jeudi 25 février 2016

Atelier d'écriture

J'ai retrouvé avec un très grand plaisir, Mylène et les collègues en écriture ce mardi 23 février. Nous avons composé notre exercice après la lecture d'un texte, extrait du dernier livre de Maylis de Kerangal, "En ce stade de la nuit". Elle évoque la magie des noms propres, créateurs d'images, de sons, de rêveries fortes et profondes. Notre animatrice, toujours aussi disponible et à l'écoute nous a donné la consigne suivante : "Inspirez-vous de ce texte avec une phrase initiale "Je songe à ces noms" sur les lieux et une phrase intermédiaire, "à des personnages qui se nomment". Voici mon texte :
"Je songe à ces noms propres qui s'appellent  New York, Buenos Aires, Vancouver, San Francisco, Copenhague, Oslo, des villes où j'irai un jour. Je me revois crapahuter en pensée dans les ruelles pentues de Porto et de Sienne. Je partage mon enthousiasme pour un Berlin en chantier permanent. Je me noie d'admiration à Venise et je suspends le temps à Amsterdam. Je me vois déjà découvrir Naples et me perdre dans Pompéi. Je marche sur la plage d'Ilbarritz, dans la forêt d'Iraty et je randonne sur la sublime Rhune. Je rencontre Virginia Woolf à Londres et Fernando Pessoa à Lisbonne. Je trinque avec Socrate à Athènes. Je mange des churros trempés dans un chocolat épais à Madrid et je pleure d'émotion devant le Guernica de Picasso. Je rends hommage au Caravage à Rome et à Morandi à Bologne. Mon odyssée géographique, je l'imagine à chaque heure du jour. Mais, je pense aussi à des personnages qui se nomment Antigone, ma rebelle,  Athéna, ma guerrière,  à Achille et à Hector, mes rudes combattants. Je fais un bond de trois mille ans pour retrouver, à Paris, la petite Cosette que je prends dans mes bras et encourage Marius sur les barricades. Nous chantons la Marseillaise et glorifions la République. Je préviens Emma Bovary de s'intéresser plutôt à son mari qu'à ses amants. Tous les noms propres fouettent mon imagination et se font chair, s'incrustent dans ma propre réalité. En mon nom propre, je suis un lieu, un personnage, un rêve..."
Le deuxième exercice consistait à écrire un tout petit texte à partir d'un nom propre géographique. J'ai choisi Machu Picchu :
"Mon petit chou, mon tout pitchou,
Je suis mapi, j'ai l'âme chuma et le cœur chipi, je pars donc à Machu Picchu, une bourgade au fond d'une vallée perdue que des âmes errantes hantent depuis la naissance du temps. Je pars retrouver la mienne, peut-être."

mardi 23 février 2016

Réforme de l'orthographe

L'orthographe ou ortografe, j'avoue que je préfère la première façon d'écrire ce mot d'origine grecque : ortho pour droit et graphie pour écriture... Encore une idée décalée et inutile de notre ministre de l'Education qui a pourtant des chantiers bien plus importants à gérer que de s'occuper de notre orthographe française. J'ai eu la curiosité de lire les nouvelles consignes que l'on trouve facilement sur Google. J'ai vérifié quelques modifications ou simplifications souhaitées et j'avoue que ces changements me laissent perplexe. Ecrire au singulier, compte-goutte au lieu de compte-gouttes, weekend au lieu de week-end,  tictac et non plus tic-tac, ne plus poser l'accent circonflexe sur certains mots, mettre des tirets aux adjectifs numéraux (deux-cents, vingt-et-un), etc. Pourquoi pas ? Mais il semble que nos fonctionnaires de l'éducation admettent que les deux manières d'écrire peuvent cohabiter... Alors, pourquoi faire cette réforme ? Mystère... J'ai beaucoup apprécié l'article de Cécile Ladjali dans le Monde du vendredi 19 février : "Oublier l'histoire des mots, c'est renoncer à nous-mêmes". L'auteur très sensible aux problèmes de l'illettrisme défend l'orthographe en son état actuel. Son texte plaide pour la mémoire des mots qu'elle compare aux "gracieuses auréoles du bois des arbres". J'ai retenu surtout ce passage : "Nous habitons notre langue et trouvons dans le langage un confort douillet dès lors que l'habitacle est solide."  Elle ne nie en rien que la langue française est difficile, que vaincre l'orthographe demande un effort, une règle, une discipline. Si l'on renonce à cette exigence, le monde sera divisé en deux camps : "d'un côté, les riches de mots qui auront appris le latin ou le grec et orthographieront correctement ; de l'autre côté, les pauvres de mots qui flotteront parmi les signes, en subissant le joug humiliant de ceux qui parleront et penseront à leur place." Je partage entièrement son parti pris contre la "misère linguistique" et l'école de la République doit donner à chaque élève la chance de parler et d'écrire la langue française sans céder au laxisme et à l'abaissement du niveau. Faire des fautes d'orthographe n'est en aucun cas un "crime" linguistique, mais chacun peut réaliser des efforts pour surmonter les difficultés orthographiques en considérant ce devoir comme un jeu d'une jubilation sans fin...

