des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
jeudi 22 août 2013
Rentrée littéraire
Quand le mois d'août se termine en douceur avec une chaleur plus agréable, la rentrée s'approche, surtout pour les millions d'élèves et d'étudiants qui vont se remettre au travail "intellectuel". Pour moi, la fin de l'été ne ressemble plus à une rentrée traditionnelle quand je travaillais dans une bibliothèque universitaire. Plus de rite de reprise, de retrouvailles avec des collègues, de longues réunions d'équipe : ma vie de retraitée me semble "délicieuse" mais il ne faut pas trop le dire aux actifs pour ne pas les décourager... Je peux donc me consacrer à "ma rentrée", celle de la vie littéraire qui déferle en vagues successives jusqu'en octobre. Ce matin, la revue Lire est arrivée dans ma boîte à lettres et je l'ai feuilletée avec une certaine délectation pour découvrir les romans nouveaux au nombre hallucinant de 555 ! Les hebdos, les revues spécialisées, les quotidiens vont nous informer sur les arrivants, les délirants, les revenants, les décevants, les déprimants... J'ai déjà noté quelques pépites littéraires à suivre : Richard Ford, Laura Kasischke, Louise Erdrich, Nancy Huston pour citer les écrivains que je lis depuis longtemps. Voilà ma belle rentrée de septembre : des romans et des essais, à lire et à découvrir durant les mois à venir, des moments de lecture qui, je l'espère, tiendront toutes leurs promesses.
mardi 20 août 2013
Rubrique poésie
J'ai fouillé ma bibliothèque pour choisir le poème du mois et j'ai trouvé le double recueil de Haiku, publié chez Gallimard dans la collection Poésie. La première anthologie concerne les poètes du XVIe siècle au XXe siècle et la deuxième anthologie traite des poèmes courts d'aujourd'hui. Les haikus sont des poèmes brefs, constitués de trois vers, pour traduire le moment présent, à la fois fugace et éternel. Ces anthologies sont présentées et traduites par Corinne Atlan et Zéno Bianu. Ces deux traducteurs définissent les haïkus ainsi : "Ces quelques syllabes ouvrent un espace de naissance infinie que la lecture échoue à épuiser. Un espace de pure intensité mentale." Classés par saison, j'ai relu les haïkus de l'été et voilà ma sélection, brève comme il se doit, pour cette forme poétique :
"Fraîcheur du vent -
la voix des pins
emplit le ciel vide"
Ueshima Onitsura
"Rien qui m'appartienne -
sinon la paix du cœur
et la fraîcheur de l'air"
Kobayashi Issa
"Difficile de mourir
difficile de vivre -
lumière de fin d'été"
Mitsuhashi Takajo
"Fraîcheur du vent -
la voix des pins
emplit le ciel vide"
Ueshima Onitsura
"Rien qui m'appartienne -
sinon la paix du cœur
et la fraîcheur de l'air"
Kobayashi Issa
"Difficile de mourir
difficile de vivre -
lumière de fin d'été"
Mitsuhashi Takajo
lundi 19 août 2013
"La Note secrète"
Ce roman de l'écrivaine italienne Marta Morazzoni se lit avec beaucoup d'intérêt tellement il mêle divers éléments romanesques : une nonne à la voix de contralto, un noble anglais diplomate, une passion interdite, le cadre historique du XVIIIè à Milan dans un couvent et la musique sacrée. Paola Pietra, une jeune fille de l'aristocratie, est contrainte de prendre le voile et sous la protection d'une sœur musicienne, elle révèle un don, "une note secrète", en interprétant le Stabat Mater de Pergolèse. Sa voix attire les fidèles dans l'église du couvent de Sainte-Radegonde. Un jour, Paola s'évanouit et John Breval, le diplomate, lui porte secours. Leur passion commune va naître et la fuite de Paola est orchestrée par le diplomate. Le roman, tiré d'un fait réel, raconte cette folle escapade pour la liberté et l'amour. John Breval est pourtant marié et père de deux enfants. L'Eglise anglicane admet le divorce mais Paola est liée par les vœux perpétuels de son engagement au Christ. Le couvent, à l'époque, devait certainement recevoir des milliers de sœurs qui n'avaient peut-être pas toutes cet esprit de sacrifice et de renoncement à la vie. Paola choisit le risque et l'aventure pour rejoindre son amant. Elle s'embarque dans un bateau marchand vénitien en passagère clandestine. Va-t-elle retrouver son amant à Marseille ? Vont-ils vivre ensemble ? La Mère supérieure va-t-elle renoncer à sa sœur perdue ? La littérature propose des voyages dans le temps et celui-ci mérite vraiment le détour. Et en plus, si vous aimez le Stabat Mater de Pergolèse, découvrez "La Note secrète" en plein cœur de l'été dans la fraîcheur d'un couvent italien...
