Sophie Chauveau s'est spécialisée dans la Renaissance italienne. Après Léonard de Vinci, Botticelli et Lipi, elle propose une biographie romanesque de Masaccio, beaucoup moins célèbre que ces trois génies de la peinture italienne. Le jeune homme arrive à Florence en 1418. A cette époque, le monde de l'art et de la peinture s'organisait autour d'ateliers où étaient formés des jeunes artistes. Il est adopté aussitôt par le sculpteur Donatello et l'architecte Brunelleschi, deux artistes de la Renaissance. Sophie Chauveau expliquait son choix ainsi : "Avec le recul du temps, j'ai voulu rendre à Masaccio tout ce que l'histoire de la beauté lui doit. Sans lui, sans son passage sur la terre toscane si fertile en génies à cet instant, ni Michel-Ange, ni le Vinci n'auraient été ce qu'ils furent. Non plus Boticelli, Raphael, le Titien et tant d'autres qui l'ont salué et ont reconnu leur dette". Ce peintre mort si tôt à l'âge de 27 ans a réalisé 27 œuvres. Coïncidence troublante. L'écrivaine plante le décor d'une Florence en proie au renouveau après le cataclysme de la peste. Une sorte de fièvre joyeuse s'empare de la population et les peintres accompagnent cette euphorie traduite dans l'art. Le jeune Masaccio, solitaire et introverti, n'a qu'une obsession : peindre, peindre et peindre ! Rien ne l'intéresse : ni l'amour, ni la famille. Il se jette à corps perdu dans ses fresques dont celles de Saint Pierre de la Chapelle Branciatti dans l'église Santa Maria del Carmine. Adam et Eve, chassés du Paradis, symbolisent le malheur de l'humanité dans une dramaturgie inouïe. Cet artiste donne de la chair aux personnages de ses fresques et annonce un retour à l'humain, le propre de la Renaissance. Parmi ses œuvres, on peut citer une Crucifixion, analysée par Paul Veyne dans son ouvrage sur la peinture italienne (un livre de référence quand on aime l'art italien !). Masaccio (son nom signifie "l'empoté" en italien) est surdoué sans avoir reçu une formation particulière mais il possède ce don des couleurs, des formes et de la perspective. Premier artiste à signer ses tableaux, Masaccio présente des personnages dans leur simplicité et n'hésite pas à leur donner des traits de ses amis. Sophie Chaveau s'empare du personnage Masaccio avec empathie et avec admiration. Ce peintre qui vit l'art comme une ascèse ne connaît ni la richesse, ni le carriérisme. Après dix ans de labeur, il meurt à Rome et sa mort reste nimbée de mystère. Ce roman historique divertissant et instructif se lit avec plaisir et il intéressera tous ceux et toutes celles qui ont la passion de l'Italie, de la Renaissance et de l'art.
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mercredi 21 juin 2023
mardi 20 juin 2023
Escapade en Sardaigne, Cagliari
Comme toute métropole européenne, l'offre de culture à Cagliari s'annonçait fort intéressante. J'ai donc visité le Musée archéologique national qui présente des collections du Néolithique au Moyen Age et j'ai retrouvé avec beaucoup d'intérêt les figures nuragiques en bronze découvertes dans un temple des environs. Ces statuettes fascinantes représentent des divinités, des guerriers, des athlètes, des animaux et même des bateaux. J'ai pensé à la civilisation étrusque car ces objets sacrés étaient utilisés pour les tombes afin de protéger les défunts. Une autre pièce m'a intriguée : la stèle de Nora, une tablette phénicienne où était inscrite la première inscription, "Sardaigna" ! Ce musée riche et pédagogique apporte un éclairage sur le passé de l'île. Un rendez-vous incontournable à Cagliari. La pinacothèque était fermée pour travaux... Un musée d'art moderne situé dans un beau parc était dans mon programme : la Galleria comunale d'Arte, installée dans une élégante bâtisse rose néoclassique. J'étais surtout heureuse de revoir trois natures mortes de mon cher Morandi, mais aussi, Carlo Carra, Pisis, Boccioni, etc. Je me suis baladée dans le jardin fleuri de bougainvilliers et de flamboyants bleus (Jacaranda mimosifolia), arbres subtropicaux venus d'Amérique du Sud. Ma dernière journée dans la ville avait deux objectifs : poursuivre ma découverte et profiter de la mer à Calamosca. J'ai donc découvert le site de Tuvixeddu, une nécropole punique la plus importante de la Méditerranée. Entre le IVe siècle et le IIIe avant notre ère, les Carthaginois avaient choisi cet endroit pour enterrer leurs morts. Nous étions les seuls touristes à voir ce site archéologique saisissant ! Avant de rejoindre notre hôtel, je voulais revoir mes flamants roses ! J'ai pris le chemin du parc naturel Molentargius-Saline, des anciens marais salants où se prélassaient quelques volatiles roses. Soudain, une dizaine d'entre eux ont pris leur vol et sont passés au dessus de ma tête : un moment d'euphorie totale ! On ne voit pas tous les jours une bande de flamants roses dans notre ciel savoyard... Mes derniers moments en Sardaigne ont été consacrés au bord de mer dans les environs de Calamosca au cap Sant'Elia. Une balade en pleine nature avec la mer comme décor immémorial. La Sardaigne, une île tranquille, simple et combinant une nature préservée avec une culture authentique et sans fioritures. Et comme cadeaux quotidiens, le soleil et le bon air marin !
