Par curiosité, j'ai lu récemment un des prix littéraires de la rentrée, le prix Renaudot, "Les Insolents" d'Ann Scott. D'habitude, je ne mentionne pas les flops, les coups de griffe, les échecs de lecture. Je me suis vraiment forcée à lire ce roman ultra contemporain d'un vide abyssal. Ann Scott a même été invitée à la Grande Librairie ! Elle se définit comme une autrice "punk" pour marquer sa différence existentielle. L'histoire est toute simplette : Alex, le personnage principal, écrit son journal intime. Compositrice de musique de films (c'est courant comme métier...), elle peut travailler n'importe où. A 45 ans, elle décide de tourner le dos à la capitale. Cette femme s'exile donc... en Bretagne, dans le Finistère ! Pour une citadine pur sucre, la région bretonne ressemble à une contrée exotique à des milliers de kilomètres de Paris. Elle quitte aussi ses deux meilleurs amis, Margot et Jacques. Alex loue une maison assez isolée et raconte son déménagement. Elle précise qu'elle ne dispose pas de voiture et utilise les taxis pour faire ses courses. Evidemment, cette écrivaine évoque les paysages, la plage proche, sa solitude et ses désillusions. Mais, elle n'évite pas de mentionner qu'elle use de la drogue pour se détendre comme si c'était une norme sociale, usage courant et familier. Bisexuelle, elle raconte ses amours entre une femme et un ami. Plus j'avançais dans le texte, plus j'étais dépitée par la minceur de l'histoire et surtout par le style d'une platitude banale avec un vocabulaire très amaigri et parfois vulgaire. Ann Scott comme sa consœur, Virginie Despentes, représente les tendances rebelles "punk". Je ne relate pas les suicides, les traumatismes que la narratrice évoque dans ce roman soi-disant "magnifique" pour certains critiques. Mon verdict est sans appel : sans intérêt et pourtant, le sujet ouvrait des perspectives sympathiques sur un retour vers une vie plus naturelle en bord de mer. Le conformisme social aujourd'hui se niche dans ces romans sans profondeur et sans aucun humour distancié (Elle devrait lire Kundera !) et surtout sans style. Si tous ces récits insignifiants à mes yeux envahissent de plus en plus nos librairies, je reprendrai avec bonheur tous les classiques du XXe, de Yourcenar à Julien Gracq, de Malraux à Mauriac, de Colette à Proust, toute la littérature française sans oublier les littératures étrangères. Je constate avec une certaine ironie le gouffre "générationnel" qui me sépare de ces écrivaines de moins de 50 ans !
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
vendredi 22 décembre 2023
jeudi 21 décembre 2023
Atelier Littérature, 4
Régine a présenté le roman de Gaëlle Josse, "Les Heures silencieuses", publié en 2012 dans la collection J'ai Lu. A Delft, en 1667, Magdalena se confie à son journal intime. Elle aurait préféré s'embarquer sur les bateaux de son père, administrateur de la Compagnie des Indes orientales. Mais, à cette époque, les femmes devaient se sacrifier pour leur famille. Elle évoque son enfance, sa vie d'épouse et de mère. Au fil des mots, elle va avouer un lourd secret. Inspiré par un tableau d'Emmanuel De Witte, Régine a beaucoup aimé ce roman lumineux et mélancolique. La vision de cette femme dans la peinture a aussi bien inspiré Gaëlle Josse à la plume et aux sentiments d'une délicatesse toute poétique. Geneviève a choisi le roman biographique de Catherine Cusset, "La vie de David Hockney", publié chez Gallimard en Folio. Pour lire cet ouvrage, il vaut mieux connaître l'œuvre picturale de cet artiste anglais, né en 1937. L'écrivaine nous relate son enfance, sa famille, ses proches. Homosexuel, il a vécu les ravages du Sida en Californie dans les années 80. Il a peint son compagnon, Peter, sur ses toiles. Eclectique dans son art, ses créations vont des tableaux classiques au photo-montage en passant par des décors d'opéra. Catherine Cusset raconte "la puissance salvatrice de la création et dresse un portrait haut en couleur du peintre anglais vivant le plus connu". Odile a "courageusement" lu le roman philosophique d'Honoré de Balzac, "Le chef d'œuvre inconnu", publié en Folio. Ce texte complexe présente un peintre, Maître Frenhofer, qui cherche à dépasser la peinture, plus forte que la réalité. Deux personnages interviennent dans ce roman : le jeune Nicolas Poussin et Porbus. Odile s'est souvenue d'avoir vu la nouvelle de Balzac, adaptée au cinéma par Jacques Rivette en 1991, "La belle Noiseuse". Notre lectrice motivée a lu cette nouvelle par deux fois pour mieux la comprendre. Geneviève a présenté "Les Bourgeois de Calais" de Michel Bernard. Notaire et maire de Calais, Omer Dewavrin confie une commande à Rodin pour réaliser un monument en hommage à six figures légendaires de la Guerre de Cent Ans. Grâce à l'obstination de cet édile du Nord, la sculpture n'aurait jamais vu le jour. Malgré les barrages et les controverses politiques, Rodin impose son art torturé et bouleversant de vie. L'atelier Littérature de janvier aura lieu le 18 janvier avec un sujet que je n'avais jamais choisi : la place des animaux familiers dans la littérature avec Colette, Jean Giono, Virginia Woolf, Pascal Quignard, Claudie Hunzinger, Eri de Lucca, Paolo Cognetti, Sylvie Germain !
