des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
vendredi 13 janvier 2012
Festival du Premier roman
Pour la rencontre du 17 janvier au sein du groupe Campus à la BU de Chambéry, je devais lire deux nouveaux premiers romans. J'ai rempli mon "contrat" de lectrice "consciencieuse et patiente" en les lisant entièrement. Le premier, "Tour de plume", de Carolyn Deyns aux Editions Philippe Rey m'a convaincue à moitié. Le style est agréable pourtant, mais l'histoire de ce stylo-plume qui passe de main en main sert de ficelle un peu trop grosse. Un libraire frustré se fait voler son stylo par une jeune fille, Isis, qui écrit un journal intime atypique. Ensuite, ce stylo tombe dans les mains de Paul, fêtard pitoyable, puis dans les mains de Sybille, lectrice passionnée et obèse et Emma, trentenaire rangée, femme de médecin qui veut rencontrer un écrivain, égoïste et cynique. Quand Emma assiste à la signature du dernier ouvrage de Romain Hipser, son "amour" de jeunesse, on découvrira le passé d'Emma... et elle utilisera ce stylo-plume pour se venger... Ce premier roman possède des qualités certaines, avec des personnages amoureux des livres et de l'écriture, mais ce procédé de passage de témoin avec ce stylo-plume, rend le roman un peu chaotique dans la structure de l'histoire. Ce livre ressemble à une suite de nouvelles. Le deuxième livre est très différent du premier. "Un si proche éloignement" de Luc-Michel Fouassier aux Edition Luce Wilquin se lit avec intérêt. Un homme quelque peu esseulé après une rupture, part à Naxos, en Grèce. Le narrateur nous embarque sur cette île grecque en nous décrivant son périple avec minutie et humour à la rencontre des villageois. Il apprend à revivre dans ce paradis pourtant envahi par les touristes. Le charme du livre réside dans l'évocation de Naxos, de la solidarité des habitants, de la beauté du paysage. La détresse du personnage se justifie à la fin du récit mais, je ne veux pas dévoiler la raison de ce voyage. Ces deux premiers romans ne sont pas des coups de coeur mais ils sont agréables à lire et pourraient rencontrer une adhésion sympathique auprès des lecteurs du Festival du Premier Roman de Chambéry.
jeudi 12 janvier 2012
"L'hiver de la culture"
Je vais intégrer dans mon planning de lecture au minimum un essai par mois pour satisfaire ma curiosité intellectuelle. En janvier, j'ai choisi "L'hiver de la culture" de Jean Clair. Le monde de l'art semble souvent obscur et inaccessible pour beaucoup de Français. Pourtant, dans les dernières statistiques concernant les activités culturelles, la fréquentation des musées a fortement augmenté alors que la fréquentation des bibliothèques a sensiblement baissé. Jean Clair, dans cet essai, analyse ce phénomène nouveau et établit un bilan négatif sur l'art contemporain "extrême". J'ai noté ce passage : "Les musées ne ressemblent plus à rien. La silhouette du nouveau musée d'art contemporain de Metz rappelle à la fois les Buffalo Grill qu'on voit le long des autoroutes, un chapeau chinois et la maison des Schtroumpfs. Dans l'élévation d'un nouveau musée (...), on retrouvera le kitsch (...) de Las Vegas à Dubaï." Les amateurs d'art patientent des heures avant de rentrer dans ces "abattoirs culturels" : "Les foules qui se pressent en ces lieux, faites de gens solitaires qu'aucune croyance commune, ni religieuse, ni sociale, ni politique, ne réunit plus guère, ont trouvé dans le culte de l'art leur dernière aventure collective." Plus loin, il dénonce le côté trash de l'at contemporain en citant Jeff Koons et ses créations à Versailles. Jean Clair dénonce le snobisme de l'art, l'aveuglement de certains critiques sur les manifestations grotesques des "performances", la laideur de certains gestes artistiques mettant à l'honneur les matériaux comme les cheveux, les poils, le sang, les excréments et autres vestiges corporels. Son essai critique et "grognonesque", érudit mais compréhensible, se lit avec intérêt. Il y a deux ans, j'ai été déçue quand j'ai aperçu une file incroyable de touristes devant le musée Picasso et la Sagrada Familia. A l'idée d'attendre de longues heures, j'avoue que je suis partie me promener sur les Ramblas...
