres...
mercredi 21 octobre 2015
Escapade à Bilbao, 2
Biarritz n'est qu'à 150 kilomètres de Bilbao et j'avais envie de passer une journée dans cette ville basque, côté espagnol. Le GPS m'a dirigée directement vers le musée Guggenheim, cette masse "titanesque" (les parois extérieures sont recouvertes d'écailles en titane...), un OVNI à l'allure de station spatiale. J'ai revu l'Araignée de Louise Bourgeois, monstre féminin, figée sur la berge du fleuve, à l'extérieur du bâtiment. Le chien assis et monumental, "Puppy", composé de millions de fleurs, supportait des échafaudages où les jardiniers arrosaient et soignaient ce jardin suspendu à la forme canine de Jeff Koons. En semaine, la fréquentation était raisonnable et j'ai arpenté pour la troisième fois les salles d'art contemporain. Un grand artiste, Jean-Michel Basquiat, d'origine haïtienne et portoricaine, fait l'objet d'une grande exposition et j'ai profité de cette manifestation pour découvrir surtout les œuvres de ce jeune homme au destin tragique, mort à 28 ans d'une overdose. Ces toiles nous montrent l'engagement radical du premier peintre noir de l'histoire de l'art moderne. A travers son art "graffitis" de la rue new-yorkaise et en utilisant des supports ordinaires (planches en bois, toiles grossières), il dénonce le racisme, la société de consommation, la violence urbaine, la discrimination, la difficulté de vivre. J'ai surtout remarqué l'utilisation des lettres, des mots dans ses tableaux, en particulier, le verbe "lire", inscrit plusieurs fois comme un programme salutaire. Quand je suis ressortie, une animatrice m'a proposé de dessiner pour marquer la visite et moi qui ne dessine jamais, j'ai joué le jeu en exécutant des gribouillis enfantins qui m'ont rajeunie... Après le "Guggenheim", j'ai découvert le Musée des Beaux-Arts, méconnu du public qui ne voit que l'autre, l'immense nef argenté. Ce musée plus traditionnel possède des collections très intéressantes. J'ai vu Cranach (Lucrèce), Zurbaran, Le Greco, Murillo, Sorolla, des peintres basques réputés et surtout, une très belle collection d'art moderne dont un Picasso, Braque, Juan Gris. Bacon, etc. Mais j'ai connu une belle émotion devant un tableau de Vieira da Silva, nommé les "Miroirs", que je n'avais jamais vu. J'ai retrouvé la magie des couleurs bleu, gris, blanc dans un labyrinthe de lignes horizontales et verticales symbolisant les miroirs et au fond de la toile, un rectangle blanc que j'ai interprété comme une issue "lumineuse"... La peinture lyrico-abstraite permet le rêve, l'idée et le projet. Je suis repartie en emportant avec moi, (dans mon esprit !), cette toile de ma peintre préférée depuis de nombreuses années. Bilbao est vraiment une ville d'art, mais, aussi une ville laborieuse, rieuse, dynamique et ouverte sur le monde... Et basque en plus, une très grande qualité à mes yeux !
mardi 20 octobre 2015
Escapade au Pays Basque, 1
Après la Grèce, je suis repartie vers ma terre natale, le Pays basque. J'ai retrouvé avec plaisir "mon" océan atlantique du côté de Biarritz, d'Anglet et de Bidart. Le mois d'octobre est plutôt clément et sur dix jours, la pluie s'est manifestée sur deux jours... J'ai ainsi observé avec admiration mes "gladiateurs" des vagues et j'enviais leur courage d'affronter ces éléments liquides bouillonnants d'écume et de force marine. Quand ils disparaissent dans le creux des vagues, je me demande s'ils vont reparaître. Le surf symbolise à mes yeux un certain comportement dans la vie que je pourrais résumer avec des verbes: faire face, assumer, assurer, tomber, se relever, plonger, glisser, dominer sa peur, affronter... J'aime voir ces hommes et ces femmes (des Amazones magnifiques) chevaucher les crêtes blanches des rouleaux, dignes de l'Enfer dantesque. Et quand ils reviennent sur le sable, avec leur planche blanche sous le bras, ils me font penser aux héros grecs de l'Odyssée... J'avais besoin de me ressourcer dans cet environnement océanique avant de glisser dans la froideur de l'hiver savoyard. Ce pays à l'extrême sud-ouest possède des atouts certains : la douceur de l'air à plus de vingt degrés, la gentillesse des "autochtones", mes racines familiales, la vision d'un vol d'oies sauvages à Salies-de-Béarn, une légèreté mêlée d'insouciance et de bien être, une présence culturelle indéniable depuis vingt ans avec des concerts, des expositions, des conférences. J'ai même découvert une belle maison basque à Guéthary transformée en petit musée d'art moderne et contemporain, la villa Saraleguinea, inscrite aux Monuments historiques. On trouve des sculptures de Georges Clément de Swiecinski, un artiste d'origine polonaise, des archives et des objets du poète béarnais, Paul-Jean Toulet. Les belles salles reçoivent trois expositions par an et j'ai eu la chance de voir les œuvres du Suisse Fabiano Bevilacqua. J'ai même eu la surprise d'admirer une exceptionnelle épitaphe funéraire provenant de vestiges romains découverts en 1984 sur le site de la gare de Guéthary. Ce petit port de pêche à la baleine dans les temps anciens mérite le détour... Des Romains à l'art contemporain, mon après-midi entre plage et musée ne pouvait que me plaire.