lundi 19 juin 2023
Escapade en Sardaigne, Cagliari
Avant de partir pour Gagliari, je me suis promenée sur la plage tôt le matin (un délice) et sur la corniche proche qui me rappelait la Bretagne et ses caps. En passant devant des maisons modestes de vacances toutes fermées, j'ai observé des fouilles récentes sans barrière et ouvertes à tout promeneur. Il s'agissait certainement de tombes creusées dans la roche car le site archéologique de Tharros se situe à un à deux kilomètres de la plage. Aucun panneau ne signalait cette découverte surprenante et mystérieuse. J'ai quitté ce coin de Sardaigne avec nostalgie, un sentiment bien compréhensible devant tous ces paysages si idylliques. La traversée du pays d'Oristano à Cagliari se fait sans problème même si le système routier ne comporte pas d'autoroutes, si banales en France. J'ai loué une chambre vue mer dans la baie de Calamosca, à quelques kilomètres du centre ville. Je voulais profiter de la mer jusqu'au dernier moment, m'imprégner de l'horizon marin, de cette surface bleue si apaisante. Pour visiter la capitale sarde, il vaut mieux déposer sa voiture dans un parking et prendre un ascenseur vertigineux qui nous happe et nous dépose dans le cœur de la ville, le Castello. Cette ville de 160 000 habitants ne se livre pas d'emblée comme dans les cités du Nord de l'Italie. La ville fut créée par les Phéniciens mille ans av. J.-C. pour y faire du commerce. Leur petit port se nommait Karalis, qui signifiait cité de pierre. Les Carthaginois et les Romains ont succédé aux Phéniciens et il reste un bel amphithéâtre romain, très visible de la rue. Détruite à 80 % par les bombardements alliés en 1943, Cagliari offre aujourd'hui des longues avenues commerçantes situées près du port. Les venelles labyrinthiques du centre ancien montrent une vie quotidienne au parfum du linge exposé à la vue de tous. Le quartier de la citadelle présente un intérêt certain car il concentre des monuments impressionnants comme le Bastion de San Remy, la Piazza Palazzo et surtout le Duomo Santa Maria. Cette cathédrale fut une église pisane au XIe et XIIe siècle et possède une crypte tout en marbre qui abrite de riches tombeaux des princes de la Maison de Savoie ! Au Nord du Castello, se trouve la Citadelle des musées qui regroupe le musée archéologique, la Pinacothèque nationale, un musée ethnographique, un musée d'art asiatique, etc. La belle cité aux multiples origines historiques se dévoilait peu à peu au fil des heures de ma visite.
