Les revues de février arrivent dans ma boîte à lettres et c'est toujours un plaisir d'avoir encore du courrier "papier" pour garder un lien avec mon très gentil facteur. "Lire" propose un dossier important sur Shakespeare, un entretien avec Sylvain Tesson qui sort "Berezina", un périple en Russie. On peut lire de nombreuses rubriques sur les nouveautés de la rentrée de janvier. Le Magazine littéraire a fait peau neuve en transformant sa maquette. Les articles deviennent plus lisibles sur un fond blanc brillant. J'ai remarqué plus de clarté, plus de rigueur dans la présentation. Le dossier central traite du roman gothique, un style littéraire proche du fantastique noir, (Mary Shelley avec Frankenstein). Je préfère les articles sur la nouvelle vague réactionnaire du roman en France, le cap du deuxième roman, un grand entretien avec Fleur Pellerin, notre ministre de la culture, qui aime lire (ouf !), un portrait de Mona Ozouf, la grande historienne. Les critiques des nouveautés sont bien présentées. En le feuilletant, j'ai trouvé le numéro plus simple à lire et des rubriques de l'ancienne maquette ont disparu. Je me ferai une meilleure idée après quelques numéros, mais je préfère déjà cette maquette à la précédente. Après la littérature, je m'intéresse beaucoup à la philosophie et le dernier numéro de Philosophie Magazine présente un dossier central sur "L'enfer, c'est les autres... Vraiment ?", des articles sur la torture, le cosmos, etc. Le cahier détachable concerne La Boétie, philosophe de la "servitude volontaire". Lire des revues, c'est une manière très agréable de se cultiver sans peine, de s'informer pour bien choisir les romans de l'année, de s'étonner encore de l'étendue de son ignorance (il y a tant de choses à découvrir !)...
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
vendredi 23 janvier 2015
jeudi 22 janvier 2015
"Soumission"
J'ai hésité à évoquer le dernier roman de politique-fiction de Michel Houellebecq mais je me lance dans l'écriture du billet avec prudence et délicatesse. J'ai voulu lire ce livre car c'est tout de même un événement littéraire. Certains ne veulent absolument pas le lire, d'autres le découvrent pour son aspect polémique. Le fil de l'intrigue : François, un professeur d'université, spécialiste d'un écrivain décadent, Huysmans, décrit la situation politique de la France en 2022. Le parti des Musulmans modérés accède au pouvoir avec l'aide des partis de droite et des socialistes. Cette coalition lui permet de battre le Front national. François, le narrateur, part en province car l'université, devenue islamiste, le limoge. Il fuit Paris et ses turbulences politiques. Sur le plan amour, ce célibataire en quête de rencontres "tarifées", a une amante beaucoup plus jeune que lui. Mais, elle quitte le pays pour Israël. Le roman peut déranger voire effrayer quand le narrateur imagine le pays gouverné par le nouveau parti gouvernemental islamique : les femmes retournent à la maison (le chômage est enfin éradiqué), la polygamie est permise, la charia est appliquée... Cette nouvelle société "théocratique" n'est qu'une fable politique... En lisant les critiques sur ce roman, l'ambiguïté demeure : Houellebecq a-t-il voulu dénoncer la démission généralisée de notre société laïque face à l'avancée de la religion qui "soumet" l'individu ? Suggère-t-il qu'il est préférable de se fondre dans cette soumission totalitaire pour être heureux, la liberté étant une souffrance ? Plus je m'informe, plus je me pose des questions... Quand on avance dans son livre, le malaise s'installe même si l'écrivain utilise l'humour, l'ironie et la démesure. L'univers universitaire s'autodétruit par son extrême hiérarchisation, la société se déshumanise car l'amour n'existe pas, les relations humaines se délitent par manque de fraternité... Ce livre, au fond, me laisse perplexe et dubitative. L'avenir, pour Houellebecq, sera donc dominé par la religion et soumettra en priorité les femmes, quel cauchemar pour une féministe comme moi... Jean Birnbaum écrit dans le Monde des Livres : "Non, décidément, Houellebecq ne parle pas pour ne rien dire. Ce qu'il dit, il le dit, et cela en dit long, malgré tout, malgré nous, sur nous aussi. Sur cette époque terrifiante où nous nous trouvons sommés de choisir notre camp entre les pulsions islamophobes et les tueurs islamistes". Provocation pour les uns, prédication pour les autres, ce roman peut attirer une détestation certaine mais quand on aime la littérature, la curiosité l'emporte...
