des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mardi 29 novembre 2011
"Les Intouchables"
Je fais donc partie de la "petite dizaine de millions" de Français qui sont allés voir "Les Intouchables". Je craignais un peu la popularité du film mais j'ai toujours envie de percevoir les tendances culturelles de notre époque. Le sujet du film que tout le monde connaît : un milliardaire tétraplégique engage un gars de la banlieue. Deux mondes vont s'affronter : le raffinement du milieu de l'homme handicapé et le milieu simple et ordinaire du Noir, issu de la banlieue. L'un posséde tout l'or du monde mais ne peut pas s'offrir la santé et une vie normale sur le plan physique. L'autre n'a rien, pas d'argent, pas de culture, pas de métier mais il possède la santé, l'énergie, la vitalité et la joie de vivre. Le film raconte cette amitié : le milliardaire va l'initier au bon goût avec la musique classique, l'art, la poésie. Lui, le gars rude de la rue, va lui donner la sensation, la vie matérielle, les sentiments et même l'amour. Les scènes sur la musique classique sont caricaturales mais c'est vrai qu'il y a du snobisme et de l'hypocrisie dans ce milieu musical très restreint et il est souvent difficile de le connaître. L'éducation est aussi une richesse qui n'est pas donnée à tout le monde. Driss apprend la patience, la délicatesse dans les soins, et la gentillesse. Le public aime ce film pour des raisons évidentes : une belle histoire d'amitié tirée d'une histoire vraie, la confrontation entre la maladie et la santé, les vraies valeurs de la solidarité, de la simplicité, de l'amour. La belle vitalité de Driss rythme le film et le spectateur sourit, rit et se pose aussi des questions sur la place des handicapés dans notre société, celle des enfants d'immigrés, la différence sociale, la culture élitiste et la culture populaire. Les scènes de souffrance ne sont pas oubliées car on voit la douleur physique de l'un et la douleur morale chez l'autre en rupture avec sa famille. Au fond, ce film mérite le succès phénoménal qu'il attire. C'est un conte de fée d'aujourd'hui et en temps de crise, l'humour et la générosité touchent le spectateur et peut-être, qu'une valeur morale sera plus présente dans notre société en crise : la tolérance !
lundi 28 novembre 2011
Eloge des Cent papiers
J'avais raté ce livre -cadeau, hors-commerce, en avril 2011 à l'occasion de la fête du livre en librairie. Heureusement qu'il existe maintenant la "communauté" des lecteurs sur Internet qui vendent leurs livres pour des raisons d'encombrement, d'économie, d'échange. J'ai donc retrouvé avec plaisir ce livre-hommage au métier de libraire et des livres. Dans l'introduction, Marie-Rose Guarnieri écrit une introduction émouvante sur les libraires : "Oui, ce métier, je le répète, c'est apprendre à créer des liens entre présent et passé, vivants et morts, lecteurs et livres, libraires et éditeurs et bien d'autres encore que je tairai...". Plus loin, un autre libraire définit la librairie comme "un lieu d'empathie et d'écologie urbaine". Suit un lexique très bien présenté sur les termes professionnels qui sont utilisés dans le milieu des livres. J'en cite quelques uns pour le plaisir des mots : acut, boustrophédon, drouille, esperluette, volumen, etc. Des textes d'écrivains illustrent cet amour des mots et des livres. Je suis heureuse de conserver ce bel ouvrage, un hymne aux mots, à la pensée, à l'intelligence et à la mémoire. Le métier de libraire et tous les métiers liés à la lecture, à l'écriture et à la connaissance, doivent absolument survivre dans cette mutation de la sphère "Gutenberg". Tant qu'il y aura des livres, il y aura des librairies... Pensez à les fréquenter pour vos cadeaux de Noël !
vendredi 25 novembre 2011
Haro sur les prix littéraires
Un article du journal le Monde daté du 23 novembre a retenu mon attention. Un écrivain-éditeur, Luis de Miranda, déplore l'effet "prix littéraires" dans la vente des livres, surtout en fin d'année. Il définit même ce phénomène comme un assassinat des petits éditeurs. Les gros éditeurs formeraient une oligarchie très organisée pour étouffer la vraie création littéraire. Les jurés votent pour leur propre éditeur, etc. Une comédie sans fin, celle du mileu parisien, concentre l'essentiel des ventes en librairie. Il relate aussi la déception de beaucoup de lecteurs qui ont acheté les prix et qui, après les avoir lus, éprouvent une déception. Ce cri de colère d'un éditeur, meurtri parmi les mille éditeurs français, m'a alertée sur cette tendance facile d'aller directement sur les romans cités par la presse littéraire. Moi-même, je ne suis pas insensible aux romans primés et je les ai mentionnés dans ce blog. J'accorde bien volontiers à Luis de Miranda le sentiment d'une immense injustice que vivent ces centaines d'écrivains sans cesse refusés par les grands éditeurs et occultés par la critique. Ces grandes maisons ne veulent pas prendre de risque et ne diffusent que des valeurs sûres. Ce gachis constaté par l'auteur de l'article a le mérite de nous faire réagir et d'éveiller notre curiosité de lecteur. Ma participation au Festival du Premier Roman de Chambéry répond a ce besoin de découvrir d'autres voix de l'écriture, hors sentiers battus, hors idées dominantes. Chaque lecteur ou lectrice peut fabriquer sa propre opinion sur une trentaine d'auteurs, qui ont réussi à franchir un premier cap, le Cap Horn de la prise en charge chez un éditeur, si modeste soit-il. Le ton et les arguments de l'article sont inscrits dans l'outrance et l'exagération. Mais j'aime bien ces coups de griffe, ce cri de colère et cet esprit de révolte de Luis de Miranda...
