samedi 3 février 2024

"Qui-vive", Valérie Zenatti

 Valérie Zenatti, traductrice du grand écrivain israélien, Aharon Appelfield, vient d'écrire, "Qui-vive", publié chez l'Olivier. Mathilde, professeur d'histoire et de géo, vit à Paris avec un mari idéal, Julien, et une fille adorable, Lola. Malgré ce bonheur familial éclatant, elle ressent une certaine inquiétude et devient insomniaque en perdant aussi le sens du toucher. Le monde devient fou avec la guerre en Ukraine et la pandémie. Son grand-père décède dans une maison de retraite et elle découvre dans sa chambre des feuillets énigmatiques, une sorte de conte. Qui a écrit ce texte ? Elle est persuadée que son aïeul ne l'a pas composé. Elle éprouve une passion musicale pour le chanteur Léonard Cohen qu'elle visionne dans une vidéo quand il se trouve en Israël dans les années 70. Sa décision est prise : elle veut marcher sur les traces de l'artiste dans ce pays si compliqué, sa terre familiale. Entre la France et Israël, le choc culturel s'avère rude. Son errance se déroule entre Tel Aviv, Capharnaüm et Jérusalem.  Les rencontres hasardeuses de son périple en solo augmentent son inquiétude devant un pays composé de multiples contradictions. La narratrice, qui parle l'hébreu, découvre une réalité tendue et fissurée par la violence. Elle retrouve un cousin qu'elle a connu dans son enfance et ne reconnaît que son regard tellement il a changé. Un jardinier, amoureux de ses arbres, lui raconte sa vie à l'écart du monde. Edna la percute avec sa bonté. Ces rencontres chaleureuses lui donnent la foi en l'humanité : "La joie de la rencontre, c'est la joie dans la confiance dans l'humanité". Dans un contexte aussi délicat, elle passe la nuit dans un char abandonné. La guerre est là, en permanence : "Comment on se remet en route après chaque choc, il y en a tant ici". L'écrivaine oppose au chaos, une voix  plus optimiste avec ce roman qui résonne après l'horrible attentat des barbares islamistes du 7 octobre. Je ne révèlerai pas la fin du roman où la narratrice va vivre le point d'orgue de la violence humaine. Ce texte d'une écriture vibrante se lit avec beaucoup d'intérêt et nous fait découvrir une réalité complexe, celle d'Israël,  si proche et si lointain à la fois. Face à des dangers imminents, la narratrice rappelle aussi le livre de l'historien Flavius Josèphe, 'La Guerre des Juifs" et elle établit un parallèle avec l'Histoire contemporaine. Comment préserver la vie en temps de guerre ? Valérie Zanetti donne une réponse consolante dans ce texte étonnant et profond. 

vendredi 2 février 2024

"Brûlant secret", Stefan Zweig

Après la biographie de Balzac, j'ai repris la Pléiade de Stefan Zweig qui comporte 36 textes, un recueil avec les meilleures traductions. Pour découvrir le génie de cet écrivain autrichien, il suffit d'ouvrir le livre et de picorer dans cette mine d'or. Publié en 1911, "Brûlant secret" est une de ses meilleures nouvelles. Un baron mondain, un séducteur cynique, se retrouve en villégiature dans une ville thermale de montagne. Il finit par choisir sa proie, une femme, Mathilde, assez ronde et bien bourgeoise, accompagnée de son fils. Comment attirer son attention ? Avec son esprit de manipulation, il remarque le jeune garçon, Edgar, avec lequel il va créer un climat de confiance. Se joue alors dans les lignes fébriles, fiévreuses de la nouvelle, les réactions, les sensations du jeune garçon. Celui-ci s'ennuie énormément dans cet hôtel huppé pour adultes. Quand il commence à fréquenter le baron, sa vie d'enfant devient plus passionnante. Il se met même à croire à l'amitié du baron à son égard. En même temps, cet homme dissimulateur avance ses pions avec la mère de l'enfant. Mathilde, déjà dans sa maturité, se sent très flattée d'attirer cet homme plus jeune qui la supplie d'avoir une liaison avec lui. Edgar se sent délaissé et comprend la trahison du baron. Ce "brûlant secret" entre adultes met le jeune garçon dans un état de colère et de révolte. Il observe sa mère qu'il ne reconnaît plus quand elle est en compagnie du baron. Se sentant abandonné, il enrage et veut contrarier les plans amoureux du baron. Comme il voit sa mère lui échapper, il fuit l'hôtel et malgré son jeune âge, il réussit à prendre un train pour se réfugier chez sa grand-mère. Sa mère va prendre conscience de son égarement passager et arrêter cette relation adultère ridicule avec le baron trompeur. Je ne relaterai pas les retrouvailles de la famille pour maintenir l'intérêt de cette nouvelle. Stefan Ewzig décrit la jalousie d'Edgar, sa passion subite pour le baron, les jeux du chat et de la souris entre les trois protagonistes avec une dramaturgie palpitante. Edgar devient le symbole du passage entre l'enfance et l'âge adulte. Lui, si innocent apprend la duplicité de sa mère et du baron. Une très bonne nouvelle à découvrir pour constater l'influence aussi de la psychanalyse dans l'oeuvre de Stefan Zweig. Un régal de lecture. 

