Mercredi après-midi, j'ai découvert le nouveau musée parisien consacré à l'art contemporain, la Bourse du Commerce de la Fondation Pinault. Ce lieu culturel d'exception a été restauré et transformé par l'architecte japonais, Tadao Ando de 2017 à 2020. Ce bâtiment était une halle aux blés de 1763 à 1873, puis s'est transformé en Bourse de Commerce en 1889. Le plan circulaire de trente mètres de diamètre et de neuf mètres de haut saisit le regard dès que l'on pénètre à l'intérieur. Une fresque monumentale se déroule dans la coupole, symbolisant les cinq parties du monde. Après avoir vu l'exposition Botticelli, mon regard habitué au "Beau" classique s'est trouvé dans l'obligation de se réajuster, de s'adapter à l'art contemporain. Dans ce grand espace trônent des sculptures d'Urs Fischer. : une réplique grandeur nature d'un célèbre groupe sculpté de la période maniériste, "L'élèvement des Sabines", des chaises diverses, un mannequin : ces œuvres ne sont pas en bronze, ni en plâtre, ni en marbre mais en cire. Elles possèdent en leur sein une bougie allumée au début de l'exposition et se consume jusqu'à leur terme, symbolisant la fin d'un cycle. Ces objets éphémères ultra réalistes frappent l'imagination et j'avais envie de comprendre la démarche artistique de cet artiste suisse. Les galeries proposent d'autres artistes contemporains que je ne citerai pas tellement aucun ne m'a vraiment "interpellée". J'avoue que cet art d'aujourd'hui me laisse perplexe à part cette installation éphémère crépusculaire. Je fais quand même des efforts pour découvrir les tendances de cet art si hermétique à mes yeux. En revenant vers mon hôtel, je suis montée dans la Grande Roue des Tuileries pour voir les toits de Paris, la Tour Eiffel, les Champs-Elysées, Le Louvre, le Jardin des Tuileries, un panorama fantastique. Pour terminer mon séjour, j'ai vu une pièce de Tchekhov, "La Cerisaie", à La Comédie française. Je n'ai pas vu passer les deux heures tellement l'univers de Tchekhov me "parle" : la fin d'un monde, la perte, la nostalgie, le passé révolu. J'ai donc terminé mon séjour dans cette ambiance théâtrale de haut vol. J'ai engrangé de beaux souvenirs culturels à Paris qui vont me réchauffer l'esprit dans cette période hivernale. Concert, théâtre, expositions, restaurants, jardins et parcs, librairies, rien ne vaut notre capitale pour fêter un Noël anticipé avec toutes les illuminations déjà installées dans la cité !
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mercredi 1 décembre 2021
mardi 30 novembre 2021
Escapade parisienne, 4
Mercredi matin, je suis passée devant l'Opéra Garnier et j'ai eu envie de visiter cet édifice culturel consacré à la musique classique et à la danse. Je n'avais jamais eu l'idée d'entrer dans ce temple lyrique bien que sa façade spectaculaire attire tous les regards. J'ai découvert l'escalier monumental, le Foyer, véritable galerie de Versailles, la salle magnifique du spectacle avec le plafond de Chagall, les vestibules et la bibliothèque. Un monument exceptionnel érigé par Napoléon III et élaboré par Charles Garnier. Ensuite, j'ai succombé à la société de consommation en pénétrant dans quelques grands magasins parisiens pour retrouver l'univers de Zola du XIXe : les Galeries Lafayette, le Printemps pour voir la décoration flamboyante et kitsch des vitrines et des rayons. Je préfère de très loin la sobriété des musées et des librairies. A midi, j'avais réservé ma visite pour Sandro Botticelli (1445-1510) au Musée Jacquemart-André. Evidemment, je redoutais que ce peintre florentin de la Renaissance allait attirer la foule. Je n'ai pas été déçue par cette prémonition : les salles du musée regorgeaient de monde et voir cette quarantaine de toiles merveilleuses dans la cohue n'était pas une sinécure. Pourtant, le musée imposait des créneaux horaires mais l'exigüité des lieux ne facilitait pas une visite harmonieuse, une harmonie que dégagent les peintures de Botticelli. L'exposition montre aussi l'importance de l'atelier, laboratoire foisonnant d'idées et d'apprentissage. La concentration de ces toiles venues de Londres, d'Amsterdam, de Turin, de Rome, de Berlin, de Munich, de Florence constitue un événement culturel rare et précieux. Vierges à l'enfant, la belle Simonetta, la divine Vénus, la Madone Campana, Judith, mes yeux captaient la beauté de ces œuvres. Botticelli signa les plus grands chefs d'œuvre du Quattrocento. L'artiste par son génie raconte la beauté féminine, l'harmonie terrestre, la foi religieuse. Botticelli comme Léonard de Vinci illustrent à merveille le Beau dans toute sa perfection. Pour comprendre son génie, j'ai préparé ma visite en lisant "Les Primitifs italiens" de Daniel Arasse, un ouvrage essentiel pour saisir au delà des images le sens de la peinture italienne de la Renaissance. Avant de quitter le musée, j'ai revu les autres salles avec un Carpaccio, un Mantegna, un Rembrandt. Les visiteurs se bousculaient à l'étage et semblaient ignorer que ce Musée Jacquemart-André détient des peintures dignes du Louvre. Après ce bain bénéfique dans la Renaissance italienne, j'ai consacré mon après-midi à l'art contemporain. C'est une autre histoire...