vendredi 16 juin 2023
Escapade en Sardaigne, Oristano et Tharros
Le mardi, direction Oristano, une ville moyenne de 32 000 habitants pour visiter en priorité le musée Antiquarium Arborense, installé dans un vieux palais du XVIIe. Un avocat de la ville, Efisio Pischedda, (1850-1930) a eu la très bonne idée de réunir plus de 10 000 pièces antiques du site de Tharros, proche de la ville. Il a fait don de son héritage et ce musée présente une grande collection d'objets funéraires de la civilisation phénicienne : bijoux, amulettes, sceaux, flacons, poteries. J'ai aussi remarqué des masques grimaçants qui avaient l'objectif d'effrayer les démons. Une salle de retables du Moyen Age complète les collections. Ce musée très pédagogique propose aussi une salle pour les mal-voyants qui peuvent manipuler des fac-similés d'objets anciens. Mais la perle de ma journée se nomme Tharros, une cité antique phénicienne, sur la presqu'île de Sinis au Cap San Marco. J'avais trouvé une maisonnette près de la plage de Cabras au plus près du site archéologique. Quelle découverte, ce port phénicien fondé sur une ancienne implantation nuragique ! Dès que j'ai pénétré sur le site très peu fréquenté en cette période de juin, je vivais en 730 av. J.-C. : ce comptoir commercial durera plus de mille ans et sera détruit par les Vandales et par les pirates. Comme pour Nora, le charme de ces ruines tient à l'environnement de la mer de tous côtés. Bâti en pente douce, le site présente des traces au sol avec quelques murailles de thermes, de temples et de maisons de commerce. Seules, deux colonnes corinthiennes dominent l'esplanade centrale et je voyais des voiliers au loin traverser ce panorama magique. Une voie principale (cardo massimo) en blocs de basalte semble être construite par des géants ! Quelques vestiges d'habitat nuragique se remarquent aussi en amont de Tharros. En fin de journée, j'ai visité le musée archéologique de Cabras où j'ai surtout observé les fameux géants du Monte Prama, mis à jour à Sinis en 1974. Il s'agit de statues massives en pierre de l'époque nuragique avec des visages terribles dignes d'extraterrestres peu sympathiques ! J'ai retrouvé dans ce petit musée les objets et statuettes votives trouvés à Tharros. J'ai terminé ma journée par une baignade bienfaisante et revigorante après toutes ces découvertes archéologiques vraiment étonnantes.
jeudi 15 juin 2023
Escapade en Sardaigne, Fluminimaggiore et Portu Maga
Quand je note dans le titre de mon billet ces noms de village, j'éprouve le sentiment d'une exploratrice digne du XIXe siècle ! J'exagère un peu mais visiter la Sardaigne ne ressemble pas à une traversée de l'Italie continentale quand surgissent les noms connus de Milan, Florence, Rome, etc. Le lundi, je me suis arrêtée près de Fluminimaggiore pour découvrir le temple d'Antas, un joli petit temple dans un décor quasi grec, achevé au Ier siècle av. J.-C. et reconstitué pour le sauvegarder. Des Phéniciens aux Carthaginois en passant par les Romains, ils vouaient tous un culte à des dieux protecteurs. Près du temple, j'ai pris un chemin montagneux pour saluer un chêne multiséculaire impressionnant de vitalité. Décidément, la Sardaigne cultive l'art du temps. Dans le même lieu, j'ai remarqué une dizaine d'habitations nuragiques dont il ne reste que les soubassements. La civilisation nuragique (que je ne connaissais pas) m'intrigue beaucoup et au fil du séjour, je rencontrerai dans les sites archéologiques et les musées la trace de ce premier peuple de l'île sans écriture. Sur le guide du Routard, un vaste panorama de dunes, les Piscinas, méritait le détour. Nous avons pris une route très peu fréquentée qui s'est vite transformée en chemin de terre et s'est avérée impraticable ! Il aurait mieux valu que je prenne un vrai cheval pour atteindre ces dunes mythiques. Cette partie de la Costa verde reste dans une nature sauvage qui ferait le bonheur de tous les Robinson écologiques du monde ! Comme notre petite Fiat Panda subissait des chocs dues aux crevasses, nous avons rebroussé chemin. Direction notre hôtel, le Corsaro Nero, dans un paysage de rêve. J'ai senti à ce moment-là que je ne possédais pas une âme d'aventurière ! Ce n'est pas à mon âge que je vais me lancer dans des explorations incertaines ! J'ai pris ma revanche en fin de journée en me baignant dans les eaux cristallines de Portu Maga. J'ai assisté à un magnifique coucher de soleil sur la plage déserte. Ce coin de Sardaigne, paisible et naturel, assez isolé et peu fréquenté par les touristes garde un charme certain loin du vacarme du monde. Une bulle de sérénité et de bien être...