mardi 10 janvier 2012
Rubrique cinéma
Ce lundi 9 janvier, je suis allée voir "Louise Wimmer" de Cyril Mennegun avec l'actrice principale, Corinne Masiero. Ce beau portrait de femme mérite le déplacement. En effet, Louise, après un divorce douloureux, se retrouve seule dans la rue. Malgré un travail de femme de chambre dans un hôtel, elle n'arrive pas à obtenir un appartement HLM. Sa dignité de femme passe par le maintien en elle de la propreté. On la voit dans les toilettes d'une station-service, d'un bar, d'une chambre d'hôtel. Cette obsession de se laver montre son combat pour se sortir de cette galère. Elle entretient aussi une relation avec un homme pour son plaisir, en refusant de parler et de se faire aider. La solidarité fonctionne aussi à travers ses contacts dans un bar qui lui sert de boîte à lettres. Ce film social dénonce la vie précaire des travailleurs pauvres qui ne peuvent pas assumer un logement. Vivre dans sa voiture devient donc la seule solution pour Louise. On ne voit pas dans ce film la solidarité familiale ou amicale. Sa solitude est poignante et son indépendance de femme la rend quelque peu "héroïque". Malgré cette existence-galère, elle aime danser, elle écoute Nina Simone dans sa voiture, elle se bat pour survivre sans se lamenter. Elle obtiendra à la fin du film un appartement et quand elle découvre enfin son nid, elle ressent un bonheur qui la submerge. Sans un toit, l'individu ne peut pas vivre dignement... Il faut noter le jeu de la comédienne Corinne Masiero, plein de sobriété, de vérité. Ce film est un concentré très bien filmé de la détresse d'une femme, et on sait bien que la vie en société devient de plus en plus difficile pour les chômeurs, les travailleurs pauvres, les femmes seules, séparées et divorcées. Heureusement que le film se termine sur une note d'espoir...
lundi 9 janvier 2012
"Un roman français"
J'ai eu envie de lire un roman de Frédéric Beigbeder après avoir noté dans son dernier livre "Bilan après l'apocalypse" sa passion totale de la littérature. Je savais que "Un roman français" avait été primé en 2009 par le Renaudot. Je l'ai lu avec intérêt surtout quand il évoque la Côte Basque et le village de Guéthary, oû il a passé son enfance dans une maison de famille, baptisée Patrakénéa. Ce récit autobiographique sent l'air marin basque et la nostalgie familiale. Défilent dans les pages, les plages de Guéthary, les rites de l'été, les liens fraternels, les moments heureux de la bourgeoisie aristocratique. Il consacre aussi des grands passages sur l'arrestation arbitraire qu'il a subie à Paris alors qu'il détenait un peu de drogue. Il décrit son cachot et découvre une réalité sordide et inhumaine dans ce beau pays des Droits de l'Homme. Son récit-journal se lit comme un vrai roman, avec un rythme soutenu, débordant de vie et d'humour, la nostalgie et le mal-être effleurant le récit par petites touches subtiles. Pour juger du style de Frédéric Beigbeder, voilà un extrait : "J'ai rêvé d'être un électron libre mais on ne peut pas se couper éternellement de ses racines. Retrouver cet enfant sur la plage de Guéthary, c'est accepter de venir de quelque part, d'un jardin, d'un parc enchanté, d'une prairie qui sent l'herbe fraîchement tondue et le vent salé, d'une cuisine au goût de compote de pommes et de pain rassis." Frédéric Beigbeder joue souvent le mondain-pitre dans les médias, mais il est préférable de le lire car dans ses pages, il choisit la sincérité et la vérité, la tendresse et la nostalgie. Il laisse tomber son masque de garçon fanfaron qui aime se faire remarquer... Et quand il parle des vagues de la Côte Basque, je ne peux que le suivre dans cette ferveur qu'il ressent pour ce petit pays, au ciel voilé, à l'air salé et à la pluie ensoleillée. Notre écrivain médiatique nous offre dans ce récit sa part de secret intime et loin de son côté parfois "crispant" de parisianisme...
vendredi 6 janvier 2012
Mes meilleurs films 2011
J'ai vu une vingtaine de films dans une salle de cinéma en 2011. Comme j'avais établi une liste de mes vingt meilleurs livres, je vais garder en mémoire dans ce blog les dix meilleurs films que j'ai vus sur la vingtaine par ordre de préférence :
1 - LA PIEL QUE HABITO : génial Almodovar, sur l'identité sexuelle.