mercredi 21 janvier 2015
Atelier de lectures, 2
J'ai proposé un changement dans nos pratiques de lecture. Les années précédentes, je choisissais un lot de livres à la médiathèque sur un sujet, une littérature d'un pays, un écrivain, etc. Mais, je devais rendre les livres à un mois près sinon, les amendes tombaient... J'ai donc décidé de proposer l'approche d'un écrivain. Pour l'atelier de janvier, j'ai pensé à Stefan Zweig et j'ai été agréablement surprise en constatant que toutes les lectrices présentes avaient respecté le "nouveau contrat". J'ai opté pour Zweig, car j'aime le côté cosmopolite et européen de cet écrivain autrichien, passionné par la culture, la littérature, la musique, la peinture, l'art en général. Son destin tragique ne peut qu'attirer l'empathie des lecteurs(trices). Avant de se suicider au Brésil en 1942 avec sa compagne Lotte, il écrit dans son autobiographie, "Le monde d'hier" : "Né en 1881 dans un grand et puissant empire [...], il m'a fallu le quitter comme un criminel. Mon œuvre littéraire, dans sa langue originale, a été réduite en cendres. Étranger partout, l'Europe est perdue pour moi... J'ai été le témoin de la plus effroyable défaite de la raison [...]. Cette pestilence des pestilences, le nationalisme, a empoisonné la fleur de notre culture européenne ». Dans l'ensemble, cet écrivain a beaucoup intéressé les lectrices de l'atelier. Danièle a découvert "La lettre d'une inconnue", ou l'histoire d'une obsession amoureuse d'une femme envers un homme qui comprendra trop tard qu'il est passé à côté de l'amour. Elle a aussi présenté "Clarissa", un roman très intéressant sur un couple "interdit" entre une jeune fille allemande et un jeune homme français. Régine a lu "Le bouquiniste Mandel", une nouvelle courte mais dense sur le destin tragique d'un homme, fou de références bibliothéconomiques et ne vivant que pour cette passion. Geneviève a résumé "La confusion des sentiments" où Zweig aborde courageusement, pour son époque, le thème de l'homosexualité. Dans les titres lus et appréciés, je citerai aussi "Le voyage dans le passé", "Amok", "Le joueur d'échecs", "24 heures de la vie d'une femme". Nous avons évoqué Stefan Zweig comme historien biographe où il met en perspective la psychologie des personnages historiques. Stefan Zweig est un écrivain éclectique (nouvelles, poésie, théâtre, biographies), un analyste profond sur les failles des individus, leurs passions contrariées, leurs vies ratées, leurs échecs... C'est pour cela que les lectrices l'ont trouvé sombre et pessimiste, mais aussi clairvoyant et lucide. Son œuvre littéraire palpite encore de nos jours alors que beaucoup de nos classiques contemporains n'attirent pas le même intérêt...
mardi 20 janvier 2015
Atelier de lectures, 1
Cet après-midi, nous étions nombreuses autour de la table pour échanger et partager nos coups de cœur. Avant de démarrer, j'ai voulu rendre hommage aux dessinateurs de Charlie Hebdo : Cabu, Charb, Wolinski, Honoré et Tignous en rappelant que la liberté d'expression est un droit fondamental dans notre République. Nous avons évoqué les terribles attentats, la sidération devant l'écran, et la nécessité de se retirer des faits pour réfléchir sur ces événements tragiques où dix-sept de nos concitoyens ont perdu la vie. J'ai conseillé la lecture de la presse où des historiens, des sociologues, des philosophes nous donnent des clés pour essayer de comprendre la folie meurtrière de ces fanatiques islamistes. Après cette discussion, nous avons démarré la séance sur les coups de cœur. Danièle a proposé "C'était hier et c'est demain", une anthologie de lettres, écrites par les "anciens" et "Une femme drôle" de Maryline Desbiolles, une évocation sensible sur la femme-humoriste