Mercredi, direction Saint Germain des Prés, un quartier littéraire mythique. Tout le monde connait les photos de nos intellectuels français sartriens, prises au deux Magots, au Flore, et dans les brasseries parisiennes inimitables. Même soixante ans après, l'air que l'on respire dans ce lieu sent l'amour des idées, des livres, de la littérature. Evidemment, quelques librairies ont disparu mais il en reste encore quelques unes comme Gibert Jeune, La Hune, Compagnie, etc. J'étais heureuse de me retrouver devant l'église de l'abbaye du quartier que j'ai visitée. Les Germanopratins ont bien de la chance de vivre dans ce quartier historique et je n'ose pas imaginer le prix du mètre carré pour se loger… Après cette balade aux accents nostalgiques et en me dirigeant vers le Louvre, j'ai découvert la Sainte Chapelle aux vitraux immenses, construite en sept ans en 1248. Puis, j'ai retrouvé l'odeur des livres à la Bibliothèque Mazarine, la plus ancienne bibliothèque publique de France. Située Quai Conti, elle est rattachée à l'Institut de France. Ses fonds appartenaient au cardinal Mazarin. Il m'a suffi de passer un portique avec un badge visiteur et j'ai ainsi monté le bel escalier qui m'a dirigée dans la salle d'étude. Un silence studieux et religieux régnait dans cet espace occupé par des étudiants et des chercheurs, hommes et femmes. J'ai même eu l'autorisation de prendre quelques photos pour me souvenir de cette bibliothèque de recherche, dotée de 600 000 documents dont des centaines d'incunables. Quand je vois ces murs chargés de livres anciens, ces tables de travail, ces lampes, ces passionné(es) de l'étude, je me dis que notre chère civilisation de l'imprimé n'a pas encore disparu… Dès cet été, j'avais réservé des places pour l'exposition Léonard de Vinci et j'avoue que cette visite m'a laissée sur ma faim. Pourtant, j'avais espéré une belle rencontre avec ce peintre génial. Hormis le fait que je n'ai pas attendu pour pénétrer dans le Louvre, j'ai noté la présence de milliers de touristes du monde entier en groupe ou en solo. Même convoquée vers midi, je n'étais pas la seule sur ce créneau. Nous étions serrés, débordés, en rang d'oignons devant chaque toile du maître toscan. Je ne comprends pas l'administration du musée : pourquoi accepter tant de visiteurs dans cet espace confiné ? Je n'ai pas eu de réponse. Il faut accepter cet état de fait. Les vitrines où s'exposaient les dessins de Léonard étaient même inaccessibles... Je n'avais pas envie de jouer les coudes comme dans le métro. J'ai quand même vu les toiles les plus célèbres : le Saint Jean Baptiste, la Vierge, Sainte Anne et l'enfant Jésus, la Madone aux fuseaux, la Belle Ferronnière, le Portrait de musicien. Cela m'a quand même émue de voir ces tableaux que Léonard avait touché lui-même. Cinq cents ans après, ce génie continuait à fasciner et à passionner les amateurs d'art. Tant mieux s'il attire des milliers de visiteurs mais l'organisation de la visite s'est avérée décevante. J'ai profité de l'après-midi pour revoir quelques départements : la Grèce antique, les peintures français, italienne, hollandaise, allemande. On peut se perdre facilement dans les ailes du Louvre, un vrai labyrinthe et il faudrait des jours et des jours pour tout voir ! Parfois, je me suis retrouvée seule dans des salles délaissées par les visiteurs comme dans les rues de Venise à côté de la place San Marco. J'ai vérifié que Mona Lisa attirait toujours ses adorateurs asiatiques... Le Louvre, un monde en soi, une planète à explorer en préparant ce tour du monde de l'art. Un musée incontournable et grandiose !
