lundi 22 septembre 2014

La Toscane, 3

Après Sienne, je rêvais de découvrir Arezzo pour les fresques de Piero della Franscesca dans la Basilique San Francesco. Et dans la vie, il faut réaliser quelques uns de ses rêves... Chose faite à Arezzo, une petite ville nichée dans une vallée et j'avais loué une chambre d'hôte dans une maison de campagne toscane au milieu d'un champ d'oliviers, de cyprès et de pins parasol. La propriétaire parlait un français élégant et cet accueil charmant présageait un bon séjour. J'ai donc parcouru les premières rues qui m'ont conduit sur la Piazza Grande, lieu central, lieu de vie culturel, religieux et politique. Une "piazza" concentre dans un espace donné une église (Duomo), une mairie (Palazzo vecchio), des palais, une fontaine, etc. Arezzo a la particularité d'offrir deux maisons d'écrivains : la Casa Petrarca et la Casa Vasari. Ma passion de la littérature conduit mes pas dans ces espaces privilégiés assez rares dans le patrimoine culturel. C'est toujours émouvant de visiter ces lieux où ont vécu ces génies de la littérature italienne. Cette ville a vu naître un grand cinéaste, Tonio Benigni, et on retrouve dans son film, "La vie est belle", des scènes tournées dans Arezzo. Dans l'après-midi, j'ai enfin poussé les portes de la Basilique (il faut réserver une place) pour admirer les fresques murales de Piero della Francesca, la "Légende de la vraie croix" peinte de 1452 à 1466. Un choc esthétique que je peux comparer au syndrome très connu de Stendhal... Pour finir la journée, j'ai visité le musée archéologique (encore un !), installé dans un ancien monastère, au pied d'un amphithéâtre romain où j'ai approfondi ma connaissance de la civilisation étrusque... Dans ce musée déserté par les touristes, une œuvre originale a retenu mon attention : la "Chimère", une sculpture en bronze du IVe siècle av JC. Encore une journée riche d'images, de sensations et d'émotions. La Toscane est réputée pour sa culture du vin, de la cuisine mais c'est surtout un pays où poussent les musées, les palais, les églises, les peintres, les sculpteurs et les poètes...

dimanche 21 septembre 2014

La Toscane, 2

Après Volterra, direction Sienne, que j'avais déjà visité dans les années 90, et quand je suis arrivée sur la célébrissime Piazza del Campo où se déroule le traditionnel Palio (course de chevaux entre les quartiers), rien n'avait changé... Je me suis sentie rajeunir (c'est bien agréable) et j'ai retrouvé la même impression d'émerveillement face à l'architecture médiévale de la ville. J'avais loué une chambre dans une vieille maison de maître et je disposais d'un jardin suspendu. Il faut vraiment être en pleine forme pour Sienne dont les rues montent, descendent, montent, descendent et aucun moyen de locomotion n'est disponible pour épargner nos jambes. Alors, j'ai marché, marché et beaucoup marché. Les touristes étaient assez nombreux dont pas mal de Français, et je m'attendais à les retrouver dans la Pinacoteca Nazionale, mais grand soulagement de ma part, j'ai arpenté les salles de peinture pratiquement en solitaire. Devant mes yeux, des dizaines d'œuvres de l'école siennoise à seulement admirer dont le sublime Simone Martini. Ces peintures sur bois d'artistes souvent méconnues racontent l'histoire du Christ, du rôle majeur de la religion dans la société de l'époque. Il faut regarder attentivement les paysages peints dans ces peintures du XIIIè siècle. Après ce musée installé dans un palais (comme toujours en Italie), et qui fermait l'après-midi (!), j'ai redécouvert le Duomo tout en marbre blanc et noir, avec des centaines de pavements exécutés entre 1359 à 1547. Dans cette cathédrale, se cache une très belle bibliothèque patrimoniale "La Piccolomini" dont les murs sont recouverts de fresques du Pinturicchio en 1509. il existe un lieu insolite à découvrir : l'hôpital Santa Maria della Scala, fondé au XIe siècle et destiné à accueillir les pauvres, les orphelins et les pèlerins. Cet hôpital gigantesque dans un bâtiment gothique a servi de modèle car les soignants devaient se laver les mains (au XIVe)... Dans cet espace, les Siennois ont installé un musée archéologique dans un dédale de couloirs sous des voûtes peu éclairées où sont exposés des poteries, des urnes et des objets de nos Etrusques toscans, un labyrinthe fabuleux d'une fraîcheur bienvenue. J'ai appris que le grand écrivain Italo Calvino s'est éteint dans cet hôpital qui a fermé ses portes en 1995. Une grande découverte pour moi ! Encore une étape bien passionnante dans mon parcours toscan... Je remercie le guide Toscane-Ombrie du Routard, une Bible pour toutes ces informations que je livre dans ce blog !

