Je suis revenue de mon périple odysséen et je garde en moi la lumière jaune d'Athènes, la chaleur estivale malgré quelques épisodes orageux, souvent rafraîchissants et bienfaisants. J'ai réussi à concilier la culture et la nature : j'ai visité une vingtaine de musées et de sites archéologiques que j'évoquerai dans le blog et je me suis baignée plusieurs fois dans la mer Egée à 28° près d'Athènes et dans l'île aux pistaches, Egine. Mais avant de décrire mes rencontres esthétiques et mes admirations historiques envers la Grèce Antique, j'ai envie de parler de la ville d'Athènes et de ses habitants. J'avais loué un studio dans un quartier près de l'Acropole, ce qui m'a permis de rayonner dans le centre formé par la colline de Filopappou, l'Agora grecque, l'Agora romaine et les grandes avenues. Tout d'abord, cette ville "ciment" s'étale à perte de vue et supporte près de 4 millions d'habitants sur 11 millions de Grecs vivant dans le pays. A part le centre historique, les quartiers se ressemblent avec des immeubles de quatre à six étages, tous munis de terrasses et de stores pour lutter contre le soleil dévorant de l'été. Certains habitations s'herborisent avec bonheur et donnent des touches de vert salutaires. La ville ne possède pas d'unité urbanistique comme à Amsterdam et Venise. De grandes avenues sont envahies de voitures et de taxis de couleur jaune qui défilent à une allure inconcevable en France et quand le feu rouge se met au vert, je courrais presque pour traverser la rue. Les automobilistes et les scooters mènent la vie dure aux piétons et je n'ai remarqué aucun cycliste. La révolution verte ne semble pas conquérir le cœur des Athéniens... Mais, l'écologie est peut-être une démarche appartenant à des sociétés très riches ? Et puis, les marques de la crise se manifestent sur les murs avec des millions de tags, que l'on nomme "art street", l'art des rues, si on veut parler de gestes artistiques. Evidemment, je préfère des murs sans ces graphismes douteux mais nos jeunes artistes d'aujourd'hui, souvent anonymes, veulent exprimer leurs colères, leurs révoltes, leurs rancœurs. Je pensais à Socrate quand je me baladais dans ces avenues bruyantes, collectionnant les commerces fermés et je me disais, quelles paroles prononceraient-ils pour décrire sa cité devenue tentaculaire, vibrante de bruit et de vie, de restaurants ouverts sur la rue, avec sa noria de taxis, de lignes de métro, de bus, de tramway ? J'aurais aimé connaître son avis...
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mercredi 30 septembre 2015
samedi 19 septembre 2015
Voyage en Grèce
Samedi 19 septembre, départ pour Athènes. A moi, l'Acropole, l'Agora romaine, les musées, les temples, les théâtres, les églises byzantines, les places, les Grecs dans les rues, la chaleur, le soleil, le bord de la mer Egée, le Pirée, le Cap Sounion, Egine, les élections législatives, les tavernes, la circulation intense, et tout le reste que je vais découvrir en dix jours. Avant de voyager, j'ai effectué un vrai pèlerinage dans les livres. En dehors des guides (le Routard et le guide Bleu Hachette) que j'emporte avec moi, j'ai emprunté à la bibliothèque des ouvrages sur l'art grec pour mémoriser les grandes périodes artistiques. Comme j'ai un intérêt particulier pour les vases grecs, je me prépare à admirer dans les musées les pièces les plus précieuses. : un régal des yeux et un vertige intellectuel en pensant à ces artisans souvent esclaves qui modelaient la terre cuite et dessinaient des figures géométriques ou humaines pour raconter la vie fabuleuse des héros mythologiques de la Grèce antique. Dans toute la documentation que j'ai amassée sur cette civilisation que me tient tant à cœur, je retiendrai le "Dictionnaire amoureux de la Grèce" de Jacques Lacarrière, publié en 2001 chez Plon dans cette délicieuse collection des dictionnaires. Non seulement l'auteur nous rappelle les noms des sites à visiter, des dieux et des déesses terribles et magnifiques, des personnages mythologiques, mais il nous présente surtout des écrivains grecs contemporains qu'il a traduits lui-même. Tout un monde mythique est raconté dans un style "non-universitaire" sans qu'il soit besoin d'être un spécialiste de la Grèce. Il m'a fait découvrir un poète, prix Nobel de littérature en 1963, Georges Seféris (1873-1971). Dans un de ses poèmes appelé "Epiphanie 1937, il dit : "J'ai maintenu ma vie, en chuchotant dans l'infini silence." Pour essayer de percer l'âme d'un pays, il vaut mieux s'adresser à ses poètes, à ses écrivains, qui nous racontent à leur façon l'identité profonde de la "grécité". Rendez-vous à la fin du mois, après mon périple dans l'Attique à la rencontre des dieux et des hommes dans un pays en ébullition politique, et comme j'aime l'Antiquité , je vais me sentir bien à Athènes qui est, selon les archéologues, la plus vieille cité du monde...
