jeudi 16 avril 2015

Hommage à François Maspéro

François Maspero est parti à 83 ans. Cet éditeur, traducteur, écrivain, homme de gauche, de conviction sans faille a marqué ma génération.  J'ai des souvenirs sur l'éditeur Maspero, sulfureux et audacieux. Il publié des écrits révolutionnaires dans sa maison d'éditions et quand j'étais libraire dans les années 70 à Bayonne, j'avais des clients espagnols qui venaient acquérir avec impatience les "Maspero" car ses livres étaient interdits à 40 kilomètres de la frontière. Quelques éléments biographiques (source Wikipédia) sont nécessaires pour évoquer cet homme à la vie, marquée par un destin consacré aux livres et à la littérature engagée. Son père, un grand historien sinologue est mort à Buchenwald, son frère au combat et sa mère est internée à Ravensbrück (elle survivra). A 23 ans, il ouvre une librairie "La Joie de lire" en 1955. Il crée, en 1959, les Editions Maspero, engagées à gauche, anticolonialiste et révolutionnaire. Il rencontre des difficultés financières et en 1982, passe la main à François Gèze qui poursuit son œuvre en baptisant la nouvelle maison d'édition, "La Découverte". Après cette expérience d'éditeur engagé, il se lance dans l'écriture de romans. Il publie au Seuil "Le Sourire du chat", "Le Figuier". Il voyage beaucoup et effectue des reportages pour Radio-France.  Il se confie dans un texte autobiographique, "Les Abeilles et la guêpe". François Maspero a publié des chroniques sur la Bosnie, l'Amérique du Sud, la Palestine, dans le journal Le Monde. Homme de combat politique, épris de justice et d'égalité, sensible à toutes les luttes de libération sur la planète, François Maspero a voulu témoigner, toujours témoigner de l'histoire humaine dans ses (r)évolutions. Parallèlement, il traduit John Reed, Alvaro Mutis, Joseph Conrad, etc. Même si on ne partage en rien les idées de cet intellectuel engagé et enragé, j'ai voulu rendre hommage à un homme, éditeur de livres-combats, écrivain de romans intimes et forts, traducteur de grands écrivains, un homme-orchestre des mots ancrés dans la vie...

lundi 13 avril 2015

Littérature au féminin, 3

Le deuxième écrivain, Nathalie Sarraute, étudiée dans le cours de littérature, ne ressemble en aucun cas à Colette. L'une a une image de sensualité et de familiarité, l'autre appartient à la sphère intellectuelle et élitiste. Mais elles partagent la même vocation : la passion d'écrire. Nathalie Sarraute fait partie de l'avant-garde du  "Nouveau roman" avec Bernard Pinget, Michel Butor, Robbe-Grillet pour citer les plus connus. Née en 1900 et morte en 1999, elle a donc traversé le siècle dernier. Issue d'une famille bourgeoise russe, d'origine juive, elle entreprend des études à Oxford, Berlin et Paris. Elle devient avocate mais se fait radier du barreau à cause des infamantes lois anti-juives sous Pétain. De culture cosmopolite, elle découvre très tôt Proust et Joyce et entre en "littérature". Elle se consacrera toute sa vie à l'écriture. Il faut retenir quelques dates de ses œuvres : "Tropismes" en 1939, "Portrait d'un inconnu" en 1947, "Les fruits d'or" en 1963.  Elle signera une pétition sur le droit à l'insoumission dans la Guerre d'Algérie en 1960. Nathalie Sarraute a élaboré le concept littéraire de tropismes, ces mouvements de la pensée qui échappent à la conscience, "la source secrète de notre existence".  La révolution freudienne a marqué son inspiration et elle a utilisé dans ses romans un nouveau langage, un nouveau style, une nouvelle approche de la structure romanesque. La déconstruction des personnages est un parti pris dans ses œuvres ainsi que les non-dits, les lapsus, la sous-conversation. Elle définira le roman comme une tentative d'explorer ces "mouvements intérieurs que sont les phrases stéréotypées, les conventions sociales, qui, sous les apparentes banalités langagières, expriment la violence, génère l'angoisse ou la peur." (citation de mon professeur).  Cette théorie littéraire, "L'ère du soupçon", peut éloigner les lecteurs de cette œuvre dense, éminemment intelligente, assez hermétique pour le lecteur(trice), amateur d'intrigues et d'action. Dans la préface lumineuse de son roman, "Portrait d'un inconnu", Jean-Paul Sartre évoque la vision de Nathalie Sarraute sur le "mur de l'inauthentique", la seule relation de fuite des individus, de soi à soi et de soi aux autres... Je conseille pour approcher cette femme écrivain singulière et complexe, son chef d'œuvre, "Enfance", écrit en 1983, un texte autobiographie sur la petite Nathalie.