lundi 29 novembre 2021
Escapade parisienne, 3
Je voulais voir l'exposition consacrée à la photographe américaine, Vivian Maier (1926-2009), dans le Palais du Luxembourg. J'ai lu récemment le bel ouvrage de Gaëlle Josse, "Une femme à contre-jour" sur cette photographe, disparue dans la solitude et dans l'anonymat, inconnue de tous. L'écrivaine raconte ce destin "d'une invisible, d'une effacée". Parcourant les rues de New York et de Chicago, elle photographie les plus démunis, les marginaux qui ont été oubliés par le rêve américain. Je vais rarement voir des expositions de ce type mais j'avoue que le roman biographique m'a fortement influencée et je n'ai pas été déçue. La photographe réalise des autoportraits, des scènes de rue cocasses, des enfants joueurs, des hommes lisant le journal mais, son regard "cubiste" change la donne : elle fragmente les corps, se concentre sur des attitudes, dévoile des moments fugaces, montre des mains enlacées, des jambes lourdes, des objets délaissés. Cette belle exposition se tient jusqu'au 16 janvier. J'ai noté la phrase de Pascal Quignard au milieu des photographies exposées : "Le regard dresse le corps et tout regard repose dans le regard de l'autre". Plus tard, j'ai retrouvé avec plaisir le Jardin du Luxembourg, haut lieu historique avec l'édifice qui abrite le Sénat. Se balader dans ce parc demeure une des mes marottes quand je monte à Paris. Avec sa Fontaine de Médicis, ses statues, son bassin, ses fauteuils verts en fer, le parc ressemble à une île verdoyante où les promeneurs se délassent dans cet espace privilégié, conservé, protégé. Un lieu culturel dans un écrin de nature. Revoir ce jardin sous le soleil m'a vraiment procuré un sentiment de sérénité retrouvée. Je ne pouvais pas terminer ma journée sans pénétrer dans la librairie Delamain, l'une des plus anciennes de Paris que Colette et Cocteau fréquentaient. J'aime sentir cette atmosphère autour des livres, de la littérature et de la lecture. Je suis repartie avec un livre de recettes de Marguerite Duras, "Le bateau ivre" de Rimbaud et le prix Médicis de l'essai, "Comme un ciel en nous" de Jakuta Alikavazovic qui raconte sa nuit au Louvre. Le soir, j'ai savouré une bonne soupe traditionnelle avec un plateau de fromage dans un bistrot ancien, "le Ragueneau" et je me suis baladée vers la place Vendôme avec sa célèbre colonne et ses bijouteries de luxe hors de portée pour 99 % de la population... Paris et le luxe, ce n'est pas un mirage et s'offrir une montre à quelques milliers d'euros n'appartient pas à mon imaginaire ! Les illuminations de Noël donnaient une image irréelle au lieu comme si tout ce décor n'était que du cinéma. D'ailleurs, j'ai vu des passants attroupés encadrés par la police : se tournait une scène de la série "Lupin". J'étais vraiment au cinéma !
