vendredi 2 novembre 2018

Mon escapade en Côte basque, 2

J'ai consacré une bonne journée à Bilbao, cette cité basque au caractère bien affirmé. Il existe dans cette belle métropole un musée magnifique, le Guggenheim,  que je visite une fois par an. J'effectue ce pélerinage culturel à une heure trente minutes de Biarritz avec un plaisir gourmand. En cette fin d'année, j'ai eu de la chance ! Trois expositions temporaires et la collection permanente m'ont permis de passer quelques heures au contact de l'art moderne et contemporain. Quand j'ai aperçu le bâtiment du musée, une véritable œuvre d'art, une sculpture gigantesque en titane et en verre, toute argentée et aux formes chaotiques, je me mets déjà en pause "admiration"... La première exposition vient du Guggenheim de New York. Le legs Thannhauser, "De Van Gogh à Picasso", réunit les plus grands peintres de l'Impressionnisme et du Postimpressionnisme : Manet, Degas, Cézanne, Picasso, Van Gogh, Le Douanier Rousseau, Renoir, Braque. J'ai surtout aimé le seul Van Gogh, "Montagnes à Saint Rémy" et un Picasso, "La femme endormie". Cette exposition dure jusqu'en mars 2019. Ensuite, j'ai revisité la collection permanente du musée dont la salle consacrée à un de mes artistes préférés : Anselm Kiefer. Dans ce lieu circulaire, trois immenses toiles absorbent l'attention des visiteurs et je voulais absolument me replonger dans "les ordres de la nuit", une toile métaphysique, qui montre l'artiste, couché sur une terre-écorce et au dessus de lui, un ciel étoilé, l'infini selon l'artiste allemand tourmenté par les horreurs du nazisme. Anselm Kiefer se met en scène sur ses toiles de cinq mètres de haut. Le monde de cet artiste incomparable et provocateur inquiète, interroge, bouscule les certitudes. L'art sert à briser le confort intellectuel et je l'ai vérifié avec les tableaux de Basquiat, Warhol, Klein, Rothko, Chillida. Un panorama essentiel des plus grands artistes du XXe. Une salle, une des plus emblématiques du musée, expose "la Matière du temps",  sept sculptures monumentales de Richard Serra. Quand on pénètre dans ces spirales métalliques, on éprouve la sensation vertigineuse du temps et de l'espace. Ce musée, un univers fantastique… 

jeudi 1 novembre 2018

Mon escapade en Côte basque, 1

Dès que j'ai atterri à Biarritz, j'ai humé l'air marin et je me suis dirigée vers l'océan comme si un aimant m'attirait irrésistiblement. Arrivée à la Chambre d'amour, mon coin préféré en Côte basque, j'ai aperçu mes chères vagues se déroulant éternellement sur le sable dans un fracas musical digne des plus grands compositeurs. Devant mes yeux toujours éblouis et jamais blasés, j'aime observer attentivement ce spectacle océanique quelque soit le temps qu'il fait. Ce mardi, le soleil automnal dorait les falaises environnantes, les plages et les digues. Autour de moi, touristes et autochtones se mélangeaient avec gentillesse et en toute tranquillité. Chacun de nous avait envie de cette parenthèse déambulatoire en bord de mer. Les surfeurs offraient un ballet tonique, rythmé par les cris des mouettes et quand l'un d'entre eux s'élançait sur sa planche, j'espérais qu'il chevauche deux à trois vagues pour défier l'océan. J'ai revu avec intérêt les sculptures de la Biennale d'art contemporain dont celle d'Anne Wenzer, la Pieta, en glaise grise, face au phare de Biarritz. Cette manifestation culturelle de très grande qualité honore la ville d'Anglet et offre ainsi aux visiteurs du site, un panorama de l'art contemporain, souvent décrié, critiqué, ignoré, marginalisé. Je me suis toujours intéressée aux artistes vivants qui me troublent, m'enchantent et me questionnent. Le matin, je pars marcher le long de la promenade de la Chambre d'amour à la Barre où j'aperçois l'Adour qui se jette dans la mer. Ces quelques kilomètres me permettent d'admirer ce panorama grandiose. Les plages se succèdent avec leur personnalité : les Sables d'or, Marinella, les Corsaires, la Madrague, les Dunes, les Cavaliers. Je les connais toutes par cœur et j'ai souvent goûté le sel de leurs vagues, la puissance de leurs remous, leurs courants dangereux depuis mon enfance. Parfois, les paysages autour de soi se banalisent et notre attention diminue. Mais, dans mon petit coin de paradis basque, les couleurs, les odeurs, les formes s'intensifient, imprègnent ma mémoire sensuelle et même si je les ai vus des centaines de fois, cet espace océanique provoque un choc esthétique à la façon du syndrome de Stendhal devant une œuvre d'art en Italie. Mon émotion reste intacte quand je me retrouve devant "mon" Océan atlantique, une véritable œuvre d'art de Dame Nature... 

