Mon escapade parisienne devait se dérouler en mai dernier pour voir des expositions mais la Covid-19 est passée par là et toutes les manifestations culturelles ont été annulées. Ce premier semestre de confinement-déconfinement est déjà un peu oublié par insouciance ou par inconscience, mais pourtant, cette période de mars à mai sera marquée dans nos mémoires comme une blessure collective. Ne pas aller à Paris cet automne malgré la menace latente du virus m'aurait semblé une défaite, un renoncement, une déroute et j'ai surmonté mon appréhension de la foule parisienne. Cet été, j'ai réservé le TGV, les billets des musées, d'un concert et d'une conférence. En écoutant bien nos grands spécialistes du virus, le masque et le gel hydroalcoolique nous protègent malgré tout. J'ai souvent entendu dans les micros du train, de la gare de Lyon, des musées et de tous les espaces traversés, des recommandations permanentes. Je me suis imaginée dans une série dystopique annonçant la fin d'un monde normal et ouvert. Mardi, j'ai commencé par la BNF, la Bibliothèque Nationale de France, où j'avais rendez-vous avec Pascal Quignard, mon écrivain préféré. Si je m'exile un jour sur une île déserte, j'emporte tous les Quignard dans mon sac ! Il donnait une conférence à l'Auditorium vers 18h et une exposition sur son œuvre démarrait le lendemain. Cela faisait vingt ans que je n'avais pas mis les pieds dans ce lieu gigantesque, un peu trop déshumanisé par une architecture verticale vertigineuse. Décidément, cet espace ultra urbain heurte ma vision même si ces tours ouvertes en forme de livre forment un ensemble spectaculaire. Dans l'auditorium où nous étions une petite cinquantaine, Pascal Quignard s'est avancé en compagnie de la directrice, Madame Engel. Elle a présenté l'écrivain très brièvement en évoquant le don d'un manuscrit, "Boutès", de sa correspondance, des éditions rares, des photographies. Pascal Quignard détruit la plupart de ses manuscrits ne voulant pas garder des traces premières de ses œuvres. Quand je l'ai vu, j'étais émue et fascinée par sa présence d'une simplicité naturelle, non affecté. Il a enchanté son public pendant un heure où il a dévoilé la signification de l'image archaïque. Sur un écran immense, défilaient des scènes de peinture murale romaine, "le Plongeur de Paestum" en particulier, un banquet de Tarquinia, une fresque de Lascaux, etc. Je savourais son érudition profonde et originale, ses analyses éclairantes sur l'apport symbolique des images archaïques, sa voix agréable, la mise en scène d'une pureté monastique : un clerc du Moyen Age, un moine bénédictin savant, une silhouette venue d'un temps lointain, un extra-terrestre du passé grec et romain. Je reviendrai sur cette conférence dans ce blog pour mieux la décrypter car je l'ai enregistrée pour conserver ce pur moment de littérature française. Dans le hall, j'ai revu Pascal Quignard, et j'ai eu l'audace de lui parler. Il m'a écoutée gentiment et comme je lui exprimais toute ma gratitude pour ses ouvrages, il m'a répondu qu'il était honoré de ma présence... Je crois que ces minutes de dialogue resteront gravées dans ma mémoire à tout jamais. Je me tenais devant un des plus grands écrivains contemporains d'une simplicité désarmante et intimidante. Quelle rencontre, même fugace, même brève ! Ecouter sa conférence dans un silence religieux, le voir en "vrai", lui parler : je commençais bien mon escapade parisienne. Je vais me replonger dans son "Dernier Royaume" du tome 1 à son 11e qui vient de sortir. On peut lire et relire Pascal Quignard, et des passages que l'on avait du mal à comprendre s'éclairent cinq ans après, dix ans après, vingt ans après. J'aime cette littérature complexe, interrogative, parfois hermétique, souvent secrète, qui crée un lien intime avec son lecteur(trice). Une belle rencontre littéraire !
