J'avais évoqué dans ce blog, le chef d'œuvre de Pierre Michon, "Les vies minuscules" et j'avais envie de découvrir d'autres titres de lui. J'ai trouvé dans la collection Folio, "Rimbaud le fils" et comme j'aime cet immense poète, j'ai lu avec intérêt l'ouvrage biographique de Pierre Michon sur Rimbaud. On peut facilement imaginer que cette biographie ne ressemble pas à un ensemble de connaissances précises sur la vie agitée et brève du poète, né à Charleville en 1854. Il fut un élève brillant mais très vite, il se sent différent et brave l'autorité en fuguant à plusieurs reprises. Il s'installe à Paris à l'invitation de Paul Verlaine. Va démarrer entre eux une relation amoureuse sulfureuse qui dure de 1871 à 1873. En 1875, après avoir écrit son œuvre poétique, il renonce définitivement à l'écriture. Il choisit l'aventure en Afrique et revient mourir à Marseille en 1891 à l'âge de 37 ans. Tous les lecteurs connaissent ce destin singulier particulièrement tragique. Pierre Michon s'interroge tout au long de son livre sur le génie littéraire de Rimbaud, les influences de l'époque, l'environnement scolaire, le rôle de sa famille, la genèse de son élan créateur. Il écrit : "Et pour en revenir au génie de Rimbaud, à cette très précise ambition furibonde au fin fond des Ardennes dans un bout d'homme renfrogné qui était aussi et en même temps du pur amour". L'ouvrage de Pierre Michon, très érudit sur la vie littéraire française du XIXe siècle, ne se lit pas comme un roman biographique. Mais il a le mérite de nous donner envie de relire Rimbaud et sa fureur de vivre. Une amie m'a offert l'adorable anthologie des poèmes choisis de Verlaine et de Rimbaud, éditée chez Point2. Il suffit d'ouvrir ce petit livre pour pénétrer dans la planète "poésie française", Verlaine-Rimbaud, et d'écouter ces voix singulières, liées dans ces pages pour l'éternité...
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
lundi 3 août 2015
mercredi 29 juillet 2015
Chez le bouquiniste
J'aime me balader dans les bibliothèques, les librairies et les bouquineries... Comme j'ai été libraire et bouquiniste dans les années 70 à Bayonne, j'ai l'impression de revenir aux sources de mon métier comme un bain de jouvence. Ce matin, j'ai fait ma visite annuelle chez un bouquiniste d'Aix-les -Bains, pour farfouiller parmi les piles de papier, quelques pépites d'or. Car lire, c'est aussi chercher comme un archéologue fouille la terre pour découvrir des objets anciens, (des archéologues bénévoles ont trouvé hier une dent humaine de 560 000 années !). J'ai donc parcouru les tables en déplaçant les ouvrages empilés dans un désordre qu'un bibliothécaire désapprouverait, évidemment. Sur les étagères, des doubles rangées m'obligeaient à pencher les livres pour lire les titres. Des milliers de poches, toutes collections confondues, occupaient trois pans de mur. On trouve aussi un espace pour la jeunesse, l'art, les voyages. Il faut sans arrêt soulever les beaux livres couchés les uns sur les autres. Dans un magasin d'ouvrages neufs soldés, d'exemplaires défraîchis, cartonnés, les vrais livres anciens du XVII au XIX siècle ne cohabitent pas avec ce stock hétéroclite, disparate et désordonné. Mais tous les livres méritent que l'on s'intéresse à eux. J'ai entendu une grand-mère dire à sa petite fille de 9 ans, "je veux que tu découvres Jules Verne...". J'assiste à cette transmission "culturelle", en me sentant rassurée de voir que le papier n'était pas encore délaissé au profit de la palpitante tablette ! Après une heure de fouilles ciblées vers l'art et les poches, je suis repartie avec un très bel ouvrage sur les Etrusques, un poche de David Grossman, "Femme fuyant l'annonce", le "dictionnaire amoureux de la mythologie" de Jean Lacarrière, un essai de Pierre Bergounioux, "Exister deux fois" et un deuxième livre d'art très rare sur Euphronios, peintre à Athènes au VIe siècle av J.-C. Une récolte intéressante pour une somme de 50 euros... Mon flair d'ancienne libraire m'a inspirée pour enrichir ma bibliothèque...
