lundi 9 décembre 2024

Atelier Littérature, coups de coeur, 2

 Odile a présenté "Agrafe" de Maryline Desbiolles, publié en 2024. La jeune Emma, une jeune fille vive et rebelle, adore courir dans les collines. Sa vie bascule quand elle se fait mordre par un chien énorme qui lui lacère la jambe lors d'une rencontre avec un ami. Le péroné ou l'agrafe est abîmé et elle est obligée de suivre de nombreuses séances de rééducation à l'hôpital. Elle sait bien qu'elle ne pourra plus détaler dans la nature. Elle se souvient d'avoir entendu cette phrase quand le chien l'a attaquée : "Mon chien n'aime pas les Arabes". Maryline Desbiolles introduit alors dans son roman les blessures de la guerre d'Algérie, toujours aussi douloureuses. Même boiteuse, elle vivra avec sa cicatrice comme un trophée, ne cessant jamais d'aller de l'avant. Une écrivaine à suivre. Danièle a montré "13 à table", un recueil de nouvelles au profit des Restos du coeur. Quatorze auteurs ont illustré la solidarité qui est le socle de la générosité. Danièle a bien aimé la nouvelle de Sandrine Collette. Un livre acheté à six euros permet d'offrir cinq repas. Une bonne action à la veille de Noël. Geneviève a présenté un écrivain "coup de coeur" en la personne d'Emile Zola qu'elle relit depuis quelques semaines. J'étais contente que notre lectrice amie évoque la saga des Rougon-Macquart, un ensemble de vingt romans, publiés entre 1870 et 1893. Le sous-titre parle de lui-même : "Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire". Inspiré de la Comédie humaine de Balzac, l'écrivain naturaliste voulait étudier "l'influence du milieu et les tares héréditaires d'une famille, originaire de Plassans, sur cinq générations". Il dépeint la société française dans ses grandes transformations qui se produisent : urbanisme parisien, naissance des grands magasins, révolution des déplacements avec les chemins de fer, apparition du syndicalisme. Les romans de Zola semblent plus faciles à lire que ceux de Balzac car plus proches du XXe siècle et de nos avancées sociales. Dans mon prochain atelier de janvier, j'ai glissé un Emile Zola dans ma liste de lectures ! Je dévoilerai le thème de janvier dans la rencontre du jeudi 19 décembre. 

vendredi 6 décembre 2024

Atelier Littérature, coups de coeur, 1

 Régine a démarré la séquence "coups de coeur" avec le récit, "Le gardien de Téhéran" de Stéphanie Perez, publié chez Pocket en 2024. L'autrice, journaliste à France Télévision, a longtemps travaillé en Iran et elle raconte l'histoire du gardien du musée de Téhéran, un homme seul face à la tyrannie des religieux fanatiques. Il a réussi un pari fou : sauver 300 oeuvres d'art moderne, le trésor de l'impératrice. Ce gardien, Cyrus Farzadi, raconte ses souvenirs et à travers ces confidences, il évoque la splendeur et la décadence de son pays, l'Iran, tombé dans les mains d'obscurantistes islamistes. Un récit basé sur le réel, qui se lit comme un roman. Régine a cité un deuxième coup de coeur avec "Le roitelet", de Jean-François Beauchemin, publié en Folio. Le frère du narrateur souffre de schizophrénie : "Mon frère devenait peu à peu un roitelet, un oiseau fragile dont l'or et la lumière de l'esprit s'échappaient par le haut de la tête". Ce roman sensible et délicat relate avec pudeur une relation unique entre deux frères dont l'un est atteint d'un handicap mental irrémédiable. Mylène a découvert avec un très grand plaisir de lecture le roman de Colm Toibin, "Brooklyn", paru en 2012. Dans les années 50, Ellis Lacey s'expatrie pour travailler dans un commerce à New-York. Elle n'a pas le choix de rester en Irlande et le roman traite de l'exil, d'une nouvelle vie, de liberté, d'espoir et de nostalgie. Elle reviendra chez sa mère et sur sa terre natale pour enterrer sa soeur aînée. Mais, elle a goûté à sa liberté et elle repartira en Amérique. Ce beau et profond roman doit se lire avant la suite de l'histoire, publié en 2024, "Long Island". A lire sans modération. J'étais heureuse du choix de Mylène car Colm Toibin m'avait déjà beaucoup intéressée avec sa biographie romancée sur Thomas Mann, "Le magicien". J'ai évoqué son roman dans mon blog et je me réjouis d'avance de lire "Long Island" cet hiver. Pascale a beaucoup aimé le livre de Sarah Kaminsky, "Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire", publié en livre de poche. A 17 ans, le jeune Adolfo devient l'expert en faux papiers de la Résistance à Paris. Pendant trente ans, il exécutera ce travail clandestin au service des rescapés des camps, mais aussi des militants du FNL, des révolutionnaires d'Amérique du Sud, etc. La fille de ce héros politique de l'ombre a écrit un témoignage sur son père, un homme engagé pour la justice. 