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
lundi 5 octobre 2020
lundi 28 septembre 2020
La Nouvelle Revue Française
J'ai évoqué dans mon blog la disparition d'une revue de sciences humaines, Le Débat. Dans le monde de la littérature, il existe une revue qui dure vraiment depuis très longtemps car elle a été fondée en 1908. Ce joyau patrimonial se nomme "La Nouvelle Revue Française" ou en raccourci, la NRF. Parmi les créateurs de la revue, on trouve entre autres Charles-Louis Philippe et André Gide. Gaston Gallimard financera la NRF et cette publication deviendra le fleuron de la maison d'édition. Elle a publié les premiers textes de Jean-Paul Sartre et d'André Malraux. Sa réputation d'écurie Gallimard résiste encore de nos jours et Michel Crépu, le directeur, tient un blog très pertinent sur la littérature. Le numéro de mai-juillet m'a particulièrement intéressée : j'ai retrouvé avec plaisir un article de Philippe Lançon, l'auteur du magnifique récit, "Le Lambeau", disponible en Folio depuis quelques mois. Un journaliste lui demande une liste de "feel-good books", des livres qui font du bien. Il a traversé une épreuve douloureuse et horrible après l'attentat de Charlie Hebdo car il a été gravement blessé. Il compare cette liste à une ordonnance médicale et avoue son incrédulité devant une demande pareille. Pour lui, les "feel-good books" ne sont pas des livres de développement personnel, ou optimistes ou béats. Il évoque ses lectures d'adolescents : Rimbaud, Proust, Kafka, Céline : "Je crois que j'ai commencé à lire depuis ce malaise et dans la solitude qu'il engendrait. Ce sont des livres qui m'ont permis d'explorer le malaise. Ils ont été mes amis inconnus". Il cite les œuvres qui l'ont sauvé de son gouffre personnel avec la reconstruction de sa mâchoire pendant de longs mois d'hôpital : "La Montagne magique" de Thomas Mann, "Les lettres à Milena" de Kafka et la "Recherche du temps perdu" de Proust. Livres "éclaireurs", livres "sauveurs", il écrit : "Ils ont tendu une infinité de miroirs à ma propre vie" sans lui apporter des "recettes" ou des "certitudes". Son récit, "Le Lambeau" est devenu en quelque sorte un "feel-good book" pour beaucoup de lecteurs et de lectrices. Il relate le courrier émouvant qu'il a reçu après la publication de son livre. L'article se termine sur ce constat : les livres qui font du bien n'existent pas en tant que catégorie. Il faut lire et relire les chefs d'œuvre de la littérature mondiale. Tout simplement. Dans la revue, j'ai trouvé aussi une chronique sur Pierre Michon, des nouvelles, des critiques fort pertinentes. Un régal de lecture, des moments de littérature d'une élégance discrète, sans tam-tam médiatique. La touche Gallimard... Et une envie de relire les "sauveurs" de Philippe Lançon : Mann, Kafka et Proust... Un programme océanique de lecture.
samedi 26 septembre 2020
"Nature humaine"
J'ai découvert Serge Joncour avec son très bon roman "Chien-loup", publié en 2019. Le revoilà dans cette rentrée littéraire avec "Nature humaine". Le romancier décrit une France rurale, des années 76 jusqu'à l'an 2000. La famille Chabrier, des paysans du Lot, vit dans la vallée de la Rauze à une vingtaine de kilomètres de Cahors. Les grands-parents habitent dans un petit pavillon dans la vallée, les parents tiennent la ferme avec l'aide de leur fils, Alexandre, qui va prendre la suite. Les deux sœurs n'ont qu'un rêve : fuir la compagne et rejoindre les grandes villes. Le fils aîné rencontre une jeune Allemande de l'Est qui est la colocataire de sa sœur, partie faire ses études de lettres à Toulouse. Il tombe fou amoureux de cette jeune femme avec qui il va vivre une histoire intermittente pendant des années. Cette fréquentation amoureuse l'entraîne aussi dans un groupe d'activistes politiques antinucléaires d'extrême gauche. Ils ont besoin d'un engrais, l'ammonitrate, pour préparer des explosifs. Alexandre, jeune homme naïf et indulgent, se laisse influencer et donne ce produit courant dans les fermes. Le jeune homme se heurte aussi à la modernisation de l'agriculture avec les normes, la construction de bâtiments pour le rendement, l'élevage intensif, les dettes, la transformation de sa ferme en "usine à vaches". Il se débat entre ses soucis d'agriculteur et un amour impossible avec la jeune Allemande. Celle-ci ne veut pas s'installer ni dans la vie, ni dans un couple. Elle part vivre en Inde en militant pour l'agriculture biologique. Alexandre finira par trouver une compagne plus accessible mais sans passion particulière. Il survit dans un territoire enclavé, comme il le ressent lui-même. L'époque était marquée par les scandales des hormones, de la vache folle, des pesticides. Serge Joncour raconte avec son talent habituel et sans nostalgie une France des années 80 avec l'effondrement du monde rural, condamné à une modernité déshumanisée. Il traite aussi de l'éclatement des familles, de l'exode rural, du militantisme révolutionnaire, du réchauffement climatique. Une France en mutation avec ses hypermarchés, ses viaducs, ses autoroutes, ses cafétérias : une société de consommation irréversible. Le roman se termine avec la tempête du siècle en 1999, quand des millions d'arbres ont été déracinés comme un symbole d'un monde perdu et achevé. Au-delà de cette fiction bien ficelée, Serge Joncour évoque un société en décomposition, des destins contrariés par la tyrannie économique. Il rend hommage à tous ces ruraux qui choisissent de rester dans leur ferme, fidèles à leurs traditions et les pieds bien appuyés sur leur terre. Serge Joncour avec son regard acéré nous offre un des meilleurs romans de cette rentrée littéraire.