jeudi 15 août 2013
"La promesse du bonheur"
Voilà un très bon roman pour les vacances : "La promesse du bonheur", une saga familiale écrite par un écrivain anglais, Justin Cartwright, éditée chez Jacqueline Chambon en 2012. La famille de Charles Judd traverse une crise sans précédent : leur fille Juliet sort d'une prison américaine après avoir commis un acte frauduleux concernant un vol de vitrail. Cet épisode douloureux va provoquer une série d'événements qui va "bousculer" cette famille traditionnelle anglaise. L'épouse de Charles se réfugie dans l'élaboration des plats cuisinés. Le frère de la fratrie, Charly, va aider sa sœur à se libérer des conséquences de son emprisonnement et la ramener à une vie "civile" normale. Daphné, restée à Londres, s'adonne à la drogue et vit de petits rôles dans la publicité. Elle rompt avec son amant infidèle et rejoint sa famille dans les Cornouailles pour fêter le retour de sa sœur. Charly va aussi découvrir son désamour pour sa fiancée enceinte alors qu'il se marie avec elle. Le père vit mal sa retraite car le travail de comptable lui manque et il n'a pas supporté l'épisode américain de Juliette. Ce roman anglais décrit les problèmes d'une famille dite normale de la classe moyenne anglaise et traite avec ironie et lucidité les travers de chaque membre : lâcheté et égoïsme du père, mutisme et passivité de la mère, dynamisme et affairisme du frère, futilité et légèreté de Daphné et malhonnêteté imprévisible de Juliette. Mais que le lecteur se rassure, cette famille quelque peu décomposée, va retrouver son harmonie quand ils vont enfin se "parler" et se "comprendre" dans leur maison de campagne. Un bon moment de lecture...
mardi 13 août 2013
Rubrique cinéma
J'ai vu cet après-midi un film français de François-Xavier Vives, "Landes". Comme je suis originaire du Sud-Ouest, côté Pays Basque, le département limitrophe ne m'est pas inconnu et j'avais envie de revoir la forêt landaise avec ses pins filiformes s'élançant dans le ciel comme des cierges d'église. Je n'ai pas été déçue. Marie Gillain incarne un beau personnage de "patronne", héritière de 8 000 hectares de bois à la mort de son mari. Dans les années 20, il n'était pas bon d'être un paysan landais ou un récoltant de résine, les damnés de la terre landaise, exploités par les riches propriétaires du département. Le film raconte l'histoire d'une jeune veuve fascinée par l'installation de l'électricité dans son domaine alors qu'il existe d'autres priorités concernant la vie décente de ses métayers. Ce drame social évoque une certaine lutte des classes peu connue en France, avec l'irruption d'un syndicalisme sans concession face à une bourgeoisie terrienne digne du Moyen Age. Liéna, la jeune veuve se bat pour exister dans ce monde rural archaïque et comprendra en visitant une ferme la misère de ses paysans. Des images sur la forêt landaise et sur les plages rythment le récit qui se développe avec une lenteur voulu en ces temps d'avant l'électricité. Je ne dévoilerai pas la fin de l'histoire qui donne envie de se documenter sur les luttes des récolteurs de résine, appelés gemmeurs ou résiniers au début du siècle, sur la forêt aussi avec ses étangs, ses ciels gris et bleus, sa beauté nostalgique. Un beau portrait de femme et des... Landes.
