Comme je cherchais un roman sur Paris dans le cadre de l'Atelier sur les villes européennes, j'avais pensé à "Claudine à Paris". Il y a deux ans, nous avions lu Colette comme une écrivaine incontournable de la littérature française et à cette occasion, j'ai relu beaucoup de ses livres dont le délicieux, "Claudine à l'école", un chef d'oeuvre miniature sur l'école de la République. Un bijou littéraire. Colette me ravit toujours autant et j'ai relu "Claudine à Paris" pour le proposer aux lectrices. Mais, finalement, j'ai opté pour Hemingway, "Paris est une fête". Dans ce roman, Claudine évoque Paris mais trop peu à mon goôt à part les feuilles des arbres du Luxembourg qui "sentent le charbon". La jeune fille de dix-sept ans se retrouve rue Jacob dans un appartement sombre entre deux cours. Son père a décidé de s'installer à Paris. Refusant de sortir dans cette ville inconnue, elle se calfeutre dans sa chambre et finit par tomber malade. Elle songe à ses chères amies dans son village natal. Mais, un jour, elle reçoit la visite de son cousin, Marcel, qui a le même âge qu'elle. Celui-ci l'initie à la vie parisienne d'autant plus qu'il entretient une liaison avec un ami, fait scandaleux à l'époque. Le père de Marcel, Renaud, fait sa connaissance et peu à peu, s'instaure entre la narratrice et cet homme séduisant bien plus âgé qu'elle, une relation de fascination. Ce cousin de quarante ans (déjà un homme bien mûr à l'époque) l'emmène à l'opéra, dans les cafés et dans son milieu bourgeois. Ils finissent par tomber amoureux l'un de l'autre et ce parcours rappelle la relation maritale entre Colette et son premier mari, Willy. Comme dans toute l'oeuvre de l'écrivaine, la transgression opère sous sa plume. Déjà, elle évoque sans tabou l'homosexualité avec son petit cousin, la différence d'âge dans le couple. La petite Claudine accepte la demande en mariage de son cousin quadragénaire. Il me reste à relire cet été la suite des aventures de Claudine : "Claudine en ménage" et "Claudine s'en va". Des moments de lecture jubilatoires. Colette, notre sublime dame de la littérature française du XXe siècle.
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mardi 18 juin 2024
lundi 17 juin 2024
Rubrique cinéma, "Gloria" de Margherita Vicario
La réalisatrice, Margherita Vicario, a voulu rendre hommage aux compositrices italiennes anonymes dans son film, "Gloria". Elle précise : "En retraçant l'histoire des compositrices italiennes et européennes, la découverte qui m'a le plus intriguée a été le monde fascinant des quatre Ospedali de Venise et des Figlies di Choro". Dès les premières images, le rythme du film, un ryhtme musical vivace et vivaldien éclate au grand bonheur des spectateurs et spectatrices. Comment ne pas apprécier ce bijou de film italien ? Un orphelinat près de Venise, des jeunes filles énérgiques, vouées à la musique, un pianoforte, un compositeur décati en panne d'inspiration. A l'époque, ces orphelines recevaient une formation musicale d'excellence. Le plus connu d'entre eux, l'Ospedale della Pieta, était célèbre car le "prêtre roux", Vivaldi, enseignait son art dans cette Venise baroque. Dans l'institution en question, une jeune fille va jouer un rôle majeur : Teresa, une servante muette à l'oreille musicale absolue. Elle a été violée par le maître du domaine et son enfant a été adopté par le couple. Sa passion de la musique se manifeste à tout moment. Le compositeur de l'orphelinat reçoit en cadeau un pianoforte qu'il cache dans une cave. Teresa le découvre et l'apprivoise avec un talent inné. Peu à peu, les jeunes orphelines rejoignent Teresa pour écouter sa "nouvelle" musique anachronique. L'une d'elles, Lucia, compose elle-même des partitions qui restent toujours dans le tiroir. Ce rôle est inspiré, selon la réalisatrice, par la seule compositrice orpheline dont l'oeuvre a survécu jusqu'à nos jours, Maddalena Laura Lombardini Sirment. Margharita Vicario avoue dans un entretien : "J'ai pris beaucoup de soin, en général, à la vraisemblance de cette histoire même si, à vrai dire, elle est parsemée d'écarts fantastiques et de sauts musicaux dans le temps". Ce film d'époque à la chorégraphie impeccable raconte une belle histoire de solidarité féminine à travers la musique baroque, toujours enthousiasmante. En sortant du cinéma, j'avais les notes du Gloria de Vivaldi dans la tête et Vivaldi, c'est la quintessence de l'Italie ! Un film charmant et musicalement inspiré.
