Je vous livre mon portrait chinois réalisé dans le cadre de ma deuxième séance d'atelier d'écriture.
"Si j'étais une plage,
je serais toujours déserte.
Si j'étais une route,
je serais pavée de bonnes intentions.
Si j'étais un sommet,
je rejoindrais la lune.
Si j'étais une île,
je serais volcaniquement inaccessible.
Si j'étais un port,
je serais réservée aux petits bateaux de pêche et
refoulerais les yatchs arrogants.
Si j'étais un lac,
je jouerais avec le vent pour créer des vagues.
Si j'étais un fleuve,
je m'étalerais de tout mon large pour prendre mes aises.
Si j'étais un ruisseau,
je ferais revenir les écrevisses.
Si j'étais un ciel,
je retiendrais la nuit en otage pour toucher les étoiles.
Si j'étais un village,
je serais à l'abri du silence.
Si j'étais un jeu,
je jouerais au... portrait chinois !
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mardi 25 octobre 2011
lundi 24 octobre 2011
Marguerite Duras en Pléïade
La grande nouvelle du mois d'octobre 2011 sur le plan littéraire, c'est l'intégration de notre Marguerite Duras nationale dans le Panthéon de l'Edition française, la collection La Pléïade chez Gallimard. Le Magazine Littéraire propose un dossier central sur "la romancière de l'amour absolu". Les cahiers de Libération, du Monde, eux aussi, marquent l'événement. Alors que "sa littérature" était quelque peu constestée dans les années 70 et 80, les critiques se montrent aujourd'hui quasi unanimes pour saluer le génie littéraire de Marguerite Duras. Les deux premiers tomes couvrent la période 1943-1973. Deux autres tomes sortiront en 2014. Comme les femmes écrivains sont encore rares dans cette prestigieuse collection, je me félicite que Marguerite Duras soit enfin "pléïadisée"... Et après elle, je serai plus qu'heureuse de voir Simone de Beauvoir... Quand on a vécu la grande révolution de l'émancipation des femmes à partir du milieu du XXème siècle, on a lu du "Duras, automatiquement. J'ai aimé sa liberté de ton, sa façon d'être, sa prose reconnaissable entre toutes, tordue, scandée, bizarre et aussi classique. Son théâtre, son cinéma, ses romans décrivaient une planète du côté des femmes et de l'amour, de la recherche amoureuse, totale, entière, impossible et invivable. Marguerite Duras a accompagné des milliers de lectrices (des femmes surtout...) comme un soeur, comme une amie qui avait osé outrepasser les codes sociaux et politiques de son temps. Son amitié avec François Mitterrand, son soutien dans la cause des femmes même si elle se méfiait des féministes pures et dures, son engagement à gauche, ont toujours incité de la curiosité à son égard, jamais de l'indifférence. On pouvait la détester, l'adorer, la moquer, la vénérer, Duras était une "star" de la littérature de son époque. En souvenir de toutes ces années de lectures durassiennes, je vais m'offrir ces deux Pléïades pour me replonger dans cet océan de mots, d'idées, de sentiments et de passions... Un bain de jouvence pour moi !
lundi 17 octobre 2011
"Et rester vivant"
Encore un roman "autobiographique" dans cette rentrée littéraire... J'ai déjà mentionné dans mon blog le nom de Jean-Philippe Blondel que j'ai rencontré à la bibliothèque universitaire dans le cadre du Festival du Premier Roman de Chambéry. Son avant-dernier livre "G229" relatait son expérience "héroïque" de professeur d'anglais dans la banlieue parisienne. Son dernier opus avec ce beau tire "Et rester vivant" évoque le terrible accident de voiture où il a perdu sa mère et son frère aîné dans les années 80. Seul, son père survivra. Ce roman-récit nous parle du deuil, un deuil effroyable quand on perd sa famille alors que la vie s'offre à vous, à seize ans à peine. Le narrateur (Jean-Philippe Blondel ?) décide de partir en Californie, avec ses deux meilleurs amis du moment, Samuel et Laure. Après la mort de son père qui survient quatre ans après celles de sa mère et de son frère, il vend l'appartement familial pour financer son "road-movie" en Amérique, en hommage à Jack Kerouac. Le texte nostalgique de Jean-Philippe Blondel pourrait "plomber" la lecture mais malgré ce sujet très grave du deuil, cette lecture en devient lumineusement belle. Avec des phrases courtes, percutantes, familières, le narrateur transforme sa douleur et son chagrin en hymne à la vie, à la vie de sa famille perdue à tout jamais. Il se reconstruira grâce à l'amour, à son travail de professeur et évidemment à sa vocation littéraire. J'ai retrouvé dans ce roman-récit la musique si douce, si délicate de Jean-Philippe Blondel, un écrivain à suivre, dont le talent se confirme de livre en livre...
