vendredi 29 août 2014

"Room service"

En farfouillant les tables et les rayonnages de l'espace librairie d'Emmaüs, j'ai trouvé un petit livre charmant, léger, "régalant" : "Room service" d'Yves Camdeborde et Sébastien Labaque, publié chez Actes Sud en 2007. Cet ouvrage gastronomique et littéraire est composé par un artiste de la cuisine qui officie au Relais Saint-Germain à Paris et par un écrivain et critique au Figaro littéraire. Quels sont les têtes d'affiche ? Simenon, Jammes, Sagan, Blondin, Rimbaud, Joyce, Proust, Balzac, etc. Sébastien Labaque nous conte des anecdotes surprenantes sur ces écrivains qui sont aussi des êtres en chair et en os et qui considéraient la cuisine comme un art de vivre. La littérature peut se transformer en vraie gourmandise et chaque chapitre se termine par une recette de cuisine, parfois facile à exécuter, parfois impossible à concocter. J'ai ainsi découvert le goût de Sagan pour les beignets de fleurs de courgettes, Proust avec ses madeleines, Francis Jammes avec son saumon de l'Adour, Joyce avec son cake irlandais, Dumas avec ses pibales de l'Adour (un plat local succulent exclusivement connu des indigènes basco-béarnais)... Les recettes ne sont pas imaginaires, inventées car les auteurs de l'ouvrage les ont cueillies dans les œuvres des 23 écrivains choisis. Pour terminer ce mois d'août maussade en Savoie, j'ai choisi une petite promenade en gourmandise livresque et en lisant ces textes joliment écrits,  le soleil est revenu comme un petit miracle dans l'après-midi...

jeudi 28 août 2014

"Une enfance de rêve"

J'ai suivi le conseil d'un critique du Monde qui signalait ce livre comme un chef d'œuvre. Il est écrit par l'historienne de l'art contemporain, Catherine Millet (directrice de la revue Art Press), connue par un public élargi grâce à sa sulfureuse et scandaleuse autobiographie, "La vie sexuelle de Catherine M." paru en 2001. Je ne suis pas toujours passionnée par les récits qui relatent avec des détails superflus les premiers émois de l'enfance, les découvertes, les apprentissages, etc. Je trouve ces textes souvent naïfs et idéalisés. Catherine Millet compose un objet littéraire original et inattendu, loin des clichés de cet âge premier. Il faut dire que son enfance ne se passe pas comme dans une image d'Epinal. Ses parents ne s'entendent vraiment pas. Ils vivent à cinq (grand-mère comprise) dans un appartement exigu en banlieue parisienne, à Bois-Colombes. Cette promiscuité génère des tensions entre eux et la petite fille observe ses parents désaccordés qui en viennent aux mains. Les anecdotes familiales défilent mais ne forment pas la "matrice" du récit. J'ai surtout apprécié la distance qu'elle instaure avec ce passé recomposé, le regard qu'elle porte sur ce début de vie, si difficile, si peu rassurant en fait. Elle décrit ainsi les premières fois de toute existence : premier jour d'école, première marelle, première prière, première lecture, première sensation physique, etc. Le lecteur(trice) se retrouve souvent dans ses confidences et ses souvenirs d'enfant. Son enfance se déroule dans les années 50 et cette époque est racontée dans des détails du quotidien comme les vêtements, la façon de vivre, les loisirs, etc. Je cite ce passage de Catherine Millet : "J'ai tenu le rôle de l'enfant d'un couple désuni. En conséquence de quoi, j'avais, j'avais eu une enfance malheureuse. C'était ma marque de fabrique." Plus loin, elle explique cette attitude bravache : "Si les enfants des couples ratés grandissent plus vite que les autres, c'est bien sûr qu'ils ont accès au versant noir de la réalité conjugale, c'est surtout qu'ils sont propulsés de plain-pied dans la vie des adultes, dont ils deviennent en quelque sorte les égaux." J'ai aussi et surtout remarqué l'hommage qu'elle rend aux livres et l'amour qu'elle voue à la littérature... Un des meilleurs livres de cette année 2014.

mardi 26 août 2014

"Les Endormeurs"