mardi 19 décembre 2023
Atelier Littérature, 3
J'avais proposé une liste sur l'art et la littérature pour l'atelier Littérature de décembre. Ce thème transversal me semble bien pratique pour un choix éclectique et parfois déroutant. La plupart des titres a été choisie sauf une biographie sur Picasso en particulier. Odile a présenté le récit de Jean-Paul Kauffmann, "La lutte avec l'ange", publié en Folio en 2002. Si vous allez à Paris dans les semaines qui viennent, allez visiter l'église Saint-Sulpice. Cet édifice catholique du 6e arrondissement abrite une peinture énigmatique, celle de Delacroix, "La lutte avec l'ange". Jean-Paul Kauffmann raconte, avec son talent d'écrivain-enquêteur, la naissance de cette œuvre unique et magnifique. Delacroix se transforme en héros de l'art et il a consacré douze ans de sa vie pour réaliser ce tableau. Le narrateur traque les traces du peintre à Dieppe, dans un château du Quercy, dans un village de l'Argonne et même devant un immense chêne de la forêt de Sénart. Les rencontres de l'auteur avec des personnages constituent la dynamique de l'essai biographique : un critique d'art, une conférencière du Louvre, un sacristain, un peintre oublié. La peinture de Delacroix symbolise la lutte du Bien et du Mal : "Tout homme lutte fatalement un jour avec l'Ange". Odile qui aime beaucoup l'Histoire (ancienne professeur de cette matière) a beaucoup apprécié la "méthode" originale de Jean-Paul Kauffmann à la recherche de la vérité sur un peintre emblématique du XIXe siècle. Danièle a choisi le roman biographique de Françoise Cloarec, "L'Indolente : le mystère Marthe Bonnard". Qui est vraiment Marthe, la compagne de Pierre Bonnard, ce peintre lumineux, intimiste, appartenant au mouvement des Nabis. Il a peint Marthe toute sa vie entre 1893 et 1942 et pourtant, elle reste mystérieuse. Leur couple fusionnel a pris naissance dans une rencontre coup de foudre. Marthe de Méligny, vendeuse dans une boutique de fleurs, avait 16 ans à peine. Son modèle devient sa maîtresse et elle lui a avoué qu'elle n'avait pas de famille. Ce mensonge de sa part sera son secret jusqu'à leur mariage en 1925. En fait, elle s'appelait Maria Boursin. L'autrice nous raconte leur vie quotidienne, leurs voyages et leurs relations amicales avec Monet, Vuillard, Signac, Renoir, Matisse. Un roman biographique très agréable à lire et surtout une découverte d'un grand peintre français pour Danièle qui a présenté un livre d'art sur Bonnard. (La suite, demain)
lundi 18 décembre 2023
Atelier Littérature, 2
Janelou a présenté avec une grande conviction un roman de la rentrée, "La fête des mères" de Richard Morgiève, publié chez Joëlle Losfeld. Une histoire de famille à Versailles dans les années 60, un père banquier souvent absent, une mère très "vipère au poing" insupportable, quatre frères problématiques. Dans cette fratrie, un des enfants, Jacques, se rebelle, refuse de faire sa communion solennelle et tombe malade. Pour s'en sortir, il faut garder l'espoir et attendre l'amour qui guérit tout. Quarante ans plus tard, ce narrateur à l'enfance cabossée, raconte cette histoire. Comme le disait Janelou en résumant ce roman formidable à ses yeux, l'écrivain tente de répondre à cette question : "Comment un homme se construit", vaste programme. A découvrir le plus tôt possible sous le sapin de Noël. Régine a beaucoup apprécié un récit autobiographique, "L'empreinte" d'Alexandria Marzano-Lesnevich, publié dans la collection 10/18 en 2019. Etudiante en droit à Harvard, la narratrice s'oppose à la peine de mort. Un jour, elle croise un tueur emprisonné en Louisiane, Rick, condamné à mort et la confession de cet homme ébranle ses convictions. Cette affaire déclenche un choc de mémoire chez elle et en fouillant ses souvenirs enfouis, elle découvre un lien inattendu entre son passé, un secret de famille et une terrible affaire. Elle va enquêter sur les raisons profondes qui ont conduit l'assassin à commettre son crime. Ce récit-enquête journalistique se lit comme un thriller et montre comment la vérité est toujours plus complexe que ce que l'on imagine. Cet ouvrage a obtenu le Grand prix des lectrices Elle et le prix du Livre Inter étranger. Odile a présenté un roman qui l'a émue tellement ce livre a trouvé une résonance personnelle. Il s'agit du "Récit d'un combat" de Luc Lang, publié chez Stock. Ce texte autobiographique initiatique évoque avec talent le phénomène de la transmission. L'auteur est aussi un karatéka et il parcourt les différents âges de sa vie se souvenant de toutes ses chutes et de toutes ses renaissances grâce à sa discipline des arts martiaux. Selon Luc Lang, "tout est un combat" et ce combat périlleux demande des armes, des armes pacifiques que sont la littérature, la discipline, le karaté. Un livre qui a manifestement passionné Odile, amatrice elle-même d'arts martiaux qui a eu la chance de rencontrer Luc Lang lors de la signature de son livre chez Garin.
