Pascal Bruckner, philosophe, essayiste et écrivain, livre ses confidences sur sa drôle de famille. Ce "bon fils" qu'il est, écrit cette phrase dès la première page : "Mon Dieu, je vous laisse le choix de l'accident, faites que mon père se tue." Le petit Pascal a dix ans quand il exprime ce souhait : quel père attire ainsi le désir morbide de son fils ? Un père vraiment atroce, antisémite et raciste, misogyne et pervers, Cet homme, d'origine allemande, se montre fasciné par l'ordre nazi et cette monstruosité idéologique blesse à juste titre le narrateur. Ce mari violent bat et humilie sa femme, mère du petit garçon. On ne pouvait pas soupçonner que cet intellectuel brillant, libertaire et frère jumeau d'Alain Finkielkraut, a vécu une histoire familiale aussi cruelle et aussi particulière. Ce père indigne a pourtant donné la vie à ce fils sans le modeler à son image et Pascal Bruckner écrit : "mon père m'a permis de penser mieux en pensant contre lui. Je suis sa défaite : c'est le plus beau cadeau qu'il m'ait fait". Le narrateur relate de multiples anecdotes sur cette famille déchirée, complexe, traversée par des secousses continuelles, provoquées par ce père pervers. Dans ce récit autobiographique, le lecteur retrouve avec plaisir les vrais re(pères) de cet intellectuel : Mai 68, Roland Barthes, Jankélévitch, Sartre. A la page 144, je lis cet hommage : "Les livres m'ont sauvé. Du désespoir, de la bêtise, de la lâcheté, de l'ennui. Les grands textes nous hissent au-dessus des nous-mêmes, nous élargissent aux dimensions d'une république de l'esprit. Entrer en eux, c'est comme aborder la haute mer ou décortiquer un mécanisme d'horlogerie extrêmement sophistiqué". Son père est mort en 2012 et il n'avait changé pas d'opinion et était même fier de ses idées fascistes. Pascal Bruckner révèle sa fatigue, une fatigue morale qui attenue sa haine du père. Il n'a jamais rompu avec ce père-pitre par fidélité filiale et par pitié familiale... "Un bon fils" et un très mauvais père ! Ce récit autobiographique, écrit avec une retenue pudique, montre que l'on peut échapper à un héritage familial particulièrement lourd à porter.
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
jeudi 2 octobre 2014
mercredi 1 octobre 2014
Atelier de lectures
Ce mardi 30 septembre, l'atelier de lectures a redémarré après trois mois d'interruption. Nous étions moins nombreuses pour cause de vacances prolongées pour certaines d'entre elles. Mais, comme à l'habitude (une bonne habitude), nous étions toujours aussi motivées par la lecture, les livres, la littérature. Nous avons abordé dans cette première rencontre, les coups de cœur de l'été car je n'avais pas distribué mon lot d'ouvrages en juin. Janelou s'est exprimée la première en évoquant le chef d'œuvre de Carson McCullers, "Le cœur est un chasseur solitaire", un roman écrit par une jeune écrivaine de 23 ans dans les années 40 et qui peut être lu 60 ans après, tant les personnages du roman sont attachants et émouvants, en particulier ce Mr Singer, sourd et muet, recevant les confidences de tous malgré son handicap. Un livre sur la solitude, universellement partagée... Janelou a lu aussi le roman de l'année, "Réparer les vivants" de Maylis de Kerangal et elle a rappelé l'intensité du document "La fin de l'homme rouge". Dany a savouré avec plaisir "Les mots de ma vie" de Bernard Pivot, et a découvert une biographie de Laurent Seksik, "Le cas de Edouard Einstein", un portrait de la famille d'Einstein dont un fils souffrait de schizophrénie. Evelyne a redécouvert le charme de Samivel, "Les contes à pic", "La grammaire française impertinente" de J.L. Fournier, deux romans de S. Japrisot, le Goncourt, Pierre Lemaître, très intéressant, "La guerre d'Algérie" de Jules Roy, et a évoqué son goût littéraire pour la littérature scandinave avec la saga en deux tomes, "Karitas", C.M. Baldursdottir, et "L'exception" de Olafdottir. Janine a relu avec émotion "La soupe aux herbes sauvages" d'Emilie Carles, un immense succès des années 80 et a mentionné une nouveauté de la rentrée, "L'aménagement du territoire" d'Aurélien Bellanger. Marie-Christine a cité "Une part de ciel" de Claudie Gallay, et le journal d'Etty Hillesum, "Une vie bouleversée", édité dans la collection Points-Seuil. Régine a surtout communiqué son enthousiasme pour un roman-miroir de Kamel Daoud, un écrivain algérien francophone, qui a écrit une contre-enquête camusienne sur le personnage de l'Arabe dans "L'étranger". Le narrateur est le frère de la victime de Mersault et en nous lisant quelques passages d'une qualité littéraire indéniable, ce livre devrait marquer la rentrée littéraire. Régine a évoqué d'autres titres comme "La centrale" d'Elisabeth Filhol et "Seuls, le ciel et la terre" de Brian Leung. Sylvie-Anne a pris une grande décision cet été : lire tout Proust... Vaste et beau programme ! Voilà pour cette premier rendez-vous, toujours des idées de lecture, des vagues stimulantes de mots et des paroles partagées. Le prochain rendez-vous : mardi 14 octobre.