vendredi 14 octobre 2011
Atelier d'écriture, séance 2
J'ai donc suivi cette deuxième séance avec beaucoup de plaisir. Mylène a proposé deux exercices : un portrait chinois et un texte de présentation à partir d'une peinture burlesque. En début de séance, chaque participante a lu son texte sur le thème de l'installation. Voilà ce que j'ai écrit : "Je connais un chat blanc et gris qui pratique l'art de l'installation. A tous moments de la journée, Monsieur s'installe, se niche, se love, s'étale, s'étire dans les endroits les plus confortables de la maison : lit, canapé, placard, quand il pleut. Quand il fait un grand soleil, le jardin devient son Eden. Il se cache sous les haies, les hortensias, les forthysias, les pieds de tomates... Vivre en chat, c'est un mode de vie jubilatoire ! Le sommeil et le rêve sont étroitement mêlés à des instants de vie liés à la chasse des lézards, des oiseaux, des papillons. Si l'on me demandait quel animal je choisirais pour me transformer après ma mort, j'hésiterais entre une vie de chat, la nidification personnifiée, et une vie de... mouette, la liberté incarnée ! La mouette symbolise le mouvement perpétuel, le choix permanent de voler, près d'un enfant, près de la berge, ou en plein milieu du lac ou de la mer. La mouette ne s'installe jamais, ne se repose jamais, va et vient, vole et plane, déplie ses ailes avec conviction et grâce. je choisis le chat ou la mouette ? J'opte pour les deux ! Je veux mener une vie de chat pour le repos, la rêverie, la méditation et je veux vivre comme une mouette pour bouger, agir, planer, foncer... Une vie de chatmouette ou mouettechat..."
jeudi 13 octobre 2011
Festival du Premier Roman
Je suis retournée dans mon ancien lieu de travail, la bibliothèque universitaire de Chambéry, pour rejoindre un comité de lecture lié au Festival du Premier Roman. Ma participation à ce groupe fort sympathique de lectrices, peu nombreuses, hélàs, porte sur la découverte d'un premier roman. Les réunions ont lieu tous les quinze jours et mon seul "devoir" à "rendre" est un compte-rendu sur un des romans préselectionnés par le festival, une bonne cinquantaine, en fait. Les lecteurs (des lectrices en majorité) choisiront en février les meilleurs d'entre eux qui constitueront une liste soumise à un jury final pour aboutir à un choix très serré de douze auteurs invités en fin mai 2012 à Chambéry. Le premier roman que j'ai donc lu cette semaine ne m'a pas complètement convaincue. Il s'agit du "Le Silence de ma mère" d'Antoine Silber aux Editions Denoël. Il se lit très facilement, mais le sujet du roman n'est pas très original. L'auteur, qui a bien écrit "roman" sur la couverture, a signé un roman déguisé en récit autobiographique. C'est l'histoire d'un amour total entre un petit garçon et sa mère. Ce roman familial peut toucher de nombreux lecteurs et lectrices mais il lui manque un "je ne sais quoi" pour en faire un très bon texte. Pourtant, ce réglement de compte entre une mère absente et pas assez aimante et son fils fou amoureux d'elle procure un malaise à la lecture. Le narrateur cite souvent sa psychanalyste, Anne, qui l'accompagne dans sa quête pour dénouer le lien maternel qui l'empêche de grandir et de vivre des relations "équilibrées" avec d'autres femmes. L'enfance dans les années 50 est évoquée avec émotion. Je suis une lectrice peut-être trop exigeante sur l'écriture que j'aurais aimé plus travaillée. Le narrateur finira par se libérer de l'image maternelle mais se demandera toujours la raison du "silence de sa mère", de ce manque d'amour qu'il ne peut pas comprendre.