vendredi 26 novembre 2021
Escapade parisienne, 2
Le mardi matin, j'avais rendez-vous à la Fondation Vuitton pour découvrir le bâtiment et la collection Morozov. Ce vaisseau ailé avec ses douze voiles en plein bois de Boulogne a été conçu par Frank Gehry qui définit son geste artistique ainsi : "A l'image du monde qui change en permanence, nous voulions concevoir un bâtiment qui évolue en fonction de l'heure et de la lumière afin de créer une impression d'éphémère et de changement continuel". Sorti de terre en 2014, posé sur un bassin, l'édifice ressemble à un voilier s'insérant parfaitement dans son environnement naturel. J'ai trouvé la file indienne habituelle à toute ouverture de musée avec les contraintes de la sécurité et du passe sanitaire. Malgré une forte fréquentation, les vastes salles permettent une visualisation confortable de tous les tableaux exposés. La collection Morozov constitue un événement majeur avec plus de 200 chefs-d'œuvre d'art moderne français et russe des frères moscovites. J'ai donc parcouru toutes les galeries dans cet espace : Manet, Rodin, Cézanne, Gauguin, Bonnard, Matisse, Van Gogh, Denis, Picasso aux côtés de quelques artistes russes comme Malévitch, Sarian, Répine et d'autres moins connus. Un festival de couleurs, de formes et d'audace artistique. J'ai remarqué le Van Gogh, une marine inconnue et sa toile terrible "La ronde des prisonniers", saisissante de tristesse. J'ai retrouvé avec plaisir les natures mortes de Cézanne, les tableaux sereins de Bonnard, les sculptures de Rodin et de Camille Claudel. J'ai arpenté ensuite les toits terrasses désertés par les visiteurs. La vue époustouflante du Bois de Boulogne et de Paris constitue un des attraits de cette institution ultra moderne. Cette visite s'est terminée au sous-sol labyrinthique où on peut voir une cascade fluide et musicale dévaler depuis l'entrée. Un soleil magnifique illuminait l'édifice et le rendait encore plus majestueux dans toute sa légèreté. Une exposition magnifique et rare, il faut en profiter jusqu'au 22 février 2022. Je suis partie ensuite dans le quartier du Luxembourg que j'aime tout particulièrement. J'avais lu récemment l'ouvrage de Lydia Flem, "Paris Fantasme" où elle évoque la rue Férou dans laquelle j'ai retrouvé le grand poème de Rimbaud, "Le Bateau Ivre", peint sur un mur d'enceinte d'un hôtel des impôts. Cette fresque poétique s'étale sur 300 mètres carrés et a été réalisée par le calligraphe néerlandais, Jan Willem Bruins. J'ai lu à haute voix quelques vers qui me sont si familiers et j'avais l'impression de vivre un moment rimbaldien dans cette rue charmante, proche de la place Saint-Sulpice. Rimbaud avait 17 ans quand il a écrit : "La tempête a béni mes éveils maritimes. Plus léger qu'un bouchon, j'ai dansé sur les flots". Paris et la littérature, un beau couple multiséculaire !
jeudi 25 novembre 2021
Escapade parisienne, 1
Dès lundi dernier, j'ai pris un TGV pour passer quatre jours à Paris. Avant le grand hiver partout, j'aime bien péleriner à la capitale pour découvrir les dernières expositions, assister à un concert, aller au théâtre, me balader dans les parcs et jardins, flâner dans les passages. Un grand bol d'air culturel bénéfique pour le moral et pour la santé. Il faut marcher beaucoup dans Paris et je n'ai pas manqué de parcourir des kilomètres et des kilomètres, les yeux captivés par la beauté de la cité. J'ai réservé ma première visite au Jardin des Tuileries sous un beau soleil malgré une bise glaciale. Comme Noël est proche, j'ai traversé le Marché de Noël des Tuileries et remarqué la Grande Roue, impressionnante par sa dimension. La balade aux Tuileries se déroule toujours avec un plaisir renouvelé : le Louvre tout près, l'arc du Carrousel, la rue de Rivoli, la place de la Concorde. La présence des statues (les originaux sont dans les musées), des deux bassins, des mouettes, des feuilles mortes, apaise les passants dans ce cadre champêtre, hautement historique. Le cercueil de Jean-Jacques Rousseau aurait été disposé dans le grand bassin, drapé d'un drap étoilé avant d'être porté au Panthéon. Si le mobilier du jardin pouvait parler, on apprendrait des millions de potins sur la vie parisienne depuis des siècles. Cet espace serein fréquenté par les touristes et par les Parisiens possède un charme particulier, un charme incommensurable. J'ai traversé la Place de la Concorde toujours aussi envahie de véhicules, puis, je n'ai pas résisté à l'attraction de la Dame de fer, notre Tour Eiffel nationale, solide sur des quatre pattes, élancée, ferrailleuse et indomptable. Le soir, j'avais réservé une place aux Théâtres des