vendredi 10 avril 2015

Littérature au féminin, 2

La troisième séance était consacrée à Colette (1873-1954). Elle s'est mariée trois fois : à 20 ans, à 32 ans  (elle a une fille, Gazou) et à 62 ans... Daniel s'est appuyé sur la biographie très bien écrite d'Hortense Dufour et nous a conseillé deux ouvrages de Colette : "Le blé en herbe" et "La naissance du jour". J'avoue que je n'ai pas eu le temps de relire les deux titres car j'ai préféré relire Yourcenar et Sarraute... J'ai pourtant hérité des Pléiades de ma mère qui adorait cette femme audacieuse dans sa façon de vivre (danseuse de cabaret, nombreux amants et amantes). Colette représente une conception "naturaliste" de la littérature. Elle a décrit à merveille la nature, la campagne, les chats, les fleurs, les arbres : tout un univers naturel, plus près du XIXe siècle que du XXe. Dans le dossier documentaire sur Colette, Daniel la décrit comme une "écolière espiègle, à l'imagination aussi fantasque que fertile, un écrivain au style savoureux et poétique, une danseuse impudique et scandaleuse." Femme terrienne, attachée à sa Bourgogne natale, elle est toujours restée fidèle à sa famille et surtout à sa mère, Sido. Ce cours m'a redonné envie de lire quelques pages de "La naissance du jour", un récit autobiographique "à l'automne de sa vie" où elle avoue qu'il "va falloir vivre sans que ma vie et ma mort dépendent de l'amour. J'y arrive, c'est prodigieux." Ce livre bilan mérite le détour, même si on considère son œuvre, vieillotte, archaïque, dépassée, démodée comme un sous-Mauriac féminin sans les affres de la religion ou comme un sous-Giono paysan sans le tellurisme stylistique. Colette fait partie, à juste titre, de notre patrimoine littéraire français et les femmes écrivains sont tellement minoritaires dans ce monde des lettres, dominé par les hommes, qu'il ne faut pas les oublier. Notre professeur a donc réussi à "réhabiliter" Colette, un auteur classique accessible à tous, proche, familière, intimiste dont la vie et l'œuvre se télescopent sans cesse. Daniel nous a rappelé qu'à sa mort, en 1954, la République lui fait des funérailles officielles et l'entrée de l'église lui fut interdite...

jeudi 9 avril 2015

Littérature au féminin, 1

J'ai suivi un cours de littérature féminine, organisé par l'Université savoisienne du temps libre (USTL) et assuré par Daniel Caffiers. Il nous a proposés six séances le lundi après-midi de février à fin mars. Je viens de terminer ce parcours et même si je connaissais assez bien les écrivains choisis, j'ai beaucoup apprécié ces rencontres hebdomadaires. Je vais essayer dans ce blog de retranscrire les notes prises lors de ces cours. Je vais, évidemment, cité notre professeur, et en relisant ces notes éparses, je désire conserver une trace écrite de ces séances en plusieurs billets. Le programme sur le roman féminin (ou le roman au féminin ou le roman féministe) concernait Colette, Nathalie Sarraute, Marguerite Yourcenar, Simone de Beauvoir, Marguerite Duras, Françoise Sagan. Daniel (j'utiliserai son prénom par cordialité) a évoqué l'irruption de la littérature féminine au XXè siècle. Les femmes s'émancipent, travaillent, prennent en charge leur famille. Elles ont bénéficié de l'école obligatoire, ont obtenu le droit de vote en 1945, le droit à l'avortement dans les années 70, etc. Les luttes féministes pour l'égalité des droits ont définitivement imprégné la société occidentale (en étant optimiste et vigilante)...  Il faut rappeler aussi les grandes figures littéraires féminines des siècles précédents : Sapho, Louise Labé, Christine de Pisan, Madame de Sévigné, etc. Daniel a parlé de toutes les femmes écrivains des années 60 à 80 que l'on ne lit plus aujourd'hui comme Marie Cardinal, Christine de Rivoyre, Françoise Mallet-Joris, Benoîte Groult, etc. Dans un dossier envoyé par Daniel, je relève cette citation : "Elles disent avec véhémence leurs humiliations, frustrations, rancunes. Elles font usage de la littérature pour affirmer leur identité et de dire bien haut leurs revendications." Cette littérature de circonstances, de militantisme a perdu son aura et son influence. En 1973, la maison d'édition "Des Femmes" a été créée et a diffusé des écrivains emblématiques comme l'immense Hélène Cixous. Annie Ernaux, elle-même, revendique une voix féministe. La question centrale des deux premiers cours se résumait ainsi : écrire, est-ce masculin ou féminin ?   Les femmes écrivains choisies par Daniel représentent peut-être la quintessence de la littérature féminine du Vingtième Siècle et apportent peu-être la réponse à la question.