samedi 20 septembre 2014

La Toscane, 1

Retour de voyage ce vendredi 19 septembre à Chambéry après six heures d'autoroute entre des camions indisciplinés et des automobilistes souvent amoureux d'une vitesse excessive !   Je n'ai pas écrit depuis une bonne semaine pour des raisons de séjour toscan et je vais relater ce parcours dans ce blog en plusieurs billets. J'ai choisi ma première étape pour voir la mer à Vada dans la commune de Rossignano au sud de Livourne. La plage était quasi déserte en septembre et j'étais seule à me baigner dans une eau claire, parsemée de petits poissons... Le rêve ! Le lendemain, j'ai pris la direction de Volterra, petite bourgade perchée sur une colline et la vue des remparts m'a tout de suite donnée une forte impression : j'avais mis le pied dans le Moyen Age. Une fois débarrassée de la voiture, j'ai franchi une grande porte et me voilà sur la Plazza di Priori où se trouve le Duomo, une cathédrale romane qui détient des œuvres religieuses très intéressantes. J'ai voulu découvrir cette commune surtout pour ses origines étrusques : le  musée Guarnacci dispose d'une collection unique de 600 urnes funéraires dont les décorations offrent un aperçu fascinant sur cette civilisation qui reste encore mystérieuse. J'ai surtout été attirée par une sculpture emblématique de ce lieu, "l'Ombra della Sera" (l'Ombre du soir), un "Giacometti" étrusque étonnant et émouvant. On suppose que cette statuette votive, déterrée en 1879, représentait un soldat ou un prêtre, était longue d'une soixantaine de centimètres et  servait de tisonnier.... Toujours à Volterra, j'ai arpenté un parc archéologique et j'ai admiré les ruines d'un théâtre antique romain avec ses 2000 places et ses colonnes corinthiennes, hautes de cinq mètres. Une surprise m'attendait le soir avec des concerts dans le Palazzo Pubblico au milieu des fresques médiévales... Souvent, quand on visite une commune, une impression domine et Volterra m'a offert une connaissance approfondie de cette civilisation déjà très avancée. Les bijoux raffinés, les objets domestiques, les statuettes votives, les rites liés à la mort, leur écriture encore mystérieuse racontent l'histoire incroyable de ce peuple, venu d'Asie mineure, installé en Toscane en - 900 avant JC et vaincu par les Romains en 395 avant JC. J'ai quitté Volterra en pensant à tous ces hommes et à toutes ces femmes qui nous susurraient à travers les siècles une parenté universelle...

jeudi 11 septembre 2014

"Une éducation catholique"