mardi 28 juillet 2015
Rubrique cinéma
Peu de films m'attirent en ce moment, peut-être que la canicule des jours passés me cantonnait au frais chez moi, bien que la climatisation des salles de cinéma donne un vrai confort pour les spectateurs. Je me suis tout de même déplacée pour "While We're Young" de Noah Baumbach. L'histoire se passe à New York, de nos jours. Les deux personnages principaux, Josh et Cornelia forment un couple uni malgré l'absence d'un enfant qu'ils auraient voulu avoir. Ils ont des amis qui vivent selon le mode "famille" et les encouragent à faire de même... Josh n'arrive pas à terminer un film documentaire qu'il traîne depuis des années. Son beau père est un cinéaste célèbre et par discrétion, Josh ne lui demande pas d'aide. Josh rencontre un jeune couple, Jamie et Darby, dans un de ses cours et le jeune homme confie son admiration pour ses films précédents. Flatté par ces compliments, Josh les invite au restaurant et, évidemment paie l'addition. Les deux couples sortent ensemble, font des fêtes, des séances de relaxation, etc. Le jeunisme stupide sévit dans leur amitié et ce renouveau régénérateur bouscule le couple d'âge mûr. Le cinéaste montre le ridicule de la situation dans les scènes drôles et comiques comme l'utilisation du vélo, le port du chapeau, les boîtes de nuit, la décontraction feinte. En fait, le jeune homme n'est qu'un ambitieux cynique qui veut s'introduire dans le milieu du cinéma. L'imposture de ce créateur bidon va pourtant porter ses fruits car il va réussir et devient people. Josh et sa femme comprennent enfin qu'il faut assumer l'âge que l'on atteint sans singer l'éternelle jeunesse... Cette comédie sociale et familiale aux accents "woody-allenien" se regarde avec plaisir et provoque une réflexion "philosophique' sur les âges de la vie.
vendredi 24 juillet 2015
"Le Voyant"
Jérôme Garcin, gentleman-écrivain, s'est spécialisé dans les biographies de héros valeureux et peu connus du grand public. En 1994, il avait obtenu le Prix Médicis pour son essai sur Jean Prévost, un écrivain lyonnais, grand Résistant et homme modèle. Dans un article de la revue Lire de février 2015, le polyvalent biographe, critique littéraire, journaliste de l'Obs révèle sa passion de la littérature et du cheval ! Il passe toutes ces fins de semaine en Normandie où il s'adonne à l'équitation et à l'écriture. Il confie sa fascination pour les "destins brisés" comme le fut celui de son père, mort jeune d'un accident de cheval. Il a choisi d'évoquer la vie de Jacques Lusseyran, né en 1924. Enfant, il est tombé après une bousculade dans sa classe et il a perdu la vue à l'âge de huit ans. Cet accident stupide l'handicapera toute sa vie mais la cécité ne l'empêchera pas d'avoir une destin hors du commun. Etudiant doué, il intègre les lycées parisiens prestigieux. Il s'engage en 1941 dans la Résistance en fondant le mouvement des Volontaires de la Liberté. Après une dénonciation d'un de ses camarades, il est emprisonné à Fresnes et il est déporté en 1944 au camp de Buchenwald. Libéré par les Américains, il revient à Paris et devient professeur de philosophie en Grèce et aux Etats-Unis. Il se marie trois fois, a trois enfants. Mais sa carrière littéraire n'aboutit pas malgré des tentatives continues. Le seul récit qui le fera connaître, "Et la lumière fut", est publié chez Gallimard. Son destin se brise lors d'un accident de voiture en 1971 à l'âge de 47 ans. Jérôme Garcin avec sa sobriété élégante ne cache pas les errances de son héros quand celui-ci fréquente un gourou guérisseur pour soigner un état dépressif chronique. Jérôme Garcin aime l'héroïsme, le courage, l'abnégation et Jacques Lusseyran symbolisait ces vertus un peu démodées aujourd'hui. Je reprends ses mots : "Cela me passionnait aussi de raconter tout un pan de l'Histoire à travers les sensations d'un aveugle." Cet ouvrage documentaire sur un écrivain français méconnu mérite le détour...
