J'ai attendu quatre mois à la bibliothèque pour obtenir ce gros pavé, "Le chardonneret" de Donna Tart, publié chez Plon dans la collection "Feux croisés".J'ai quand même consacré un nombre d'heures important pour venir à bout de ces 786 pages, et à la fin de ma lecture-marathon, j'ai éprouvé une légère déception car la critique littéraire s'était montrée enthousiaste, du Monde des livres, aux revues mensuelles traditionnelles à la rentrée de septembre 2013. Ce roman possède évidemment une force romanesque, liée au personnage principal, Théo, un adolescent de treize ans qui va vivre un destin hors du commun. Il se retrouve avec sa mère à New-York dans un musée et il est attiré irrésistiblement par une jeune fille étrange aux cheveux roux, accompagnée par un vieux monsieur. Une explosion éclate dans cet endroit, symbole de l'art massacré et provoque des dégâts humains et matériels. Sa mère fait partie des victimes et Théo assiste à la mort du vieux homme qui lui conseille de dérober un petit tableau, "Le chardonneret". Il accepte aussi une bague étrange. A partir de cet attentat meurtrier, la vie de Théo bascule dans un chagrin sans fin. Il est accueilli par une famille de grands bourgeois new-yorkais et il crée des liens fraternels avec son copain Andy. Il retrouve la trace du propriétaire de la bague et cette découverte va changer sa vie. Il découvre un certain Hobie, antiquaire de son état, ami de ce vieux homme, mort dans le musée. Cet homme va lui donner le goût des vieux meubles anciens, de ce commerce si particulier. Comme Théo a encore un père, celui-ci alors qu'il les avait quittés, lui et sa mère, réapparaît dans sa vie et il est obligé de le suivre. Changement de vie pour Théo qui doit subir ce père absent, incompétent et délinquant. Dans cette période (que j'ai trouvé trop longue), il fait la connaissance de son meilleur ami, un jeune ukrainien, qui va l'initier à la drogue. Ce roman est tellement dense, tellement touffu, que l'on finit par se perdre un peu. Le tableau de Carel Fabritius est caché dans une agence de location. Il est dérobé et le roman se transforme en thriller : Théo se retrouve à Amsterdam (belles descriptions de la ville) pour récupérer ce tableau convoité par la mafia des pays de l'Est. Et là, je perds le cap... Je poursuis ma lecture sur les amours de Théo (la jeune fille du musée et la sœur d'Andy) et à la fin, il récupère l'argent grâce à son ami qui a confié le tableau à l'Etat. Donna Tart avoue qu'elle compose ses romans tous les dix ans et je comprends son projet après avoir digéré ces quasi 800 pages ... Dans ces pages, l'écrivaine américaine intègre des réflexions sur la vie et ces passages offrent une respiration bienvenue dans la trame du roman. Ce roman à la Dickens peut séduire un grand nombre de lecteurs car Théo est un personnage que les malheurs accablent... Je le recommande pour cet été si vous aimez vraiment les grandes sagas qui racontent des destins singuliers et extraordinaires. Bon courage !
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
jeudi 26 juin 2014
mardi 24 juin 2014
"Typoèmes"
En me baladant dans le secteur poésie de la médiathèque de Chambéry, je suis tombée par hasard sur un livre original, "Typoèmes" de Jérôme Peignot. Romancier, poète, homme de radio, militant engagé dans diverses actions politiques, cet homme singulier s'est aussi spécialisé dans la typographie, un art d'imprimeur qu'il valorise et sublime. On ne porte pas assez d'attention aux caractères d'impression par ignorance et par étourderie. Mais, quand on écrit un texte à la "machine", sur l'ordinateur, l'offre typographique est riche et cela devient même un jeu quand il faut choisir entre l'helvetica, l'arial, le book antiqua, le comic sans SM, le Lucida, le calibri, et bien d'autres possibilités. Des dizaines de "polices" peuvent être utilisées et je me souviens de mes hésitations quand je devais opter pour une forme classique ou originale pour mes outils de communication de la bibliothèque. Dans la préface de son "Typoèmes", Jérôme Peignot avoue son amour des mots, des signes et de l'alphabet, du jeu linguistique. Ce recueil de poèmes-signes peut se lire, se dessiner, s'imprimer, se peindre, aussi... Ce méli-mélo de mots, ce fourre-tout d'images, ce catalogue de symboles forment des calligrammes, des anagrammes, des palindromes (voir wikipedia pour trouver les définitions de tous ces termes techniques...). Il m'est impossible de retranscrire quelques perles du livre car je ne peux pas utiliser les signes de la ponctuation. Je recommande ce bijou éditorial pour constater le talent immense de cet écrivain-typographe, et surtout pour rendre hommage à ces caractères que l'on ne voit plus, tellement ils sont invisibles. J'aime bien ces "fous" de l'écriture, de la typographie considérée comme un "bel art" en soi et Jérôme Peignot montre bien dans son livre son amour des voyelles, des consones, de la ponctuation, de l'alphabet et des chiffres dans un écrin de poésie, d'humour et de réflexions souvent philosophiques. Un ouvrage rare et précieux...