lundi 12 août 2013
"Quattrocento"
Stephen Greenblatt est professeur de littérature anglaise à Harvard University et spécialiste incontesté de Shakespeare. Le livre qu'il nous propose, "Quattrocento", tient du document historique qu'un lecteur bibliophile ne peut qu'apprécier. Pourtant, on pourrait craindre une érudition arrogante, étouffante et austère en parcourant le résumé : la découverte d'une copie de Lucrèce, "De rerum natura" par un grand humaniste florentin en 1417, Poggio Bracciolini (1380-1459), dit Le Pogge. Lire l'histoire d'un ouvrage de l'Antiquité, ce manuscrit de Lucrèce, dormant depuis plus de mille ans dans un monastère allemand ne fait pas partie des lectures estivales plutôt légères et souvent futiles. Mais, j'ai voulu aller à l'encontre de la paresse intellectuelle et je me suis lancée sans appréhension dans ce livre original et atypique. Stephen Greenblatt a vraiment un don de pédagogie et d'empathie pour son lecteur(trice) tout simplement curieux. Et la surprise intervient au fur et à mesure au fil des pages. Il est question de nous éclairer, dans le sens lumineux du mot, sur le rôle d'un philosophe comme Lucrèce qui a le premier inventé le concept "d'atomisme", (le monde étant constitué d'atomes), idée révolutionnaire car matérialiste dans un monde dirigé par les dieux grecs et romains dans l'Antiquité et par le monothéisme plus tard. Pour comprendre deux mille ans d'histoire, en particulier la Renaissance, il faut lire ce bijou d'érudition jamais ennuyeux et parfois même passionnant sur le rôle de l'écriture, des copies de manuscrits de l'Antiquité, des moines dans les abbayes, des bibliothèques, des schismes religieux, de la Papauté, des nobles et des intellectuels du Moyen Age. Le Pogge avait la passion du latin, pourchassait les manuscrits rares, traversait l'Europe pour admirer une bibliothèque privée, traquait la vérité dans l'écriture des anciens. Sa vie mouvementée ne peut qu'intéresser les amoureux de l'histoire des livres. Il m'a donné envie de découvrir Lucrèce et le pouvoir "révolutionnaire" d'un seul livre "De la nature", premier pas vers la "libre pensée"... un grand bond de l'humanité sur le choix de croire ou de ne pas croire en Dieu (ou dieux païens) !
Revue de presse
Le Magazine Littéraire du mois d'août propose comme l'an passé un deuxième dossier sur les dix grandes voix de la littérature étrangère. Quatre écrivaines sont donc à l'honneur : Zadie Smith de Grande-Bretagne, Lidia Jorge du Portugal, Alice Munro et Laura Kasischke des Etats-Unis. J'ai souvent recommandé Laura Kasische dans l'atelier de lecture que j'anime et ces romans sont souvent forts et dérangeants, déroutants et décapants ! Zadie Smith, née d'un père britannique et d'une mère jamaïcaine, est aussi une voix qui compte en Europe et sa voix "métisse" résonne dans l'univers littéraire. Pour les hommes, la revue a choisi Richard Powers et John Irving des Etats-Unis, Enrique Vila-Matas d'Espagne, Orhan Pamuk de Turquie, Arnaldur Indridason d'Islande, Mo Yan de Chine. Pour ma part, j'apprécie beaucoup les écrivaines citées et du côté masculin, j'avoue que je connais très bien Enrique Vila-Matas dont l'œuvre singulière me fascine depuis de nombreuses années. La revue poursuit son chemin "pédagogique" pour faire connaître la littérature "planétaire" dans un éclectisme subtil. Le rêve d'une humanité réconciliée dans les valeurs universelles se retrouve dans ce numéro exceptionnel de l'été, un hommage à ces écrivains majeurs qu'il faut découvrir et lire après avoir lu les articles qui leur sont consacrés. Avant de connaître les nouveautés de la rentrée, la pause estivale permet de découvrir des écrivains que l'on prend enfin le temps de lire... Un numéro à ne pas manquer et à conserver.
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