Catherine Cusset poursuit son projet d'autofiction avec ce dernier ouvrage, "Une éducation catholique" qui fait suite à "La haine de la famille" et "Un brillant avenir". Elle raconte sa relation particulière avec la religion catholique et dresse un portrait virulent de ses parents dont le père est croyant et la mère, athée. Petite fille, la narratrice éprouve une foi ardente, adore les Saints, la messe, le catéchisme, la communion. Croire en Dieu lui semble évident, et la religion représente pour elle un devoir, un effort, un "dépassement de soi, la victoire sur soi". Mais le sentiment le plus fort de son enfance, c'est la haine qu'elle ressent pour sa sœur aînée.  La narratrice ne supporte pas cette sœur qui la méprise et l'ignore. Dans cette famille si peu aimante, elle se refugie dans l'amitié passionnelle avec les camarades de sa classe, passant de l'une à l'autre, de Laurence à Nathalie, de trahison en trahison pour finir par Ximena, une jeune fille originale, au caractère bien trempé. Elle va vivre toute son adolescence avec cette amie autoritaire et exigeante, qui, elle, s'est débarrassée de Dieu. Puis, la narratrice raconte ses relations avec les garçons, un chemin de croix pour elle, mais elle ne parle plus de religion après l'âge de 13 ans. L'éducation catholique se transforme en éducation amoureuse et sa recherche de l'amour fusionnel sera semée d'embûches. Ce dernier roman autofictionnel se lit avec plaisir et j'ai retrouvé le talent plein d'humour ironique, servi par un style très vif, rapide, sans fioritures et efficace de Catherine Cusset. La narratrice finira par trouver son âme sœur après bien des déboires comme on dit sentimentaux...  A travers ce texte autobiographique, elle a écrit une "éducation sentimentale", vécue du côté féminin...

mercredi 10 septembre 2014

Visite en librairie

Pour humer la traditionnelle rentrée littéraire, il ne suffit pas de regarder les sites internet d'Amazon, de la FNAC, de Decître, et de bien d'autres libraires, des grandes enseignes comme des librairies traditionnelles qui proposent aux lecteurs(trices) de très bons conseils de lecture. Je vais de temps en temps flâner dans les sites de Mollat  à Bordeaux, de la librairie Compagnie à Paris, de la Rue en Pente à Bayonne, etc. Mais, évidemment, rien ne vaut une bonne discussion avec une libraire (souvent des femmes) et cet après-midi, j'ai fait un petit tour dans ma librairie préférée pour feuilleter les nouveautés, lire les résumés, parcourir un extrait, faire le point sur mes futures lectures. J'en ai profité pour acquérir deux ouvrages de Pierre Michon. La librairie Garin avec une quarantaine de confrères propose "un petit guide de référence à l'usage du lecteur curieux" au titre suggestif : "S'il n'en restait que 100". Le guide est divisé en quatre parties : romans français, premiers romans, romans étrangers et essais. Un cadeau utile pour choisir intelligemment quelques titres pour l'automne. Laurence, la responsable de la librairie, m'a conseillé quelques écrivains, en particulier, Emmanuel Carrère, Patrick Deville, Aurélien Bellanger, François Roux, David Foenkinos, et surtout Eric Reinhardt. D'après son expérience de libraire, la rentrée littéraire 2014 est très prometteuse, voire exceptionnelle. Pour affiner mon choix, j'ai acheté le Matricule des Anges, le mensuel de la littérature contemporaine qui met en avant les petits éditeurs courageux, les écrivains peu connus mais très intéressants, des poètes, des essayistes. Le numéro de septembre évoque la rentrée littéraire sans mentionner les auteurs habituels. Le Magazine littéraire de septembre met à l'honneur Françoise Sagan, (que reste-t-il de Sagan ?), propose un grand entretien avec Murakami et de nombreux articles sur les nouveautés. Je crois que je vais dévorer après mon intermède toscan, de très bons romans...