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mercredi 13 novembre 2019
mardi 12 novembre 2019
Escapade à Paris, 3
Le cimetière du Montparnasse se situait prés du musée Zadkine et j'ai saisi l'occasion pour me recueillir (en ce temps de la Toussaint) sur les tombes de Simone de Beauvoir et de Marguerite Duras. Ce lieu incroyable et inspiré accueille les personnalités les plus diverses : artistes, hommes politiques, écrivains, peintres, stars de la télévision, militaires, parisiens et parisiennes anonymes. Les tombes se distinguent les unes des autres par des excentricités : sculptures baroques, décorations loufoques, citations ciselées sur le marbre. Tout est un peu spectaculaire dans cet espace immense. J'avais l'impression de lire un livre d'Histoire de France en remarquant les noms de famille, leur importance sociale liée à la grandeur du caveau. Après quelques minutes hésitantes, j'ai enfin trouvé la tombe de Marguerite Duras dans la division indiquée : j'ai ressenti une émotion devant sa simplicité. Les amoureux(ses) de son œuvre plantent des stylos dans des pots de fleurs. L'écrivaine n'est pas seule car son dernier compagnon, Yann Andréa, l'accompagne dans cette dernière demeure. Je remarque qu'elle n'est pas oubliée et que sa sépulture attire beaucoup de visiteurs. Plus loin, Simone de Beauvoir et Jean Paul Sartre reposent dans une tombe dépouillée et la stèle est décorée par des centaines de traces en forme de baiser. Une classe de lycéens allemands se tenait prés de moi et ils prenaient des notes selon les indications de leur professeur. La notoriété du couple Beauvoir-Sartre dépasse nos frontières et cela me faisait plaisir que ces deux grands écrivains français intéressent encore quelques jeunes européens. Je pensais depuis longtemps rendre un hommage à ces deux écrivaines exceptionnelles qui ont changé la vie des femmes (et la mienne) en France. Ce pélerinage littéraire une fois effectué, j'ai visité l'Institution Giacometti au 5, rue Victor Schoelcher, installée dans l'ancien atelier de l'artiste-décorateur Paul Follot, un hôtel particulier de style Art Déco. L'atelier reconstitué d'Alberto Giacometti, composé de son mobilier, d'objets personnels, de murs peints par l'artiste, permet d'imaginer la vie de cet artiste magnifique. Des expositions temporaires offrent un nouvel éclairage sur l'œuvre de l'artiste. Les sculptures hiératiques habitent le lieu, lui insufflant une atmosphère quasi sacrée, en particulier dans la salle principale, une bibliothèque où livres et statues se mélangent avec bonheur. Comme j'aime beaucoup Giacometti, ces moments passés en sa compagnie virtuelle auprès de ses œuvres m'ont bien convaincue que ce musée particulier magnifiait cet artiste génial. J'ai terminé ma soirée à la Fondation Cartier où j'ai vu une exposition sur les arbres, "Nous, les arbres", leur importance dans les sociétés indiennes et dans les nôtres, imprégnées d'un souci légitime écologique pour leur survie. Encore une journée culturelle intense et épuisante (il faut beaucoup marcher à Paris) mais ô combien enrichissante !
lundi 11 novembre 2019
Escapade à Paris, 2
J'avais déjà retrouvé dès le lundi un certain goût de Paris en marchant le long des quais… C'est sans doute un endroit privilégié loin des arrondissements dits "populaires" mais pourquoi se priver du cœur historique de la capitale ? Dès mardi, j'ai repris le même chemin que la veille pour atteindre le Petit Palais que je n'avais jamais visité. Devant l'édifice, se tenait le bouquet de tulipes controversé de Jeff Koons, offert par l'artiste. Ce musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, situé dans le 8e, a été construit à l'occasion de l'Exposition universelle de 1900. Ce bijou architectural s'organise autour d'un jardin semi-circulaire, la façade mesurant 150 mètres de long, ornée de colonnes ioniques à volutes. Il abrite une collection permanente qui va de l'Antiquité à la fin du XIXe. Des donateurs ont permis d'enrichir les collections et j'ai surtout apprécié la section Antiquités gréco-romaines avec mes éternels vases, des tableaux du Moyen Age, de la Renaissance, de l'Impressionnisme. Dès que l'on pénètre à l'intérieur, le vestibule décoré de fresques et de sculptures annonce un édifice architectural d'exception. Toutes les salles présentent les collections sur le plan chronologique et des expositions temporaires stimulent encore plus l'intérêt de visiter le Petit Palais. Mon deuxième musée de la journée que je connais bien, le Musée