suisse, Zouc, bien oubliée aujourd'hui. Véronique a parlé du dernier Modiano, d''Une vie à soi" de Laurence Tardieu et d'un roman peu connu, "L'incertitude de l'aube". Régine a montré son enthousiasme de lectrice pour le superbe roman de Zeruya Shalev, "Ce qui reste de nos vies", un texte sur la difficulté d'aimer, de vivre, de vieillir. Elle a aussi évoqué "Fugue pour violon seul" de Tedi Papavrami, le récit autobiographique d'un musicien qui raconte sa fuite de l'Albanie en 1970 avec ses parents et leur exil à Paris. Mylène a choisi "L'amour et l'oubli" d'André Brink, un grand écrivain sud-africain qu'elle apprécie beaucoup. Et elle a mis en relation le très bon roman de Doris Lessing, "Victoria et les Staveney" avec le film sorti récemment, "Victoria". Une petite fille, née d'une liaison entre Victoria et le fils de famille, réapparait chez les Staveney qui la reçoivent à bras ouverts. Mais, Victoria en présentant sa fille à cette famille bourgeoise, va peut-être la perdre. Evelyne a présenté un ouvrage de Lola Sémonin, "La madeleine de Proust, une vie", ou la vie en Franche-Comté de 1925 à 1939 dans une langue, pleine de mots et d'expressions franc-comtoises. Sylvie a vraiment apprécié "La femme coquelicot" de Noëlle Chatelet et "Villa avec piscine" d'Hermann Koch, un thriller psychologique de grande qualité. Geneviève a mentionné la trilogie de Peter May, un écrivain écossais qui écrit de très bons "polars" : "Le braconnier du lac perdu", "L'île des chasseurs d'oiseaux", "L'homme de Lewis". Elle nous a lu une petite nouvelle pleine d'humour sur le "vieillir" des femmes de Paul Fournel, choisie dans l'anthologie "Les grosses rêveuses". Voilà pour les coups de cœur éclectiques de l'atelier...
lundi 19 janvier 2015
"L'homme de la montagne"
Pour se changer les idées en ces temps troubles et pesants, rien de tel qu'un livre qui vous embarque vers des rivages romanesques. J'ai fini de lire "L'homme de la montagne" de Joyce Maynard, un roman américain qui ressemble à un thriller, à un "policier" mais il détient une profondeur psychologique que l'on ne trouve pas toujours dans cette catégorie littéraire. Un étrangleur de jeunes femmes commet ses crimes dans une montagne proche de la petite ville où vivent deux sœurs, Patty et Rachel. Leur père, inspecteur de policier, est chargé de l'enquête. Il est séparé de la mère des deux adolescentes. Rachel tient la plume et raconte l'angoisse des habitants face à ces meurtres inexpliqués et effrayants. L'inspecteur Toricelli, malgré ses compétences et son énergie, ne trouve aucun indice sur les lieux du crime. Le meurtrier frappe régulièrement à quelques mois de distance et exécute ses victimes selon des rites précis : chevilles attachées avec des lacets, yeux scotchés avec de l'adhésif. Et aucune piste ne se révèle pour arrêter cet abominable traqueur de femmes. Les deux adolescentes mènent une enquête parallèle pour aider leur père jusqu'à prendre des risques elles-mêmes pour attirer l'assassin dans la montagne. Le père, un héros aux yeux de ses filles, se délite sous leurs yeux à cause de son impuissance à neutraliser cet assassin insaisissable et mystérieux. Joyce Maynard livre une belle ode à l'adolescence féminine, avec ses candeurs comme avec ses frayeurs, avec son malaise de vivre comme avec son envie de vivre. Ce roman d'apprentissage décrit avec acuité la complexité des relations entre les deux sœurs et la maladresse affective dans la famille, entre une mère neurasthénique et un père découragé. J'ai pensé à Carson Mac Cullers qui raconte avec génie le monde de l'adolescence. Joyce Maynard a écrit précédemment deux très bons romans : "Long week-end" et "Les Filles de l'ouragan". Une écrivaine américaine, pleine de promesses, à découvrir.