lundi 23 juin 2014
"L'utilité de l'inutile"
J'avais remarqué l'édito de François Busnel dans le dernier Lire de juin où il faisait un éloge appuyé d' un petit livre rouge, celui de Nuccio Ordine, au titre alléchant, "L'utilité de l'inutile", édité aux "Belles Lettres". Cet essai rencontre un grand succès et la publicité de la revue va relancer l'intérêt des lecteurs. Le journaliste-chroniqueur littéraire, animateur de la "Grande Librairie", écrit ceci : "Ce petit livre sera le bréviaire de tous ceux qui entendent résister à la tyrannie du marché, à l'idéologie de l'utilité, à la domination du profit. (...) Lire est l'acte ultime qui nous élève vers le désintéressé et le grand. Cet éloge de l'utile inutilité de la littérature, de la poésie et de la philosophie est un baume autant qu'une fête de l'esprit". Nuccio Ordine évoque de nombreux écrivains en soulignant leur apport déterminant dans cette notion d'utile et d'inutile. La liste semble vertigineuse et l'on rencontre avec un plaisir certain des grands noms comme Dante, Shakespeare, Montaigne, Aristote, Kant, etc. J'ai apprécié la petite histoire des deux poissons de David Foster Wallace : "C'est l'histoire de deux jeunes poissons qui nagent et qui croisent le chemin d'un poisson qui leur fait signe de la tête et leur dit : "Salut les garçons. L'eau est bonne ? " Les deux jeunes poissons nagent encore un moment, puis l'un regarde l'autre et lui dit : "Tu sais ce que c'est, toi, l'eau ?". L'auteur précise que la clé de lecture de ce tout petit conte résume la philosophie de l'inutilité : sans tous les savoirs humanistes, la culture, l'art, la philosophie, la vie serait "incompréhensible"... Dans le chapitre consacré à l'université, il dénonce les notions d'entreprise et d'étudiants-clients. Des pans entiers de la connaissance surtout littéraire (grec ancien et latin) s'effondrent et beaucoup d'étudiants choisissent de s'inscrire en sciences économiques plutôt qu'en lettres classiques... L'essayiste nous conseille d'entrer en résistance et de rester vigilant pour sauvegarder les valeurs humanistes et surtout l'art sous toutes ses formes, art des textes, des images et des sons... Et quand il mentionne la menace de fermeture des bibliothèques ou du moins la baisse de leur budget, il touche ma "corde sensible" d'ancienne bibliothécaire... La bibliographie riche et éclectique montre le travail sérieusement documenté de l'essayiste. Lisez-donc ce manifeste salutaire pour savourer ces lignes d'une utilité indéniable...
vendredi 20 juin 2014
Rubrique cinéma
Choc cinématographique cet après-midi... J'ai vu "Comme le vent" du réalisateur Marco Simon Puccioni avec la comédienne Valéria Golino. Cette comédienne illumine ce film sombre, dur et même éprouvant. Je suis restée dans mon fauteuil pour attendre le générique de fin pour digérer cette histoire dramatique. C'est l'histoire d'une directrice de prison en Italie en 1989 (fait rarissime pour cette institution). Elle forme un couple heureux et amoureux avec l'animateur de théâtre de la prison qu'elle dirige. Ils attendent un enfant mais leur bonheur va s'interrompre brutalement car elle perd son bébé. Commence la descente aux enfers : son mari est abattu par la mafia à un feu rouge et commence pour cette femme exceptionnelle une vie où elle cherche à connaître les meurtriers de son mari. Elle n'a pas froid aux yeux, Armida Miserere, et pour fuir son chagrin, elle demande sa mutation pour gérer des prisons de plus en plus difficiles. Elle affronte la vie avec un courage têtu et désespérant. Les scènes de fouille des détenus sont fréquentes et elle représente avec rigueur, l'Etat tant bafoué par les mafieux, véritables monstres qui n'hésitent pas à défier les institutions surtout dans l'Italie des années 90 avec l'odieux assassinat du juge Falcone en Sicile. Le film montre la Mafia comme une gangrène effrayante. Armida Miserere représente le sacrifice des fonctionnaires de la justice dans le rempart anti-mafia. Cette femme brisée par le deuil n'arrive pas à se reconstruire malgré quelques relations brèves avec d'autres hommes. Sa vie privée n'existe pas, et quand elle avoue qu'elle n'est "ni morte, ni vivante", elle bascule dans le désespoir. La justice finit par trouver les assassins de son mari dix ans après son assassinat, mais il est trop tard... Ce film raconte le destin tragique d'une femme-courage, exceptionnelle et hors du commun. La musique intensifie le climat sombre du film et on se souviendra dorénavant de cette héroïne, Armida Miserere. Un très beau portrait d'une femme qui se bat, tiré d'une histoire vraie. Elle rêvait d'une vie tranquille, entourée d'une famille nombreuse...