lundi 29 septembre 2014
Rubrique cinéma
Un seul film vu en septembre au Forum en séance privée ! En effet, j'étais seule dans la salle (cela m'arrive rarement...) pour découvrir "L'Institutrice" du cinéaste Nadav Lapid, Ce film, venu d'Israël, est vraiment singulier par son sujet (la poésie) et par sa rythme (une lenteur voulue). Une institutrice découvre chez un petit élève de cinq ans, un don inné pour la poésie. Elle-même est inscrite à un atelier d'écriture poétique et quand elle lit dans le cercle des participants, un poème du petit garçon, en le faisant passer pour l'un de ses poèmes, les apprentis poètes le trouvent très réussi. S'installe entre l'institutrice et l'enfant une relation plus étroite d'autant plus qu'il croit que sa maman est morte alors qu'elle l'a abandonné après avoir divorcé. Ce petit génie de la poésie, Yoav, subjugue Nira, l'enseignante et elle contacte son père pour révéler sa découverte. Mais, cette rencontre est décevante car ce père, pragmatique et entrepreneur ne veut pas d'une vie "poétique", qu'il assimile aux perdants, aux "losers", aux assistés et aux parasites sociaux... L'institutrice au contact du petit garçon voit sa vie changer : elle porte un regard plus critique sur l'engagement de son fils dans l'armée, sur son mari gentil mais peu romantique. Elle ressent le mépris de la société sur la poésie et quand elle franchit la ligne rouge en invitant le petit prodige dans une soirée dédiée à la poésie, le père de l'enfant lui interdit de le revoir. Elle va alors commettre un acte radical en le kidnappant dans sa nouvelle école. Le jeune garçon réagit en l'enfermant dans la salle de bain de la chambre d'hôtel et elle va comprendre qu'elle a fait une grande erreur... La police intervient pour libérer l'enfant et l'histoire se termine dans une réalité brutale loin d'un monde nimbé de poésie. J'ai lu une critique paru dans le Monde du 10 septembre qui m'a éclairée sur le projet du réalisateur. Nadav Lapid pose des questions importantes sur la place de la poésie dans une société dévorée par le matérialisme, sur la vulgarité d'un monde dominé par la bêtise médiatique des variétés, des jeux et des talk-show, etc. Je sais que ce film n'a pas rencontré le succès auprès du public mais j'aime bien ces OVNI cinématographiques...
