Pour savourer la beauté de Biarritz, il faut se lever tôt et se retrouver près de l'Eglise Sainte-Eugénie vers 9H du matin. Il n'y a littéralement personne ou peu de quidams qui arpentent les rues pentues qui bordent l'océan. J'ai mon parcours préféré dans cette ville impériale : grimper sur le rocher Le Basta, situé à l'extrémité du port des pêcheurs. Couvert de tamaris et accessible par un pont en pierre, je peux admirer le panorama sur la Grande Plage et le Cap Saint-Martin où se dresse le phare de la ville, construit en 1834. Je traverse ensuite le port des pêcheurs où quelques maisonnettes appelées crampottes ont gardé leur charme d'antan. La particularité du site biarrot se voit dans ses rochers massifs aux noms évocateurs, posés sur le rivage : La Frégate, l'Atalaye, Le Boucalot et le célèbre Rocher de la Vierge. Je monte des escaliers entre les hortensias et les tamaris et je parviens au musée de la mer, une institution indispensable de la vie marine. Une passerelle d'acier, construite par Gustave Eiffel à la fin du XIXe, joint le Rocher de la Vierge à la terre ferme. Ce lieu éminemment touristique attire la foule sauf pendant la matinée. J'ai croisé le vrai visage de Biarritz avec les pêcheurs, les travailleurs, les baigneurs et les randonneurs urbains comme moi (et mon frère). Le club local des Ours blancs prône la baignade quotidienne pour une santé de fer ! Je les vois s'éloigner avec un courage incroyable, de la plage de la Côte des Basques pour atteindre le rocher Le Boucalot malgré la houle, malgré le froid, malgré la pluie ! Ensuite, je passe par les rues du centre-ville, la place Sainte-Eugénie et la Place Clémenceau. Je m'arrête pour acheter un livre dans une des meilleures librairies de notre pays, le Bookstore. J'ai croisé ce jour-là un client masqué, Frédéric Schiffter, un philosophe élégant, vivant à Biarritz depuis longtemps. J'avais lu quelques ouvrages de lui où il dénonce le "chichi et le blabla" des philosophes qui se prennent trop au sérieux. Il appartient à la catégorie des sceptiques joyeux et pessimistes comme son aîné, Clément Rosset. J'aime cette librairie toute en bois noir avec son premier étage en forme de salon où les livres s'étalent sur les rembardes de l'escalier. Les livres de poche sont disposés dans un sous-sol exigu et cette librairie labyrinthe n'a pas changé son décor depuis plus de quarante ans. Une halte culturelle dans ma balade océanique. Je redescends sur la Grande Plage sans oublier de regarder les vitrines des pâtisseries-chocolateries patrimoniales comme Adam et ses macarons uniques et Miremont. Arrivée sur la Grande Plage, l'atmosphère devient impériale avec la présence du Grand Palais jouxtant la plage. Napoléon III et l'impératrice Eugénie font de Biarritz un lieu de villégiature et grâce à eux, tout le gotha de la société européenne fréquente la station balnéaire. Depuis cette époque, la ville a gardé son charme basque des années 20 où de nombreux artistes comme Picasso appréciaient cet air marin fortement iodé. Depuis quelques années, les médias parlent trop de Biarritz qui est devenue une ville victime de son succès. Le matin, c'est le seul moment où je goûte avec bonheur le charme de la cité basque qui mêle ses pierres urbaines aux rochers battus par les vagues du Golfe de Gascogne. Une balade revigorante avec la vue et la musique océaniques, les terrasses pleines en ce jour de mai, un esprit de légèreté très agréable à vivre après la période du confinement !