Champs Elysées pour un concert d'Haendel, l'oratorio "Théodora" avec Lisette Oropesa, Joyce DiDonato, Paul-Antoine Bénos-Djian et l'orchestre Il Pomo d'Oro, dirigé par le génial et dynamique, Maxim Emelyanychev. Un spectacle magique, magnifique et inoubliable. Assister "en vrai" à un concert classique, baroque, choral ou instrumental donne une "aura" à l'œuvre chantée en solo, en duo et avec le chœur. La musique et les voix nous enveloppent le corps et l'esprit, ensorcellent nos sens et nous transforment en bulles aériennes loin de la pesanteur ordinaire et quotidienne. Un mirage et un miracle que seule la musique in vivo peut provoquer dans un espace clos et protégé. L'Education nationale devrait recruter des musiciens pour accueillir les élèves et les étudiants. Je suis sûre que l'on verrait des résultats positifs en quelques mois... Je rêve évidemment mais c'est parfois une douceur d'être de penser comme Nietzsche que "vivre sans musique serait une erreur". Une première journée rythmée par les paysages familiers de Paris et par un musicien génial, mon cher Haendel.
samedi 20 novembre 2021
Atelier Littérature, 3
Colette a bien aimé le récit autobiographique d'Assia Djebar, "Nulle part dans la maison de mon père", publié chez Actes Sud en 2010. Cette académicienne, disparue en 2015, raconte son enfance dans une petite ville du littoral algérien. Son père, Tahar, est le seul instituteur indigène de l'école et malgré son idéal républicain, il impose à sa fille une rigueur religieuse qu'il entend lui transmettre. Elle découvre le monde grâce à la lecture et même si elle parvient à s'affranchir de la tutelle paternelle, elle rend hommage à sa culture d'origine arabo-berbère. Ce récit pudique et émouvant révèle aussi le déchirement d'une double appartenance culturelle et une Algérie très vivante des années 50. Il n'est pas facile de vivre dans une société ultra patriarcale symbolisée par le portrait de son père. Le parcours d'Assia Djebar semble exemplaire. Née en Algérie en 1936, elle publie son premier roman en 1957. Elle est entrée à l'Académie française en 2005 grâce à son œuvre imposante (romans, nouvelles, poésies, théâtre et essais). Régine a présenté un roman de Marie Sizun, "Le père de la petite", publié chez Arléa en 2008. A Paris, en 1944, une fillette de 4 ans vit seule avec sa fantasque de mère. Lorsque son père qu'elle n'a jamais vu revient de sa captivité en Allemagne, elle éprouve de la haine envers cet intrus et au fil des jours, commence à l'aimer. Mais un drame familial surgit que l'on devine au tout début de ce roman délicat, fin et sensible. Pour terminer l'évocation de la liste sur le rôle du père dans les romans, Agnès et Danièle ont lu "Le père Goriot" d'Honoré de Balzac. Je l'ai relu aussi avec un très grand plaisir. Autant Agnès n'est pas rentrée dans le roman, autant Danièle a apprécié ce monument de la littérature française. Pour l'une, elle a remarqué trop de descriptions, pas assez d'intrigues, un monde parisien très lointain, des personnages singuliers. Très difficile de lire ce texte du XIXe. Pourtant, quand on se laisse pénétrer par ce monde balzacien, les personnages de la Comédie humaine deviennent familiers comme ce bon Père Goriot, le terrible Vautrin, l'arriviste Eugène de Rastignac, les pensionnaires de la pension Vauquer. Le rôle de l'argent prend une place prépondérante car ce brave Goriot sacrifie sa fortune pour que ses filles mènent une vie de rêve dans la petite noblesse de l'époque. Ses filles l'exploitent honteusement et ne l'intègrent jamais dans leur vie. Cet amour sacrificiel du Père Goriot devient le symbole de l'amour hors du commun d'un père pour ses filles. Au moment de sa mort, Goriot traverse un moment de lucidité : "Depuis le jour où les yeux n'ont plus rayonné sur moi, j'ai toujours été en hiver ici ; je n'ai plus eu que des chagrins à dévorer et je les ai dévorés ! (...) Je leur ai donné ma vie, elles ne me donneront pas une heure de leur vie aujourd'hui !". L'ingratitude des enfants semble parfois sans limite, nous dit notre grand Balzac. Ce roman classique, fort et puissant, se termine par la phrase célèbre de Rastignac : "A nous deux, Paris !". J'ai donc renoué avec la redécouverte des classiques qu'il faut absolument lire et relire. Dans chaque atelier mensuel, j'intégrerai un classique dans ma liste d'ouvrages recommandés. Après Balzac , (quelle chance de le lire dans notre langue !), j'ai choisi un George Sand pour célébrer l'hiver, thème de notre rencontre du 16 décembre. Je remercie toutes les lectrices de l'Atelier toujours aussi motivées pour le partage des émotions littéraires.