jeudi 15 janvier 2015
"Le complexe d'Eden Bellwether"
Ce premier roman, écrit par un jeune écrivain anglais, Benjamin Wood, est passé assez inaperçu pendant la rentrée littéraire de septembre et malgré des articles de qualité dans la presse. Il a obtenu le prix Fnac en 2014. Edité chez Zulma, ce pavé de 508 pages ne peut plaire qu'à des lecteurs(trices) qui aiment le souffle d'un romanesque original, la complexité d'une intrigue, des personnages subtils, un lieu emblématique et une atmosphère mystérieuse. L'histoire se déroule à Cambridge de nos jours dans le décor très british de King's College, une des plus grandes universités anglaises. Le jeune Oscar, aide-soignant dans une maison de retraite, entend de la musique d'orgue provenant d'une chapelle et il rentre pour écouter. Il rencontre à ce moment précis une jeune fille, Iris, la sœur de l'organiste. Sa vie va changer car, lui, le garçon simple, commence à fréquenter le cercle d'amis qui gravitent autour d'Eden, un jeune homme exalté. En effet, Eden est persuadé qu'il possède un don de guérison en utilisant la musicothérapie. Il a déjà un charisme certain, séduit son entourage et manipule ses amis. Sa sœur, Iris, s'attache à Oscar et elle lui demande de l'aider pour observer son frère et noter son comportement irrationnel. Elle pense même que son frère n'a pas toute sa raison. Pour mettre à l'épreuve les talents imaginaires d'Eden, Oscar lui présente un ami d'un pensionnaire, psychologue-écrivain, atteint d'une tumeur au cerveau incurable. Eden veut le soigner et s'ensuivent des séances de musicothérapie régulières. Son projet de guérison par les sons, inquiète Oscar, le seul personnage qui résiste au charisme de ce garçon étrange. Va-t-il finir par contrecarrer ses projets thérapeutiques insensés ? Benjamin Wood envoûte ses lecteurs à travers un labyrinthe où les personnages se croisent sans vraiment se connaître, s'aiment sans vraiment communiquer, dans un halo de non-dits et de faux fuyants. Oscar rassure le lecteur(trice) alors d'Eden l'inquiète. Il faut donc découvrir ce jeune et talentueux Benjamin Wood, un écrivain à suivre, dorénavant...
mardi 13 janvier 2015
Atelier d'écriture
Aujourd'hui, premier atelier d'écriture de l'année 2015. Nous étions une bonne dizaine à nous retrouver pour écrire. Marie-Christine nous a proposé deux exercices sur le thème des livres, ce qui m'a littéralement ravie. Il fallait choisir des livres que nous avons offert pendant les fêtes de Noël. On a mélangé les titres et j'ai tiré au sort "Marina Belleza" et "Soumission". Marie-Christine nous a lu un texte de Bruno Frappat sur les livres, encore des valeurs sûres quand on veut faire des cadeaux et notre texte devait se terminer par : "Celui-là, quelqu'un en veut ?". Voici mon texte :
"J'adore la littérature italienne et je suis curieuse des dernières parutions. J'ai trouvé "Marina Belleza" de Silvia Avellone. Je ne parle pas la langue de Dante, mais j'imagine en entendant ces mots, une jeune fille au bord de la mer, la vie fourmillante d'un quartier de Naples, les couleurs vivifiantes des façades, les odeurs des oranges, de la mer et du ciel, les bruits étourdissants des scooters et des Fiat. Ce livre va illuminer ma fin d'année et l'Italie pourrait porter ce beau nom de Marina (la mer) Belleza (belle). J'offrirai ce bout de soleil en plein hiver mais, je me suis offert côté ombre, le dernier Houellebecq, "Soumission", roman décrié, roman rejeté. Et pourtant, si la République s'endort, le réveil sera rude comme on l'a tous vécu la semaine dernière. Coup de semonce, la haine a tué. Cet écrivain pose des vraies questions sur notre société. Son angoisse, sa déréliction, sa misanthropie, son désespoir reflètent notre condition humaine. Son roman fait peur mais ce bain glacé dans une littérature dérangeante peut aussi révéler en nous un esprit de résistance. Celui-là, quelqu'un en veut ?"
Deuxième exercice très court (10 minutes pour l'écrire) sur le droit de lire d'après les consignes de Daniel Pennac, "Comme un roman".
"Le droit de lire dans mon lit alors que le monde s'agite,
le droit de lire dans un bain, alors que le monde se noie,
le droit de lire dans un arbre alors que le monde perd son âme,
le droit de lire sur un nuage alors que le monde s'enrage,
le droit de lire sur un banc alors que le monde choisit l'écran
le droit de lire sur une plage alors que le monde s'ensable
le droit de lire, un droit universel, un droit essentiel."
"Le droit de lire dans mon lit alors que le monde s'agite,
le droit de lire dans un bain, alors que le monde se noie,
le droit de lire dans un arbre alors que le monde perd son âme,
le droit de lire sur un nuage alors que le monde s'enrage,
le droit de lire sur un banc alors que le monde choisit l'écran
le droit de lire sur une plage alors que le monde s'ensable
le droit de lire, un droit universel, un droit essentiel."
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