mardi 14 mai 2013

Les revues du mois de mai

La revue Lire propose un dossier sur Denis Diderot dont on fête le tricentenaire (1713-2013). Ce philosophe écrivain incarne le siècle des Lumières. Il est aussi le grand concepteur de la première encyclopédie française, "L'Encyclopédie",  avec 5000 articles écrits de sa main. On retrouve les critiques habituelles des nouveautés, un article plus complet sur Joann Sfar et un entretien de François Busnel avec Tom Wolfe, l'écrivain américain, qui vient de publier "Bloody Miami". Le Magazine Littéraire nous offre un dossier très intéressant sur Stefan Zweig pour saluer la publication attendue de ses œuvres dans la Pléiade en 2 tomes. Un grand entretien avec Peter Handke éclaire son œuvre souvent complexe et déroutante. La revue Transfuge que j'apprécie toujours autant traite un sujet de "saison" : la littérature de voyage avec une liste des meilleurs ouvrages d'aujourd'hui, le renouveau du genre par la "nonfiction" et un retour sur les classiques. La lectrice curieuse que je suis lira avec plaisir des articles sur Fitzgerald et Olivier Cadot en guerre contre Houellebecq. J'ai remarqué un article sur le film que j'avais beaucoup aimé, "Mud". La dernière revue du mois "Philosophie Magazine" pose une question fondamentale : "D'où vient le mal ? Le mal naît-il d'une volonté perverse ou d'une forme d'obéissance aveugle ? A l'occasion du film "Hannah Arendt", retour sur l'idée de banalité du mal." Cette revue de philosophie à la portée de tout bon lecteur comporte des articles sur le couple, le rire, Montaigne, la matière, etc. Voilà pour le programme de mai, des revues à lire dans son jardin, à l'ombre et en toute quiétude et ouverture d'esprit...

lundi 13 mai 2013

Rubrique cinéma

Le cinéma Le Forum de Chambéry a diffusé plusieurs films du 8 au 14 mai dans le cadre de la troisième édition du "Printemps contre l'homophobie", organisé par l'association Contact Savoie. J'ai vu trois films que je vais essayer de résumer. Le premier "Sur le chemin des dunes" du réalisateur Bavo Defurne, belge flamand, évoque l'adolescence de deux garçons à la fin des années 60 dans une ville oubliée de la côte belge. Pim vit seul avec sa mère, une ancienne reine de beauté, accordéoniste ratée. Il passe ses journées à dessiner et collectionne en secret des objets divers qu'il garde précieusement dans une boîte à chaussures. Il est amoureux de son meilleur copain Gino qui l'initie à la sexualité lors d'une nuit sur les dunes. Mais Gino est aussi attiré par les filles... La sœur de Gino est amoureuse de Pim. Elle finira par comprendre que Pim est obsédé par son frère. La fin du film se termine bien car Gino se rend compte de son attachement pour Pim... Le deuxième film n'abordait pas l'homosexualité "heureuse".  En effet, Brian de Palma avec "Passion" brosse le portrait glaçant d'une femme glaçante dans un milieu glaçant. Christine, la chef de l'agence publicitaire, trouble sa collègue Isabelle qui est fascinée par ce jeu de séduction et de manipulation. La mort de Christine, femme fatale et perverse est perpétrée par Isabelle, voulant se venger de l'humiliation qu'elle subit. Pour moi, ce thriller tordue et malsain n'avait pas sa place dans la programmation du Forum. Le troisième film, "Elena" de la réalisatrice américaine Nicole Conn, correspondait totalement à la lutte contre cette plaie sociale, l'homophobie. Elena, femme de pasteur, tombe amoureuse de Peyton, une femme écrivain, indépendante, homosexuelle assumée. Cette rencontre bouleverse leur vie et Elena, malgré sa culture traditionnelle et son état d'épouse, lâche prise et comprend qu'elle n'a jamais aimé son mari, qui, milite, lui, contre le mariage entre homos. Le film raconte cette histoire d'amour hors normes, mettant en valeurs les mots liberté, audace, et fait voler "en éclats" les repères normatifs et étouffants d'une vie mensongère, celle d'Elena, interprétée par la magnifique Necar Zadegan. Un beau film, qui prône la tolérance et l'amour sans complexes...