lundi 19 octobre 2015
"La condition pavillonnaire"
En regardant sur la 5, "La Grande Librairie", un écrivain avait choisi le roman de Sophie Divry, "La condition pavillonnaire". Je l'ai donc découvert et tout au long des pages, le portrait de M.A. (qui ne porte pas un prénom alors que les membres de sa famille en sont dotés) m'excédait un peu, tellement elle symbolisait une Madame Bovary "populaire" du XXe siècle. L'auteur s'adresse à elle en la tutoyant et relate sa vie avec un accompagnement très précis de son mode de vie matérielle. Tout y passe : les appareils électro-ménagers, les voitures, la maison, le travail salarié, le jardinage, etc. Tous les faits et gestes de la vie quotidienne sont décrits à la façon d'un Georges Perec. Dans ce magma d'objets, le personnage central du roman vit une enfance choyée, fait des études commerciales, rencontre son compagnon, se marie, donne naissance à trois enfants, travaille dans une entreprise de meubles, s'entiche d'un collègue, trompe son mari, voit partir ses enfants à l'université, mène une vie sociale, vieillit et tombe malade. Et dominant toute sa vie, somme toute bien réglée, bien classique, rôde l'ennui comme dans l'existence de Madame Bovary dans le bocage normand. Pourtant elle possède tout ce dont rêve une femme "traditionnelle" : une famille, une maison, un travail, des activités sociales et même, audace oblige, un amant de passage. Un certain vide l'habite, un manque la submerge, cet ennui existentiel lui procure une insatisfaction permanente. La condition "pavillonnaire" représente l'humaine condition pour Sophie Divry : quel est le sens de la vie ? Comment vivre ? Que faut-il faire pour parvenir à une satisfaction de l'être ? M.A. rêve toujours à "autre chose" : elle se sent limitée, cernée, prisonnière de son existence banale et ordinaire. Pourtant, elle est aimée des siens, elle vit dans un certain confort (le pavillon), elle se divertit (yoga, associations, sorties). Quand son amant la quitte, elle craque... Mais les devoirs familiaux et conjugaux la remettent sur le chemin. Ce portrait réaliste d'une femme "inassouvie" est peint avec une dose d'ironie et de distance qui semble suggérer au lecteur(trice) : "ne laisse pas ta vie t'échapper, fuis la conformité, la banalité, l'encombrement des objets", c'est à dire la société de consommation. Ce roman "sociologique" nous parle de la vie d'aujourd'hui, d'une vie matérielle un peu trop prenante et prégnante... Un roman original, plein d'humour et d'ironie sur notre vie moderne.