2 - LES FEMMES DU 6e ETAGE : vive les bonnes espagnoles et Fabrice Luchini
3 - TOMBOY : une petite fille se fait passer pour un garçon
4 - WE WANT EGALITY SEX : les femmes-courage luttant pour l'égalité des salaires
5 - LES NEIGES DU KILIMANDJARO : générosité, crise sociale, lutte des classes
6 - TOUTES NOS ENVIES : amour de la justice, maladie, amitié
7 - BLACK SWANN : esthétisme, danse classique, folie, passion
8 - THE TREE OF LIFE : magnifique épopée, rôle du père
9 - L'EXERCICE DE L'ETAT : cynisme de la classe politique, trahison, pouvoir
10 - DANGEROUS METHOD : Jung et Freud, guérison de l'âme et du corps
Voilà mon modeste palmarès de Chambéry... En 2012, je me fais une promesse de fréquenter les salles de cinéma plus régulièrement pour profiter du "grand écran" et d'une sortie en ville. A Chambéry, un cinéma d'art et d'essai a fait peau neuve et doit ouvrir très bientôt. Le centre ville va aussi se doter d'un Pathé-cinéma oû sont diffusés les films pour le grand public mais de temps en temps, j'aime bien me divertir (j'ai bien vu "Super 8" et les "Intouchables"...) L'année démarre très bien pour moi : j'ai déjà vu le film américain "Take Shelter" de Jeff Nichols. C'est l'histoire d'un père de famille obsédé par l'irruption d'une tornade catastrophique. Il veut protéger sa famille de ce fléau en enfouissant dans son jardin un abri anti-tempêtes. Sa panique devient folie paranoïaque. Son comportement "anormal" provoque des ennuis familiaux, un renvoi de son travail, une marginalité sociale. Il finira par soigner cette obsession morbide. Mais je ne dis pas comment se termine ce beau film sur la peur au XXIème siècle des cataclysmes climatiques et autres catastrophes. Il est rare de voir un film aussi original dans la production titanesque américaine, donc un bon début d'année pour mes loisirs-cinéma.
1 - LA PIEL QUE HABITO : génial Almodovar, sur l'identité sexuelle.
2 - LES FEMMES DU 6e ETAGE : vive les bonnes espagnoles et Fabrice Luchini
3 - TOMBOY : une petite fille se fait passer pour un garçon
4 - WE WANT EGALITY SEX : les femmes-courage luttant pour l'égalité des salaires
5 - LES NEIGES DU KILIMANDJARO : générosité, crise sociale, lutte des classes
6 - TOUTES NOS ENVIES : amour de la justice, maladie, amitié
7 - BLACK SWANN : esthétisme, danse classique, folie, passion
8 - THE TREE OF LIFE : magnifique épopée, rôle du père
9 - L'EXERCICE DE L'ETAT : cynisme de la classe politique, trahison, pouvoir
10 - DANGEROUS METHOD : Jung et Freud, guérison de l'âme et du corps
Voilà mon modeste palmarès de Chambéry... En 2012, je me fais une promesse de fréquenter les salles de cinéma plus régulièrement pour profiter du "grand écran" et d'une sortie en ville. A Chambéry, un cinéma d'art et d'essai a fait peau neuve et doit ouvrir très bientôt. Le centre ville va aussi se doter d'un Pathé-cinéma oû sont diffusés les films pour le grand public mais de temps en temps, j'aime bien me divertir (j'ai bien vu "Super 8" et les "Intouchables"...) L'année démarre très bien pour moi : j'ai déjà vu le film américain "Take Shelter" de Jeff Nichols. C'est l'histoire d'un père de famille obsédé par l'irruption d'une tornade catastrophique. Il veut protéger sa famille de ce fléau en enfouissant dans son jardin un abri anti-tempêtes. Sa panique devient folie paranoïaque. Son comportement "anormal" provoque des ennuis familiaux, un renvoi de son travail, une marginalité sociale. Il finira par soigner cette obsession morbide. Mais je ne dis pas comment se termine ce beau film sur la peur au XXIème siècle des cataclysmes climatiques et autres catastrophes. Il est rare de voir un film aussi original dans la production titanesque américaine, donc un bon début d'année pour mes loisirs-cinéma.