vendredi 25 septembre 2020
"Le Débat", disparition d'une revue
L'historien Pierre Nora a fondé Le Débat en 1980 au sein de la maison Gallimard. La publication de son dernier numéro est sortie en septembre. 40 ans de culture, 40 ans de débats, 40 ans d'analyses de la société française. Les revues se meurent et elles ne peuvent plus concurrencer le numérique. Le philosophe Marcel Gauchet, cet infatigable analyste de notre démocratie libérale, a dirigé Le Débat dans une mouvance au centre droit de l'échiquier politique en irrigant la pensée d'une gauche de gouvernement sur le féminisme, l'école, la République, la liberté et tant d'autres sujets sociétaux. Le temps des nuances semble obsolète. La revue se voulait universaliste, humaniste, antitotalitaire et européenne. La publication trimestrielle s'adressait en particulier aux étudiants, aux lecteurs et lectrices exigeants, aux usagers des bibliothèques. Des articles de presse confirment une certaine mort des Intellectuels, de la pensée et des idées dans un monde où de moins en moins de curieux prennent une revue pour simplement s'informer et se cultiver. Dans le quotidien Le Monde du mardi 22 septembre, Nicolas Truong propose une longue réflexion sur la disparition annoncée de la revue. L'équipe du Débat soutient que l'époque d'aujourd'hui ne permet pas la discussion entre "gens raisonnables". Marcel Gauchet constate la "résurgence des radicalités". Ce sabordage volontaire s'explique selon eux par diverses raisons : "l'érosion de la curiosité encyclopédique, la désintellectualisation des élites, la mort du genre de la revue généraliste et la radicalisation du débat public. Il faut ajouter le poids des ans des intervenants dont Pierre Nora (88 ans). Celui-ci constate aussi l'affaissement du niveau universitaire, le déclin de la lecture, la faiblesse des sciences humaines. Des livres comme celui de Michel Foucault, "Surveiller et punir" s'est vendu à plus de 300 000 exemplaires en 1975. Combien aujourd'hui ? 3 000 maximum... Pierre Nora précise qu'une collection de textes poursuivra l'héritage de la revue comme celle des "Tracts" au moment de la crise sanitaire. Il reste encore quelques bastions de résistance papier comme la revue "Esprit" et la "Revue des Deux Mondes". Mais, dorénavant, elles se développeront sur le net et nous verrons peut-être fleurir des sites de revues intelligentes, cultivées, impertinentes, curieuses, encyclopédiques, universalistes et républicaines... Je regrette, évidemment, la perte symbolique de la revue Le Débat qui n'a pas su préparer la relève par de jeunes intellectuels, hommes et femmes. Les collections vont partir dans les réserves des bibliothèques pour un temps infini. Un jour, dans cent ans, un jeune doctorant ou doctorante se penchera sur ces archives et étudiera avec un sentiment d'admiration, la vie intellectuelle de 1980 à 2020.