mardi 11 octobre 2011
Prix Nobel de littérature 2011
La presse évoquait des noms : Bob Dylan, le poète syrien Adonis, toujours Philip Roth et J.C. Oates, etc. Le Nobel a choisi un poète inconnu du public : Tomas Tranströmer dont les poèmes ont été édités au Castor Astral et repris chez Gallimard. J'espère que les bibliothécaires vont acquérir ces recueils pour que le public découvre ce grand poète suédois. J'ai trouvé une maigre notice biographique sur Wikipédia. Il est né en 1931. Il vit à Stockholm et dans sa résidence d'été sur l'île de Runmarö. Il exercea son métier de psychologue jusqu'en 1990. Il est tombé malade à la suite d'une attaque cérébrale qui l'a laissé en partie aphasique et hémiplégique. Il a néanmoins publié encore trois recueils depuis lors dont les 45 haïkus de La Grande Énigme (Le Castor Astral, 2004). En France, le Castor Astral et Jacques Outin, son traducteur, s’attachent depuis de nombreuses années déjà à faire connaître son œuvre.
J'ai trouvé un poème de Tomas Transtömer sur le site du Nouvel Observateur :
« A deux heures du matin : clair de lune. Le train s’est arrêté
au milieu de la plaine. Au loin, les points de lumière d’une ville
qui scintillent froidement aux confins du regard. [...]
Et comme quand quelqu’un va si loin dans la maladie
que l’essence des jours se mue en étincelles, essaim
insignifiant et froid aux confins du regard. »
Poète singulier de Suède, le jury a voulu lui décerner un prix tout à fait justifié.
Donc à découvrir...
J'ai trouvé un poème de Tomas Transtömer sur le site du Nouvel Observateur :
« A deux heures du matin : clair de lune. Le train s’est arrêté
au milieu de la plaine. Au loin, les points de lumière d’une ville
qui scintillent froidement aux confins du regard. [...]
Et comme quand quelqu’un va si loin dans la maladie
que l’essence des jours se mue en étincelles, essaim
insignifiant et froid aux confins du regard. »
Poète singulier de Suède, le jury a voulu lui décerner un prix tout à fait justifié.
Donc à découvrir...
lundi 10 octobre 2011
Eléctrico W
Ce titre correspond au nom d'une ligne de tramway à Lisbonne. Je ne résiste pas à un roman dont l'action se situe dans une des plus belles capitales européennes... Ce livre d'Hervé Le Tellier, écrivain et membre de l'Oulipo, possède un charme certain. Moi qui aime la musique classique, je dirai que ce livre n'a pas le souffle grandiose d'une symphonie, ni d'un concerto. Il ressemble à un trio, dont la basse continue est une image récurrente de Lisbonne. En fait, cela se passe en 1985. Deux copains, Vincent, le journaliste, et Antonio, le photographe, se rejoignent à Lisbonne pour effectuer un reportage sur un tueur en série. Vincent est amoureux d'une Irène, fort déplaisante qui, elle, a une liaison avec Antonio. Mais la femme qui passionne Vincent est en fait une jeune fille, baptisée "Canard". Antonio l'a aimée et l'a abandonnée alors qu'elle était "tombée" enceinte. Le romancier propose cette intrigue romanesque qui rebondit sans cesse, mais le charme du texte provient du personnage central, Vincent, qui écrit un roman dans le roman, échafaude un plan pour retrouver cette jeune femme disparue, essaie de rendre Irène jalouse, rencontre aussi d'autres personnages pour former un puzzle de destins disparates et désordonnés... Hervé Le Tellier a l'art de communiquer une atmosphère poétique de cette ville envoûtante qu'est Lisbonne. J'aime ce genre de littérature, une littérature décalée, ironique, discrète et d'une écriture travaillée sans fioritures. Un livre original dans cette rentrée de septembre...
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