jeudi 19 juin 2014
"Mille excuses"
Jonathan Dee est un écrivain américain peu connu du grand public. Pourtant, les deux romans traduits en français, "Les privilèges" en 2011 et "La fabrique des illusions" en 2012, publiés dans la très bonne collection "Feux croisés" chez Plon ont rencontré leurs lecteurs(trices), sensibles à la musique subtile de son style. Son dernier opus, "Mille excuses", présente les mêmes qualités que ses précédents : efficacité de l'intrigue, romanesque réaliste, vision ironique de la société américaine. Il raconte l'histoire d'une famille parfaite de la middle class américaine à un moment de rupture : le mari Ben travaille dans un cabinet d'avocats, Helen est une mère dévouée et une épouse modèle, leur fille adoptive, Sarah, une adolescente "normalement dysfonctionnelle" aime malgré tout ses parents. Ben, par lassitude et par caprice, invite une de ses collègues féminines à dîner et lui propose une chambre d'hôtel pour finir la soirée dans un lit. La jeune femme crie au scandale et dénonce l'attitude de Ben le considérant comme un harceleur sexuel. Cet incident provoque un séisme dans son couple et Helen refuse de le voir. Elle se sépare de lui. Ben doit quitter son foyer et se retrouve seul à assumer son geste incompréhensible. Il va subir la réprobation de sa famille, de ses voisins et de ses amis. Il est complétement mis à l'écart et marginalisé. Helen de son côté prend la situation en mains : elle trouve un travail dans un cabinet un peu minable de conseils en tous genres et elle impose son style avec succès. Le texte de Jonathan Dee prend toute sa dimension ironique dans le portrait des clients d'Helen : elle prône la mise en place des excuses (d'où le titre du roman) de la part des responsables qui commettent des méfaits économiques, sociétaux et politiques. Humour décapant garanti dans ces procès gagnés. Helen rencontre aussi un acteur très célèbre, (peut-être un personnage trop caricatural) pourchassé par la presse people. Il est alcoolique et elle va l'aider à se sortir d'une affaire embarrassante. Helen porte tous les personnages à bout de bras : son mari déchu, sa fille révoltée, son ex-copain harassé et miracle de la société américaine, cette lutte va la renforcer, lui donner encore plus d'énergie et plus de sérénité. Un beau portrait de femme et un bon roman de qualité à lire cet été...
mardi 17 juin 2014
Ateliers lecture et écriture au Forezan
Nous étions une bonne quinzaine à nous retrouver dans ce joli parc de Cognin autour d'une table dans une quiétude très agréable et sous un soleil discret mais bienveillant. Chacune avait porté une entrée salée et un dessert. Nous avons goûté toutes les spécialités : taboulé inca, salades de pommes de terre aux anchois, salade espagnole, cakes aux olives, foie gras du Sud-Ouest, et pour les desserts, un festival de saveurs avec des tartes aux fruits, des biscuits faits maison, une marmelade cassis-pomme, et mon touron d'Espagne... Un buffet délicieusement champêtre et convivial dans une ambiance estivale. Après ces agapes, nous avons partagé nos derniers coups de cœur de juin et nous avons lu nos textes préférés des ateliers d'écriture. Janelou a présenté l'ouvrage de Svetlana Alexievitch, prix Médicis étranger 2013, choisi aussi comme le meilleur livre de l'année par la revue Lire. L'auteur interroge des milliers d'anonymes de ce pays qui a connu l'enfer sous Staline, et relate ses rencontres pour tenter de répondre à la question lancinante : pourquoi ce malheur russe ? Un plongée vertigineuse dans l'identité de ce vaste empire qui bouge toujours... Christiane aime beaucoup les romans policiers depuis qu'elle a découvert la série Millénium. Elle a conseillé des auteurs scandinaves comme Judi Adler-Olsen avec ses titres évocateurs, "Miséricorde", "Profanation", "Délivrance". Des polars efficaces et solides. Isabelle a dévoré tous les Coben et a aussi apprécié "N'oublier jamais" de Michel Bussi, cité aussi par Dany avec les "Nymphéas noirs". Geneviève a reparlé du "Le quatrième mur" de Sorj Chalandon, ou