jeudi 1 février 2024

Haro sur Sylvain Tesson

 Une polémique est née récemment concernant Sylvain Tesson. Cet écrivain voyageur aux tirages exceptionnels (500 000 exemplaires pour "La Panthère des neiges") a été choisi par la directrice du Printemps des Poètes, Sophie Nauleau, pour parrainer cette manifestation (elle a démisionné depuis). Un honneur pour lui et pour la poésie. Quelques jours plus tard, un quotidien français diffuse une tribune signée par mille deux cents poètes, écrivains, libraires, éditeurs s'opposant à cette nomination contestable à leurs yeux, car disent-ils, Sylvain Tesson représente une tendance politique honnie et insupportable, l'extrême droite. Il a soi disant écrit une préface à un roman de Jean Raspail, (ce qui est faux) et il fréquenterait des amis de la sphère "Bolloré", etc. Ce milieu littéraire, très soucieux d'une morale républicaine sans faille, ne supporte plus les écrivains libres, solitaires et indépendants de tous les dogmes. Sylvain Tesson ressent certainement une envie de fuite depuis des lustres devant tant d'embrouilles politiciennes. J'ai entendu récemment une émission sur France Culture, "Signes des temps" avec l'excellent Marc Weitzmann. Il avait invité des signataires de la tribune et des défenseurs de Sylvain Tesson. Une jeune poétesse et un écrivain inconnu dénonçaient l'emprise de l'extrême-droite dans les médias. Leur paranoia anti-fasciste les rendaient nerveux et agressifs et leur haine de cet écrivain baroudeur semblait outrancière et bien inquiétante. William Marx, un grand spécialiste inconstestable de la littérature, prônait la liberté des écrivains, une liberté indispensable, totale pour la création littéraire. Nul besoin de porter le drapeau de tel ou tel mouvement politique engagé. On a encore le droit en France de préferer la légéreté d'être à la Milan Kundera à la loudeur des sectaires à la Annie Ernaux (hélas) ! Les lecteurs et les lectrices peuvent encore choisir leurs lectures sans penser aux penchants politiques des écrivains et écrivaines. Donc, il faudrait mettre dans "l'enfer" des bibliothèques et des librairies ceux et celles qui osent penser par eux-mêmes sans tenir compte des engagements politiques. Plus de Baudelaire, le libertaire, de Céline l'antisémite, de Chateaubriand, le royaliste, de Flaubert, l'élitiste, de George Sand, l'anticommunarde, etc. Sylvain Tesson appartient à la catégorie des hommes qui ressentent une nostalgie du passé. Cette tribune insensée et injuste l'accuse d'être réactionnaire, passéiste, misanthrope. Et alors ? Ont-ils lu quelques lignes de ses ouvrages ? En aucun cas. Dans "La panthère des neiges", l'écrivain vagabond, préfère la géographie à l'histoire, la solitude à la multitude, la nature aux villes. Sa vision de la vie s'avère poétique et non politique. Point final. Si j'étais Sylvain Tesson, je tournerais le dos au Printemps des Poètes et je partirais en voyage, un long voyage loin de la France et loin des tribunaux médiatiques intolérants. S'attaquer à un écrivain quelque soit ses idées montre bien l'intolérance de ce petit milieu parisien nombriliste. Pour ma part, je ne censure pas Sylvain Tesson et je continuerai de le lire en toute liberté ! 