d'art moderne, appartient aussi à la Ville de Paris (gratuité totale…). Installé dans l'aile est du Palais de Tokyo, l'édifice, de style Art déco, fut conçu dans le cadre de l'Exposition internationale des arts et des techniques de 1937. Il a réouvert ses portes en octobre et j'ai donc profité de sa rénovation pour déambuler avec plaisir dans ses salles claires, lumineuses et vastes. J'ai surtout apprécié l'immense fresque de Dufy, "La fée électricité" et ensuite, s'est offert devant mes yeux, un festival d'artistes modernes et contemporains dont Picasso, Braque, Gris, Modigliani, Chirico, Giacometti et tant d'autres peintres qui ont marqué le XXe. Une visite incontournable pour qui aime l'art sous toutes ses formes. Puis, j'ai passé l'après-midi dans le quartier Montparnasse où j'ai déniché deux espaces merveilleux. Le premier se cache dans la rue d'Assas dans la maison où a vécu Ossip Zadkine (1890-1967), un sculpteur cubiste français d'origine russe. Ses sculptures en bronze sont disposées dans le jardin et à l'intérieur, celles en bois frappent par leur épure stylisée. Son œuvre foisonnante et fascinante mériterait d'être encore plus connue et je cite cette phrase de l'artiste : "Les sculpteurs de ma génération et moi-même pouvons être considérés comme les continuateurs de l'antique tradition de ces tailleurs de pierre et de bois qui, partis de la forêt, chantaient librement leurs rêves d'oiseaux fantastiques et de grands fûts d'arbres". Une exposition, "Le Rêveur de la Forêt", enchante les visiteurs de ce petit musée remarquable. Quelquefois, des petites unités artistiques valent bien les très grands espaces labyrinthiques…
samedi 9 novembre 2019
Escapade à Paris, 1
Avant l'hiver, j'aime bien partir en début novembre et j'ai choisi Paris que je n'ai pas fréquenté depuis quelques années. Je ressens un sentiment ambivalent, dubitatif pour notre capitale où j'ai vécu dans les années 80. Je garde un souvenir merveilleux de cette époque où je déambulais sans fin pendant des heures et des heures. Je vivais mon rêve de libraire en découvrant la vie littéraire de Paris. De la librairie des Femmes à Compagnie, de la Hune à la FNAC, de Gibert Jeune à José Corti, je fréquentais ces lieux comme un pélerinage. Ce Paris de Saint-Germain-des-Prés, je l'ai connu encore authentique et je m'imaginais rencontrant Beauvoir et Sartre que je n'ai pas croisés, hélas. Dans mes souvenirs modianesques, ma mémoire conserve des milliers d'images, de moments, de paysages et de rencontres. Cette ville-livre, cette ville-musée, cette ville-jardin, je l'ai retrouvée pendant ces cinq jours. Je suis descendue dans un hôtel, quai Voltaire, entre l'Institut de France et le musée d'Orsay en face du Louvre. Dans cet édifice de la moitié du XIXe, quelques personnalités l'ont fréquenté : Wagner, Sibelius, Baudelaire, Oscar Wilde. De mon balcon, coulait la Seine, et le Louvre s'étalait devant mes yeux dans toute sa munificence. Mon regard émerveillé débusquait tous les monuments qui se profilaient dans un ciel dégagé : les ponts de l'Ile de la Cité, la Coupole de l'Institut, les tours de Notre-Dame, la Tour Eiffel… Dès ma première journée, j'ai visité le musée Jacquemart-André où m'attendait la collection Alana, l'une des plus précieuses et secrètes collections privées d'art de la Renaissance italienne, actuellement conservée aux Etats-Unis. 75 chefs-d'œuvre étaient présentés au public dispersé en fin d'après-midi : Uccello, Bellini, Lippi, Fra Angelico, Carpaccio, Véronèse, Le Tintoret, etc. J'ai remarqué une Annonciation remarquable de Lorenzo Monaco. Je ne connaissais pas ce musée parisien et j'ai découvert un lieu vraiment intéressant. Je craignais une grosse affluence car l'exposition est assez médiatisée, et j'ai eu de la chance de pouvoir admirer ces tableaux inédits, collectionnés par un milliardaire chilien. Comme j'aime l'Italie et tout particulièrement la Renaissance, je ne pouvais que me réjouir d'avoir vu la collection Alana. Je suis repartie vers mon hôtel en traversant la Place de la Concorde, toujours envahie de voitures, et je me suis promenée dans les jardins des Tuileries, inscrits au Patrimoine de l'UNESCO, un espace jardin magique avec ses deux bassins, ses chaises vertes, ses mouettes, ses statues, ses sculptures contemporaines, ses arbres centenaires. Après la pause restaurant (le Café de l'Empire, rue du Bac), je suis repartie voir la Pyramide du Louvre, illuminée face à l'Arc de Triomphe du Carrousel… Un paysage historique et culturel unique !