vendredi 10 mai 2013

Atelier de lecture

J'ai peut-être choisi une date trop encadrée par les sacrés ponts de mai... Nous étions cinq au lieu de la bonne dizaine. Je remercie, par ailleurs, celles qui m'ont prévenue de leur absence. Cet atelier s'est avéré très positif malgré notre petit cercle. Je vais donc parler des coups de cœur. Danièle a proposé trois livres dans un éclectisme savoureux : "Jeanne" de Jacqueline de Romilly, un portrait de sa mère qu'elle adorait, "Par dessus bord" d'un écrivain australien, Kenneth Cook, une histoire d'un bateau, de mer, de pêche et de grand air, et le dernier titre de ses coups de cœur, le chef d'œuvre d'Alain-Fournier, "Le grand Meaulnes", un classique abordable et indémodable... Geneviève nous a parlé de Gabriel Garcia Marquez et de son roman "L'amour au temps du choléra", drôle, comique, tragique, baroque, comme l'œuvre entière de cet immense écrivain colombien. Souvenons-nous de son "Cent ans de solitude" , à relire ou à lire si vous ne l'avez pas encore découvert. Régine nous a communiqué son enthousiasme pour une écrivaine finlandaise, Riikka Pulkkinen, et son roman "L'armoire des robes oubliées", saga familiale basée sur trois générations de femmes et un secret de famille. Régine nous a lu quelques citations relevées dans le livre et cette lecture à voix haute donne toujours envie d'aller plus loin, une "mise en bouche" réussie. Elle a cité un premier roman, "Le théorème de Kropst", qui l'a intéressée pour son sujet concernant les classes préparatoires. En deuxième partie, nous avons évoqué les ouvrages du lot tirés au sort. Le seul roman vraiment coup de coeur a été lu par Geneviève, "Battement d'ailes" de Milena Angus. Elle a employé le terme "délicieux" pour qualifier ce roman sarde. Danièle a apprécié l'autobiographie de Rosetta Loy, "La première main" et Régine a été peu intéressée par "Pauselippe" de Elizabeth Rasy, malgré Naples et Rome en fond de paysage. J'espère que ces quelques notes prises au fil des paroles sont fidèles aux propos exprimés dans l'atelier.

jeudi 9 mai 2013

"Simon Weber"

Jean Mattern a écrit un roman sensible sur un sujet délicat : la maladie d'un jeune homme, souffrant d'une tumeur au cerveau. Il est étudiant en médecine et il vit avec son père qui le surprotège. Sa mère anglaise est morte en tombant dans sa douche à New York. Il suit un traitement à l'hôpital et lors d'une période de rémission, Simon décide de partir en Israël chez un ami, Amir, qu'il a rencontré à Paris. A Jérusalem, Simon oublie son cancer et commence à assumer sa jeunesse. Il ose enfin vivre une aventure amoureuse avec une femme plus âgée que lui. Il renoue une relation plus "adulte" avec son père grâce à son ami Amir. Son amie d'enfance Clarice, partie en Australie, le rejoint aussi en Israël. Il découvre tout un champ de sentiments en lui : amoureux d'Amir sans désir, désirant Rivka sans amour, aimant en fait Clarice sans le savoir. Il apprend le passé de son père, ses origines judéo-hongroises. Ce qu'il faut retenir de ce roman, édité chez Sabine Wespieser, c'est la musique subtile d'une voix, celle du narrateur à la recherche de son identité que la maladie lui révèle. j'ai apprécié le style "coulé" de Jean Mattern, la présence d'un pays comme Israël, l'irruption de la maladie, la naissance d'un dialogue entre le père et le fils, les sentiments enfin vécus... Un écrivain à découvrir.