jeudi 24 novembre 2011
Rubrique cinéma
Cette semaine, j'ai vu deux films français conseillés par la critique. Le premier, "Toutes nos envies" avec Vincent Lindon est tiré d'un livre d'Emmanuel Carrère et m'a semblé très triste, lugubre même. C'est pourtant un beau portrait de femme-juge qui essaie de limiter les dégâts du surendettement. Une belle amitié se noue entre les deux juges qui se lancent dans la bataille juridique pour trouver une solution permettant de libérer ces victimes naïves, de cette spirale infernale. Ce cinéma social a le mérite de nous montrer des personnages ordinaires, simples, humains, loin des stéréotypes habituels. On sort de la salle avec un sentiment mitigé entre la satisfaction de voir des magistrats honnêtes et vigilants défendant la cause des "petits" contre les "gros", et le regret attristé de voir que le cancer est une "saloperie", un summum de l'injustice qui tue au hasard. C'est un bon film sur la crise sociale, le malaise de la justice, la place du cancer dans les familles. Le deuxième film vu le lendemain, "L'Excercice de l'Etat", est un véritable coup de poing. Ce film, au lieu de réconcilier le citoyen avec son élite politique, ne fait que l'en éloigner encore plus. Le personnage du ministre des transports essaie de maintenir les gares dans le secteur public car le premier ministre veut les privatiser. Ce personnage est présenté comme une marionnette dans les mains du pouvoir, représenté par le Premier Ministre et surtout par le Président. La description sans concession du milieu politique qu'il soit de droite ou de gauche donne au film un goût amer et mordant. La scène dans la caravane entre le ministre et ce couple d'ouvriers illustre l'incompréhension entre "l'élite de la nation" et les gens "d'en bas"... Le mutisme glacial de la part de ceux qui n'ont aucun pouvoir se mue en frontière infranchissable face à ceux qui se partagent les privilèges et les honneurs. Quand le cinéma se politise, il offre une image déplorable de l'Etat et de ses commis, élus ou pas... Cinéma efficace, cinéma social, cinéma qui ne fait pas rêver, qui ne donne pas la pêche mais qui réveille le spectateur, alerte sur les dérives économiques et politiques, et révèle la crise de "civilisation" que nous traversons....
mardi 22 novembre 2011
Festival du Premier Roman
J'ai terminé un premier roman avec agacement. Il s'agit de "Ma petite Française" de Bernard Thomasson aux Editions du Seuil. Pourtant, le sujet semble séduisant : un retour aux sources pour une Française, expatriée aux Etats-Unis, universitaire et historienne. Elle revient donc à Berlin où elle a effectué un séjour quand elle avait dix-huit ans dans un Berlin muré et grillagé. Le Mur de Berlin est un personnage important dans la trame du récit. Ma déception se porte surtout sur le style trop commun, relâché et brouillon. J'ai eu du mal à croire à cette histoire invraisemblable d'une rencontre entre un journaliste français ont la mère était juive et qui a été recueillie par le couple d'Allemands et Ellen, la jeune Française. Ce couple était la famille d'accueil de la petite Française ! L'intrigue manque de réalisme et de cohésion, d'authenticité. Le personnage d'Ellen est certes fort sympathique. Elle raconte ses rencontres avec ses nouveaux amis : un jeune immigré Turc évidemment macho, une jeune fille foldingue dont elle tombera amoureuse et qui se suicidera, un couple inséparable qui se chamaille sans cesse. Le seul élément qui m'a étonnée dans le roman se situe dans la relation d'Ellen et de Sam, Sam se révèlant être une femme...
Dans le comité, nous donnons des étoiles : j'en propose une pour ce premier roman surtout pour Berlin et le personnage d'Ellen.