vendredi 19 octobre 2018

"Un été avec Homère"

Dès que j'ai ouvert "Un été avec Homère", je savais que cette lecture m'apporterait une jubilation certaine. Et, vraiment, cet ouvrage hybride et original a encore conforté mon amour de la Grèce, d'Homère et de ses chants magiques. Ces textes proviennent d'une émission sur France-Culture. Evidemment, il vaut mieux lire "L'Iliade" et "L'Odyssée" pour apprécier les commentaires de Sylvain Tesson, mais, on peut aussi passer outre cette consigne, et se laisser bercer par l'atmosphère magique que l'écrivain-aventurier distille au fil des pages, imprégnées de la lumière grecque et de la culture antique. L'écrivain s'est isolé à Tinos face à Mykonos, dans les Cyclades pour comprendre ce miracle homérique. Il définit ce sentiment géographique ainsi : "Le génie des lieux nourrit les hommes. Nous sommes les enfants de notre paysage, disait Lawrence Durrell". Dans l'avant-propos, Sylvain Tesson présente son livre : "Ouvrir l'Iliade et l'Odyssée revient à lire un quotidien. Ce journal du monde, écrit une fois pour toutes, fournit l'aveu que rien ne change sous le soleil de Zeus : l'homme reste fidèle à lui-même, animal grandiose et désespérant, ruisselant de lumière et farci de médiocrité". Il évoque dès la première page le personnage emblématique, notre plus ancien contemporain, Ulysse, "notre frère", un homme, pétri d'humanité et d'héroïsme. Homère traverse les siècles avec la première œuvre littéraire et immortelle, composée de quinze mille vers pour l'Iliade et douze mille pour l'Odyssée. Pour Sylvain Tesson, "Tout se déploie en quelques hexamètres, la grandeur et la servitude, la difficulté d'être, la question du destin et de la liberté, le dilemme de la vie paisible et de la gloire éternelle, de la mesure et du déchainement, la douceur de la nature, la force de l'imagination, la grandeur de la vertu et la fragilité de la vie…" . L'ouvrage s'appuie sur les commentaires de l'écrivain qui décrypte à sa façon les aventures d'Achille, d'Ulysse, des dieux, de la guerre, de l'hubris sans oublier un hommage admiratif d'Homère. Il n'oublie pas aussi d'évoquer les fabuleux Hellénistes qui nous ont fait aimer la Grèce homérique : Jacqueline de Romilly, Paul Veyne, Victor Bérard, etc. L'écrivain met en parallèle le temps antique et notre période contemporaine et se permet de belles formules malicieuses et percutantes sur les travers d'aujourd'hui. Ce livre m'a enchantée comme si Sylvain Tesson s'était transformé en sirène et j'étais Ulysse, charmé par cet hommage enthousiaste pour Homère… Comme je revenais des Cyclades, j'avais ressenti tous ces paysages homériques, le vent fou, la lumière bleue, la mer étincelante et j'ai retrouvé ma Grèce éternelle. Quel beau récit, quel bel hommage littéraire ! A déguster, comme un vin de Santorin, sans modération...