jeudi 23 juillet 2015
"Vaterland"
Je n'avais jamais lu Anne Weber et j'ai découvert avec "Vaterland", une approche sensible d'une filiation lourde à porter. Ce récit autobiographique, sorti en mars 2015 au Seuil, est un voyage dans le passé troublant d'une famille allemande. Anne Weber possède la double identité française et allemande. Elle écrit dans les deux langues. En souhaitant évoquer son arrière-grand-père, "Sanderling", le philosophe Florens Christian Rang, ami de Walter Benjamin, l'auteur mène une enquête sérieuse et approfondie sur la vie de cet aïeul lointain, mais si proche pour elle. Cet intellectuel allemand a vécu dans la Prusse d'avant la guerre de 14-18, fut pasteur dans un village près de Poznan. Son arrière-petite-fille le décrit avec une empathie totale, soulignant sa personnalité tourmentée et passionnée. Il est mort en 1924. Il avait perdu un de ses fils pendant la guerre et son deuxième fils, le grand-père de la narratrice, devient l'ancêtre "honteux". Ce grand-père s'est engagé dans les S.A. nazis, occupait des postes administratifs dans les bibliothèques, n'a jamais renié son passé calamiteux. Ce secret familial mine évidemment Anne Weber et elle ne cesse de s'interroger sur cet encombrant héritage : être allemand, naître allemand, cela peut-il se vivre sans penser à cette période horrible du nazisme ? Son enquête concernant l'élimination de milliers d'handicapés mentaux et physiques dans un hôpital psychiatrique en Pologne rappelle la phrase prémonitoire énoncée par cet arrière-grand-père, pourtant un homme de culture, quand il se demandait pour quelles raisons on n'éliminait pas les malades... Ces ancêtres obsèdent Anne Weber et elle finit par accepter cette filiation en s'avouant que ces hommes forment une énigme qui ne sera jamais résolue. Elle écrit : "Les vivants sont-ils donc à tout jamais un miroir des morts ? Se séparent-ils, comme leurs ancêtres, en deux moitiés : ceux qui ont manigancé et commis le crime, ou qui l'ont laissé faire, et les autres qui l'ont subi ? Est-ce mon héritage, ma malédiction éternelle ?" Ce récit d'une sincérité poignante révèle le sentiment de culpabilité que peuvent éprouver les héritiers involontaires d'une Histoire qu'ils n'ont pas vécue.