jeudi 5 décembre 2024

Atelier Littérature, Paul Auster, 3

 Avant d'évoquer "Chronique d'hiver", parue en 2012 et lue par Danièle, j'ai relu "L'invention de la solitude", éditée en 1982. Cet ouvrage comprend deux parties : "Portrait d'un homme invisible" et "Le Livre de la mémoire". Paul Auster vient de perdre son père et il écrit un portrait de cet homme invisible, Samuel Auster : "De son vivant déjà, il était absent, et ses proches avaient appris depuis longtemps à accepter cette absence, à y voir une manifestation fondamentale de son être". L'auteur dresse un portrait attachant de ce père si paradoxal et si complexe à ses yeux d'enfant et d'adulte : "Je pensais : mon père est parti. Si je ne fais pas quelque chose, vite, sa vie entière va disparaître avec lui". Il reconstruit la vie de son père à partir des objets qu'il a laissés derrière lui et il s'intéresse au destin de ses grands-parents. Une des clés de compréhension de la personnalité de son père réside dans le passé de son enfance quand sa mère a tué son père qui voulait la quitter pour une femme plus jeune. Cette mère autoritaire et quelque peu déséquilibrée a été acquittée à son procès. Ce lourd passé a certainement traumatisé Samuel Auster. Ce récit autobiographique émouvant se lit plus facilement que le second texte, un essai critique beaucoup plus théorique sur la littérature. Il évoque ses écrivains préférés, des solitaires dans leur chambre comme Hoderlin, Montaigne et même mon écrivain préféré, Pascal Quignard ! Quarante ans après "L'Invention de la solitude", il écrit "Chronique d'hiver" et pose sur sa vie, un regard de sexagénaire dans une méditation sur "la fuite du temps sous l'angle du compagnonnage que tout individu entretient avec son propre corps". Danièle a beaucoup aimé ce récit sincère. L'écrivain se met à distance en se tutoyant et parle de sensations, de jouissance, de souffrance, de l'art de mûrir et de vieillir'. Il revient sur l'histoire de son corps, de ses accidents, de ses maladies. Ce texte autobiographique dépasse évidemment les limites de son corps pour revenir sur sa jeunesse à Paris, sur ses premiers émois amoureux et surtout sur sa femme, Siri Hustvedt. Cet "homme-cicatrice", hanté par le hasard du destin, convoque à nouveau ses parents, son amour du baseball et de l'Europe. Un texte puzzle à lire pour comprendre l'homme Auster qui se confond avec l'écrivain Auster. Les romans de cet écrivain américain ne sont pas toujours faciles à lire mais son univers romanesque montre une imagination fertile et fantaisiste. Ses récits autobiographiques dévoilent un homme attachant, généreux, profond. Un grand écrivain qui aurait évidemment dû recevoir recevoir le Prix Nobel de Littérature ! 