lundi 29 janvier 2024

"Balzac, le roman d'une vie", Stefan Zweig, 2

Balzac menait une vie de forçat des mots à Paris, cette ville qui constitue aussi un des personnages principaux de sa "Comédie humaine". Stefan Zweig nous raconte, avec son talent romanesque particulier, le quotidien éprouvant de l'écrivain français. La biographie déborde de détails concrets sur les conditions matérielles pour créer une atmosphère intimiste et créative chère à Balzac : des livres autour de lui, des plumes bien taillées, des feuilles blanches, une bougie, sa cafetière. Dès que Balzac s'enferme pour écrire la nuit, surtout la nuit, il se consacre à son projet : "Dès l'instant où Balzac se met à travailler, il n'existe plus rien de réel autour de lui que ce qu'il crée". Il commence à composer un drame sur Cromwell, une tragédie ratée mais il ne se décourage guère tellement une folle énergie l'anime dans tout son être. Il se met à composer des romances historiques à la Walter Scott, sous forme de feuilletons, très à la mode à cette époque. Pendant des années, il sera "scribe" au service des autres. Cet apprentissage dans l'écriture prépare sa Comédie humaine. Ce jeune homme traverse des crises : "Je n'ai que deux passions, l'amour et la gloire et rien n'est satisfait". L'amour alors ? Quelle place dans son quotidien ? Le jeune homme cherche toujours une "veuve, une riche héritière" pour sortir de sa galère financière. Il tombe souvent amoureux de femmes plus âgées que lui comme Madame de Berny et de sa mystèrieuse Madame Hanska, la lointaine Ukrainienne. Et il aura aussi dans sa vie de nombreuses maîtresses parisiennes. Avec ses déboires financiers, il dira plus tard : "A toutes les époques de ma vie, mon courage s'était trouvé supérieur à mes misères". A trente ans, il signe enfin son premier roman de son nom, 'Le dernier chouan" et pendant vingt ans, ce geant de la littérature mettre toute son énergie, tout son génie au service de la "Comédie humaine" avec ses 90 romans ! Stefan Zweig, écrivain lui-même, décrit une vie de galérien au détriment de sa vie personnelle. Sa vraie famille, au fond, se nomme Eugénie Grandet, Rubempré, le Père Goriot, Louis Lambert, le Colonel Chabert. Il aura inventé plus de 4 000 personnages dans la "Comédie humaine". Honoré de Balzac a écrit "Les Mille et une nuits de l'Occident" nous rappelle Stefan Zweig, toujours empathique, compréhensif voire complice envers son biographé. L'ouvrage fourmille de détails sur Balzac, l'écrivain mais aussi sur ses relations familiales, amoureuses et amicales. Les commentaires de Zweig sur la "méthode" balzacienne éclaire à merveille cette nouvelle planète littéraire au XIXe. Imaginons ce siècle sans Balzac, c'est inimaginable... "La Comédie humaine", un projet démesuré, titanesque, gigantesque que seul l'écrivain pouvait réaliser au détriment de sa propre santé. Il mourra le 18 août 1850 à 51 ans et l'on raconte que le café l'a tué car il en buvait 50 tasses par jour ! Cette biographie passionnante se lit comme un roman balzacien !