dimanche 3 novembre 2019
"La panthère des neiges"
Le dernier récit de Sylvain Tesson, paru chez Gallimard, n'est pas seulement un livre animalier sur la mythique panthère des neiges que l'on rencontre aux confins du Tibet. L'écrivain voyageur, géographe et poète, délivre un message à ses lecteurs(trices) fidèles : essayez donc l'affût, l'affût de la beauté du monde. La panthère symbolise cette vision d'une beauté qu'il faut absolument protéger, conserver, préserver, sauver. Notre arpenteur des espaces part en plein hiver sur des sommets enneigés à cinq mille mètres d'altitude avec le photographe Vincent Munier, sur les traces de la panthère. Déjà, le texte prend une certaine hauteur, une dimension indéniable, un air rare, une appréhension palpable. Sylvain Tesson réalise qu'il vit une expérience unique avec son équipe. Lui, l'agité, le fou de vitesse, l'illuminé des toits (il fera une chute qui le blessera gravement), se rend compte que la frénésie, dans laquelle il traversait l'existence, semble dépassée par l'aventure du moment. Pour photographier un animal si furtif, il faut apprendre des vertus qui paraissent démodées, décalées, obsolètes : la lenteur, la patience, le silence, l'attente, l'affût. Ces vertus si exceptionnelles dans nos modes de vie transforment chaque individu quand il les pratique. Il confesse son état d'âme : "L'affût vous mène à une forme de modestie : vous pensiez que la nature vous était donnée et elle recèle de chatoiements dont vous n'aviez pas idée. La patience est la vertu de l'affût. On s'installe dans la géographie au lieu de la parcourir. J'ai été amené à repenser mon usage du monde". Dans ce texte inspiré, Sylvain évoque les paysages du Tibet, le froid pénétrant, les yacks, les loups, les chèvres sauvages, les rapaces, les relations dans le groupe, les contacts avec les habitants. Le moment le plus magique se déroule dans le dernier tiers du récit quand le narrateur aperçoit sa panthère des neiges : "Ce fut une apparition religieuse. Aujourd'hui, le souvenir de cette vision revêt en moi un caractère sacré". L'écrivain évoque comme à son habitude des poètes, des écrivains et des philosophes qui viennent illustrer ses pensées personnelles. Dans ce cadre naturel originel, Sylvain Tesson n'oublie jamais de parsemer des mots d'humour, d'ironie pour mettre à distance ses chagrins nostalgiques. Il reverra sa panthère une deuxième fois avec la même émotion émerveillée. Un très beau récit à la tonalité nouvelle, teinté de maturité, de gravité joyeuse, un appel pour vivre une vie plus intense dans une sérénité retrouvée. L'agitation du voyageur compulsif se termine et commence pour Sylvain Tesson l'ère d'une certaine contemplation du monde…
samedi 2 novembre 2019
"Souvenirs de l'avenir"
Ce roman, "Souvenirs de l'avenir" de l'écrivaine américaine, Siri Hustvedt, réclame un peu d'effort et de patience pour apprécier son projet ambitieux, un patchwork d'histoires qu'il faut saisir d'emblée afin que la lecture soit plus confortable. Le roman est structuré par trois textes différents : un journal intime, l'écriture d'un premier roman, composés en 1978 et le texte de l'écrivaine d'aujourd'hui. HS, la narratrice s'installe à New York dans un immeuble décrépi où les cloisons laissent passer les moindres paroles des voisins. Elle perçoit des propos confus d'une mystérieuse locataire, Lucy. Elle prend des notes sur les monologues de Lucy qui évoque la mort brutale de sa fille et la soif de vengeance qui l'anime. La narratrice entame aussi l'écriture de son propre livre maladroit et inachevé. Quarante ans plus tard, elle retrouve son journal intime, l'ébauche de son premier livre et décrit son présent actuel en analysant la femme qu'elle était à l'époque de sa jeunesse. A partir de cette architecture un peu complexe, il suffit de pénétrer dans l'univers littéraire de Siri Hustvedt et quel univers ! L'écrivaine américaine interroge ses différents "moi" à travers les décennies sans utiliser le jargon de la psychologie, de la psychanalyse et de la philosophie. Son entreprise autobiographique repose sur les textes de sa jeunesse. Le flot des souvenirs inonde son moi actuel et tout ce magma psychique se mélange et