mercredi 24 septembre 2014
La Toscane, 5
Dernier étape de mon voyage en Toscane : Bologne, à 100 kms de Florence, une commune "rouge" dans tous les sens du terme, politique et architectural. Je voulais visiter le musée d'art moderne, le MamBo, un musée d'art contemporain, avec un espace consacré au peintre contemporain, Giorgio Morandi. J'ai réservé ma première visite à cet artiste peu connu en France mais qui demeure une icône en Italie. J'avais vu des toiles de Morandi à Rome et je désirais retrouver ce poète pictural, obsédé par les objets les plus simples (bouteilles, pichets, verres) en les transfigurant en natures mortes absolument fascinantes. Un grand poète français, Philippe Jaccottet, a même écrit un ouvrage (Le Bol du pèlerin) sur ces natures mortes aux couleurs beige, blanc, marron ou grise... Je n'ai pas été déçue car j'ai vu devant mes yeux des dizaines de toiles de dimension modeste, un hommage à la simplicité, à la modestie et à la contemplation. Une recherche rare et unique dans l'art contemporain. Après Morandi, j'ai arpenté le centre ville avec sa cathédrale San Petronio, sa piazza habituelle, sa fontaine, son palais communal dans des teintes rouge brique. Mais ma surprise fut totale en pénétrant dans la bibliothèque publique de Bologne, la SalaBorsa, installée dans un ancien couvent et transformée en médiathèque, lieu d'étude, lieu de vie, lieu de rencontres. J'ai tout de suite remarqué dans le patio, une grande cafétéria, jouxtant les secteurs adulte et jeunesse. En Italie, se restaurer dans un lieu semblable ne semble poser aucun problème... Les médiathèques françaises sont loin de proposer une convivialité semblable... Une bonne idée à adopter dans certaines grandes structures comme la médiathèque de Chambéry à Curial... Bologne est une ville italienne très vivante, très authentique, loin de la beauté suffocante de Florence et de Venise. On la sent tout simplement vivre au rythme de sa jeunesse étudiante et turbulente. Les palais sont moins nombreux mais j'ai constaté les 40 kms d'arcades longeant les rues pour une déambulation à l'abri du soleil ou de la pluie. Une belle cité, intellectuelle et rebelle, et elle avait donc tout pour me plaire ! J'ai terminé les billets de mes cinq étapes en Toscane et en Emilie-Romagne. Ce petit périple à travers une région riche en patrimoine culturel, naturel et humain, m'a bien confirmé cette idée que j'ai depuis longtemps : j'apprendrai un jour la langue italienne pour parachever l'admiration que j'éprouve pour ce pays...
mardi 23 septembre 2014
La Toscane, 4
Florence (Firenze) mérite deux bonnes journées, mais en septembre, c'est encore la haute saison et j'ai tout de suite remarqué la présence "massive" de touristes du monde entier, en particulier du Japon (?). Malgré la fièvre dégagée par ces "visiteurs-consommateurs", fort sympathiques au demeurant, et fort importants pour l'économie de la ville, j'ai trouvé mon rythme de croisière dès que je me suis éloignée du Duomo, de la place de la Seigneurie et du Ponte Vecchio... Comme à Venise, dès que l'on quitte la place San Marco, on peut respirer un peu plus librement. Je sais que je fais partie de cette masse de curieux avides et boulimiques mais je suis vite découragée quand il faut attendre des heures pour pénétrer dans un musée... J'ai donc eu une chance inouïe quand je suis rentrée aux Offices, munie de ma Firenze Card malgré la file d'attente. A l'intérieur, des grappes de touristes devant le Botticelli et puis, en les contournant, on peut déambuler dans les salles pour retrouver les peintres que j'aime : Le Caravage, Uccelo, Rembrandt, Le Greco, Goya, Raphaël, etc. Ces grands musées sont tout de même difficilement accessibles et admirer ces œuvres d'art dans le calme et dans la quiétude relève de l'exploit. J'ai préféré m'éloigner du centre pour visiter d'autres lieux moins fréquentés et j'ai vu une merveille que j'avais raté il y a 25 ans. Il s'agit du couvent de San Marco, fondé au XIIIe siècle. Le peintre Fra Angelico et ses élèves, illuminés par leur foi, ont décoré les cellules des moines, et on y trouve aussi la célèbre Annonciation, réalisée en 1440. Le musée n'était pas encore investi par les cars et quand je suis partie, j'ai croisé des compatriotes en file indienne... J'ai discuté avec une employée de l'office du tourisme qui me conseillait de revenir... en novembre ! En deux jours, j'ai aussi visité encore un musée archéologique complétement désert (!?), quelques églises, les bords de l'Arno, le Palais Pitti et ses jardins du Boboli. Pour terminer ma balade florentine, j'ai découvert la bibliothèque Laurentienne située dans l'église San Lorenzo. Michel Ange a dessiné les lutrins et le plafond et ce lieu respire l'étude, la concentration et la connaissance. J'ai eu la chance de voir une exposition sur des incunables-bestiaires avec de très belles illustrations. Une de mes meilleures visites. Je conseille donc d'éviter la haute saison (d'avril à octobre) pour visiter ces grandes cités italiennes... Stendhal qui a profondément aimé Florence serait quand même étonné de voir son Duomo aussi investi par ces milliers de pèlerins déguisés d'une drôle de manière avec leur appareil photo en bandoulière et leur tablette numérique...