mardi 3 décembre 2024

Atelier Littéraire, Paul Auster, 2

 Régine a bien aimé "Brooklyn Follies", publié en 2005. Nathan Glass, un sexagénaire, décide de revenir à Brooklyn car sa femme l'a quitté. Il est atteint d'un cancer des poumons et il cherche un "endroit calme pour mourir". Il retrouve son neveu, Tom, qu'il n'avait pas vu depuis longtemps. Ces deux hommes déprimés entretiennent une relation solidaire dans leur vision de la vie. Mais, un jour, Lucy, la nièce de Tom apparaît et leur vie va changer. Tout l'univers de Paul Auster se retrouve dans ce beau roman : la ville de New-York, la famille, le deuil, les livres, les problèmes financiers et les difficultés de vivre. Paul Auster a écrit : "Je veux parler de bonheur et de bien-être, de ces instants rares et inattendus où la voix intérieure se tait et où l'on se sent à l'unisson avec le monde". J'ajoute aussi cette citation particulièrement lumineuse que Régine a lue lors de son intervention : "La lecture était ma liberté et mon réconfort, ma consolation, mon stimulant favori : lire pour le pur plaisir de lire, pour ce beau calme qui vous entoure quand vous entendez dans votre tête résonner les mots d'un auteur". Mylène a beaucoup apprécié le dernier roman de l'auteur, "Baumgartner", publié en mars 2024. Ancien professeur de philosophie, Sy Baumgartner, veuf inconsolable de soixante-dix ans, se souvient de son passé et ses pensées surgissent en lui comme des vaguelettes lointaines dans le "passé distant que l'on distingue à peine, vacillant à l'extrémité la plus lointaine de la mémoire, et par fragments lilliputiens, tout lui revient". Il plonge alors dans les souvenirs de sa jeunesse à Newark, de sa rencontre avec Anna, une poétesse en herbe et à leur quarante ans de bonheur conjugal jusqu'à sa disparition. Son présent diminué, amputé de la présence de sa chère épouse, se déroule dans une solitude ardue, rompue par une étudiante qui se passionne pour la poésie d'Anna. Un roman sensible, profond, attachant sur l'amour et sur la perte. A lire absolument, résolument. Un dernier cadeau romanesque de Paul Auster. A lire sans tarder. A mon avis, un des meilleurs livres de Paul Auster, un livre-mémoire, un livre-confidence, son testament littéraire. Odile, la première pour l'ancienneté de sa présence à l'Atelier, n'est pas rentrée facilement dans l'oeuvre austérienne. Elle s'est efforcée de lire "Excursions dans la zone intérieure" où l'écrivain américain revisite son enfance, peuplé d'objets divers, de héros de romans, de cinéma. Les rêveries et les fantasmes de ce jeune garçon n'ont pas convaincu notre amie lectrice. (La suite demain)

lundi 2 décembre 2024

Atelier Littérature, Paul Auster, 1

 Nous nous sommes réunies le jeudi 21 novembre autour de Paul Auster en première partie de l'Atelier et nous avons ensuite évoqué quelques coups de coeur. Odile, une amie lectrice assidue, a montré sa passion pour Paul Auster car elle a lu pratiquement toutes ses oeuvres. Elle a même choisi un titre que je n'avais pas mis sur la liste tellement ce roman de plus de mille pages me semblait impossible à lire en un mois. Il s'agit de "4 3 2 1", publié chez Actes Sud en 2018. Dans ce texte dense et passionnant, l'auteur raconte quatre versions différentes de la vie du même protagoniste. Archie Ferguson, le héros du livre, grandit avec les mêmes parents juifs de la classe moyenne dans les quatre versions et il conserve les mêmes amis et la même amoureuse, Amy Schneiderman. Les quatre destins prennent des chemins divergents et les relations entre les personnages diffèrent d'une version à l'autre. L'arrière-plan du roman évoque les événements historiques dans les années 50 et 60 : la guerre du Vietnam, les luttes pour les droits civiques, la saga Kennedy, les émeutes de Newark. Ce roman "gigogne", "sophistiqué dans la forme", rappele les obsessions de l'écrivain américain : "bifurcations du destin, jeux vertigineux de l'identité et du hasard". Bravo à Odile d'avoir lu ces 1096 pages ! Pour découvrir cette magnifique création littéraire, il faut donc se donner du temps à soi... Ce n'est pas toujours facile quand d'autres écrivains nous attendent avec impatience... Pascale a lu "Mr Vertigo", publié en 1994. Même si elle n'apprécie pas la fantaisie dans les romans, elle a bien apprécié Walt, le personnage principal, un jeune orphelin élevé par un oncle méchant. A 9 ans, il est recueilli par un maître, Maître Yéhudi, qui lui promet de lui apprendre à voler. Il va rencontrer Madame Sioux, une femme indienne et Esope, fils d'une esclave morte en couches. Il va se passer beaucoup d'événements pour le jeune Walt. Va-t-il réussir à voler ? Il faut lire ce roman baroque et loufoque pour le savoir. Geneviève a lu "La nuit de l'oracle", publié en 2004. Très difficile à résumer, elle a trouvé ce roman un peu complexe dans sa construction mais malgré cette difficulté de lecture, elle l'a trouvé intéressant. Les personnages "créent une mise en abîme : l'auteur prend un écrivain pour personnage principal, qui lui-même prend un éditeur comme pilier du livre qu'il va écrire". Paul Auster interroge le mystère de la création littéraire. (La suite, demain)