vendredi 15 décembre 2023
Atelier Littérature, 1
Ce jeudi 14 décembre, nous étions une bonne dizaine de lectrices à nous retrouver pour évoquer, en première partie de séance, les coups de cœur du mois. Danièle a démarré avec le récit de Cédric Sapin-Dufour, "Son odeur après la pluie", publié chez Stock. Le narrateur raconte le lien affectif qu'il entretient avec son chien, Ubac, un bouvier bernois. Au gré des treize années qu'ils vont partager, les deux amis n'appartenant pourtant pas à la même espèce, vont former un duo parfait, évident et incompréhensible pour tous ceux et celles qui ne comprennent rien à cet attachement pourtant universel entre un humain et un animal. Un beau livre "positif" à offrir à Noël pour tous les amis des animaux familiers. Annette a choisi, parmi ses nombreuses lectures, un roman de l'écrivaine américain, Ann Patchett, "La maison des Hollandais", publié chez Actes Sud. Danny et Maeve, un frère et une sœur unis par un lien indéfectible, reviennent devant leur ancienne maison et se souviennent de leur enfance, source de leurs malheurs sur cinq décennies. Les moments de vie surgissent dans le désordre et ils sont pétris de nostalgie pour cette maison où ils ont vécu avec une mère disparue, un père déroutant et une belle-mère irascible qui finit par les chasser de chez eux. Cette saga familiale aux multiples rebondissements se lit avec un plaisir certain. Odile a proposé un essai comme coup de cœur, celui d'Amin Maalouf, "Le labyrinthe des égarés : l'Occident et ses adversaires", publié chez Grasset. L'actualité du moment impose une réflexion approfondie sur les causes d'une guerre au cœur de l'Europe, sur les bouleversements planétaires et sur la place de l'Occident dans le monde. L'Académicien se pose la question : "Comment en est-on arrivé là ?". Il remonte aux origines de ce nouvel affrontement entre l'Occident et ses adversaires en retraçant l'itinéraire de quatre nations : le Japon, la Russie, la Chine et l'Amérique. Cet essai est une grande fresque historique à découvrir pour mieux comprendre l'actualité du jour très inquiétante. Odile nous a donné envie de lire cet essai bien écrit et surtout, selon elle, très abordable. Pascale a pris ensuite la parole pour nous parler d'un thème qui lui tient à cœur : les mères toxiques. Elle nous a conseillé la lecture d'un roman documentaire d'Alexandra Lapierre, ''Avec toute ma colère", publié chez Pocket. La mère, Maud Cunard, richissime héritière, mécène internationale, et sa fille, Nancy, muse et amante d'Aragon, s'opposent et ne sont d'accord sur rien, mais semblables en tout. Un duo percutant en duel permanent. (La suite, lundi)
mardi 12 décembre 2023
"Eugénie Grandet", Honoré de Balzac, 2
L'ignominie du Père Grandet se révèle après la mort de sa femme quand il demande à sa fille de renoncer à l'héritage de sa mère en sa faveur. Cet homme odieux et pitoyable meurt à son tour et avant de disparaître, il contemple son or avec une jouissance ridicule. Eugénie se retrouve orpheline et très riche. Charles, pendant ce temps, a fait fortune aux Indes et a beaucoup changé : "Au contact perpétuel des intérêts, son cœur se refroidit, se contracta, se dessécha". Il est devenu cynique et ambitieux. Il se marie avec une riche marquise à Paris en oubliant sa promesse de retrouver Eugénie. Quand celle-ci apprend la nouvelle, elle est effondrée. Charles, entretemps, apprend qu'elle a remboursé la dette de son oncle et comprend alors l'étendue de sa fortune. La jeune femme se marie en refusant de "consommer" cette union avec le président du tribunal à Saumur. Elle distribuera sa fortune dans de nombreuses associations caritatives. Balzac a voulu raconter la vie en province, une vie monotone, immobile, sans charme. Pourtant, cet aspect de calme apparent cache des passions violentes : Grandet pour son or, Eugénie pour Charles, Nanon pour