vendredi 18 septembre 2015
"Otages intimes"
Le dernier roman de Jeanne Benameur, "Otages intimes", ne décevra pas ses lecteurs(trices) qui aiment son œuvre, en particulier le très beau "Profanes" aux éditions Actes Sud. Il existe une musique "bénameurienne", si j'ose m'exprimer ainsi. J'ai retrouvé son style sensuel, une intrigue dramatique, un trio amoureux, des personnages toujours empathiques, un environnement mondial en crise. L'histoire se passe aujourd'hui et pour Etienne, photographe de guerre, la vie n'est pas d'une simplicité limpide ! Il a été pris en otage dans un pays "à feu et à sang". Les premiers chapitres racontent sa survie lors de sa détention, sa libération inattendue et son retour dans son village natal. Il se "reconstruit" en douceur, dans la maison de sa mère. Il retrouve son meilleur ami d'enfance, Enzo, devenu ébéniste et Jofranka, une amie commune quand ils étaient enfants. Ce trio d'enfance se reconstitue au retour d'Etienne. La jeune femme, avocate, travaille à La Haye, au tribunal international. Enzo et Jofranka se sont mariés, puis séparés. Etienne avait une compagne qui a préféré rompre avant sa détention, fatiguée de ses voyages dangereux. Chaque personnage se débat dans une crise : Etienne et son retour à la vie normale, Enzo et son amour perdu pour Jofranka qui, elle même, revient pour régler son passé, la mère d'Etienne et son ex-mari, disparu en mer. Tout ce petit monde se frôle, s'observe, s'aime, se déchire, s'apaise. Etienne se sent l'otage d'un monde en guerre, Enzo se sent l'otage du village, Jofranka se sent l'otage des femmes victimes. La question que pose Jeanne Benameur s'impose : de qui ou de quoi sommes-nous l'otage ? Et peut-on se libérer de ces entraves ? L'écrivain nous susurre à l'oreille, malgré la dureté des temps, que, oui, la vie peut aussi nous réserver d'heureuses surprises inattendues... Un beau roman, teinté d'espoir.
jeudi 17 septembre 2015
Cours de philosophie, 1
Le mercredi 16 septembre, nous étions une bonne cinquantaine de participants au cours de philosophie de Daniel à l'AQCV de Chambéry. Cette année, notre professeur, toujours aussi motivé pour le partage des connaissances nous a présenté le programme de l'année : l'Homme. Dans un support de cours qu'il nous a diffusé, il a mis à l'honneur Diogène. Ce philosophe grec cherchait l'homme, le genre humain, dans les rues, avec sa lanterne. Tous les philosophes, de l'Antiquité à nos jours, se posent cette éternelle question : "Qu'est-ce que ça signifie être humain ?". Nous avons entendu des réponses dans la salle pour définir l'homme : un primate singulier, un animal politique, un être pensant, une conscience, un homme parlant, sensible, etc. Cette première séance a posé les bases de ce cours de philo pour un public à majorité féminin, hétéroclite, curieux, attentif. Des notions reviennent souvent dans le vocabulaire de Daniel : l'essence et l'existence, l'immanence et la transcendance, la physique et la métaphysique, le corps et l'esprit, la nature et la culture, le divin et l'humain. Et des noms de philosophes flottent dans l'air : Aristote, Platon, Descartes, Sartre, Freud, Marx comme des amis que l'on retrouve avec plaisir une fois par semaine. Les partis pris de Daniel sont énoncés clairement : il porte un regard métaphysique, psychanalytique, sociologique sur la condition humaine. En conclusion, il nous a souhaité une bonne année "philosophique" et nous a lu un texte d'André Malraux, écrit en 1956 sur la place de plus en plus encombrante et inquiétante du fait religieux (l'islamisme) au XXIe siècle. J'avais toujours eu envie de participer à l'université populaire de Michel Onfray à Caen. A Chambéry, nous avons la chance de connaître un professeur de philosophie qui nous offre, à titre gratuit, sa culture pour comprendre dans une logique pédagogique, le monde de la philosophie. J'essaierai, de temps en temps, dans ce blog de rendre compte des cours sur l'Homme, immense sujet de réflexion...