jeudi 25 janvier 2024

"Balzac, le roman de sa vie", Stefan Zweig, 1

Comme j'ai choisi Stefan Zweig pour l'Atelier de Littérature de février., j'ai commencé mon marathon de lectures et relectures diverses, surtout des nouvelles courtes ou plus longues et des biographies. J'ai lu avec beaucoup de plaisir son "Balzac, le roman de sa vie", publié en 1946 et disponible en Livre de Poche. Comme j'ai fêté depuis deux ans mes retrouvailles avec "mon Honoré", j'avais envie de découvrir la biographie de Zweig. Que peut raconter Zweig sur Balzac ? Il existe des dizaines de biographies sur cet écrivain français, l'un des plus grands du XIXe siècle. Et quand j'ai commencé cet ouvrage, je ne l'ai plus quitté tellement il est passionnant à lire et révèle des détails de sa vie que j'ignorais. Une question domine dans cette biographie : comment devient-on Honoré de Balzac ? Par quels sortilèges ou par quels hasards, le jeune Balzac s'est-il jeté à corps perdu dans l'écriture ? Stefan Zweig offre des clés de compréhension sur cette vocation littéraire. Pour gagner son pain quotidien, il a exercé des professions diverses : notaire, journaliste, éditeur et surtout feuilletonniste dans plusieurs publications anonymes. Avant de se lancer dans la littérature, Stefan Zweig rappelle qu'un écrivain doit cumuler beaucoup d'expériences et de contacts pour fabriquer son univers romanesque. Il plonge avec une lucidité exarcerbée une réalité sociologique pour nourrir ses futurs textes, des projets ambitieux, "des projets de gloire". Cette traversée de milieux différents lui sera salutaire dans sa connaissance des moeurs de l'époque. Le biographe soutient la thèse des multiples expériences de vie où le regard acéré de Balzac observe cette "Comédie humaine" : il va "extraire du fouillis, des événements les éléments purs, du désordre l'harmonie, de la vie telle qu'elle paraît l'essence de ce qu'elle est". Non seulement, il a déjà un beau vécu à trente anx car il veut sans cesse s'enrichir en s'accordant des "intermèdes commerciaux" qui lui ont fait perdre beaucoup d'argent. Et l'argent, ce sacré argent, joue un rôle majeur dans l'oeuvre balzacienne. Toute sa vie sera marquée par l'emprunt et par les dettes. Il cherchera en vain des solutions miracles dans des affaires hasardeuses dont l'exploitation des mines en Sardaigne ! Son idéalisme et son romantisme naturels se mêlent à un réalisme cru et rude, acquis dans ses déplorables projets financiers. Tout au long de sa vie,  il rêve même de se marier avec une veuve riche pour enfin connaître la fortune ! Ses romans s'inspirent d'individus réels qu'il a rencontrés et il produit au fil des pages des types comme Rastignac, l'arriviste, le Père Grandet, l'avare, le Père Goriot, l'amour paternel, Vautrin, le criminel, la cousine Bette, la haine et tant d'autres personnages emblématiques de sa Comédie. Le génie romanesque de Balzac se situe dans sa trouvaille de représenter la "totalité du genre humain" et de retrouver certains personnages dans la suite des romans. L'écrivain cherche à organiser le "chaos" social en un "système cohérent", une idée d'une "substance motrice universelle".  Mais comment vivait notre illustre Balzac ?(La suite, demain)

mardi 23 janvier 2024

Atelier Littérature, 3

 La deuxième partie de l'Atelier Littérature était consacrée aux coups de coeur, ces lectures libres, choisies par les amies lectrices. Annette nous a présenté le prix Médicis Etranger en 2023, obtenu par une écrivaine de la Corée du Sud, Han Kang, "Impossibles adieux", publié chez Grasset. Les deux protagonistes de cette histoire se nomment Gyeongha et Inseon. La première va aider son amie, hospitalisée et celle-ci lui demande de prendre soin de son perroquet, laissé à l'abandon. Dans cette maison, Gyeongha trouve des archives troublantes relatant un massacre de 30 000 civils assassinés en 1948. Ce roman dense et original a touché Annette car elle aime se baigner dans une culture différente où, dit-elle, en Asie, les esprits ont une place importante. Danièle a beaucoup apprécié la biographie d'Astrid Lindgren, une romancière suédoise, créatrice de la savoureuse Fifi Brindacier. Elle a influencé des générations de jeunes lecteurs. Indépendante, féministe, défenseuse des droits de l'enfant, cette écrivaine a vraiment séduit Danièle. Mylène a présenté avec conviction le dernier récit de l'écrivaine portugaise, Lidia Jorge, "Misericordia", Prix Médicis Etranger l'année dernière. Une vieille dame enregistre sur un petit magnétophone le journal d'une année de vie dans sa maison de retraite. Sa fille, Lidia Jorge, retranscrit les textes de sa mère qui a gardé une mémoire intacte, une imagination fertile et une curiosité pour la vie et pour les autres. Mylène était émue par ce témoignage intimiste sur la condition humaine, sur la fin d'une vie noble et digne. La relation mère-fille est aussi au centre du récit. La vieillesse est souvent un "naufrage" mais même sur le Titanic, avant qu'il ne coule, la vie peut offrir de très beaux instants. Janelou a apprécié le récit autobiographique de Laure Murat, "Proust, roman familial". J'ai déjà commenté cet ouvrage dans mon blog et ce récit très "classe" se lit avec beaucoup d'intérêt. Geneviève, la nouvelle recrue de l'Atelier, a évoqué un roman de Julien Gracq, "Un balcon en forêt", publié en 1989 chez José Corti. Un écrivain somptueux, un style somptueux et une histoire sur l'Attente. C'est la drôle de guerre en 39. L'aspirant Grange est cantonné à la maison forte des Hautes Alizes entre Sambre et Meuse en Belgique. Ce blockhaus, construit au coeur de la forêt, abrite quelques soldats isolés qui ont pour mission de stopper les blindés allemands. Dans un roman de Julien Gracq, il faut tendre son attention et se baigner avec bonheur dans une prose française, l'une des plus belles de la littérature. Merci encore à Geneviève d'avoir choisi ce texte dense, subtil et si fascinant. Véronique a mentionné le dernier coup de coeur de l'Atelier Littérature avec "Les terres animales" de Laurent Petitmangin. Un roman dystopique et écologique après un accident d'une centrale nucléaire. Un groupe d'amis décident de rester dans leur village contaminé. Ils partagent des valeurs essentielles comme l'amitié et la solidarité face à un monde devenu invivable. Rendez-vous le jeudi 15 février pour évoquer le grand écrivain européen, Stefan Zweig !