jeudi 5 janvier 2012
Atelier d'écriture, janvier 2012
Première séance de l'année en ce mardi 3 janvier. Mylène, notre animatrice, nous a proposé un premier exercice pour nous mettre en "jambes". Une nouvelle année va s'offrir à nous et le thème du temps qui passe convient bien pour cette rencontre de janvier. Elle nous a lu un très beau poème de Claude Roy sur le temps, extrait de l'anthologie "Poèmes à pas de loup", aux Editions Gallimard. Elle nous a demandé de composer un poème à la manière de Claude Roy en respectant quelques règles : une forme interrogative dans trois strophes, longues de quatre, six et quatres phrases. Les rimes n'étaient pas du tout imposées, mais nous avions un temps très limité. Chaque participante a lu le poème dans le silence et le respect de l'écoute. Et, nous avions vraiment "des choses" à dire sur la nostalgie du temps qui passe. Je vous confie donc le poème que j'ai écrit en quelques petites minutes, un instant privilégié d'écriture et de confidences :
J'habite le temps
J'habite le temps de l'oubli et des souvenirs mêlés
Ce territoire me tient-il vivante ?
Tant qu'il y aura du temps, je serai tremblante
de le perdre à tout jamais
Le temps est une orange
Je pèle sa peau ardemment
J'écarte les pépins
Je savoure son jus
Durera-t-il assez ?
Je perds mon temps
Mais où va-t-il ce temps perdu ?
Perdu pour perdu, je le cherche toujours
Je n'en ai jamais assez
Temps à soi,
Le tambour du temps résonne comme une musique éternelle.
J'habite le temps
J'habite le temps de l'oubli et des souvenirs mêlés
Ce territoire me tient-il vivante ?
Tant qu'il y aura du temps, je serai tremblante
de le perdre à tout jamais
Le temps est une orange
Je pèle sa peau ardemment
J'écarte les pépins
Je savoure son jus
Durera-t-il assez ?
Je perds mon temps
Mais où va-t-il ce temps perdu ?
Perdu pour perdu, je le cherche toujours
Je n'en ai jamais assez
Temps à soi,
Le tambour du temps résonne comme une musique éternelle.
mardi 3 janvier 2012
"Le cas Sneijder"
Je vous conseille ce roman de Jean-Paul Dubois, un écrivain très attachant que j'apprécie beaucoup. Il fait partie d'un courant de la littérature française fortement et heureusement influencé par les grands auteurs américains. J'y retrouve un réalisme narratif, un style efficace sans fioritures, "maigre", un personnage principal, paumé, dépressif, lucide et désespéré. Jean-Paul Dubois ne se gêne pas pour critiquer la société du paraître, de l'ambition, de l'écrasement de l'autre. Je démarre très bien l'année 2012 avec ce roman singulier, fort et percutant. Le sujet paraîtrait anodin, Jean-Paul Dubois nous raconte l'usage des ascenseurs mais en fait il l'utilise comme un symbole social : un ascenceur, signal évident de l'ambition, aller toujours plus haut, en pulvérisant les vitesses dans des tours urbaines inhumaines. Paul Sneijder et sa fille aînée se retrouvent à Montréal dans un ascenseur mais celui dégringole et provoque un accident mortel. Trois des passagers dont la fille du narrateur sont tués sur le coup. Paul Sneijder est le seul survivant et commence, pour lui, une descente aux enfers. Il est obsédé par la mort de sa fille et veut comprendre l'origine de l'accident. Il va aussi se lancer dans une nouveau travail dérisoire, celui de promeneur de chiens. Les scènes concernant ce petit "job" sont pleines d'humour et de cocasserie. Il essaie de survivre entre ses chiens, sa famille avec qui il entretient des relations incertaines, sa recherche sur les ascenseurs, et son immense chagrin d'avoir perdu sa fille. Je ne dévoilerai la fin du roman, car il vaut mieux la découvrir en le lisant. Très bon roman avec de l'humour, de la dérision, de la critique sociale et le style inimitable de Jean-Paul Dubois... La première phrase résume le roman à la perfection : "Je devrais être mort depuis le mardi 4 janvier 2011. Et pourtant je suis là, chez moi, dans cette maison qui m'est de plus en plus étrangère, assis, seul devant la fenêtre, repensant à une infinité de détails, réfléchissant à toutes ces petites choses méticuleusement assemblées par le hasard et qui, ce jour-là, ont concouru à ma survie."
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