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mardi 25 mai 2021
lundi 24 mai 2021
Escapade basque, 3
Après Lekeitio, j'ai voulu revoir la Concha de Saint Sébastien, une des plus belles baies d'Espagne. Le soleil est revenu pour illuminer l'océan et surtout le "Peigne du Vent" (Peine del Viento), situé à l'extrême ouest de la ville au bout de la plage d'Ondarreta et aux pieds du mont Igeldo. Cette œuvre d'Eduardo Chillida a été installée en 1977 en collaboration avec l'architecte Luis Pena Ganchegui, chargé de concevoir le site. Cet ensemble se compose de plusieurs terrasses de granit rose et trois pièces monumentales d'acier rouillé accrochées aux rochers qui résistent au fracas incessant des vagues. Quand je suis arrivée devant ce lieu magique, le paysage urbain de la cité basque avait disparu et j'avais l'impression de me trouver sur une île déserte face à l'océan. Quand l'océan est déchainé, l'air propulsé par les vagues diffuse un son particulier grâce à des orifices creusés dans le sol de granit. Cette halte artistique et naturelle fait partie de mes pèlerinages préférés quand je reviens au "pays". J'ai revu avec plaisir l'ambiance sympathique du centre ville où j'ai fêté le déconfinement un jour avant la France sur une terrasse où j'ai savouré des "calamares à la plancha", une des spécialités du Pays Basque espagnol. Evidemment, je ressens un attachement particulier pour Bilbao et Donostia (Saint Sébastien en basque) pour leur dynamisme, leur vitalité et la place de la culture que ces deux cités ont mis en priorité pour doper un tourisme élégant. La langue basque se remarque partout dans les panneaux routiers comme dans les boutiques. Cette cohabitation entre deux langues se vit dans une convivialité totale et je regrette pour ma part de ne pas avoir appris cette langue si particulière qui s'enracine depuis des milliers d'années dans ce coin du Sud-Ouest européen. Je connais des mots courants de la vie quotidienne. La lune se dit "ilargia" (prononcer ilaguia) veut dire "lumière des morts", iguskia le soleil, etc. Si j'étais restée dans mon pays, j'aurais appris le basque ! En revenant à Anglet, j'ai repris mes habitudes : marcher tout au long de l'océan même en présence d'une pluie menaçante et du vent qui gonfle les vagues océaniques. D'ailleurs, je préfère la Côte basque avec un ciel voilé, nuageux, en présence d'un soleil fugace. Quand il domine, il écrase les couleurs alors qu'une météo variable offre des paysages plus nuancés, plus subtils. Si on préfère une météo flamboyante, il vaut mieux éviter la Côte basque... Je lisais dans un commentaire de clients qu'il trouvait son hôtel parfait mais qu'il protestait contre un inconvénient majeur : la pluie ! Ah, ces touristes ! Il y a déjà un monde fou en Pays basque. Heureusement que la météo en décourage certains !
vendredi 21 mai 2021
Escapade basque, 2
Après Bilbao, je suis partie visiter un petit port de pêcheurs, Lekeitio à cinquante kilomètres de la capitale basque. Malheureusement, la pluie a commencé à tomber finement. Mais, ces épisodes météorologiques ne durent pas trop longtemps. La mer Cantabrique baigne la côte de soleil et de nuages, plus de nuages que de soleil. Les touristes sont prévenus car en Côte basque de Bayonne à Bilbao, on ne garantit pas la présence du soleil du matin au soir... La pluie s'invite souvent et tout indigène local prend ce phénomène avec philosophie. C'est bon pour les plantes, l'herbe grasse et les montagnes. Les touristes se plaignent bêtement de cette météo capricieuse. Mais, les autochtones respirent et s'en accommodent fort bien! Le petit port de Lekeito en Biscaye s'ouvre sur la mer par une petite baie avec dans son centre une petite ile, accessible à pied à marée basse. J'ai arpenté le port, la digue et la plage sous une pluie fine ressemblant à un nuage d'embruns. Les habitants vaquaient à leurs occupations professionnelles et familiales. J'ai remarqué que des jeunes parlaient le basque entre eux. Ce petit port de pêche tranquille, serein et simple dégage un parfum d'antan où ne pèse pas une modernité agressive des grandes villes... J'ai remarqué la présence de nombreux adolescents s'adonner à leur sport favori : ramer, ramer, ramer dans des traînières hautes en couleurs. Le village est réputé pour ce sport si pratiqué en Biscaye : l'aviron. Ces grandes barques portées à bout de bras par ces jeunes si motivés (filles et garçons) apportaient à ce décor une authenticité étonnante. Vivre dans un tel endroit semble bien apaiser la vitalité de toute la jeunesse ! Il faudrait peut-être remettre nos jeunes gens à la rame pour qu'ils se sentent en harmonie avec leur environnement... Se promener dans le port, marcher sur la plage, admirer l'île aux mouettes, goûter aux pintxos, écouter le ressac de l'océan : une parenthèse enchantée dans ce paysage qui n'a pas changé depuis des années. Pêche, construction de bateaux, agriturismo, conserveries, les habitants semblent vivre une existence bien tranquille. Après Lekeito, j'ai traversé d'autres villages comme Ondorrea, Getaria et j'ai visité la plage d'Itzurun à Zumaia, un décor à couper le souffle. La série Games of Thrones a utilisé ce lieu grandiose et inchangé depuis des centaines d'années. Se dressent des splendides formations rocheuses en strates verticales. Des couches de flysch accessibles au public déroulent leurs dorsales tels des millions de crocodiles... Les falaises ressemblent à des livres avec des pages en pierre. Ce sanctuaire géologique daterait de plus de 50 millions d'années et raconte les événements climatiques et biologiques de première importance. Ce musée naturel de l'histoire du monde procure un vertige existentiel... La présence des humains sur notre Terre représente une seconde, une minute, une heure ? Pas de quoi pavoiser quand on se retrouve face aux falaises de Zumaia ! Une belle leçon de modestie !