lundi 22 février 2016

Rubrique cinéma

Le film de Mikhaël Hers, "Ce sentiment de l'été" m'a attirée pour son titre nostalgique et son sujet. Les premières images montrent une jeune femme et son compagnon à Berlin. Ils sont amoureux et elle s'extrait du lit pour aller travailler dans un atelier d'art. A la fin de la journée, elle traverse un parc et s'effondre. Sasha, française d'origine, se retrouve à l'hôpital et meurt peu après. Sa famille et son compagnon se réunissent pour l'enterrement. Mais, le réalisateur ne filme pas les événements factuels, il préfère les "après", les réactions de Lawrence et de la sœur, Zoé. La perte d'un être cher dans toute sa jeunesse surgit brutalement et provoque un séisme affectif insupportable. L'entourage de Sasha est dévasté par le chagrin. Le sujet majeur du film pourrait se résumer dans la question du personnage central à Zoé : "Comment tu fais pour vivre ?" Trois étés nous sont proposés pour suivre le deuil de la famille et de Lawrence. De Berlin à Paris, de Paris à New York, Lawrence et Zoé se rapprochent, se frôlent et l'on se demande si une histoire d'amour va naître entre eux. Zoé se sépare du père de son enfant. Les parents se reconstruisent dans leur maison du lac d'Annecy. Lawrence travaille à ses traductions dans un abattement moral compréhensible. Zoé rejoint Lawrence à New York pour séjourner dans le Tennessee. Leurs retrouvailles amicales et non amoureuses terminent le temps du deuil car chacun va suivre son chemin : un nouvel amour pour le jeune homme et un nouveau projet pour Zoé. "Ce sentiment de l'été" évoque l'après-vie de ceux qui perdent la raison d'aimer. Le temps du deuil permet aussi de se reconstruire et de s'inscrire à nouveau dans un projet de vie. Un beau film intimiste, sobre, dramatique et pourtant teinté d'espoir.

vendredi 19 février 2016

"Quatuor"