vendredi 9 octobre 2015
Atelier de lectures, 3
J'ai suggéré à mes amies lectrices de "visiter" un écrivain. Tout au long de l'année, j'avais proposé un écrivain par mois, en pratiquant la parité, un homme-une femme. Mais cette année, je propose pour le trimestre, trois femmes écrivains : Colette, Simone de Beauvoir et Marguerite Yourcenar. Colette est-elle encore lue aujourd'hui ? Je crois bien qu'elle est très admirée pour plusieurs raisons : son style sensuel, son amour des hommes et des chats, sa liberté absolue voire son libertinage audacieux pour l'époque, sa passion de la vie proche de la nature. J'ai relu les premières pages de "Claudine à l'école" et j'ai été frappée par l'énergie que le texte diffusait. Quand elle décrit sa classe, elle bouscule la grammaire et compare ses comparses en utilisant le "ça"... Elle décrit une France du début du XXe siècle où les écoles étaient chauffées au poêle à bois, où les maitresses étaient respectées et craintes : tout un monde disparu que l'on a un peu connu. J'étais dans une petite école où la corvée de bois relevait d'un privilège pour les bons élèves... Ah, nostalgie quand tu nous tiens ! A part une lectrice qui s'est ennuyée dans l'univers des Claudine, les autres ont apprécié "La retraite sentimentale", "Le blé en herbe", "Chéri". Régine, en particulier, a découvert une anthologie de nouvelles courtes, "La femme cachée", éditée en Folio. Elle a lu un petit extrait et c'est à ce moment-là que l'on mesure le génie littéraire de cette grande écrivaine. Pour ma part, je néglige la relecture des classiques car je lis trop d'auteurs contemporains. Quelle erreur ! Il serait temps de reprendre le chemin vers nos anciens. En novembre, nous allons évoquer l'extraordinaire destin de Simone de Beauvoir et cela me ravit déjà de me replonger trente ans après dans cette œuvre qui m'a profondément changée dans les années 70 et 80. J'ai conseillé "La femme rompue" et "Une mort très douce". Le prochain atelier aura lieu le mardi 24 novembre à 14H.
jeudi 8 octobre 2015
Atelier de lectures, 2
Dans la deuxième partie de l'atelier, nous avons abordé les nouveautés de la rentrée. Evelyne a beaucoup apprécié "Orages intimes" de Jeanne Benameur. Il est d'ailleurs étonnant qu'il ne figure dans aucune liste de prix littéraires. Jeanne Benameur est pourtant publiée chez Actes Sud mais son œuvre semble peut-être trop "gentille" aux yeux des critiques littéraires. Il faut plus de "problématique" , de crise, de drame... Pourtant, l'écrivaine a choisi de raconter le retour d'un otage, ce qui correspond bien à l'air du temps... De toutes façons, elle n'a pas besoin de reconnaissance médiatique car elle est appréciée par de nombreux lecteurs (et surtout des lectrices) qui lui sont très fidèles. Evelyne a commencé le dernier ouvrage de Carole Martinez, encore plus "farfelu" que son "cœur cousu"... Véronique a choisi le dernier Christine Angot, "Un amour impossible" où il est question de la vie de ses parents, de leur relation de couple, de leur échec réciproque et le thème de l'inceste revient comme un traumatisme familial dont on ne se remet pas. Janine a acheté en librairie, "Eva" de Simon Liberati, encore un roman d'autofiction sur sa compagne. Ce récit lui a rappelé "L'amour et les forêts" d'Eric Reinhard, un texte troublant qui a provoqué un débat autour de notre table. L'atelier sert à partager nos lectures et surtout à confronter nos avis. Régine a bien aimé "Au pays du petit" de Nicolas Fargues, un ouvrage où le cynisme règne mais un cynisme jouissif. Janelou a découvert "Seuls au monde" d'Isabelle Autissier, un roman à la "Robinson Crusoé" où deux quadras triomphants se retrouvent échoués sur une île déserte. Cette parabole sur le couple isolé et sans ressources pose l'éternel problème de l'amour, de "l'autre", de la vie en commun dans un enfer paradisiaque qui révèle la personnalité de chaque naufragé involontaire. Janelou a aussi lu le dernier ouvrage autofictif de Delphine de Vigan, phénomène de librairie (déjà 160 000 exemplaires vendus). Elle avait obtenu un très grand succès avec son récit-roman sur sa mère dépressive et suicidaire, "Rien ne s'oppose à la nuit". Elle évoque dans ce nouveau texte, le succès qui l'a laissée sans voix donc sans écriture. Une amie vient s'immiscer dans sa vie et cette amitié envahissante et dévorante ressemble à de la manipulation mentale... Un livre qui selon Janelou, se lit d'une traite... Voilà pour la partie nouveautés de la rentrée qui vont circuler entre nous et nous pourrons ainsi échanger nos avis et commentaires sur ces titres acquis en librairie. Qui obtiendra le prix Goncourt, Fémina, Médicis, Renaudot ? Les listes se raccourcissent et les résultats tomberont en novembre comme les feuilles mortes...
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