Dans le comité, nous donnons des étoiles : j'en propose une pour ce premier roman surtout pour Berlin et le personnage d'Ellen.
lundi 21 novembre 2011
"Grâce leur soit rendue"
Ce roman, écrit par Lorette Nobécourt, aux Editions Grasset, n'a pas été trop remarqué à la rentrée littéraire. Pourtant, les lecteurs-lectrices qui aiment un certain souffle romanesque, un effet "touffu", un ressort dramatique, des personnages hors du commun et la description d'un milieu artistique peuvent apprécier ce livre de 449 pages... Roberto et Unica forment un couple passionnément amoureux l'un de l'autre. L'histoire se passe à Barcelone dans les années 80. L'auteur évoque aussi l'exil forcé de Roberto et Unica, fuyant le Chili, pays meurtri par Pinochet et sa bande immonde de tortionnaires. La lectrice "motivée" et patiente que je suis s'est tout de suite attachée au personnage d'Unica, vivant sa vie comme un absolu, sans compromis et sans fadeur. Ce portrait de femme éclaire le roman d'une lueur noire et blanche à la fois. Cette femme au sommet de la passion amoureuse finira par se suicider. Roberto se reconstruit avec leur fils Kola et retrouvera un équilibre grâce à l'amour paisible et rassurant de la psychanalyste d'Unica. Kola partira à la recherche de ses racines au Chili et résume à lui seul le parcours chaotique de ses parents, voués à la création littéraire, se transformant en force de destruction, surtout pour Unica. J'ai été sensible aussi à toutes les références culturelles et artistiques de l'époque, et au style puissant et imagé de Lorette Nobécourt. En voici un exemple : "La bourgeoisie ! Apeurée, craintive, réductrice, méprisante, avare, hypocrite jusqu'à la méchanceté, baignant dans ses dénis dédaigneux, ses funestes non-dit, infectée par la haine de soi, gâtée par son aversion du passé, solidaire dans la perversité, rivale dans le gain, épargnante. La bourgeoisie où, vêtus de costumes trois pièces, circulaient des porcs." Je me demande pourquoi ce livre a été quelque peu marginalisé dans cette rentrée encore dominée par des écrivains masculins, certes très talentueux mais qui ne possèdent pas cette vision passionnée de l'amour et de la vie dans la littérature. Seule, une femme écrivain ne pouvait que composer une telle symphonie de mots et de personnages inscrits du côté de la vie "excessive"...
Un petit mot sur l'auteur trouvé sur le site de Decître :
Lorette Nobécourt est née à Paris en 1968.
Elle est l’auteur de plusieurs romans dont La Conversation (1998), Horsita (1999, En nous la vie des morts (2006), La Démangeaison (2009) et L’Usure des jours (2009), tous publiés chez Grasset. Grâce leur soit rendue est son neuvième livre.
Je vais donc découvrir ses romans antérieurs avec curiosité.
Un petit mot sur l'auteur trouvé sur le site de Decître :
Lorette Nobécourt est née à Paris en 1968.
Elle est l’auteur de plusieurs romans dont La Conversation (1998), Horsita (1999, En nous la vie des morts (2006), La Démangeaison (2009) et L’Usure des jours (2009), tous publiés chez Grasset. Grâce leur soit rendue est son neuvième livre.
Je vais donc découvrir ses romans antérieurs avec curiosité.
vendredi 18 novembre 2011
Hommage à Pierre Dumayet
Encore une mauvaise nouvelle pour moi : la disparition d'un homme qui m'a donné le goût et l'amour de la littérature, Pierre Dumayet. Pierre Dumayet était un critique littéraire "cultivé" avec "lectures pour tous" "Lire, c'est vivre", un pionnier de la télévision exigeante et intelligente avec l'émission mythique, "Cinq colonnes à la une", un écrivain singulier, un homme honnête, rigoureux, peut-être démodé mais aussi intemporel et classique, un modèle pour tous ceux qui aiment la littérature anti-bling-bling et anti-commerciale. Je l'ai rencontré il y a une petite dizaine d'années dans une journée professionnelle à Bron, oû il intervenait sur le rôle de la critique littéraire. Je l'avais écouté "religieusement" et j'ai pris la parole à la fin de la journée pour lui poser des questions. En fait, j'ai improvisé un hommage oral en affirmant que sans lui, je ne serais pas devenue libraire et bibliothécaire. Je me souviens de ces émissions toujours lumineuses d'intelligence, de modération, d'admiration muette de sa part face aux écrivains qu'il interrogeait. Je l'ai donc remercié in vivo en saluant avec une sincérité absolue son influence sur ma vocation et sur celle des bibliothécaires présentes à cette journée professionnelle. Je me souviens de l'ovation du public à son égard et j'en étais fort heureuse pour lui. Ce grand Monsieur qui aimait la littérature et l'écriture a vraiment marqué la vie littéraire des années 60 aux années 80. Ses silences, sa discrétion, sa voix si profonde nous manqueront.
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