aboutit à une identité flottante, chatoyante de réel et de fictions. Il s'agit d'analyser comment on devient Siri Hustvedt, vaste programme… Dans un entretien qu'elle a donné à une journaliste, elle qualifie cette œuvre "d'origami, tant il joue de plis et replis pour finalement former un oiseau de papier, prêt à l'envol, libéré des contraintes, qu'elles soient formelles ou intimes". Dans le journal intime, elle relate son histoire avec un étudiant violent et sûr de lui qui tente de la violer. Sa voisine la sauve de ce désastre et commence alors des relations de SH, la jeune femme, avec le groupe de femmes autour de Lucy, des "femmes sorcières"... Ce roman plonge le lecteur(trice) dans les thèmes chers à l'écrivaine : l'emprise du temps sur le "moi", l'identité fragile, la mémoire défaillante, les rapports de violence, la création littéraire, le rôle de la littérature, de l'écriture. L'écrivaine américaine poursuit livre après livre son rêve de jeunesse : "Je finirais, avec le temps, par m'augmenter moi-même volume après volume, jusqu'à devenir cette géante que je voulais être". Même si ce récit hybride semble un peu complexe à décrypter, lire cette écrivaine fascinante et d'une intelligence fabuleuse procure un plaisir certain. Pour moi, il est temps que le prix Nobel couronne son œuvre, mais je crois que ce jury n'a jamais lu Siri Hustvedt… Une écrivaine américaine majeure, à lire sans modération.
vendredi 1 novembre 2019
"Par les routes"
Sylvain Prudhomme, jeune écrivain français, compose avec son "Par les routes", une fugue musicale autour de trois personnages : le narrateur, Sacha, Marie et son compagnon, l'autostoppeur. Sacha quitte Paris pour s'installer dans une ville du sud, où vit aussi un ami mythique avec lequel il a parcouru les routes de France quand ils étaient jeunes. Les voilà tous les trois dans la quarantaine et à cet âge-là, tout peut se rejouer. Marie travaille chez elle comme traductrice de l'italien et particulièrement de Marco Lodoli. La jeune femme accepte les lubies de son autostoppeur qui part de temps en temps sur les routes, son métier d'autoentrepreneur lui permettant de s'absenter régulièrement. Sacha traverse une crise existentielle : "A V., je comptais mener une vie plus calme. Ramassée. Studieuse. Je rêvais de repos. De lumière. D'une existence plus vraie. Je rêvais d'élan. De fluidité. D'un livre qui viendrait d'un coup, en quelques semaines à peine". Sacha loue un petit studio comme au temps de ses études. Un redémarrage régénérant. Il retrouve un cousin qui habite la petite ville et surtout il contacte son ancien ami qu'il n'a pas vu depuis vingt ans. Celui-ci lui présente sa compagne, Marie, et son fils Agustin. Tout se passe dans une parfaite harmonie. Son ami lui raconte alors sa quête obsessionnelle de partir sur les routes. Il photographie les hommes et les femmes qui ont la gentillesse de le prendre en autostop. Cette soif de rencontres hasardeuses le passionne et des bouts de vie se déroulent au fil du texte. Peu à peu, des liens affectifs entre Sacha et Marie se tissent à cause des absences répétées de l'autostoppeur (il n'a pas de prénom dans le roman). L'autostoppeur envoie des cartes postales de tous les lieux visités mais, un jour, il ne donne plus de nouvelles. Marie finit par perdre sa sérénité et s'interroge sur ce trio amoureux. L'autostoppeur semble sacrifier sa vie de famille pour sa passion de la liberté qui commence à se conjuguer difficilement avec la patience de Marie et les attentes de son fils. Le narrateur, peu à peu, remplace son ami auprès du petit garçon et surtout auprès de Marie. L'autostoppeur va-t-il revenir au sein de son foyer ? Je ne dévoilerai pas la fin de ce roman subtil à l'écriture finement ciselée dans une simplicité trompeuse. Le vagabondage sur les routes, loin du confort familial, montre le malaise, le mal être du personnage. L'un se libère des liens pour fuir le réel, l'autre au contraire noue des liens pour s'ancrer dans le réel, des jumeaux complémentaires qui, peut-être, ne sont qu'un seul personnage. Ce très bon roman au charme certain mériterait d'obtenir un prix littéraire, pari tenu…
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