jeudi 20 mai 2021
Escapade basque, 1
Enfin, le geste de réserver des places pour un musée est revenu dans nos traditions culturelles ! J'ai profité de mon séjour à Biarritz pour une échappée en Biscaye après avoir passé un test PCR négatif pour franchir la frontière à Irun. Je m'attendais à être contrôlée mais aucun douanier n'arrête les voitures filant de Bayonne à Bilbao. Mardi dernier, j'ai donc ouvert la porte du musée Guggenheim dans le créneau de midi car un tiers des visiteurs est admis dans les murs, pandémie oblige. Quelle émotion de pénétrer dans cette nef de titane, immense et magnifique, en sommeil depuis plusieurs mois ! Au programme de la rentrée printanière, plusieurs expositions attendaient les regards des amoureux(ses) de l'art moderne et contemporain. J'ai découvert de nombreux tableaux de Kandinsky. Pionnier de l'abstraction, cet artiste russe (1866-1944) a voulu "libérer la peinture des liens qui la rattachaient à la nature" et l'amena à "découvrir une nouvelle thématique axée sur la nécessité intérieure de l'artiste". Alors qu'il vivait à Munich dans les années 1910, il a exploré les couleurs et la composition géométrique afin d'établir un "langage esthétique universel". Il rejoignit l'école du Bauhaus en tant que professeur car il pensait que l'art pouvait transformer la société. Les nazis ferment les portes de l'école en 1933 et l'artiste se refugie dans la banlieue parisienne. L'industriel Salomon R. Guggenheim commença à collectionner les œuvres de Kandinsky dès 1929. En regardant les nombreux tableaux de Kandinsky dont ses premiers figuratifs, les compositions dynamisent les couleurs qui explosent littéralement sous nos yeux ! Certaines toiles accrochent le regard, d'autres semblent plus discrètes. Quelle audace picturale ! La peinture abstraite m'intéresse beaucoup et elle me permet de rêver, de m'abandonner à mon imagination... J'ai aussi revu avec un grand plaisir un de mes peintres préférés, Anselm Kiefer. Une salle entière présente cinq œuvres d'une dimension exceptionnelle dont celle de l'homme couché, contemplant le ciel étoilé, intitulé, "Les ordres de la nuit". Dès que je me rends à Bilbao, je ne manque jamais cet artiste métaphysicien. J'ai aussi parcouru une exposition sur les années folles et sur des peintres basques de Bilbao. L'ambiance covidienne persistait encore avec le port du masque, la jauge limitée (ce n'est pas plus mal) et la distanciation physique. J'ai revu avec plaisir le parc extérieur avec l'araignée de Louise Bourgeois, le chien fleuri de Koons, et d'autres sculptures disposées autour de ce bâtiment spectaculaire, œuvre de l'architecte canado-américain Frank Gehry avec son design innovateur qui donne à Bilbao une réputation mondiale. Ce lieu magique est devenu au fil des ans un rendez-vous quasi annuel (sauf pendant le covid). Dans mes escapades européennes, Bilbao pour moi, c'est le Guggenheim !