mercredi 14 juin 2023
Escapade en Sardaigne, Carbonia et San Pietro
Le dimanche, je suis partie à Carbonia, une ville de tradition minière, fondée par Mussolini en 1938. La ville ne présente aucun intérêt particulier sauf pour deux musées. Le premier, le musée archéologique dans la villa Sulcis, présente la période préhistorique avec une maquette de nuraghe, puis la période romaine symbolisée par des statuettes en terre cuite, des lampes à huile, des ustensiles de cuisine. Le musée contient aussi les vestiges du parc archéologique du Monte Sirai avec des urnes funéraires, des vases, des bijoux et autres objets. Le deuxième musée, le Museo del Paleoambianti sulcitani E. A. Martel, m'a vraiment impressionnée car je me suis retrouvée en face d'un gigantesque squelette de dinosaure, un tyrex ! C'est la première fois que j'en voyais un et ce spectacle visuel m'a beaucoup amusée. Heureusement que les humains ne cohabitaient avec ces animaux redoutables ! Dans ce musée scientifique, j'ai admiré une très belle collection de fossiles de la région du Primaire au Quaternaire avec toutes sortes de plantes et d'animaux captés dans la roche pour l'éternité. Ces fossiles se transformaient dans ma tête en véritables œuvres d'art de la nature. La pluie malheureusement s'est mise à tomber quand j'arpentais la nécropole phénicienne du monte Sirai, Et quand la météo se dégrade, les visites extérieures perdent beaucoup de leur intérêt. Dans mon séjour, je n'ai connu cet épisode pluvieux qu'une fois ! Dans l'après-midi, le soleil est revenu et j'ai pris un ferry de Calasetta pour l'île San Pietro. Sa capitale, Carloforte, fêtait le thon, source économique de la région. Car l'île est réputé par sa méthode contestée de pêche, la "mattanza" où les pêcheurs professionnels emprisonnent les thons dans des filets et les achèvent avec des harpons. Aujourd'hui, cette "mattanza" est réglementée pour préserver les ressources naturelles. La balade dans la vieille ville s'est révélée bien agréable dans une ambiance festive bon enfant. En revenant sur Calasetta, j'ai visité un petit musée d'art contemporain mais vraiment, je ressemble à ce dinosaure croisé à Carbonia qui, se figeant devant une œuvre contemporaine, se mettrait à courir pour échapper à cette réalité incompréhensible. Comment terminer une soirée en Italie ? Devant un spritz, évidemment en songeant à cette terre de contrastes entre ciel et mer !
mardi 13 juin 2023
Escapade en Sardaigne, Sant'Antioco
Ma deuxième étape se nommait Sant'Antioco, une bourgade qui porte le nom d'Antiochus, le fondateur martyr de la communauté chrétienne de Sardaigne. Il suffit de franchir un pont pour se retrouver sur les terres de la presqu'île. Dès que je me suis rapprochée de mon but, j'ai aperçu des flamants roses dans les marais salants entourant la presqu'île. Des flamants roses ! C'était un enchantement de voir ces volatiles si grâcieux ayant adopté la Sardaigne comme refuge. Leur alimentation, basée sur l'ingérence de crevettes roses, leur donne cette couleur si lumineuse. Lors de mon parcours en bord de marais salants, j'ai guetté avec l'âme retrouvée d'une petite fille curieuse, la présence des flamants roses, symboles de renouveau selon une légende. Sant'Antioco possède une atmosphère maritime avec ses barques bleues et ses bateaux de pêche, ses rues en pente. Connue sous le nom de Sulky, les Romains en ont fait la ville la plus prospère de la Sardaigne. Dès le matin, j'ai visité une catacombe avec une guide italienne et je comprenais son exposé ! Cela fait deux ans que j'apprends en solo cette si belle langue. Obligation de porter un casque pour pénétrer dans ces cavités creusées dans la roche. Une fresque surprenante m'attendait au détour d'un couloir très étroit et sur ce mur, le regard saisissant d'une femme, disparue il y a des siècles, m'a rappelé l'art du Fayoum qui présentait des portraits funéraires au niveau du visage de la momie égyptienne. Je me sentais toutefois oppressée dans ce souterrain et j'étais étonnée de cette prestation assez unique à Sant'Antioco. Les rites funéraires m'ont toujours intéressée car les anthropologues considèrent qu'ils sont un des fondements du passage à la civilisation. Pour compléter ma connaissance de la région, j'ai parcouru avec beaucoup d'intérêt le musée archéologique présentant des vestiges phéniciens, puniques et romains : bijoux, poteries, outils, statuettes votives, jouets, céramiques et mosaïques. J'ai surtout appris qu'il existait des stèles sculptées et dédiées aux enfants morts nommés Tophet, des sanctuaires particulièrement émouvants. A quelques kilomètres de la petite cité marine, j'ai loué une chambre dans un hôtel à Calasetta et à mon grand étonnement, le bâtiment était désert comme la plage ! Une impression d'un lieu improbable et irréel. Pourtant, les employés assez nombreux vaquaient à leurs occupations alors que la clientèle occupait dix chambres sur une centaine ! Peut-être que la saison estivale d'un coup de baguette magique remplit leur hôtel ! Cela ne doit pas être facile de trouver du travail dans ces lieux un peu abandonnés. Dès ma deuxième journée, je commençais à ressentir l'air du pays, un air iodé, léger malgré quelques nuages et le paysage s'affirmait dans la blondeur du sable et le bleu de la mer, un bleu scintillant sous le soleil.