Cet après-midi, nous nous sommes comptées sur les doigts d'une seule main pour le rendez-vous de décembre, le dernier de l'année. Cette hécatombe, (sept absentes quand même) pour ce jeudi des livres avec des "congés maladie", avec une panne de chauffage et des missions de grands-mères, ne m'a pas découragée car ces retrouvailles autour des livres se sont fort bien déroulées même en petit comité. Les coups de cœur ont démarré avec Danièle qui a évoqué un roman de Victoria Hislop, "L'île des oubliés", paru en 2005. L'héroïne, Alexis, découvre le passé de son arrière grand-mère sur une île crétoise, refuge d'une colonie de lépreux au début du XXe siècle. Ce livre-plaidoyer contre l'exclusion a touché de très nombreuses lectrices. Danièle, ayant effectué un voyage-randonnée au Cap-Vert, a lu " Cap-Vert, Notes atlantiques" de Jean-Yves Loude, écrit en 2002, un récit très intéressant de textes courts sur les dix îles qui forment cet archipel. Véronique a découvert le roman de Catherine Locarno, "L'enfant de Calabre". Ce roman-enquête pose le problème des secrets de famille avec un père mystérieux et adultère... Dany, bien que grippée, m'a envoyé ses coups de cœur et elle a particulièrement apprécié le livre de Valérie Zénatti, "Jacob, Jacob", prix du Livre Inter en 2015. L'écrivaine rend hommage à son grand-oncle Jacob, natif de Constantine, mort à 19 ans sur le front alsacien en 1944. Dany nous conseille aussi le roman de Jim Fergus, "La vengeance des mères". En 1875, un chef cheyenne, Little Wolf, propose au président Grant d'échanger mille chevaux contre mille femmes blanches pour les marier à ses guerriers afin de favoriser l'intégration... Demain, je consacrerai un deuxième billet sur le thème de l'enfance qui avait été choisi par Danièle. Ce petit cercle de lectrices a tout de même donné des grands coups de cœur... La lecture demeure et demeurera un plaisir partagé. Et je continuerai à me promener sur le chemin des livres tant que l'on se retrouvera au minimum à deux, à trois et au groupe entier...
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
jeudi 8 décembre 2016
mercredi 7 décembre 2016
Michel de Montaigne, 2
Michel de Montaigne compose ses Essais en s'appuyant sur ses lectures innombrables car, avant d'écrire, il a lu, beaucoup lu les auteurs latins et grecs en particulier. Cet immense lecteur a même consacré un chapitre aux livres (Livre II, chapitre 10) : "Je ne cherche aux livres qu'à m'y donner du plaisir par un honneste amusement ; ou si j'estudie, je n'y cherche que la science qui traicte de la connoissance de moy mesmes, et qui m'instruise à bien mourir et à bien vivre." Il raconte dans ce chapitre, ses manières de lire en utilisant le terme "primesautier", ses préférences littéraires, ses poètes de prédilection comme Virgile, Horace, Lucrèce, ses historiens (Plutarque en particulier) et ses philosophes (Sénèque au sommet de ses choix). La table des matières des Essais résume à elle seule l'éclectisme de son œuvre "fourre-tout" : de la tristesse à l'oisiveté, de la solitude à la liberté de conscience, des menteurs aux cannibales, du dormir au démentir... Au menu de son œuvre unique et singulière, le lecteur peut saisir un sujet à sa guise sans suivre l'ordre des chapitres. Il est même conseillé de "picorer" une phrase, un extrait, une page, un chapitre pour approcher cet homme sage, sceptique, tolérant et honnête. Notre professeur a choisi les chapitres sur les boiteux, sur l'amitié avec Etienne de La Boétie qu'il nous a présenté en lisant à haute voix les extraits significatifs. Ce cours de l'Université populaire savoisienne a permis à ces nombreux participants de découvrir ou re-découvrir cet écrivain-philosophe avec plus de facilité. Avant de pénétrer dans ce labyrinthe de mots provenant du XVIe siècle, il faut aussi se nourrir de quelques ouvrages sur Montaigne dont ceux d'Antoine Compagnon ("Un été avec Montaigne") et de Sarah Bakewell ("Comment vivre ? Une vie de Montaigne en une question et vingt tentatives de réponse"). Je conseille aussi le "Montaigne" de Stefan Zweig, une biographie merveilleuse, car Zweig avait rencontré un "frère" dans ces temps horribles du nazisme. La liberté intérieure de Montaigne est le leitmotiv du livre et je termine cette modeste évocation de Montaigne en citant Stefan Zweig : "Celui qui pense librement pour lui-même honore toute liberté sur terre"... Montaigne, Stefan Zweig, le même combat pour la liberté de penser...