Anna Enquist est un "grand écrivain" néerlandais. J'ai lu presque tous ses romans précédents publiés chez Actes Sud et disponibles en format de poche dans la collection Babel :  "Le Chef d'œuvre" en 1999, "Le Secret" en 2001, "Le Saut" en 2006, "Le Retour" en 2007, "Contrepoint" en 2010. Je ne manque jamais la sortie d'un roman d'Anna Enquist. Elle fait partie de ces écrivains pointillistes qui décortiquent, décryptent les mouvements de l'âme, de la "psyché", du comportement amoureux, des relations difficiles entre les hommes et les femmes. Elle a pratiqué le métier très "particulier" de psychanalyste et je retrouve, dans ses textes, une influence fondamentale de cette approche profonde, subtile et secrète dans ses personnages.  Dans son dernier roman, il est question d'une fratrie : Drik est psychothérapeute, Suzanne, sa sœur, anesthésiste. Ils forment une entité unie et solidaire car ils ont perdu leur mère très tôt. Quand la femme de Drik meurt d'un cancer, il poursuit son activité professionnelle malgré son deuil. Il reçoit un étudiant, Allard, qui doit faire une analyse avant de devenir lui-même psychiatre. Les deux hommes s'observent dans une relation tendue et complexe. Le jeune étudiant abandonne la psychothérapie et choisit le service d'anesthésie de Suzanne qui devient sa tutrice. Elle va se laisser séduire par le jeune homme malgré la différence d'âge. Or, cet étudiant est aussi le petit ami de sa fille... L'intrigue du roman tourne autour de ce trio sans oublier le mari de Suzanne et leur fille. Anna Enquist explique à la fin du livre qu'elle a suivi des stages d'insertion dans un hôpital d'Amsterdam pour décrire les actes médicaux, l'ambiance des services, l'organisation des soins. Cette partie documentaire du livre ne nuit pas du tout au récit romanesque et se lit même avec un intérêt surprenant. Le drame familial éclate quand sa fille apprend que sa mère l'a trahie avec Allard. Pourquoi ce titre, "Les Endormeurs" ? Suzanne pratique un métier concernant l'endormissement des patients, pour leur éviter la douleur physique. Dans un article du Monde des Livres du 7 mars, Nils C. Ahl, le critique, écrit : "Dans les noirs délicats des différents niveaux de conscience et de sommeil, il y a des secrets, des douleurs, des fautes qui empoisonnent, un désir monstrueux d'exister et de ne pas souffrir : une chimère". Un roman un peu difficile à lire mais pour un(e) lecteur(trice) motivé(e), les chemins escarpés de ces lectures exigeantes offrent un point de vue unique sur la conscience de soi et des autres... Anna Enquist poursuit une œuvre puissante et originale...

lundi 25 août 2014

Rubrique cinéma

Olivier Assayas explique dans un interview du Monde, daté du mercredi 20 août, son envie de tourner avec Juliette Binoche et ce projet commun leur permettait de "réfléchir la question du temps : comment s'est-il inscrit sur nous, en nous ? En quoi nous-a-t-il transformés ?" . "Sils Maria" apporte des réponses à ces questions redoutablement éternelles... La comédienne, Maria Enders, (interprétée par Juliette Binoche) a connu le succès avec une pièce de théâtre où elle jouait le rôle d'une jeune fille de 18 ans. Elle séduisait une femme de quarante ans, qui finissait par se suicider. Vingt ans après, la comédienne, accompagnée de sa jeune assistante, rejoint la Suisse pour l'anniversaire du dramaturge. Dans le train qui la conduit à Zurich, elle apprend sa disparition et va lui rendre hommage au nom de leur amitié. Elle rencontre un jeune metteur en scène qui lui propose un projet original : rejouer la pièce de cet écrivain en changeant de rôle. Elle va endosser le rôle d'Helena, et une jeune actrice, très à la mode, va prendre celui de l'ingénue cruelle. Elle accepte ainsi le passage du temps. S'ensuit une confrontation "générationnelle" entre son assistante, (interprétée par Kristen Stewart) et la comédienne. Les scènes de répétition dans la maison, les randonnées en montagne, les paysages et les nuages créent une atmosphère magique. Leur relation professionnelle devient une relation intime mais la différence d'âge creuse le malentendu entre elles. Maria-Helena éprouve peut-être un sentiment amoureux pour son assistante si dévouée, mais ce sentiment n'est-t-il pas une fascination pour sa jeunesse ? Quand sa jeune "employée" veut lui montrer le serpent de Maloja, un phénomène nuageux sur le lac de montagne, leur relation prend fin. On retrouve Maria quelques mois plus tard dans la pièce de théâtre où elle demande à la jeune actrice de la regarder quelques secondes de plus et le couperet tombe à nouveau sur le temps qui passe... Un beau film, un film envoûtant, un hommage aux actrices, au cinéma, une Juliette Binoche magnifique et une musique sublime (Haendel entre autres...). A voir sans tarder...