vendredi 19 novembre 2021
Atelier Littérature, 2
Mylène a présenté "L'Africain" de J.M.G. Le Clézio, paru au Mercure de France dans l'excellente collection, "Traits et Portraits". L'écrivain raconte une partie de son enfance à l'âge de 8 ans quand il a rejoint, avec sa mère et son frère, son père, médecin au Nigéria. Ce père s'est montré autoritaire, froid et dur. Mais, ce contact rugueux avec un homme qu'il ne connaît pas est contrebalancé par la présence magique de l'Afrique dans ses dimensions sensorielle et physique. Ce médecin anticolonialiste, de nationalité britannique, né à l'Ile Maurice, est devenu un homme aigri et les retrouvailles familiales ne sont pas passées comme prévu. Cette autobiographie comporte autant de non-dits que de révélations. La fascination du narrateur pour ce continent est née à cette époque-là. J.-M-G. Le Clezio écrit dans ce beau récit : "Ce qui est définitivement absent de mon enfance : avoir eu un père, avoir grandi auprès de lui dans la douceur du foyer familial. Je sais que cela m'a manqué, sans regret, sans illusion extraordinaire". Son talent de conteur et son style poétique ont charmé Mylène et cet ouvrage, paru en 2015, ne peut que plaire aux lectrices de l'Atelier. Sylvie a choisi "La Légende de nos pères" de Sorj Chalandon, publiée chez Grasset en 2011. Cette histoire étrange et originale convoque un biographe professionnel, appelé Frémeaux, sollicité par une femme qui lui demande de rédiger des mémoires de guerre sur son père résistant, nommé Beuzaboc. Le père du narrateur était aussi résistant. Au fil des pages, le biographe a des doutes sur la véracité des faits rapportés par la fille de Beuzaboc. Où finit la vérité et où commence la légende ? Sorj Chalandon possède l'art de raconter des histoires prenantes, percutantes, où le héros n'est pas toujours celui que l'on s'imagine. Sylvie a relevé surtout le style de l'auteur où il sème dans son texte des métaphores parlantes. Dans les nouveautés de la rentrée, Régine avait signalé son dernier roman très fort, "L'enfant de salaud" qui aurait mérité un prix littéraire. Janelou est restée dans la même époque que Sylvie avec "Les lauriers du Lac de Constance" de Marie Chaix (sœur d'Anne Sylvestre), publié en 1978. Ce roman autobiographique évoque le père de l'écrivaine, Albert Beugras, proche du collaborateur Doriot, pendant la guerre. Elle n'idéalise pas ce père hors du commun dans ce portrait et le considère comme un inconnu : "Albert, mon père, collabo, condamné à perpétuité à la Libération. Toi, passionné de l'antibolchevisme, éternel absent, qui étais-tu vraiment ?". Ce récit émouvant montre le poids du mauvais choix sur une famille éclatée. Ce portrait d'un père compromis dans la Collaboration conserve tout son intérêt historique et quand une lectrice de l'atelier remet à l'honneur une écrivaine bien oubliée aujourd'hui, je m'en félicite ! Je relirais ce récit que je n'avais pas oublié car en 1978, j'étais libraire et je me souviens encore du succès et de l'accueil qu'il avait reçu. A redécouvrir. (La suite, demain)