mardi 6 décembre 2016
Michel de Montaigne, 1
Depuis un mois, j'assiste aux cours de Daniel, mon professeur de philosophie, sur Montaigne. J'avais lu Montaigne trop tôt et il vaut mieux redécouvrir cet écrivain plus tard, comme Marcel Proust et d'autres classiques. La maturité apporte un nouveau regard sur les œuvres littéraires. Je le vérifie tous les lundis avec ce Montaigne commenté, décortiqué, disséqué et expliqué. La stimulation intellectuelle se réactive au contact d'un médiateur littéraire et dès que j'ai ouvert la pléiade de Montaigne, je me suis retrouvée au XVIe siècle. Les six cours de deux heures s'articulent sur la connaissance de ce siècle extraordinaire (le vrai siècle des Lumières, d'après notre professeur) : la Renaissance. Imaginons cette effervescence : les découvertes scientifiques, l'invention de l'imprimerie, le Nouveau Monde, l'homme au cœur de la société, la Réforme, le génie italien, la langue française, en un mot, la naissance de l'humanisme. Montaigne, notre Gascon des Lettres, naît en 1533 dans ce foisonnement artistique, intellectuel et politique. Il est élevé dans le château de Montaigne dont il prendra le nom. Son père l'éduque au latin dès son jeune âge et ce jeune homme, imprégné de lectures antiques, va occuper un poste de jurat dans la mairie de Bordeaux. Il rencontre l'ami de sa vie, Etienne de la Boétie, une relation d'admiration réciproque selon Montaigne. Il assiste aux événements sanglants de la guerre des religions entre Huguenots et catholiques. Avant de composer les Essais, Montaigne voyage à travers l'Europe, se marie, conçoit des enfants qui ne survivront pas. En 1571, il se retire dans sa tour d'ivoire, sa bibliothèque où il fait inscrire sur une des poutres : "Puisse le destin lui permettre de parfaire cette habitation, des douces retraites de ses ancêtres qu'l a consacrées à sa liberté, à sa tranquillité, à ses loisirs...". Et il écrit une sorte de journal intime, philosophique, historique, ethnologique, etc. Son projet d'écriture est le premier du genre dans l'histoire littéraire. Il n'est pas facile de le lire dans son texte d'origine car son français de l'époque est assez loin du nôtre, mais, je préfère le savourer dans cette langue râpeuse, imagée, bigarrée à l'orthographe fantaisiste et à la grammaire latinisée. La preuve avec cette phrase : "Certes, c'est un subject merveilleusement vain, divers et ondoyant que l'homme. Il est malaisé d'y fonder jugement constant et uniforme". La suite, demain.
lundi 5 décembre 2016
Ma retraite universitaire savoisienne
L'avantage de la retraite se situe dans une envie de retrouver un peu de sa jeunesse.... Ce paradoxe de la boucle me rappelle ma vie d'étudiante, rythmée par les cours en amphi, les travaux dirigés en petit groupe, les examens et les notes sanctionnant le passage d'une année à la suivante jusqu'à l'obtention de la licence. Puis, les périodes professionnelles se succèdent pendant près de quarante ans. De libraire à bibliothécaire, il faut lire beaucoup pour conseiller les lecteurs(trices) toujours en demande de conseils avisés sur les milliers d'ouvrages qui attendent sur les étagères et s'impatientent de sortir dans les mains de leurs emprunteurs. J'ai donc mis entre parenthèses les connaissances apportées par l'entremise des professeurs même si je me suis baignée dans les livres à chaque minute de ma vie. Depuis que j'ai quitté mon univers professionnel, (celui de la bibliothèque universitaire), j'ai retrouvé les bancs de... l'université. Chambéry dispose d'une Université Savoisienne du Temps Libre et propose des conférences le jeudi après-midi sur des sujets divers, délivrés par des professeurs de l'université. Je peux citer celles sur le catharisme, le pillage et la destruction du patrimoine antique, Verdun, etc. Les thématiques scientifiques prennent une place importante dans le programme de l'année. L'USTL propose aussi des sessions qui se déroulent en six séances et se répartissent dans trois domaines : la philosophie, l'art et la littérature. Monsieur Bouvier, professeur de philosophie, évoquera l'individualisme, Madame Gaufilet étudiera Van Weyden, Holbein, Velasquez, l'impressionnisme, Kandinsky et Sonia Delaunay. Apprendre le grec ancien, retrouver la philosophie, comprendre l'art, animer un atelier de lectures, ma retraite ne ressemble pas à un retrait... L'esprit, dit-on couramment, peut conserver sa jeunesse et je savoure mieux aujourd'hui avec les années cumulées, le monde du savoir et de la culture. Aller en cours n'est pas seulement réservé aux jeunes gens et les séniors que je rencontre dans ces séances ont une soif d'apprendre surprenante et intense. Ce goût de l'école permanente peut sembler ridicule, dérisoire et vaine, mais je considère que se cultiver, connaître et savoir sont des verbes que l'on peut conjuguer au passé, au présent et au futur...