jeudi 13 mai 2021
"La Lumière du Sud-Ouest"
Roland Barthes, né à Cherbourg, a vécu toute son enfance à Bayonne et à Urt, de 1916 à 1924. Il n'a cessé d'y retourner jusqu'à ses derniers jours. J'ai relu récemment un de ses textes, publié en 1977 et recueilli dans un ouvrage, "Incidents", édité au Seuil en 1987. Il propose une analyse sur cette grande région, le Sud-Ouest et lui rend un hommage vibrant. Il évoque, évidemment, l'accent qui n'est pas celui de Marseille ou du Sud de la France, "plus lourd, moins chantant". Puis, il évoque le trajet entre Paris et les portes du Sud-Ouest : "J'entre dans le pays de mon enfance ; un bosquet de pins sur le côté ; un palmier dans la cour d'une maison ; une certaine hauteur des nuages qui donne au terrain la mobilité d'un visage". Vient ensuite le passage sur la lumière de la région, "noble et subtile à la fois", "une lumière espace", "une lumière lumineuse". Il pleut souvent dans ce pays mais Roland Barthes précise que "ces accidents de la lumière n'engendrent aucun spleen". Son troisième Sud-Ouest, après l'accent et après la lumière, c'est Urt, son village près de Bayonne. Il aime tellement ce lieu qu'il donne le conseil suivant : "Pour juger, pour aimer, il faut venir et rester, de façon à pouvoir parcourir toute la moire des lieux, des saisons, des temps, des lumières". Il n'oublie pas l'Adour, "un très beau fleuve méconnu". Il aborde ensuite le rôle du corps dans les premières impressions de son enfance avec les odeurs, les couleurs, les sons. Un quartier de Bayonne (le petit-Bayonne) l'a particulièrement marqué : "Tous les objets du petit commerce s'y mêlaient pour composer une fragrance inimitable : la corde des sandales, le chocolat, l'huile espagnole, l'air confiné des boutiques obscures et des rues étroites, le papier vieilli des livres de la bibliothèque municipale". Ces sensations olfactives ont forgé la relation étroite entre ce territoire et l'écrivain. Il termine ce texte avec cette phrase : "Car, "lire" un pays, c'est d'abord le percevoir selon le corps et la mémoire, selon la mémoire du corps. (...) C'est pourquoi l'enfance est la voie royale par laquelle nous connaissons le mieux un pays. Au fond, il n'est Pays que de l'enfance". Je partage avec Roland Barthes ce goût pour mon pays que j'ai quitté à l'âge de trente ans. Dès que je pose mes pieds sur le tarmac de l'aéroport de Biarritz, l'air est chargé de sel, d'une humidité océanique. Je me blottis dans une atmosphère d'enfance où tous ces paysages maintes fois traversés me sont familiers, intimes, proches. Comme la crise sanitaire s'affaiblit, je prends ma valise et je file demain dans ce beau pays, tant aimé de Roland Barthes. Il a lui offert des belles lettres de noblesse dans ce texte court et dense qui ressemble à la belle lumière du Sud-Ouest.
mercredi 12 mai 2021
"Une histoire universelle des ruines"
Dans mes escapades que j'entreprends depuis que je suis à la retraite, mes préférences se portent souvent vers des villes dont l'empreinte du passé me plonge dans une parenthèse hors du temps. La Grèce et l'Italie réunissent la plupart des traces de la civilisation gréco-romaine et par conséquent, ces destinations me comblent tout particulièrement. Rome et Athènes, Naples et Corinthe, Delphes et Mycènes, Venise et Nauplie, Herculanum et Pompéi, Paestum, la vallée des Temples en Sicile, et tant de lieux que j'ai visités possèdent un esprit où l'on sent la présence fantomatique des ancêtres qui circule entre les pierres, les colonnes, les fresques, les statues, les mosaïques. Un livre monumental m'a attirée récemment et quand je l'ai feuilleté en librairie, je suis repartie avec ce pavé de 750 pages, richement illustré et d'un grand format. Cette Bible des amateurs d'Antiquité et des anciennes civilisations, "Une histoire universelle des ruines", est devenue pour moi une source inépuisable d'informations sur cette notion qui me fascine depuis longtemps : notre rapport au temps, un temps infiniment long et un temps infiniment mystérieux. L'auteur d'une érudition stupéfiante, Alain Schnapp, archéologue, a publié cette somme impressionnante au Seuil dans la collection "Librairie du XXIe". Le premier chapitre traite de la notion de ruine qu'il développe avec des références littéraires, historiques et sociologiques. Chateaubriand définit la fascination des ruines ainsi : "Tous les hommes ont un secret attrait pour les ruines. Ce sentiment tient à la fragilité de notre nature, à une conformité secrète entre ces monuments détruits et la rapidité