jeudi 24 septembre 2020
"Yoga"
Il vaut mieux lire directement le dernier ouvrage, "Yoga", d'Emmanuel Carrère avant de découvrir les nombreux articles qui lui sont consacrés dans la presse : un exercice en dehors des influences, des avis, des critiques bonnes ou mauvaises. Entrer dans ce texte sans préjugés m'a convaincue que j'avais choisi la bonne solution pour garder un esprit neuf. Pourtant, je ne connais rien à la mode du yoga et j'avoue que la première partie du livre sur cette activité physique m'a semblé un peu trop longue. Emmanuel Carrère m'a tout de même fortement intéressée. Il voulait écrire un "petit livre pas prétentieux, un petit livre souriant et subtil" en relatant son stage en immersion en Bourgogne, une retraite absolument silencieuse. Il veut se libérer en particulier des "vrittis", "ces pensées parasites, incessant bavardage qui nous empêchent de voir les choses comme elles sont". Il ajoute, qu'une fois chassées, "l'esprit devient alors clair et transparent comme un lac de montagne. Débarrassé de l'écume de nos peurs, de nos réactions, de nos commentaires incessants, il ne reflète plus que le Réel. On appelle cela délivrance, illumination, satori, nirvana". Mais, la pratique du yoga n'empêche pas l'irruption dans sa vie, d'une dépression dévastatrice qui l'oblige à séjourner à l'hôpital Saint Anne où il subit des électrochocs. Il est diagnostiqué "bipolaire de type 2" et décrit sa maladie ainsi : "On est deux dans le même homme, et ces deux-là sont des ennemis". L'écrivain sombre alors dans un puits de "forces obscures, de culpabilité, de détresse". Les pages sur sa dépression demeurent le diamant noir du texte, le cœur ou chœur de sa démarche littéraire. Emmanuel Carrère dit tout, ne veut pas mentir, étale ses états d'âme sans complexe. Certains critiques l'accusent de nombrilisme, d'égocentrisme. Ce procès ne le concerne en aucun cas. Il évoque aussi sa lente guérison en partant dans une île grecque pour soutenir quelques jeunes migrants. Dans cette île de Léros, il rencontre l'énigmatique Federica, sorte de double féminin qui lui dit : "Il y a l'Ombre, mais il y a aussi la joie pure". Cette phrase représente le cadeau de cette femme à la fois lunaire et solaire : "Et peut-être qu'il ne peut y avoir de joie pure sans Ombre et que ça vaut la peine alors de vivre avec l'Ombre". L'écrivain a tout de même avoué sur le plateau de La Grande Libraire, que cette partie du livre, était de la pure fiction. Certains passages du récit m'ont beaucoup impressionnée : le décryptage de ses troubles psychiques, le portrait de Paul Otchakovsky-Laurens, son éditeur depuis trente ans, sa passion pour la Polonaise de Chopin, interprétée par la pianiste, Martha Argerich. Malgré la première partie un peu longue, Emmanuel Carrère a écrit un de ses meilleurs livres et l'un des meilleurs de la rentrée littéraire.
mercredi 23 septembre 2020
Albert Camus à Lourmarin
Je voulais consacrer un billet particulier à Albert Camus, enterré dans le beau cimetière de Lourmarin. Après ma visite au Château La Coste, j'ai pris la direction de Lourmarin pour rendre un hommage à cet écrivain si passionnant, que l'on lit sans cesse. Il a acquis une maison de vacances grâce à l'argent de son prix Nobel de littérature en 1958. Dans sa correspondance avec René Char, il évoque la recherche d'un havre de paix pour fuir les contraintes parisiennes. Il a profité de ce bonheur familial pendant deux ans car il perd la vie dans un accident de la route à l'âge de 47 ans, le 4 janvier 1960, alors qu'il retournait à Paris avec son ami, Michel Gallimard. L'écrivain fréquentait les gens du village, se promenait dans la belle campagne luberonnaise, soutenait les jeunes footballeurs de Lourmarin. Dans sa propriété, il compose son immense et bouleversant, "Le Premier homme" dont le manuscrit a été retrouvé dans la voiture accidenté. Sa fille, Catherine, l'a publié en 1994 chez Gallimard. Quand j'ai pénétré dans ce cimetière, la tombe végétalisée (romarin, olivier, laurier-rose) d'Albert Camus est, évidemment, visitée par ses très nombreux fans. Des petits papiers d'une sincérité émouvante montrent l'admiration de ses lecteurs(trices) dont la célèbre chanteuse de rock, Patti Smith, qui a déposé une pierre gravée, signée de son nom. Je n'étais pas trop étonnée de cet hommage car la chanteuse, écrivain de talent, évoque souvent sa passion de la littérature C'est toujours la même émotion de se recueillir sur un des écrivains les plus charismatiques du XXe. J'ai aussi vu la tombe d'Henri Bosco. Cet écrivain, bien oublié aujourd'hui, a écrit de beaux romans dont "Le Mas Théotime", publié en 1945. Les deux écrivains se côtoient dans la mort alors qu'ils ne sont jamais rencontré dans le village. Le château de Lourmarin est devenu un centre culturel et proposait une exposition de photographies sur Albert Camus. J'ai arpenté le château vieux qui s'ouvre sur une cour, et au rez-de-chaussée, j'ai traversé la cuisine, l'office, les fours, puis aux étages, les chambres, la salle de musique, et la bibliothèque. Une loggia à l'italienne, des galeries renaissance, un grand escalier d'apparat à vis, des cheminées monumentales ornées de cariatides à visages d'Amérindiens, composent un ensemble architectural remarquable. Lourmarin a conservé son identité grâce au Château et à la présence tutélaire d'Albert Camus. Le village fourmille de boutiques dédiées au tourisme. Lourmarin, un détour incontournable pour les amoureux de la littérature et du Luberon.