jeudi 13 juin 2024
"L'allégement des vernis", Paul Saint-Bris
Paul Saint-Bris vient d'écrire son premier roman, "L'allégement des vernis", édité chez Philippe Rey. En général, je lis très peu de premiers romans mais j'ai fait une exception avec celui-ci. Le sujet m'intéressait car un roman sur le Louvre et sa Joconde ne pouvait pas me laisser indifférente. Ce tableau légendaire, mythique, attire des millions de touristes dans ce musée, l'un des plus beaux du monde. Mona Lisa symbolise la beauté absolue : "Elle est l'art, sa figure incarnée. Ils la miment, la copient, l'adulent ou la détestent. Ils n'en détournent jamais le regard". Chaque fois que j'ai vu Mona, la foule m'a empêchée de l'admirer. Je l'ai approchée avec plus d'attention dans une visite pendant la saison du Covid où le Louvre était déserté. Et c'est vrai que ce tableau dégage une aura indescriptible. Dans le roman, la directrice du Louvre, plus managériale que patrimoniale, a décidé de restaurer la toile recouverte de plusieurs couches de vernis qui ont déposé un filtre de couleur verdâtre. Pour raviver ses couleurs, son éclat et sa luminosité, l'équipe du Louvre et des spécialistes de l'art se mettent d'accord pour cette restauration. Le responsable du Département des Peintures, Aurélien, reste toutefois dubitatif. Faut-il rajeunir l'icône ou la laisser marquée dans la patine du temps ? Cette décision provoque des débats sans fin car elle entraîne des "répercussions planétaires". Aurélien, pourtant réticent, choisit malgré tout Gaetano Casini, un restaurateur florentin expérimenté et compétent. L'intrigue se concentre sur le discret Aurélien, Conservateur et spécialiste de la peinture italienne et sur le fantasque Gaetano, avide de créer sa Mona Lisa à lui. Entrent aussi en scène un certain Homero, un technicien de surface, amoureux des statues et surtout de Mona Lisa, la directrice du musée, entreprenante et folle de marketing avec toujours plus de visiteurs jusqu'à la saturation des espaces (9 millions de visiteurs par an !). Avec un style agréable et rythmé, Paul Saint Bris raconte le monde du Louvre, ses enjeux commerciaux au détriment de la protection des oeuvres. Gaetano se met au travail et s'attaque aux vernis successifs mais, jusqu'où va-t-il aller ? Aurélien le surveille pendant cette restauration jusqu'à la surprise finale. Le regard acéré et ironique de l'écrivain sur l'art et sur le Louvre m'a vraiment amusée et ce premier roman a été remarqué par les critiques et a obtenu le Prix Orange du livre. Un très bon roman à découvrir.
mardi 11 juin 2024
Escapade en Bretagne, Concarneau, 2
Dans la Ville close, j'ai visité le musée de la Pêche où j'ai vu des maquettes, des films documentaires, des photographies qui racontent l'épopée de Concarneau. Ce musée ethnographique possède un atout majeur : la visite d'un chalutier, l'Hémérica, datant de 1956, amarré au quai. J'ai ainsi découvert l'intérieur du chalutier : la cuisine minimaliste, les chambres couchettes, la salle à manger, et la salle des machines. Ce bel objet patrimoinial témoigne de la vie rude et difficile des pêcheurs bretons. Un autre musée a attiré mon attention : le Marinarium. Cet ancien vivier-laboratoire de biologie marine, créé en 1859, est devenu un centre de recherche, doublé d'un aquarium marin. J'ai pu ainsi observer du plancton, des hippocampes, des méduses, des poissons locaux et autres espèces. Comme j'aime les aquariums (surtout celui de Biarritz), je ne manque jamais une visite dans ces lieux, veritables fenêtres sur l'océan. En fin de journée, j'ai profité du temps qui me restait pour arpenter "ma plage" des Sables Blancs à la recherche de coquillages. Regarder les mouettes dans leurs valses perpétuelles entre le ciel et la mer m'enchante toujours autant. Cette escapade bretonne s'est donc terminée le lendemain avec un sentiment de nostalgie, lié au départ. Quand je quitte le bord de mer, j'éprouve la perte de ce sentiment océanique. Je me souviendrai dorénavant de la Presqu'île de Crozon et de ses caps, de Camaret-sur-Mer, de Douarnenez, de Quimper, de Pont-Aven, de Concarneau. J'ai apprécié l'alliance de la nature et de la culture, la beauté des paysages et des villages, des ports de pêche et de plaisance, la présence sacrée des enclos paroissiaux, le silence des hautes falaises, le mystère des dolmens, l'infini des plages, la Bretagne détient un charme d'une France préservée, authentique. J'ai eu la chance de bénéficier d'une météo clémente malgré quelques pluies ponctuelles brèves. Le mois de mai, un mois idéal pour visiter ce coin de France si attachant. On est loin du "bling-bling" de la Côte d'Azur et même de "ma Côte basque". L'année prochaine, je repars en Bretagne visiter le Morbihan et je sais que je serai de nouveau sous le charme...