Cela fait longtemps que je lis Anna Enquist, une écrivaine majeure de la littérature néerlandaise. Son œuvre romanesque démarre en 1999 avec "Le chef d'œuvre", se poursuit tous les trois ans avec "Le secret", "Les porteurs de glace" jusqu'aux "Endormeurs", publié en 2014. Dès que l'on ouvre la première page d'un "Enquist", on le lit jusqu'à la dernière tellement elle enveloppe son lecteur(trice) avec une musique troublante, liée à la texture du récit et aux thèmes qu'elle orchestre avec une maestria d'une finesse inouïe. Comme l'auteur est aussi une pianiste concertiste, la musique tient le rôle principal dans ses livres, surtout dans son dernier au titre significatif, "Quatuor". L'action se déroule à Amsterdam, de nos jours. Un groupe d'amis forme un quatuor d'amateurs et se retrouve régulièrement pour interpréter un quatuor de Mozart. Leurs relations en dehors de ces rencontres musicales sont tissées d'amitié et s'entremêlent, se heurtent parfois. Caroline, violoncelliste, travaille en tant que médecin. Jochem, son mari, l'alto du groupe, est luthier. Heleen, deuxième violon, assiste Caroline comme infirmière et Hugo, premier violon, dirige un centre culturel. Les membres du quatuor traversent tous une crise particulière : le couple Caroline-Jochem a perdu leurs deux garçons dans un accident de la route, Hugo se débat dans un conflit avec la mairie moins encline à financer la culture. Heleen s'investit dans un échange de lettres avec un prisonnier. Un cinquième personnage, Reiner, un musicien âgé et solitaire, se débat dans les difficultés provoquées par la maladie. Le défi de l'auteur consiste à mettre en scène et en musique ces adultes bousculés par leurs chagrins, leurs doutes et leurs peurs devant un monde inhospitalier et inquiétant. L'irruption violente d'un criminel en cavale au sein de leur quatuor en pleine répétition symbolise pour Anna Enquist la menace d'une société malade et ayant perdu ses repères. La musique classique n'intéresse plus personne, la culture aussi et les Chinois achètent les bâtiments historiques... Anna Enquist, avec un doigté de pianiste, évoque les changements sociétaux que tous les pays européens subissent. Ce roman passionnant se lit d'une traite et, pour ma part, j'ai vraiment apprécié me retrouver à Amsterdam, une ville extraordinaire, écouter même en mots les quatuors de Mozart et de Schubert, accompagner des personnages fragiles et courageux. Lire Anne Enquist réconcilie tous ses lecteurs(trices) avec la littérature, la bonne, la très bonne littérature.

jeudi 18 février 2016

"Lire, vivre et rêver"

Quand j'ai remarqué l'ouvrage avec ce titre-programme, "Lire, vivre et rêver" sur une table de la librairie Garin, je n'ai pas hésité une seconde à l'acquérir en lisant l'annonce suivante : "Vingt et un écrivains racontent avec passion et humour les livres et les librairies qui ont changé leur vie...". Le compilateur du recueil, Alexandre Fillon, a donc convié Olivier Adam, Anne-Marie Garat, Dominique Barbéris, Jean-Philippe Blondel, Nina Bouraoui, Pierrette Fleuriaux pour ne citer que les plus connus. Ce regard d'écrivains sur les librairies, lieux indispensables pour la diffusion des livres (de leurs livres aussi), ne pouvait que me ravir. Je suis persuadée que l'on devient écrivain en labourant les terres de mots des confrères passés et présents. Un écrivain égale un lecteur, un immense lecteur. Je n'imagine pas des écrivains spontanés, hors sol littéraire et n'ayant aucune connaissance des écrits antérieurs. Je crois à la passation des héritages culturels et ce fil tendu ou ce bâton de relais se transmet de génération à génération pour aimer les livres et la littérature. J'ai retrouvé dans ces textes des librairies que j'ai fréquentées à Paris et en région qui ont malheureusement disparus comme la Hune à Saint Germain des Prés. J'ai reconnu des habitudes qu'ont certains auteurs considérant ces lieux comme des résidences secondaires dans leur ville ou qui les cherchent dès qu'ils arrivent dans une ville étrangère. Dans mes escapades européennes, j'ai dans mon programme, la visite des librairies les plus originales, aussi bien les librairies anciennes que les modernes. En lisant cet ouvrage, je découvrais que les amoureux des librairies vivent des expériences communes, liées à l'accueil des libraires, à leur culture évidente et originale. Certains constatent avec regret la fermeture de ces lieux fragiles. Et l'ouvrage évoque un grand nombre de librairies de province. J'ai été moi-même libraire à Bayonne dans les années 70 et ce métier m'a passionnée. Hélas, les impératifs économiques (c'était le temps du prix libre du livre) ont pesé dans ma décision de fermer mon échoppe de livres (nouveautés et d'occasion) pour devenir plus tard bibliothécaire. Les écrivains racontent aussi leurs premiers pas dans l'approche des librairies, matrices de leur imagination pour créer leurs œuvres. Nina Bouraoui écrit : "Les livres forment des ponts entre ceux qui les défendent et ceux qui les écrivent. Des ponts qu'aucune dynamique ne pourra faire tomber. Des ponts qui lient deux rives différentes, jamais opposés." Je ne peux pas passer une semaine sans aller faire un tour en librairie, une balade tout aussi bénéfique que celles que je fais au bord du lac...