mercredi 16 septembre 2015
"Les Irremplaçables"
Je suis allée dans ma librairie préférée (Garin à Chambéry) pour acquérir l'ouvrage de la philosophe-psychanalyste, Cynthia Fleury. Il n'est pas toujours aisé de lire un essai assez complexe sur la notion "d'irremplaçables" mais, il faut quand même oser l'aventure et s'agripper au texte comme un alpiniste sur sa paroi vertigineuse. Je me suis donc lancée et même si je ne n'ai pas tout compris, quelques pépites lumineuses ont éclairé ma lecture studieuse. Plusieurs articles de presse évoquent la sortie de cet essai et les lire aide beaucoup pour appréhender les idées maîtresses de la philosophe par ailleurs très impliquée dans la société. Née en 1974 à Paris, cette jeune philosophe est professeur à l'American University of Paris, membre du Conseil consultatif national d'Ethique, a écrit des essais déjà diffusés en format poche comme "La Fin du courage". Habituée des médias, elle est très appréciée pour son langage clair et tranché. Un entretien, paru récemment dans Télérama, m'a donné envie de lire son œuvre. Elle dit : "Un être irremplaçable est en effet quelqu'un qui s'engage dans un processus d'individuation, autrement dit dans la construction de son propre destin. (...) L'enjeu, c'était d'entrer dans cette dynamique d'engagement et de créer une responsabilité pour chacun de nous : comment ce destin individuel alimente-t-il un destin plus collectif ? Voilà la question essentielle." Pour la philosophe, la démocratie, l'Etat de droit ne sont solides que s'ils reposent sur des individus formés, éduqués, libres. Elle évoque la marchandisation, la "remplaçabilité", le flux incessant de la consommation, la croissance folle, la dégradation de l'environnement, etc. Cet essai offre des pistes de réflexion sur la définition de l'individuation : l'imagination pour comprendre le réel, la douleur pour atteindre la vérité et l'humour pour la distanciation. Cynthia Fleury prône l'éducation comme "entreprise publique majeure". Dans ce temps éducatif, "On bascule dans un autre espace-temps qui est un espace symbolique. Il s'est joué là un déclic, le début de quelque chose; l'attention, l'autonomisation, l'émancipation, la conscience critique." Dans cet entretien, elle fait l'éloge de la... discipline, "un savoir-faire, un geste technique, une manière d'être qui nous rend plus libres". J'ai tenté un très brève et très superficielle explication d'un sujet traité en 212 pages... Il vaut mieux découvrir cette femme philosophe vraiment passionnante dans cet essai optimiste sur l'avènement d'un "moi" social et non d'un "moi" égoïste. Lire Cynthia Fleury, c'est se sentir plus "intelligent" une fois le livre fermé...