lundi 10 juin 2024
Escapade en Bretagne, Concarneau, 1
J'ai passé deux jours à Concarneau pour profiter au maximun de l'air marin avant de retrouver la Savoie. J'ai déniché un hôtel vraiment charmant et original devant la mer, le Kermor, transformé en habitacle maritime. Tout le mobilier provenait des bâteaux : salle de bain, salon, tables de chevet, bibliothèques. Le moindre petit objet rappelait l'attraction irrésistible de la mer, si proche, si belle. Le propriétaire, peintre amateur, n'a pas hésité à exposer tous ses tableaux dans les chambres et dans les espaces collectifs. J'ai ainsi vécu avec des énormes langoustes au dessus du canapé. Il avait aussi choisi de peindre des navires dans un format assez exceptionnel. Cet effet "kitsch" donnait à l'hôtel un effet "cooconing", intimiste, chaleureux. Même pour accéder à la plage des Sables blancs, la porte métallique ressemblait à un porte de sous-marin. Une illusion réussie avec le sable aux pieds de l'hôtel. J'étais sur un navire sans éprouver le mal de mer ! Aucun tangage et les vagues lèchaient la terrasse à marée haute. J'ai lu dans un journal que l'hôtel en question risquait la submersion dans les années à venir à cause du changement climatique. La Ville close de Concarneau connaîtra le même sort, semblent dire les spécialistes. Dans un dépliant de l'hôtel, une socièté organisait des sorties en mer. J'ai appelé l'animateur sans succès mais il m'a rappelée pour me proposer une balade dès 11h du matin avec un groupe d'employés de l'usine Mercedes. Evidemment, j'étais partante et c'est ainsi que j'ai découvert Concarneau grâce au bateau "Popeye" des Croisières bleues transportant une trentaine de touristes. Le guide, Frédéric, possèdait un humour bon enfant, et nous racontait l'histoire des navires à quai, des belles demeures du bord de mer aux prix inabordables. Il a fait rire tous les participants de la balade et nous avons admiré la ville close avec ses remparts séculaires. Le bateau avalait les vaguelettes avec une forte pente ascendante et descendante. Nous croisions de très beaux voiliers qui frôlaient notre "Popeye". Après la balade, j'ai visité le coeur battant de la ville en déambulant dans les ruelles et sur les remparts. Berceau historique de la ville, la Ville close mesure 350 mètres de long sur 100 mètres de large. Ce superbe ensemble fortifié par Vauban est dominé par un beffroi, doté d'un cadran solaire et coiffé d'une girouette en forme de navire. Après une pause gourmande dans une crêperie où j'ai dégusté des crêpes originales, j'ai poursuivi ma découverte de Concarneau.
jeudi 6 juin 2024
Escapade en Bretagne, de Quimper à Pont-Aven
A Pouldrezic, j'ai visité en fin de journée un petit musée privé, le musée de l'Amiral, dont le propriétaire guidait les très rares curieux du moment. Ce monsieur, ancien propriétaire de l'hôtel voisin, a collectionné lors de ses voyages annuels plus de 14 000 coquillages de tous les pays. Comme j'aime beaucoup les coquillages, j'étais ravie d'admirer les vitrines regorgeant de ces animaux encoquillés. Plus de deux cents oiseaux empaillés, des fossiles, des coraux, des minéraux, des os de baleine complétent cette collection unique en Bretagne. Evidemment, ce petit musée n'avait rien à voir avec un musée institutionnel de sciences naturelles. Mais, c'était bien sympathique de discuter avec le directeur qui a voué sa vie à ce projet personnel et singulier. Après cette étape dans la baie d'Audierne, j'ai mis le cap sur Quimper. Cette ville, la capitale historique de la Cornouaille possède un patrimoine historique et architectural remarquable : la cathédrale Saint-Corentin de style gothique flamboyant, de somptueuses maisons à colombages, le jardin du Prieuré, des rues calmes et fleuries. Je suis surtout venue à Quimper pour visiter le Musée des Beaux Arts avec ses vingt salles et ses 650 oeuvres exposées. Rénové en 1993, il présente des tableaux des écoles flamande, hollandaise, espagnole, italienne. J'ai aussi vu trois toiles de Geneviève Asse que j'apprécie beaucoup. Au premier étage, des salles sont consacrées à l'école de Pont-Aven dont le sulfureux Paul Gauguin, Maurice Denis, Paul Sérusier sans oublier Yves