de notre existence". Plus loin, l'auteur cite Benjamin Péret : "L'attention portée aux ruines est une marque de respect de soi et des autres, l'affrontement de la nature et de la culture s'efface devant l'inconstance de la mémoire humaine et celle des civilisations". Ce beau livre se compose de plusieurs chapitres : "Le sentiment du passé dans l'Orient ancien, les ruines apprivoisées dans le monde gréco-romain, la voie chinoise, les ruines de l'empire et l'Europe médiévale, le monde pré-islamique et islamique, de Pétrarque à la découverte de l'Amérique, l'universalité des ruines, etc." L'éditeur précise que cet ouvrage est l'œuvre d'une vie consacrée à l'archéologie. Historien de l'art et de l'architecture, des savoirs et des sensibilités, Alain Schnapp se met à la portée des lecteurs(trices) en proposant un "parcours, une méditation et même un véritable roman des ruines, forcément poétique". Comme tous les ouvrages encyclopédiques, ce outil documentaire nous invite à entreprendre un long, très long voyage à la recherche des traces que les humains ont déposé dans le paysage : des mégalithes aux pyramides, des tombes étrusques aux temples grecs, des thermes romains aux théâtres grecs et tant d'autres signes des civilisations englouties par le temps. Entre l'oubli et la mémoire se joue une lutte incessante : ce livre-monument laissera des traces heureuses et contemplatives chez tous les passionné(e)s d'archéologie. Cette "Histoire universelle des ruines", un guide indispensable pour comprendre le lien temporel entre les vieux mondes et les nouveaux !
mardi 11 mai 2021
"Ce matin-là"
Gaëlle Josse dédicace son roman à "tous ceux qui tombent". Ses lecteurs et ses lectrices très fidèles à son œuvre apprécient son immense empathie envers ses personnages et vont la retrouver dans son dernier opus, "Ce matin-là", publié chez l'éditeur, Noir sur Blanc, en 2021. Ce "matin-là" fatidique, la battante Clara, une employée modèle dans une banque, n'arrive pas à démarrer sa voiture. Cette panne subite et inattendue va provoquer chez elle une panne de son être. Elle s'effondre littéralement, le moteur de sa vie ne la propulse plus dans la réalité sociale. Plus d'énergie, plus de ressort, le vide existentiel. Elle consulte un médecin qui lui donne quelques jours de congé maladie. La jeune Clara commence à comprendre que son travail ne lui apporte plus aucune satisfaction : "Mais, depuis un moment, elle n'a plus envie. Une lassitude sans se l'avouer. Un ressort détendu". Elle refuse de jouer le jeu de l'employée corvéable, "positive" et "corporate" avec un fort potentiel. Quand elle écoute son manager les incitant à sortir du rang, "Vous êtes des samouraïs, des guerriers", Clara ne supporte plus ce discours managérial, ce cynisme d'entreprise qui utilise les salariés comme des conquérants de la vente. Elle a constaté qu'elle mettait en danger des clients qui s'endettaient pour la vie. Cette comédie d'entreprise rebute la jeune femme. Sa dépression la paralyse et la maintient dans une inertie éprouvante : se réfugier dans son lit, ne plus manger, ne plus voir personne, ne plus affronter un réel trop stressant. Ses parents ne savent rien, ni son frère. Ses collègues ignorent aussi le malaise qui la ronge. Son compagnon, Thomas, l'abandonne malgré sa bonne volonté. Il pensait connaître une jeune femme triomphale et se retrouve avec une jeune femme défaite. Clara s'enfonce dans l'isolement mais, un jour, elle reprend contact avec sa meilleure amie, mariée à un agriculteur et infirmière à domicile. Elle part donc chez eux et reprend un regain de courage grâce à l'amitié sans faille de son amie Cécile. Cette visite va lui procurer un certaine distance sur sa dépression car elle remarque les difficultés de son amie pour survivre économiquement. Cécile l'encourage à changer de vie. Cette idée va germer et se concrétiser. Va-t-elle vaincre cette descente en enfer que certains nomment d'un mot anglais (encore un) un burn-out ? La mise entre parenthèses de sa vie lui permet enfin de prendre une décision libératrice. Cette histoire assez convenue et traitée souvent dans les romans contemporains se révèle touchante et vraie. Clara symbolise tous ceux et toutes celles qui ont vécu un effondrement psychologique et ce roman-miroir écrit avec une délicatesse rare se lit avec une empathie partagée. Gaëlle Josse a déclaré : "J'ai voulu écrire un livre qui soit comme une main posée sur l'épaule". Ce roman discret et intimiste se lit comme on écoute une petite sonate de Schubert...