lundi 6 avril 2015

Eloge de la philosophie

Je viens de terminer l'ouvrage de Marcel Conche, "Le sens de la philosophie", publié chez Encre Marine en 2003. Depuis que j'assiste à un cours de philosophie le mercredi matin, donné par Daniel Caffiers, (le même professeur qui donne au Relais du Covet des cours de littérature et d'histoire ancienne), la compréhension des textes philosophiques me semble un peu moins intimidante que par le passé. Il faut peut-être un peu d'audace ou d'inconscience pour se lancer dans une lecture plus ambitieuse qu'à l'habitude. Marcel Conche évoque donc dans son ouvrage très accessible une définition de la philosophie qu'il nomme une école de vérité et du questionnement sans vouloir trouver la réponse ou les réponses. Les trois textes proviennent de conférences et elles sont écrites avec une simplicité et une limpidité remarquables. Même sans une grande culture spécialisée dans ce domaine, les nombreuses citations de philosophes n'intimident pas le lecteur occasionnel. Marcel Conche cite un grand nombre de ses confrères : Montaigne, Descartes, Hegel, Heidegger, Kant mais il a un amour inconditionnel pour les Grecs, surtout Platon, Aristote, Parménide, Epicure. Pour tous ces penseurs, vivre ne peut que rimer avec philosopher, "Ce qui est normal pour l'homme, c'est de ne pas vivre sans philosopher". Il ne faut pas essayer de comprendre d'emblée la pensée profonde de l'auteur mais d'apprécier quelques phrases fortes et belles sur le temps qui passe, la vie et la mort, l'amour et le désamour. Tous les philosophes cités peuvent apporter des bribes de réponses aux questions lancinantes, que l'homme (et la femme !)  se posent sans le secours des religions consolantes ou des systèmes dogmatiques. Pour conclure ce billet-éloge de Marcel Conche, je cite ce passage : "Abstraction faite de l'expérience religieuse, (...) l'homme est seul. Il n'est personne pour écouter ses questions et sa plainte. La "lumière naturelle" lui sert surtout à ressortir, de tous côtés, des ombres. Il lui reste, ayant laissé le sacré sur sa route, à assumer sa solitude, et c'est cela, philosopher." Le philosophe dresse, dans la troisième conférence, un portrait attachant du plus grand des philosophes à ses yeux : Socrate... Cet essai est une porte d'entrée, vraiment ouverte, sur la culture philosophique, et même si certains passages sont plus difficiles à comprendre, Marcel Conche accompagne le lecteur avec une empathie manifeste pour le rassurer et l'encourager à poursuivre la lecture... 