mardi 15 septembre 2015
"Il faut tenter de vivre"
Dans les nouveautés de la rentrée, j'ai découvert Eric Faye et son roman "Il faut tenter de vivre" aux éditions Stock. Le narrateur, écrivain lui-même, raconte la vie chaotique de Sandrine Broussard, la sœur d'un ami. Il mène une enquête sur ce personnage romanesque et pose sans cesse des questions sur ce destin atypique et évanescent. La fascination de l'écrivain pour cette héroïne en creux ressemble à une recherche éperdue de la vérité sur une personnalité ambiguë. Qui est Sandrine Broussard ? Que suis-je vraiment ? Quels sont les masques portés dans nos vies ? La jeune femme a choisi le chemin périlleux de l'arnaque à petite échelle. Avec un compagnon de fortune, elle organise des plans foireux : des petites annonces pour piéger des hommes esseulés, des fausses locations de maison en bord de mer, des abus de confiance. La justice la rattrape et la conduit en prison. Une fois sortie, elle se refugie dans une boîte à filles faciles et sa tenancière lui ordonne de dépouiller ses clients. Elle rencontre un habitué âgé qui va enfin la sortir de sa galère en l'installant dans un appartement. L'écrivain veut saisir l'énigme que représente cette femme perdue et instable. Il établit un parallèle entre son existence rangée d'homme dit "normal" et celle de son personnage atypique. Je cite quelques "sentences" : "Je me dis que la vie n'est pas une affaire de clarté, mais plutôt de ténèbres", "D'erreur en erreur, nous errons", "Je m'apercevais qu'elle avait concrétisé un de mes plus vieux rêves : percer le secret de l'apesanteur, flotter dans un temps différent de celui de la société". Eric Faye dresse un portrait d'une femme dont la marginalité l'attire et l'obsède. Chaque lecteur(trice) peut se faire une opinion différente de cette femme qui refuse l'ennui d'une vie réglée et sécurisante. Ce personnage peut symboliser une liberté extrême mais au détriment des autres qu'elle arnaque. Sandrine Boussard est-elle une héroïne à la Bonnie and Clyde ou une femme facile, volage, peu fiable, sans volonté de changer sa vie marginale ? Eric Faye essaie de donner une dimension héroïque à Sandrine si courageuse de vivre une existence en "apesanteur"... Si Eric Faye a choisi ce titre, "Il fait tenter de vivre" comme le dit Paul Valery dans son poème, il semble peut-être nous dire que chaque existence ne peut qu'être une ébauche, un essai, une tentative une voie sans issue, comme celle de cette Sandrine, si banale au fond...
lundi 14 septembre 2015
Rubrique cinéma
J'ai vu un beau film, "La Belle Saison" au Forum dans une salle rénovée et avec des horaires nouveaux (14h30 et 16h45). Catherine Corsini a choisi deux belles actrices, Cécile de France et Izia Higelin, pour incarner deux jeunes femmes attachantes, fortes et rebelles. L'histoire se passe à Paris en 1971 à une époque influencée par les événements de 68 où la contestation étudiante avait laissé des marques. Quelques femmes commencent à s'organiser pour leurs droits. Ces luttes anarchiques et joyeuses vont donner naissance aux divers mouvements féministes dont le MLF dans les années 70 et 80. Delphine, fille de paysans, monte à Paris pour travailler. Elle croise un groupe de filles survoltées, rieuses et libérées. Elle les rejoint dans des réunions de réflexion et se lie d'amitié avec la "leader" du groupe, Carole, parisienne et professeur d'espagnol, mariée à un militant de gauche. Delphine préfère les filles aux garçons et tombe amoureuse de Carole qui finit par comprendre qu'elle ressent le même sentiment. Elles ne se quittent plus et vivent à Paris leur histoire amoureuse en toute innocence. Mais, le père de Delphine tombe gravement malade et sa mère lui demande de reprendre la ferme familiale. Elle se remet courageusement au travail et invite Carole à partager ses taches éreintantes. La vie à la campagne s'avère dure pour les deux jeunes femmes, obligées de se cacher pour s'aimer. Un matin, la mère de Delphine les surprend enlacées. Elle injurie Carole et la chasse de la ferme. Delphine vit un dilemme : restera-t-elle à la ferme par devoir ou va-t-elle partir avec Carole ? Dur de vivre en ces temps là leur amour au féminin dans le milieu paysan, conservateur et farouchement fermé à la différence... Je ne dévoilerai pas la fin de cette belle histoire d'amour. Ce film audacieux et politiquement incorrect devrait apporter une pierre à l'édifice "Tolérance" et remettre en question les préjugés les plus lamentables. Un film militant et heureux sur la libération des femmes qui s'aiment...
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