mercredi 8 mai 2013

Rubrique cinéma

"Mud, sur les rives du Mississipi" du réalisateur américain Jeff Nichols tient du thriller mais aussi du film d'aventures. Ellis et Neckbone (deux jeunes acteurs formidables), jeunes adolescents de 14 ans, aiment se réfugier sur un îlot du fleuve, repaire secret et sacré à leurs yeux de petits aventuriers en herbe. Ils ont remarqué, en haut d'un arbre, un bateau échoué certainement lors d'une crue du fleuve. Ils rêvent de le réparer. Mais, ils découvrent les traces d'un intrus près de leur barque. Ce quasi "clochard", marginal un peu effrayant, se nomme Mud... Et voilà l'histoire de ce trio démarre vraiment quand Mud leur apprend qu'il a tué un homme pour protéger la femme qu'il aime depuis toujours. Il veut fuir avec elle avec ce bateau haut perché. Les deux garçons vont retrouver la jeune femme dans un motel. Ils vont devenir le messager de Mud pour les contacts avec elle et pour les pièces du bateau. Le jeune Ellis vit au bord du fleuve avec des parents en instance de divorce. Il croit à l'amour même si son père lui dit le contraire. Lui-même tombe amoureux d'une fille de 17 ans. Son copain vit avec un oncle bohème. Quand la situation se complique avec l'arrivée d'un homme violent venu se venger en tuant Mud, le meurtrier de son frère, Ellis et son copain prennent des risques. Le drame s'accélère et le film se transforme en thriller haletant. Ellis tombe dans un trou d'eau infesté de serpents et Mud le conduit à l'hôpital de la ville.  Cet événement précipite le dénouement et, évidemment, je ne dévoilerai pas la fin de ce beau film. Jeff Nichols nous offre un portrait délicat, sensible et émouvant de l'adolescence, ce moment si fragile de la vie, quand l'aventure, l'amour, la générosité font partie des croyances que le monde adulte n'a pas encore abîmées... Et la présence du Mississipi, de la nature et des maisons flottantes apportent un charme particulier à ce récit d'apprentissage.

lundi 6 mai 2013

Hommage à Viviane Forrester

Viviane Forrester, écrivaine, essayiste et critique littéraire s'est éteinte à l'âge de 87 ans à Paris. D'après la notice biographique de Wikipédia, elle est née dans une famille aisée. Elle est obligée de fuir la France en 1943 pour échapper aux rafles anti-juives. Sa carrière littéraire démarre en 1970 avec la publication de son premier roman, "Ainsi des exilés". Critique littéraire au quotidien Le Monde, au Nouvel Observateur et à la Quinzaine littéraire, elle se fait surtout connaître par un pamphlet sur l'ultralibéralisme en 1996, "L'horreur économique", tiré à plus de 350 000 exemplaires. En 2005, elle dresse un bilan de ses maîtres de vie fondateurs : Van Gogh, Proust, et surtout Virginia Woolf dans "Mes passions de toujours". En 2009, elle écrit un essai remarquable sur Virginia Woolf, et obtient le prix Goncourt de la biographie. Son journal intime sur la période 1966-1972, sorti en 2011, éclaire les lecteurs(trices) qui la suivent depuis de nombreuses années. Quand j'ai appris sa disparition, j'ai voulu lui rendre hommage car je me sentais proche de sa planète culturelle. On dit "affinités" pour ce partage des goûts et des passions littéraires. J'ai sa biographie de Virginia Woolf à lire, en attente dans ma bibliothèque et que je remettais à plus tard, passant de roman en roman sans m'arrêter un temps pour cette rencontre Forrester-Woolf. Viviane Forrester a rejoint le paradis des écrivains et elle doit peut-être discuter sérieusement avec Madame Woolf qui doit la remercier de lui avoir consacré ce magnifique témoignage...

 

vendredi 3 mai 2013

"L'angle mort"

Sélectionné par le Festival du Premier Roman de Chambéry,  "L'angle mort" de Véronique Merlier, édité chez Arléa, se lit avec beaucoup d'intérêt. L'histoire de ce couple "parfait" avec enfant unique se délite subitement quand François révèle à Cécile, sa nature profonde et cachée. Il veut enfin vivre son homosexualité qu'il a combattue et niée depuis son adolescence. Le terme "angle mort" semble bien correspondre à cette découverte comme l'expression que l'on cite volontiers en ce moment "la part d'ombre" de tout individu, son secret non-dit et tabou... Cécile ne perd pas l'espoir de vivre avec son mari, malgré ses absences du soir et de la nuit. La survie de la famille passe par l'acceptation de cette situation nouvelle. L'enfant cimente le couple et empêche la séparation immédiate. Je cite un passage du roman : "Construire des remparts, des fortifications, c'est ce qui l'a occupé durant toutes ces années. Protéger les points vulnérables de la cuirasse. Les oublier même. Mener une vie normale, affublé de cette armure brinquebalante dont il sentait seul le poids". Véronique Merlier aborde la complexe question de l'identité sexuelle. François se ment à lui-même, s'anesthésie pour être "comme tout le monde", avec femme et enfant... Il comprend que sa vie est une véritable impasse. Choisira-t-il sa renaissance et sa vérité profonde ? Mais je ne veux pas vous donner le fin mot de l'histoire, il vaut mieux lire ce roman sensible, bien écrit et qui traite avec une certaine audace d'un sujet encore bien difficile à digérer par certains de nos contemporains...