mardi 16 février 2016

"Le Tabac Tresniek"

Ecrivain autrichien, Robert Seethaler vit à Berlin et son roman, "Le Tabac Tresniek" n'a pas obtenu de prix (quel dommage...) car il aurait mérité le prix Médicis étranger. Franz, le personnage principal, vit avec sa mère dans la Haute-Autriche et celle-ci le recommande auprès d'un ancien ami, le buraliste Otto Tresniek, à Vienne. Le jeune homme se fait recruter par le buraliste et commence pour lui son éducation sentimentale et politique. Il rencontre une jeune femme polonaise, Anezka, danseuse de cabaret qui l'initie à l'amour. Mais, elle ne donne pas suite à cette liaison éphémère. Franz, déçu et perturbé, ne comprend pas les femmes et demande conseil à l'un des clients de l'échoppe. Ce client particulier n'est autre que l'immense Sigmund Freud, un grand amateur de cigares, que le jeune homme veut consulter pour qu'il comprenne le mystère féminin. Leur complicité les aide à supporter l'ambiance lourde et terrible de la montée du nazisme dans une ville pourtant célèbre pour sa culture, sa musique, sa littérature. Le jeune Franz assiste à l'arrestation de son employeur car celui-ci a le courage de refuser le tri des clients : il veut vendre sa presse et son tabac aux Juifs comme aux autres. Le jeune homme gère le magasin mais son monde s'effondre quand il apprend l'exil de Freud à Londres en 1938 avec sa famille. Le psychanalyste observe avec désespoir la diffusion pestilentielle du national-socialisme. Dans la revue Lire, le roman est recommandé : "A ces événements tragiques et déjà beaucoup chroniqués, l'écrivain ajoute une touche de poésie, et même un soupçon d'humour, cette politesse du désespoir qu'il saupoudre avec tact." Ce roman vient de sortir en Folio, il faut vite l'acquérir...

lundi 15 février 2016

Rubrique cinéma

Le film d'Anne Fontaine, "Les Innocentes" nous plonge dans la Pologne de 1945. Une jeune femme médecin, Mathilde Beaulieu, travaille à la Croix Rouge et elle est chargée de soigner les soldats français avant de les rapatrier. Un soir, elle remarque la présence d'une religieuse polonaise qui lui demande une aide urgente pour une de ses consœurs. Mathilde accepte de l'accompagner pour rejoindre le couvent où vivent cloitrées une cinquantaine de Bénédictines. La jeune médecin découvre avec effroi que quelques sœurs attendent un bébé. Elle va nouer des relations avec ces femmes en détresse qui ont subi des viols quand des soldats russes ont envahi le couvent. Ces religieuses ont un rapport interdit à leur corps et en particulier à leur grossesse qu'elles vivent avec horreur. Mathilde va peu à peu construire un rapport amical avec l'une d'entre elles qui soutient ses sœurs. Mathilde n'est pas croyante et ne comprend rien à cette vocation religieuse exclusive. Mais, elle se porte au secours de ces femmes avec un dévouement et une solidarité sans faille. La vie de ces Bénédictines est relatée avec une austérité et une simplicité liées à leur mode de vie extrêmement dur et quasiment inhumain. Les bébés sont tout de suite placés dans des familles d'adoption, leurs mères biologiques n'ayant aucun droit et aucune chance de les garder. Mais, Mathilde perturbe ce fonctionnement de la règle stricte. La mère abbesse, au cœur d'acier, nie la situation et emporte un bébé pour le laisser mourir au pied d'un arbre, geste fou du rejet total de la vie. Mathilde et une sœur organisent les accouchements successifs en secret pour que le scandale n'éclate pas. Ce film retrace avec une justesse incroyable le mode de vie des Bénédictines entre les chants grégoriens, les repas, les soirées entre elles. Lou de Laâge, actrice émouvante et attachante, joue le rôle du médecin. Son charme fou donne au film une lumière chaleureuse, soutenue par une musique envoûtante. Il faut découvrir "Les Innocentes" pour son sujet pourtant difficile, ses paysages de neige, la souffrance de ces femmes violées et la présence généreuse de la jeune femme médecin. Un beau film sur la solidarité féminine.