samedi 4 avril 2015

Visites en bibliothèque

Je ne peux pas m'empêcher de visiter les bibliothèques quand je voyage, tellement les livres font partie de mon univers mental et sensible. Les espaces consacrés aux livres comme les librairies et les bibliothèques m'attirent à la façon d'un aimant à qui on ne résiste pas. Je suis à Anglet dans ma famille et ma sœur m'a prêtée sa carte de lectrice de la médiathèque d'Anglet pour emprunter quelques documents. Pourtant, j'ai d'autres activités comme mes nombreuses balades à la Chambre d'Amour à Anglet, à la grande plage de Biarritz, à Bayonne, sur les bord de la Nive et de l'Adour. Mais, je ressens un besoin permanent d'arpenter aussi des espaces livresques, mes vagues de papier, mon écume de fiction, mes galets pensifs, mes bouts de bois documentaires, mes mouettes poétiques et mes bateaux d'art. J'ai revu la médiathèque d'Anglet, un bâtiment accroché au sol, sans étage, et s'étalant comme une étoile de mer dans une distribution intelligente : secteurs adulte, enfants, médias, exposition s'enroulant les uns aux autres avec une accessibilité agréable. Cette bibliothèque ne se prend pas pour un vaisseau amiral comme la médiathèque imposante de Biarritz qui fête ses dix ans de vie, toute en bois et d'une dimension extravagante. Il faut bien plaire aussi à la masse des touristes et des retraités nantis de la ville océane et réputée chic de la côte basque. Je préfère la modeste, celle d'Anglet, où on se sent bien accueilli à la Biarrote, trop ostentatoire et un peu arrogante dans sa dynamique architecturale. Il ne faut pas intimider les lecteurs potentiels et il vaut mieux encourager la fréquentation de ces lieux essentiels dans une cité, trop souvent délaissés par la grande majorité de la population (seulement, 15 à 20 % d'habitants inscrits dans une bibliothèque). Dans ma pêche miraculeuse, je suis sortie de la médiathèque d'Anglet avec un ouvrage du philosophe Marcel Conche, un beau livre d'art sur les vases grecs, deux guides sur Porto (ma prochaine destination),  des CD de Bach, Haendel, bref, une manne de bonheur de lecture et de musique. Tous ces trésors sont en plus, gratuits car la ville d'Anglet, voulant rendre la culture accessible à tous,  a choisi la gratuité totale. J'ai envie de dire que la lecture est un bienfait pour la santé au même titre que le sport, et quand je vois la multitude de stades de football et de rugby, de salles sportives, partout en France, j'ose penser que les mairies se doivent de financer er d'encourager le maintien vital des bibliothèques, paradis laïques, légitimes et indispensables pour muscler notre mental, éclairer notre esprit et affirmer notre existence en tant que citoyen du monde...

jeudi 2 avril 2015

Joë Bousquet à Carcassonne

Je suis partie au Pays basque et sur le long trajet de Chambéry à Biarritz, j'ai fait une halte... littéraire à Carcassonne, célèbre pour sa cité médiévale, son centre ancien et sa culture de la vigne. Mais, dans cette ville qui ne vit que du tourisme "passant", il existe un lieu singulier, intimiste et émouvant, je veux parler de la chambre de Joë Bousquet, exposée derrière une vitre. Le Conseil Général de l'Aude finance cet espace culturel, "Le centre Joë Bousquet et son temps", une "Maison des Mémoires" située rue de Verdun, en plein centre ville. A côté de la chambre très sombre du poète surréaliste, le visiteur traverse trois petites salles où une exposition retrace la vie du poète. Sur les panneaux des vitrines, on peut lire des poèmes, des plans de lecture car Joë Bousquet était un lecteur passionné. Les murs sont couverts de peintures surréalistes,  de nombreuses photos de famille et d'amis. Le poète a vécu dans cette maison familiale "après avoir fait à la patrie le sacrifice de sa jeunesse et s'est voué pendant vingt ans à la seule vie de l'esprit". Né en 1897, il est blessé en 1918 pendant la Première Guerre mondiale. Atteint à la colonne vertébrale, il perd l'usage de ses jambes. Il demeure alité le reste de sa vie (réf. Wikipédia).  Il crée la revue "Chantiers" et dans les années 1940, il collabore aux "Cahiers du Sud". Il entretient des relations épistolaires avec Paul Eluard, Max Ernst, Jean Paulhan. Il écrit cette phrase limpide : "Je cherche une clarté qui change tous les mots", résumant sa vocation de surréaliste. Bien qu'handicapé, il a vécu amoureusement sa vie et son œuvre entière reflète cette recherche de l'absolu. Sa chambre est restée dans sa parfaite ordonnance, pleine de livres et de tableaux, avec un lit étroit, des meubles modestes, et une seule lampe de chevet car le poète vivait dans une sorte de grotte spirituelle sans ouverture sur l'extérieur. Un lieu à découvrir si vous passez à Carcassonne...J'ai eu la chance aussi de visiter une exposition sur les livres d'artiste que le responsable m'a permis de découvrir alors qu'elle était fermée au public. Je n'ai pas perdu mon temps dans cette étape de trois heures pour marcher dans la ville, visiter la "Maison des Mémoires" et parcourir un itinéraire autour du livre d'artiste !