jeudi 18 octobre 2018

Silence, on lit

Je suis tombée récemment sur un reportage de France 2 dans le cadre du 20H. Je remarque souvent que la lecture ne tient pas une grande place dans les journaux télévisés. En début de semaine, j'ai ressenti une agréable surprise en regardant ce reportage de trois minutes sur un collège français qui appliquait une consigne simple et salutaire. Pendant dix minutes, avant les cours de l'après-midi, les collégiens rentrent dans leur classe et prennent un livre : romans, documentaires, bandes dessinées, etc. Smartphones fermés (enfin), ils vivent un moment de grâce et ils lisent dans le silence. Le professeur de français déclarait que ces minutes de lecture ressemblaient à des minutes de méditation et de concentration. Quand les élèves reprennent leur cours, ils semblent plus calmes, moins agités. Qui a donc eu cette idée originale ? L'académicienne Danièle Sallenave, grande militante de la cause des livres. Cette écrivaine subtile et fortement républicaine constate depuis longtemps l'affaiblissement de la lecture chez les jeunes. Comment donner envie de lire à des générations conquises par la culture digitale ? Les téléphones portables ont remplacé nos bons bouquins. Pourtant, dans les bibliothèques municipales, la lecture jeunesse est un enjeu primordial. Je me souviens de beaux moments de partage avec les scolaires que je recevais régulièrement pour leur donner le goût de lire. Des générations de bibliothécaires ont mis leur énergie et leur passion pour cette cause si belle et si essentielle : lire ! L'association SOL ! (Silence on lit !) a concrétisé ce projet dans de nombreux collèges et le Ministère de l'Education encourage vivement ces initiatives. Je ne peux que me féliciter de cette intrusion des livres dans la vie scolaire. Les professeurs de français détiennent parfois la clé pour donner le goût de lire. Il suffit ensuite qu'une logistique se mette en place pour que les élèves se saisissent d'un livre. La journaliste signalait malheureusement la pauvreté des fonds dans les CDI et les bibliothèques scolaires. Les moyens doivent accompagner cette belle aventure. Danièle Sallenave mène un beau combat… Je suis persuadée que dix minutes par jour scolaire ne représentent pas grand chose dans une vie surchargée d'un adolescent. Mais, dans ces minutes reconquises dans le silence partagé, il suffit d'une rencontre avec un écrivain passionnant pour ouvrir les portes d'un paradis sur terre : celui des livres et de la lecture ! 

mercredi 17 octobre 2018

"Archives du Nord"

Cet été, j'ai relu le deuxième tome du Labyrinthe du monde de Marguerite Yourcenar, "Archives du Nord", publié en 1977. J'ai déjà évoqué dans ce blog, "Souvenirs pieux" (1974) et je poursuis ainsi mon retour aux grands classiques de la littérature contemporaine. Parfois, quand on se lance dans la relecture d'un classique, la déception peut surgir car plus les années passent, plus nous changeons. Personne n'évite ce phénomène même si au fond, on a l'impression d'être la même personne depuis notre naissance. Quand j'ouvre un ouvrage de Marguerite Yourcenar, je retrouve la même admiration que j'éprouvais à l'époque de ma première lecture et je ne suis jamais déçue. Bien au contraire, ma lecture en ressort bonifiée, approfondie, encore plus intense que dans le passé. Pourtant, les ancêtres de Marguerite Yourcenar ne ressemblent pas du tout aux miens. Ce monde aristocratique (comme chez Marcel Proust) semble très éloigné de notre société contemporaine démocratique. Mais, si on aime l'Histoire, la lecture de ce livre ressemble à une plongée dans le XIXe siècle, dans la région du Nord, la Flandre. L'écrivaine, dans les premiers chapitres, se lance dans une réflexion sur le vertige du temps : "Ces gens-là nous ressemblent : mis face à face avec eux, nous reconnaîtrions sur leurs traits les mêmes caractéristiques, qui vont de la bêtise au génie, de la laideur à la beauté". Elle remonte au XVIe et cette aventure généalogique donne le tournis… Marguerite Yourcenar écrit plus loin : "C'est de la terre entière que nous sommes les légataires universels. Un poète ou un sculpteur grec, un moraliste romain né en Espagne, (…) nous ont peut-être davantage formés que ces hommes et ces femmes dont nous avons été l'un des descendants possibles, un de ces germes dont des milliards se perdent sans fructifier dans les cavernes du corps ou entre les draps des époux". Dans la deuxième partie, elle évoque son grand-père paternel, Michel-Charles, puis de son père, Michel. La narratrice ne se glorifie en aucun cas de sa parenté aristocratique, bien au contraire. Elle décrit les petitesses de sa classe sociale, l'hypocrisie religieuse, leur arrogance hautaine. Elle n'épargne pas son propre père, joueur et flambeur, amateur de femmes. A la fin de l'ouvrage, Marguerite Yourcenar révèle sa vision du monde, une vision sombre et lucide, sur le passé et le présent, et constate avec philosophie : "Ce qui danse aujourd'hui sur le monde est la sottise, la violence et l'avidité de l'homme". Les inquiétudes qu'elle ressentait sur la disparition des espèces, la pollution, la place du divertissement, les dégâts de l'industrie, se sont, hélas, confirmées. La lecture des classiques procure un sentiment d'éternité...

mardi 16 octobre 2018

"Dix sept ans"