son maître, la mère pour sa fille. Les familles gravitant dans le cercle de la famille Grandet, n'ayant que le but de s'accaparer de leur fortune, sont décrites avec un humour ravageur. Honoré de Balzac traquait, dans ses romans, les défauts, la bêtise et les noirceurs des mœurs de son temps en dénonçant l'hypocrisie sociale. Eugénie représente la passion amoureuse pour un homme qui ne la mérite pas : "Enfin, ce fut l'amour solitaire, l'amour vrai qui persiste, qui se glisse dans toutes les pensées, et devient la substance (...) ou l'étoffe de la vie". Sa désillusion va la plonger dans une amertume sans fin. Seule, sa mère l'aimera profondément et leur complicité mère-fille apporte au roman une touche féminine sensible et émouvante. Ce roman a été adapté au cinéma en 2020 par Marc Dugain. Lire Balzac aujourd'hui, c'est se retrouver dans l'univers du XIXe siècle en France mais Grandet représente la rapacité universelle, Eugénie, une femme victime de sa soumission, Charles, le cynisme bien partagé aujourd'hui. Balzac, maître du réalisme social, a donné naissance à Flaubert, Zola, Proust, Colette, Mauriac, Martin du Gard, et bien d'autres auteurs qui lui doivent une "fière chandelle" !
lundi 11 décembre 2023
"Eugénie Grandet", Honoré de Balzac, 1
Je me remets à lire mes classiques préférés, un retour à ma jeunesse au temps de mes études de lettres. Quand j'étais au collège et au lycée, nos professeurs de français nous donnaient le goût des classiques. Je me souviens encore de mon professeur de français, Monsieur Delmas, qui, pour nous faire aimer Molière (en 6e !), organisait à la fin de ses cours des scènes de "L'avare" entre élèves. Les Lagarde et Michard, nos bibles de la littérature, nous ouvraient le monde des écrivains du XVIe siècle au XXe. La culture des grands serviteurs de la langue française était à la portée de tous les élèves dans les années 60. C'était le "bon temps" et beaucoup d'enfants de toutes les classes sociales partageaient cet idéal de l'excellence littéraire. Je pense aussi aux récitations hebdomadaires que l'on apprenait par cœur : Victor Hugo, Lamartine, La Fontaine, Verlaine, Rimbaud, Francis Jammes et tant d'autres poètes moins célèbres. J'endosse le rôle de dame Nostalgie en pensant à notre éducation nationale d'antan... Toute cette passion que je ressens pour la littérature est née dans ma classe de 6e avec ce professeur de français. Honoré de Balzac fut mon "idole" à partir de la classe de seconde et j'ai lu certainement tous ces romans les plus emblématiques. Depuis deux ans, je me remets à le relire et j'ai redécouvert "Eugénie Grandet". Quel roman incroyable ! Paru en 1834, le père Grandet, ancien tonnelier a fait fortune en fructifiant son patrimoine de façon peu orthodoxe. Il possède surtout un défaut majeur : c'est un avare d'une avarice abyssale. Plus il devient riche, plus il est parcimonieux. Sa famille et sa servante font les frais de cette situation : cet homme vénal compte tout, du morceau de sucre à la portion de viande. Sa fille Eugénie est courtisée par des clans de la ville pour profiter de la fortune de Grandet. Innocente et naïve, la jeune fille obéit à son père sans se révolter. Un neveu de Paris, Charles, va bousculer la vie morne de la famille Grandet. Eugénie tombe folle amoureuse de ce cousin raffiné. Le père de Charles est ruiné et il se suicide, laissant son fils avec une dette colossale. Les deux jeunes gens vont s'apprécier et se promettre un amour éternel. Eugénie offre même son trésor de pièces d'or pour permettre à Charles de partir à l'étranger pour s'enrichir. Quand Grandet découvre le don de sa fille, il se met dans une rage folle et la punit en l'enfermant dans sa chambre. Sa femme tombe gravement malade après cet incident. Après d'autres péripéties sur les finances de Grandet, son père finit par pardonner sa fille. (La suite, demain)