mardi 9 septembre 2014

Pierre Michon, suite

Après avoir lu ce chef-d'œuvre (j'ose qualifier ainsi "Les vies minuscules"), j'avais envie de comprendre et de connaître ce maître des mots, du style et de la langue française. J'ai donc trouvé à la médiathèque de Chambéry,  le livre en question : "Le roi vient quand il vient", publié chez Albin Michel en 2007 et malheureusement épuisé en librairie. Heureusement que les bibliothèques conservent des documents, introuvables dans le commerce ! Le sous-titre, "Propos sur la littérature" évoque le projet de Pierre Michon : offrir à son lectorat tous les entretiens qu'il a donnés depuis 1984. Il prévient aussi qu'il a peu touché les articles écrits mais qu'il a retravaillé les interviews enregistrés. Cette somme de trente textes, éparpillés dans des revues littéraires, se révèle passionnante à découvrir et cette initiative de l'éditeur devrait servir de modèle pour d'autres écrivains. Je pense en particulier à Pascal Quignard dont les entretiens ne sont jamais futiles et superficiels... J'ai compris l'univers de Pierre Michon à travers ses influences littéraires : Melville, Flaubert, Beckett, Rimbaud, Giono, Hugo, Borges, Villon, etc. Il évoque ces écrivains majeurs avec amour et gratitude. Il rend un hommage constant à la littérature et je cite une de ses phrases : "La littérature est une forme déchue de la prière, la prière d'un monde sans Dieu." Plus loin, il décrit sa démarche créative : "Ceux qui ont vainement demandé au monde leur dû, c'est-à-dire tous ceux qui ont existé, les anciens vivants, aspirent à un corps de mots, plus solide, plus chantant, un peu mieux rétribué, un peu moins mortel que l'autre. Ils nous font signe de les rappeler." Le personnage de Joseph Roulin, le facteur de Van Gogh, illustre le devoir d'écriture de Pierre Michon. Le dernier texte concerne un écrivain "mythique",  le solitaire d'Angers, Julien Gracq et sa prose majestueuse (parfois précieuse). Ce livre de 393 pages est un bonheur de lecture pour ceux et celles qui aiment la littérature... Et j'ai commencé à acquérir tous les titres de Pierre Michon pour les lire avec une attention décuplée et les intégrer dans mon Panthéon littéraire personnel...

lundi 8 septembre 2014

Une rencontre

Il peut arriver dans une vie de lectrice d'ignorer un écrivain. On connaît sa réputation, sa célébration, son influence auprès de ses confrères et de la presse littéraire. Mais, la négligence, les préférences et la méconnaissance l'emportent sur le désir de la découverte. Un jour, j'ai trouvé un folio de cet auteur dans la librairie d'Emmaüs. Je l'ai intégré dans un choix de livres pour mon atelier. Quand il a été question de cet ouvrage, la lectrice avait éprouvé une admiration pour ce petit folio et je me suis dit qu'il fallait que j'entreprenne sa lecture cet été. J'avais aussi rencontré Pierre Dumayet (un passeur merveilleux de littérature) à Bron dans le cadre d'une fête du livre et quand je me suis entretenue avec lui, je lui ai posé la question fatidique : quel sont vos écrivains préférés ? Je me souviens d'un  nom en particulier, celui de... Pierre Michon. Je n'avais pas été étonnée mais après cet aveu si important, j'ai continué à ignorer ce conseil si précieux. Je crois qu'il faut parfois attendre de longues années pour enfin ouvrir un livre d'un écrivain un peu secret, un peu complexe, dont l'univers ne nous attire pas d'emblée. Quand j'ai commencé "Les vies minuscules" publié en 1984, j'ai retenu mon souffle et j'ai plongé dans la prose poétique de Pierre Michon, dans son monde tellement particulier, un monde ancien, paysan, humble, de petites gens, mais qu'ils racontent à la façon d'un Homère de la Creuse. Le recueil cité rassemble huit histoires : vie d'André Dufourneau, vie d'Antoine Peluchet, vies d'Eugène et de Clara, etc. Ces histoires sont racontées par un narrateur, témoin de ces vies perdues, oubliées.  Je n'ai pas l'intention de résumer ces récits qui ressemblent à des nouvelles mais je vous cite une phrase de Pierre Michon : "Le désert que j'étais, j'eusse voulu le peupler de mots, tisser un voile d'écriture pour dérober les orbites creuses de ma face ; je n'y parvenais pas ; et le vide têtu de la page contaminait le monde dont il escamotait toute chose (....)". Un style unique,  un monde perdu décrit comme une civilisation disparue, un écrivain rare et magnifique. J'ai emprunté un ouvrage sur lui à la médiathèque pour mieux appréhender cette œuvre. J'en parlerai demain...