Eric Fottorino, écrivain et journaliste, poursuit l'écriture de son roman familial, commencée depuis vingt cinq ans avec "Rochelle", puis "L'homme qui m'aimait tout bas" en 2010 et "Questions à mon père". L'ancien directeur du journal Le Monde a raconté dans la presse, ses deux pères naturel et adoptif. L'un a épousé sa mère et l'a adopté et l'autre a été rejeté par la famille de sa mère parce que juif marocain. Dans son nouvel opus, "Dix sept ans", l'écrivain décrit le lien difficile qu'il entretient avec sa mère, Lina. Il écrit : "Lina n'était jamais vraiment là. Tout se passait dans son regard. J'en connaissais les nuances, les reflets, les défaites. Une ombre passait dans ses yeux, une ombre qui fanait son visage. Elle était là mais elle était loin. Je ne comprenais pas ces sautes d'humeur, ses sautes d'amour". Lina convoque ses trois fils dont le narrateur pour leur avouer un secret de sa jeunesse : "le 10 janvier 1963, j'ai mis au monde une petite fille. on me l'a enlevée aussitôt". Lina avait déjà donné naissance au narrateur trois ans avant. Leur mère raconte cet épisode douloureux devant ses fils abasourdis par ce lourd secret. Le narrateur comprend alors qu'il ne connaît pas sa mère et il décide de partir à la recherche de cette jeune adolescente de dix sept ans. Il se rend à Nice sur les traces de cette inconnue pour reconstituer son passé opaque. Il avoue avec regrets : "L'amour de ma mère, je ne l'ai pas senti. Il a manqué une étincelle (…) Le silence. Il est devenu notre marque de fabrique". Ce lien primordial le hante tout au long de ce roman largement autobiographique. Il s'installe dans une pension, mène une enquête pour retrouver des témoins, se promène en ville pour revivre le décor de sa naissance. Le narrateur récapitule la vie de Lina à Nice à cette époque avec les pressions familiales qu'elle subissait. Il tutoie Lina en l'imaginant dans la ville et il prend conscience alors de la fragilité de cette mère-enfant. Au fil des pages, le narrateur se réconcilie avec elle et l'amour glacé qu'il ressentait fond littéralement quand il revient la chercher pour la conduire de nouveau à Nice. L'auteur vit cette renaissance avec le désir d'effacer toutes ces années de méfiance et de désamour. Il déclare à sa "petite maman", âgée de soixante quinze ans, qu'il devient enfin son fils ! Un des romans autofictifs les plus intéressants de la rentrée littéraire.  

lundi 15 octobre 2018

Rubrique cinéma

Le film, "Girl", du réalisateur belge, Lucas Dhont, aborde la délicate question de la transsexualité. La jeune adolescente, Lara, rêve de devenir danseuse étoile. Mais, Lara est née garçon. Avec le soutien de son père, Lara veut changer de sexe pour réaliser son projet. Beaucoup de séquences concernent son apprentissage au sein d'une école de danse très réputée. On se rend compte alors de l'extrême difficulté de cette discipline artistique : la danse classique. Son corps de garçon ne possède pas les qualités requises pour exécuter des exercices comme les pointes. Lara sacrifie tout pour atteindre son but : devenir femme… Elle suit un traitement d'hormones, passe une panoplie d'examens, mais son corps ne se plie pas toujours à cette discipline de fer. En particulier, elle cache son sexe avec du sparadrap qui la blesse quotidiennement. S'intégrer dans le groupe des filles lui pose des problèmes car elle ne veut pas prendre sa douche dans sa nudité. Ce personnage magistralement interprété par Victor Polster semble vivre une solitude inhumaine. Il ne veut se confier à personne, surtout pas à son père qui joue un rôle majeur dans sa transformation sexuelle. Son étrangeté singulière l'isole et il rejette l'amour ou l'amitié par peur de se déclarer différent. Dans les scènes de danse ou en famille, sa vie ressemble à un combat quotidien : devenir une jeune danseuse. La relation père-fils est vraiment d'une finesse remarquable. Le corps médical entoure Lara avec une bienveillance chaleureuse. Quand la chirurgienne lui annonce que l'opération finale est reportée car son corps n'est pas prêt à subir le changement, Lara prend une décision radicale. Je ne dévoilerai pas la fin du film, un film fort, dérangeant, sensible. Le réalisateur pose la question du genre, de l'identité sexuelle, du tumulte psychique et corporel de Lara, une jeune fille d'une force incroyable dans un corps de garçon…