lundi 22 septembre 2014
La Toscane, 3
Après Sienne, je rêvais de découvrir Arezzo pour les fresques de Piero della Franscesca dans la Basilique San Francesco. Et dans la vie, il faut réaliser quelques uns de ses rêves... Chose faite à Arezzo, une petite ville nichée dans une vallée et j'avais loué une chambre d'hôte dans une maison de campagne toscane au milieu d'un champ d'oliviers, de cyprès et de pins parasol. La propriétaire parlait un français élégant et cet accueil charmant présageait un bon séjour. J'ai donc parcouru les premières rues qui m'ont conduit sur la Piazza Grande, lieu central, lieu de vie culturel, religieux et politique. Une "piazza" concentre dans un espace donné une église (Duomo), une mairie (Palazzo vecchio), des palais, une fontaine, etc. Arezzo a la particularité d'offrir deux maisons d'écrivains : la Casa Petrarca et la Casa Vasari. Ma passion de la littérature conduit mes pas dans ces espaces privilégiés assez rares dans le patrimoine culturel. C'est toujours émouvant de visiter ces lieux où ont vécu ces génies de la littérature italienne. Cette ville a vu naître un grand cinéaste, Tonio Benigni, et on retrouve dans son film, "La vie est belle", des scènes tournées dans Arezzo. Dans l'après-midi, j'ai enfin poussé les portes de la Basilique (il faut réserver une place) pour admirer les fresques murales de Piero della Francesca, la "Légende de la vraie croix" peinte de 1452 à 1466. Un choc esthétique que je peux comparer au syndrome très connu de Stendhal... Pour finir la journée, j'ai visité le musée archéologique (encore un !), installé dans un ancien monastère, au pied d'un amphithéâtre romain où j'ai approfondi ma connaissance de la civilisation étrusque... Dans ce musée déserté par les touristes, une œuvre originale a retenu mon attention : la "Chimère", une sculpture en bronze du IVe siècle av JC. Encore une journée riche d'images, de sensations et d'émotions. La Toscane est réputée pour sa culture du vin, de la cuisine mais c'est surtout un pays où poussent les musées, les palais, les églises, les peintres, les sculpteurs et les poètes...
dimanche 21 septembre 2014
La Toscane, 2
Après Volterra, direction Sienne, que j'avais déjà visité dans les années 90, et quand je suis arrivée sur la célébrissime Piazza del Campo où se déroule le traditionnel Palio (course de chevaux entre les quartiers), rien n'avait changé... Je me suis sentie rajeunir (c'est bien agréable) et j'ai retrouvé la même impression d'émerveillement face à l'architecture médiévale de la ville. J'avais loué une chambre dans une vieille maison de maître et je disposais d'un jardin suspendu. Il faut vraiment être en pleine forme pour Sienne dont les rues montent, descendent, montent, descendent et aucun moyen de locomotion n'est disponible pour épargner nos jambes. Alors, j'ai marché, marché et beaucoup marché. Les touristes étaient assez nombreux dont pas mal de Français, et je m'attendais à les retrouver dans la Pinacoteca Nazionale, mais grand soulagement de ma part, j'ai arpenté les salles de peinture pratiquement en solitaire. Devant mes yeux, des dizaines d'œuvres de l'école siennoise à seulement admirer dont le sublime Simone Martini. Ces peintures sur bois d'artistes souvent méconnues racontent l'histoire du Christ, du rôle majeur de la religion dans la société de l'époque. Il faut regarder attentivement les paysages peints dans ces peintures du XIIIè siècle. Après ce musée installé dans un palais (comme toujours en Italie), et qui fermait l'après-midi (!), j'ai redécouvert le Duomo tout en marbre blanc et noir, avec des centaines de pavements exécutés entre 1359 à 1547. Dans cette cathédrale, se cache une très belle bibliothèque patrimoniale "La Piccolomini" dont les murs sont recouverts de fresques du Pinturicchio en 1509. il existe un lieu insolite à découvrir : l'hôpital Santa Maria della Scala, fondé au XIe siècle et destiné à accueillir les pauvres, les orphelins et les pèlerins. Cet hôpital gigantesque dans un bâtiment gothique a servi de modèle car les soignants devaient se laver les mains (au XIVe)... Dans cet espace, les Siennois ont installé un musée archéologique dans un dédale de couloirs sous des voûtes peu éclairées où sont exposés des poteries, des urnes et des objets de nos Etrusques toscans, un labyrinthe fabuleux d'une fraîcheur bienvenue. J'ai appris que le grand écrivain Italo Calvino s'est éteint dans cet hôpital qui a fermé ses portes en 1995. Une grande découverte pour moi ! Encore une étape bien passionnante dans mon parcours toscan... Je remercie le guide Toscane-Ombrie du Routard, une Bible pour toutes ces informations que je livre dans ce blog !
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