Tanguy et l'école de la peinture bretonne. Un musée vraiment important pour découvrir des peintres parfois moins connus du public mais très intéressants. Deuxième étape artistique de la journée : Pont-Aven. Connu surtout pour la peinture, le village s'énorgueillit de sa biscuiterie Traou Mad et dans le centre du village, des boutiques gourmandes permettent d'acquerir ces biscuits succulents. Paul Gauguin s'est installé dans le hameau en 1888 pour retrouver son ami peintre, Emile Bernard. Le musée est installé dans l'ancien hôtel Julia, cette dame Julia recevait les artistes qui ont formé l'Ecole de Pont-Aven. Dans ce musée très bien rénové, se côtoient Gauguin, Sérusier, Emile Bernard, Maurice Denis. Une exposition temporaire se terminait en fin mai et j'ai donc découvert une femme peintre que je ne connaissais pas : Anna Boch. Artiste belge, mélomane, collectionneuse, mécène et voyageuse passionnée, elle menait une vie très libre pour son époque. Influencée par Paul Signac et par Georges Seurat, ses tableaux impressionnistes dégagent un charme lumineux. J'étais ravie de découvrir cette peintre. Pour la pause restaurant, j'ai suivi les conseils d'un guide et j'ai déjeuné aux "Trois Buis", une adresse gourmande où trois soeurs d'un âge certain accueillent avec beaucoup de gentillesse les visiteurs de passage. Pont-Aven, une petire cité d'art avec sa rivière furieuse, l'Aven, qui coule parmi des rochers granitiques.
mercredi 5 juin 2024
Escapade en Bretagne, de Douarnenez à Pouldreuzic
J'ai consacré le vendredi matin au Cap Sizun et à la Pointe du Raz, deux balades régénératrices ! J'ai une préférence pour le Cap Sizun dans la commune de Goulien, resté sauvage et peu aménagé pour le tourisme : un paradis pour les oiseaux marins, une réserve naturelle depuis 1959, des sentiers balisés, des hautes falaises de granit, des fleurs jaunes de bruyère, des marguerites sur la lande, un vent léger, un ciel teinté de bleu et de nuages, et surtout un silence impressionnant, d'une qualité rare. Une marche tonique dans ce panorama unique, naturel, magique ! Aucune foule le matin et quand on se croise sur les sentiers, des salutations entre "marcheurs" modestes ou chevronnés montrent une exquise éducation, bien perdue de nos jours ! La Pointe du Raz ne présente pas la même atmosphère de liberté et de solitude car le site a été aménagé pour un tourisme de masse, plus de 800 000 visiteurs par an : cars entiers, parkings payants, restaurants, boutiques de souvenirs. Au bout du chemin tout de même préservé qui mène à la pointe, le panorama conserve toute sa magie avec le phare de la Vieille et l'île de Sein au loin. Je me suis aussi baladée sur la Baie des Trépassés, une plage magnifique que les surfeurs apprécient. J'en ai croisé quelques uns et je me croyais presque à Biarritz, mon pays natal. Dans ce décor marin et granitique, une légende raconte la présence d'une ville engloutie, la ville d'Ys. J'ai scruté l'horizon mais, malheureusement, je ne l'ai pas aperçue ! Elle restera à tout jamais une ville légendaire. Je suis repartie vers Plogoff où j'ai dégusté deux crêpes succulentes. Ne pas manger des crêpes en Bretagne est une hérésie ! Comme je devais séjourner à Pouldreuzic dans la baie d'Audierne, j'ai visité sur ma route la nécropole néolithique du Souc'h de Menez Dregan à Plouhinec. Ces vestiges datent de - 3 500 avant J.C. et se composent de cinq dolmens. Dans les fouilles récentes, les archéologues ont trouvé des poteries, des silex, des haches, des perles et des vases qui accompagnent les défunts dans l'au-delà. Ces traces humaines si lointaines me procurent toujours une émotion sur le vertige du temps et aussi sur la naissance de la civilisation humaine. A quelques kilomètres de là, une deuxième sépulture néolithique, l'allée couverte de Pors Poulhan, comporte seize piliers sur deux rangs recouverts de dalles sur une vingtaine de mètres et haute de deux mètres. Les deux sites épousent le panorama sur l'océan et on peut les visiter à tout moment car ils ne sont pas intégrés dans un site clos. Je suis étonnée que ces traces du passé ne portent aucun graffiti, ni aucune détérioration. La Bretagne respecte son patrimoine !