lundi 22 janvier 2024

Atelier Littérature, 2

 Mylène et Odile ont choisi le roman "animalier" de Virginia Woolf, "Flush". J'ai déjà évoqué dans ce blog ce texte que j'ai relu avec un très grand plaisir. Mylène a beaucoup aimé le regard de ce cocker sur sa propre vie, amoureux de sa maîtresse, jaloux de son futur mari, subissant un rapt odieux, aimant la liberté qu'il connaîtra à Florence quand ses maîtres iront vivre en Italie. Après avoir lu ce roman plein d'humour et de vie, Mylène avait envie d'adopter un chien ! Véronique a choisi "courageusement" le livre de Pascal Quignard, "Dans ce jardin qu'on aimait", publié en 2019. Ce texte adapté au théâtre comporte un récitant qui a un peu dérouté notre amie lectrice mais elle a bien aimé l'histoire de ce révérend, Simeon Pease, le premier compositeur à avoir noté tous les chants des oiseaux qu'il avait entendus dans son jardin au cours des années 1860-1880. Pascal Quignard rend un hommage poétique à ce solitaire : "J'ai été ensorcelé par cet étrange presbytère tout à coup devenu sonore, et je me suis mis à être heureux dans ce jardin obsédé par l'amour que cet homme portait à sa femme disparue". Un roman d'amour élégiaque à la façon quignardesque. Le monde que décrit cet écrivain singulier peut fasciner ou laisser indifférent. J'opte pour la grande fascination... La place des animaux dans ce texte ? Les oiseaux, leurs chants et leurs présences mystérieuses quasi divines. Geneviève a évoqué le roman de Jean Giono, "Le grand troupeau", publié en 1931. Giono raconte la Guerre de 14-18 avec des scènes terribles et réalistes sur cette hécatombe. L'écrivain pacifiste alterne ses chapitres entre les hommes au front et les femmes à la ferme avec la vie du village et la vie dans les tranchées : "C'étaient ces fleuves d'hommes, de chars, de canons, de camions, de charrettes qui clapotaient là-bas dans le creux des coteaux : les grands chargements de viande, la nourriture de la terre". Ce roman sombre et cru sur les horreurs de la guerre est malgré tout chargé d'émotions avec les personnages féminins. Le style inimitable de ce conteur né donne des couleurs inoubliables au texte. Geneviève a cherché le rôle des animaux dans cet ouvrage. Elle a trouvé le troupeau de brebis et le bélier dans les premières pages. En fait, "Le grand troupeau" symbolise les hommes partis au front avec le sentiment d'un gâchis épouvantable. Giono, notre écrivain toujours aussi contemporain.