mardi 21 juillet 2015
"L'enfant des limbes"
J'avais acquis l'an passé une dizaine de Folios de J.-B. Pontalis, surtout les œuvres antérieures à ses derniers ouvrages qui m'ont fait beaucoup apprécié cet écrivain-psychanalyste, disparu en 2013. Gallimard propose une anthologie de ses écrits littéraires dans l'excellente collection Quarto, "une cousine germaine de la Pléiade" dans un grand format plus lisible et sans reliure en cuir. Dans cette collection, on trouve Annie Ernaux, René Char, Semprun, Proust et tous les textes essentiels de la littérature mondiale. Dans l'article du Magazine littéraire de cet été, deux belles pages écrites par l'écrivain Sylvie Germain résument le projet de regrouper les récits de Pontalis dans le Quarto. Je cite cet extrait : "L'art du va-et-vient, des bifurcations, des croisements et des glissements; de la variation et des discrètes métamorphoses est au cœur de la vie, de la pensée, de l'œuvre de Pontalis. (...) Cette traversée désorientée, (...) Pontalis l'a effectuée pendant des décennies, d'un pas de glaneur de traces, de cueilleurs d'échos, de flâneur à l'attention à la fois flottante et en affût patient d'instants fugaces." Sylvie Germain est manifestement une styliste hors pair et elle rappelle le rôle de Pontalis dans la création de la collection "L'un et l'autre" chez Gallimard. J'ai donc une admiration totale pour cette œuvre originale, mêlant le réel et le rêve, les digressions subtiles, les portraits des patients qu'il psychanalyse, les écrivains qui le nourrissent. "L'enfant des limbes" date de 1998 et en le lisant, je n'ai pas ressenti ce décalage temporel. Dans une liste où il révèle ses goûts et des dégoûts à la façon d'un Georges Perec, j'ai souri car ses remarques me concernaient aussi. On sent qu'il aime les livres quand il écrit : "Il faisait preuve d'une grande curiosité pour les livres, n'en ouvrait jamais un sans espérer y trouver quelque révélation." Il évoque le thème des limbes en brodant sans cesse sur ses recherches en bibliothèque, dans la Bible, dans la littérature. Ce fil conducteur comme le fil d'Ariane nous emmène dans un labyrinthe de références, de notations, de fragments, de citations pour illustrer la notion de "limbes", une zone d'ombre en soi, une réserve de rêves nocturnes, un espace de liberté enfin conquis sur les certitudes en granit... Lire Pontalis, c'est rencontrer un ami délicieux et irremplaçable. J'ai d'autres Folios à découvrir de cet écrivain nonchalant et tellement séduisant. Je conserve ces titres pour de futurs bonheurs de lecture...
lundi 20 juillet 2015
Le cross booking
Je n'apprécie pas beaucoup l'anglicisation de la langue française. Je suis très "vieux jeu" à cet égard. Je sais bien que l'anglais remplace le latin du Moyen Age, qu'il permet la communication entre un Chinois et un Russe, un Iranien et un Espagnol, etc. Depuis quelque temps, la médiathèque de Chambéry propose un petit espace de "cross booking" au rez de chaussée près des banques de prêts. Ce petit meuble noir contient les dons de livres des particuliers. Une bibliothécaire les réceptionne, les sélectionne et les met en place dans cette toute petite bibliothèque en double face. Quand je pénètre dans le hall d'entrée et avant de monter dans le secteur adultes, je vais tout de suite vérifier si certains titres m'intéressent. J'ai trouvé une seule fois depuis que ce dispositif est proposé, les souvenirs de Stefan Zweig, "Le monde d'hier" dans une édition récente et neuve... Quel est le lecteur ou la lectrice qui avait déposé ce chef d'œuvre ? J'aimerais bien lui envoyer des remerciements sincères pour ce don intelligent. Le "Cross booking" peut se traduire par le livre voyageur, le livre en balade, le livre buissonnier, le livre en campagne, le livre en cavale, etc. Je regrette de n'avoir trouvé aucune explication sur le site internet de la médiathèque. Je félicite toutefois notre institution communale d'offrir une telle opportunité aux lecteurs des bibliothèques même si, le plus souvent, traînent sur les étagères, les ouvrages qui encombrent l'espace intime de leurs propriétaires. Et dans ces lots, j'ai repéré de nombreux livres de poche, des romans policiers, des best-sellers oubliés, des écrivains délaissés (comme Gilbert Cesbron, par exemple), des livres jeunesse, des livres de cuisine, des classiques. Chacun peut donc faire son marché selon ses goûts et dans une totale gratuité. Ce concept d'échange commence à s'installer dans certaines régions comme dans deux villages du Puy-de-Dôme où deux jeunes femmes ont déposé devant leur maison une boîte remplie de livres. Les livres sont prêts au départ pour une aventure digne d'Ulysse... On les croit sages et immobiles, nos livres mais ils veulent bouger comme tout un chacun, ils aiment voyager, changer de lieu, de propriétaire, en trouver des meilleurs... Le livre voyageur, le cross booking a de l'avenir, j'en suis persuadée !
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