mercredi 27 novembre 2024

Le goût des musées, Paris, le Petit Palais

 Le Petit Palais, face au Grand Palais, est sorti de terre en 1900 pour l'Exposition universelle de Paris. Il est ensuite devenu le musée des Beaux-arts en 1902 pour abriter les riches collections de la ville de Paris. Pendant plus de vingt ans ont été nécessaires pour décorer les salles immenses de l'édifice. J'ai donc vu récemment deux belles expositions temporaires : celle consacrée à Jusepe de Ribera et l'autre à un peintre suédois, Bruno Liljefors. Je connaissais un peu Ribera (1591-1652), peintre espagnol du qui fit toute sa carrière en Italie. Les critiques le qualifient d'héritier du Caravage. Ses tableaux révèlent un réalisme cru dans une "gestuelle théâtrale". L'utilisation du clair-obscur amplifie un "ténébrisme extrême". Baudelaire et Manet admiraient cet artiste torturé. Plus d'une centaine de peintures, dessins et estampes, venus du monde entier, montrent la dimension baroque et audacieuse de ce peintre italo-espagnol. Une redécouverte pour moi : des scènes mythologiques et religieuses, des anges protecteurs, des natures mortes et même des paysages étonnants. Un deuxième peintre d'un univers complétement différent a attiré mon attention. Il s'agit de Bruno Liljefors, un artiste suédois incontournable de la peinture scandinave de la fin du XIXe siècle. Les peintures sont dédiées à la nature et aux animaux qui la peuplent. Passionné par le monde vivant, il dessine à merveille des tétras, des balbuzards, des chardonnerets, etc. Les oiseaux le passionnent en particulier. Ses recherches picturales sont basées sur le traitement de la lumière et de l'atmosphère. Cette ambiance hivernale, neigeuse et naturelle m'a rappelé mon séjour à Stockholm, une ville fabuleuse, un joyau de l'Europe du Nord. Les collections permanentes du Petit Palais sont aussi très intéressantes. Ce musée possède un jardin, un havre de paix, organisé autour de trois bassins, pavés de mosaïques aux tesselles bleues et dorées. Après une longue visite, un café-restaurant accueille le public visiteur. J'avais envie de raconter dans ce blog mes musées parisiens préférés. Je peux citer évidemment le plus beau, le plus grandiose, le plus riche : le Louvre, un monde en soi, la planète de l'art mondial, un lieu magique. Paris, même si la ville est parfois invivable, offre tout de même une offre culturelle exceptionnelle dans sa gamme de musées. Un chiffre astronomique : 62 musées ! Qui dit mieux ? 

lundi 25 novembre 2024

Le goût des musées, Paris, l'Orangerie

 Le musée national de l'Orangerie est situé dans le jardin des Tuileries, du côté de la place de la Concorde. Rattaché depuis 2010 au musée d'Orsay, il présente exclusivement des peintres impressionnistes et postimpressionnistes. Construit en 1852 comme une serre, l'édifice servait à stocker les orangers du jardin des Tuileries. Evidemment, les touristes se précipitent tous vers les "Nymphéas" de Claude Monet et Clemenceau sera l'artisan de l'installation des huit tableaux dans deux salles ovales, soit au total, 91 mètres linéaires de nymphéas. Si je le visite une fois par an, j'ai surtout une bonne raison : retrouver les quinze tableaux de Paul Cézanne que j'admire beaucoup. Mais, j'ai appris que tous ces tableaux partent pour deux ans en... Asie ! Je me suis donc contentée de l'exposition Heinz Berggruen, un marchand et sa collection : Picasso, Klee, Matisse, Giacometti du musée d'art moderne de Berlin. Ce marchand d'art a fui l'Allemagne en 1936 en raison des persécutions nazies. Il ouvre une galerie à Paris et constitue une collection d'art moderne qu'il lègue à l'Etat allemand. Ce mécène a rencontré Picasso par l'entremise de poète Tristan Tzara et dans l'exposition, les nombreuses facettes du peintre espagnol sautent aux yeux : figuratif, cubiste et même surréaliste parfois dans ses portraits de femme. J'ai remarqué aussi les sculptures de Giacometti, des silhouettes filiformes en proie à une solitude existentielle qui se croisent sans se rencontrer. Je n'ai pas oublié de revoir Modigliani, Derain, Matisse, etc. J'ai quitté ce beau musée à la nuit tombée en profitant de l'ouverture en nocturne du vendredi. J'ai traversé le jardin des tuileries avec ses lampadaires et ses arbres illuminés. La foule des touristes avait déserté ce lieu magique en fin de journée et j'avais l'impression que les statues se réveillaient et marchaient vers moi. Paris provoque parfois des mirages fantasmatiques : voir Louis XIV déambuler dans les allées, ou Marie-Antoinette, et Diderot, et Voltaire. Je ressens le même phénomène quand je traverse le jardin du Palais royal car j'imagine ma chère Colette humant les massifs de fleurs et discutant avec son ami, Jean Cocteau. Paris était le paradis des écrivains et aujourd'hui ?