vendredi 22 août 2014

Les livres et les voyages

Je prépare un voyage pour septembre en Toscane en espérant moins de touristes à cette période de l'année. Pour m'informer et ne rien rater, j'ai consulté cet été des guides et des ouvrages pour me documenter. Je conseille la très bonne collection Voir de chez Hachette, "Florence et la Toscane", toujours le cartoville, "Florence", de Gallimard avec ses plans de quartier qui se déplient aisément quand on arpente les rues. Et j'emprunte à la bibliothèque les guides habituels courants, style un week-end à Florence, le guide vert, le top 10, etc. Pour la partie guides, je vais aussi sur Wikipédia et imprime les fiches sur les villes que je vais visiter. Ces articles sont vraiment très bien faits sur le plan historique et sur l'art. Ne parlons même pas d'Internet où on peut consulter les offices de tourisme de chaque contrée traversée. Cette pléthore d'informations peut aussi saturer l'esprit. Il faut donc vite digérer, oublier et se concentrer sur les deux guides essentiels que j'emporte dans mes bagages. Comme j'ai l'intention de visiter un certain nombre de musées à Florence, Sienne, Volterra, Arezzo (mon trajet en voiture), j'ai lu des beaux livres de peinture sur la Renaissance italienne. En particulier, je cite l'excellente petite collection de l'éditeur Hazan sur la Renaissance italienne en trois volumes : "Première et Seconde Renaissance", "Du Gothique à a Renaissance" et "De la Renaissance au XVIIIè siècle". Ces ouvrages en petit format sont superbement illustrés, les textes bien écrits et la documentation très riche. Indispensables pour les amoureux de l'Italie... Je cherche dans les catalogues des bibliographies concernant la Toscane et je voyage déjà sans me déplacer : un régal de l'esprit avant de partir... Les guides, les beaux livres d'art font rêver et quand je reviens de mes périples, je me replonge dans cette documentation pour revivre ces découvertes artistiques... J'avais visité la Toscane dans les années 90 et vingt ans après, mon regard a certainement changé et mon approche des musées a beaucoup évolué. Et dans mon programme, des visites de bibliothèques historiques, des retrouvailles avec mes chers Etrusques, et des maisons d'écrivains (Dante à Florence)...

jeudi 21 août 2014

Revue de presse

Les revues mensuelles de septembre ont déjà fait leur apparition pour nous annoncer à coups de clairon la rentrée littéraire, toujours le même tsunami de romans français et étrangers, plus de 600, un nombre astronomique pour les lecteurs d'aujourd'hui quand on sait qu'on lit 1 livre par mois pour la catégorie des réguliers... Il faut bien choisir, trier, humer, s'informer, ne pas passer à côté, cibler, retrouver ses écrivains favoris (Pascal Quignard est annoncé...) et puis se lancer dans la découverte des nouvelles voix ou des voix connus. Le Magazine littéraire a mis dans sa page de titre le portrait d'Emmanuel Carrère dont le roman, "Le Royaume" semble faire sensation. L'équipe de la revue établit la liste de ceux qu'il faut lire et de ceux qu'il faut éviter... Un numéro indispensable pour connaître les valeurs sûres de la littérature contemporaine et apprécier un nouvel esprit critique plus incisif et plus audacieux.  Olivier Adam et son nouveau titre, "Peine perdue" semble avoir perdu sa crédibilité. La revue Lire a copié le Magazine car je remarque la photo d'Emmanuel Carrère, décidément mis en avant pour son "livre choc" de la rentrée. Les éditeurs les plus influents ont leur page de publicité dans la revue certainement à la recherche de dividendes... Je regrette souvent dans cette revue plus grand public, le manque de critiques un peu plus originales et l'équipe éditoriale ne renouvelle pas sa formule consensuelle et un peu trop sage... L'article le plus long concerne l'inévitable Carrère... La revue Transfuge propose d'emblée et sans complexe les meilleurs 15 romans français. Tant pis pour les 550 collègues qui ont planché sur leurs feuilles ou leur PC pour réaliser leur projet fou, lié à l'écriture d'un roman. Je citerai en particulier Patrick Deville, "Viva", une plongée dans le Mexique de Trotski et Malcolm Lowry et Antoine Volodine, un écrivain singulier et souvent adoré par certains critiques pointus. Il semblerait que la rentrée littéraire soit plus concentrée, plus dense et même plus passionnante qu'en 2013. Les lecteurs(trices) que nous sommes vont-ils avoir le même avis ?

mercredi 20 août 2014

Sortie culturelle

Cet après-midi, je suis allée consulter la presse hebdomadaire à la médiathèque où j'ai apprécié le calme serein des lecteurs. Ensuite, je me suis dirigée vers le Musée des Beaux-Arts de Chambéry qui va décrocher une exposition (le 25 août) du photographe Patrick Faigenbaum, et j'étais quasiment seule (quel plaisir !)  à arpenter les salles tout en admirant les tableaux des peintres italiens et en découvrant les photos de Faigenbaum. La confrontation peintures-photos en grand format est une initiative très intéressante et certains portraits m'ont vraiment émue, en particulier ceux des femmes vieillissantes. Au dernier étage, j'ai apprécié les natures mortes : des citrons sur une table, des aubergines, des pommes de pins, des raisins. Des légumes et des fruits d'une beauté toute simple, une leçon pour porter un regard neuf sur la réalité qui nous entoure. Après cette visite instructive et pas du tout ennuyeuse (je dois être un peu "bizarre" d'aimer les musées...), j'ai voulu tâter la rentrée littéraire dans une librairie chambérienne. J'ai besoin de fureter sur les tables, de manipuler les nouveaux romans pour lire le résumé et me rendre compte sur place de mes futurs plaisirs de lecture. Ma rentrée n'est plus professionnelle, (heureusement...) mais j'ai toujours aimé la fébrilité des mises en place de ces centaines de romans qui vont capter notre attention pendant (au minimum, six mois). Les librairies offrent en ce moment des bulletins d'information (en particulier,  celui de la maison Gallimard). Bibliothèque, musée et librairie, voilà mon après-midi gourmand !