l'histoire d'une pièce de théâtre sur Antigone à Beyrouth en 1982, trêve de paix dans un monde en guerre. Elle a cité "Paradis trompeur" de Mankell, "Expo 58" de Jonathan Coe, et un beau roman d'Astrid Rosenfeld "Le legs d'Adam" paru chez Gallimard. Evelyne a évoqué ses futures lectures : "Exception" de Audur Ava Olafsdottir, une romancière islandaise qui a connu le succès avec "Rosa Candida" et "Le viking qui voulait épouser la fille de soie" de la suédoise Katarina Mazetti. Janine se nourrit de littérature italienne dans la langue originale (quelle chance !) et lit en ce moment "Les chaussures italiennes" de Mankell (L'Italie la poursuit...) . Danièle a choisi "L'île des chasseurs d'oiseaux" de Peter May, un écrivain écossais très intéressant. Nicole a mentionné "En remontant la Marne" de Jean-Paul Kaufmann, une promenade littéraire et historique dans un lieu un peu délaissé. Dany a terminé la séance "coups de cœur" avec "Canada" de Richard Ford, un roman vraiment passionnant sur une famille éclatée après le hold-up des parents dans une banque. J'ai essayé de retranscrire les quelques notes prises rapidement et dans le fil des paroles... et pour vous donner encore et toujours la "furieuse envie de lire" !
lundi 16 juin 2014
Atelier d'écriture
Demain, nous allons nous retrouver une bonne quinzaine de lectrices et "d'écrivantes" dans un parc de Cognin. On va parler de lectures, de nos textes écrits dans l'année et ces retrouvailles vont clore une année riche en découvertes et en surprises. Il faut absolument cultiver les "fleurs de l'esprit", et nous sommes de sacrées jardinières, bien modestes évidemment à notre façon mais réunir ainsi une petite communauté (composée de femmes... où sont les hommes dans ce monde de la lecture et de l'écriture ? ) constitue un pari réussi, tellement l'envie de lire et le besoin d'écrire demeurent en nous comme une nécessité nourrissante. On avait un exercice pour ce mardi : relater une scène vécue dans un supermarché après avoir lu l'ouvrage d'Annie Ernaux, "Regarde les lumières, mon amour" et voici mon texte : "Fait divers
Un samedi après-midi, j'avais encore quelques petits achats à faire dans une supérette du quartier. "Quelle corvée, ces courses perpétuelles !" Je choisissais un peu au hasard, en marmonnant "attention aux dates de fraîcheur, zut, ils n'ont plus la marque de mes fromages blancs, c'est un peu cher, et si je changeais d'habitude pour les bouteilles d'eau, ah le chocolat, non, ma ligne à surveiller de près avec l'âge, on prend facilement du poids, je craque pour un sorbet à la mangue et ce rosé de Provence, adieu la charcuterie et vive les pommes à croquer". Mes pensées défilaient dans ma tête à une vitesse juvénile. Il faut se rendre compte de l'immense responsabilité des femmes qui font leurs "emplettes" chaque jour de l'année pour nourrir leur famille, car je vois souvent plus de femmes que d'hommes dans ces espaces alimentaires... Je me dirigeais vers la sortie pour régler. Un jeune homme déposait un carton de bières et des chips sur le plateau noir de la caisse (une soirée de foot à la télé ?), une dame très âgée attendait patiemment et laissait passer les clients (c'était ces seuls moments de contact avec les humains dans sa journée de solitude), un mère épuisée avec une poussette et un bébé déballait ses produits avec lenteur et fatalisme (elle est loin l'image de la maman éblouie par la maternité...). Je commençais à montrer moi aussi mon choix de vie alimentaire quand un jeune homme surgit, se pencha vers la caisse et en cinq secondes, saisit les quelques billets du tiroir et s'enfuit en courant. Nous étions tétanisés et le responsable du magasin comprenant cet incident, aussi rapide qu'un éclair, se mit à le poursuivre, sans succès... C'était un samedi après-midi de juin, un peu trop calme dans une petite supérette de quartier... Il s'en passe des "choses" dans un espace aussi simple et banal... J'espère que ce jeune homme a fait ses courses dans une autre épicerie !"
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