mardi 22 septembre 2020
Escapade en Provence, 5
Notre dernier jour en Provence s'est déroulé autour de quelques villages du Luberon. L'hôtelier nous a donné quelques informations pour visiter Vaugines, notre première étape. Une scène célèbre du film, "Jean de Florette" a été tournée devant l'église Saint-Pierre Saint-Barthélemy. L'église du XIIe de style roman était ouverte, ce qui est rare. Puis, je me suis arrêtée à Bonnieux, Ménerbes, Gordes, Sénanque. Evidemment, dans ces villages perchés, il est difficile de garer sa voiture près du centre et pour explorer les lieux, il vaut mieux appartenir à la catégorie des randonneurs de montagne que des citadins marcheurs. A Ménerbes, j'ai vu la maison de Dora Maar, une des compagnes de Picasso. Le peintre espagnol lui a offert cette résidence d'été en cadeau de rupture en 1944. Nicolas de Staël a représenté le village dans une de ses toiles et résida au Castelet. De riches demeures datant du Moyen Age et de la Renaissance se situent dans des dédales de rue pentue. Beffroi, église, la citadelle du XIIIe composent un patrimoine important mais, ces lieux étaient fermés. Récemment, une Maison de la truffe et du vin s'est ouverte au cœur du village. Le Luberon est le premier département producteur de truffes. Cet aspect d'un tourisme "durable", respectueux de l'environnement, donne une image de la vie économique de ce pays prioritairement agricole. J'ai poursuivi ma route vers Gordes où je n'ai pas reconnu ce village que je ne n'avais pas vu depuis une trentaine d'années... Voitures de luxe, hôtels de luxe, restaurants de luxe, je n'ai pas voulu m'arrêter tellement le tourisme haut de gamme a envahi ce lieu à fuir. Quel dommage ! J'ai quand même visiter une cabane de pierre séchée, une borie. Ce cabanon permettait au paysan de stocker ses outils, de protéger sa récolte et sa réserve d'eau. Parfois, il y passait la nuit. A Gordes, des personnalités politiques (François Mitterrand), des artistes (Chagall), des célébrités ont marqué l'identité de ce village people. Avant de retourner à Chambéry, j'ai fait une halte à l'Abbaye de Sénanque, un monastère cistercien en activité. Fondé en 1148, il fait partie des "trois sœurs provençales" avec Silvacane et le Thoronet. Ce magnifique édifice roman se niche dans un vallon et offre un panorama superbe surtout quand la lavande fleurit. Ma balade provençale s'est terminée à Sénanque. J'ai parcouru un territoire de France avec une certaine nostalgie car je devais me retrouver en Sicile à cette période. La Covid est arrivée et l'Italie s'est évanoui ! J'ai quand même apprécié cette petite traversée d'une belle région française et vu des paysages préservés dans le Luberon. Aix en Provence recèle de trésors artistiques et Jean Giono m'aura servi de guide culturel. Depuis l'apparition de la crise sanitaire, je repartirai pour visiter de nouveaux terroirs dont la Bretagne !