vendredi 2 décembre 2016
La mythologie sur Arte
La chaîne culturelle franco-allemande, Arte, propose une série sur les Grands Mythes de l'Antiquité tous les samedis en fin d'après-midi à raison de deux épisodes par semaine depuis le mois d'octobre. François Busnel, l'animateur de la Grande Librairie, est à l'initiative de cette émission de vingt épisodes. Comme la Grèce antique fait partie de mes passions culturelles, je ne pouvais pas manquer ces rendez-vous hebdomadaires (on peut revoir les émissions en replay). Si beaucoup de dieux grecs, de héros, de mythes sont déjà connus (ou pas), le téléspectateur(trice) apprend les détails du mythe, remarque l'illustration basée sur des formes animées, des vases grecs, des peintures de la Renaissance, des fresques murales antiques. Ce monde divin et aussi humain s'éclaire soudain grâce à ces épisodes très bien commentés par François Busnel. Il est donc question du dieu des dieux, Zeus, d'Hadès, de Prométhée, d'Athéna, d'Apollon, de Dionysos, d'Aphrodite, d'Hermès, d'Orphée, etc. Cette plongée temporelle vertigineuse révèle un monde polythéiste baroque où les dieux ressemblent aux hommes tant leurs passions, leurs haines, leurs malheurs, leurs bonheurs appartiennent à notre condition humaine. François Busnel, dans un interview, explique son projet en évoquant les mythes grecs comme les sources fondatrices de la littérature. Il écrit : "Ils nous permettent d'appréhender un sentiment, une émotion, une folie. Ils nous renseignent sur nous-mêmes. Ils représentent la part secrète mais essentielle de nos sociétés." Le réalisateur de la série admet qu'il fallait les "décaper" pour les montrer dans leur culture primitive. Gilbert Sinoué a co-écrit le scénario en respectant les mythes au plus près des textes de l'Antiquité. Ce n'est pas toujours facile de sensibiliser le public à ces histoires anciennes et Arte a réussi son pari audacieux de mettre à la portée de tous la mythologie grecque. Pour compléter les vingt épisodes des Grands Mythes, il faut lire un des plus beaux ouvrages sur ce sujet : "Le grand atlas de la mythologie" paru aux éditions Atlas avec une iconographie richissime, une analyse symbolique des mythes et une mise en page d'une clarté remarquable. Nous vivons dans un monde mythologique et nos dieux aujourd'hui vivent sur le mont Olympe des médias et il se passe beaucoup de drames avec des héros tragico-comiques...
jeudi 1 décembre 2016
Revue de presse
Le Magazine littéraire de décembre illustre sa couverture avec le portrait d'Elizabeth Badinter, que l'on voit aussi dans les médias à l'occasion de la sortie de son nouveau livre sur "Le pouvoir au féminin, Marie-Thérèse d'Autriche (1717-1780)", publié chez Flammarion. La philosophe féministe s'est intéressée à cette femme de pouvoir, monarque éclairé, épouse amoureuse et mère comblée. Dans les articles consacrés à Elisabeth Badinter, le Magazine analyse la portée de sa pensée sur l'universalisme, sur la laïcité républicaine qui demeure un enjeu essentiel dans les sociétés contemporaines bousculées par des ruptures communautaristes religieuses. Il faut lire les ouvrages de cette femme libre, intransigeante et farouchement "Lumières". Ce dossier m'a donné envie de découvrir sa biographie sur le pouvoir féminin. La revue propose un entretien avec Pierre Michon dont on ne parle pas assez dans la presse littéraire. Françoise Chandernagor s'interroge sur l'absence des femmes dans les prix littéraires. Les nouveautés continuent à paraître en librairie et sont critiquées avec perspicacité. Un portrait de l'écrivain américain, Saul Bellow, occupe trois pages pour susciter un nouvel intérêt de notre part alors que les lecteurs l'ont un peu oublié. Pour fêter les 50 ans du Magazine littéraire, la revue offre une sélection "Grands et petits millésimes, 1966-2016". Ces listes de livres me ravissent toujours car elles me plongent dans mon passé de lectrice et correspondent à mes goûts et à mes intérêts. Quand je m'aperçois qu'un titre plébiscité pour telle année n'avait pas retenu toute mon attention, je me promets de le découvrir dans les temps prochains. Certains romans choisis me paraissent légitimes et dignes de figurer sur la liste cinquantenaire mais d'autres me semblent plus contestables. Ce numéro anniversaire, éclectique et curieux, termine l'année 2016 en rendant un hommage aux livres et aux écrivains ayant marqué notre temps littéraire depuis cinquante années... Cette initiative doit être saluée et quand je me rends compte que tous ces ouvrages recommandés sont passés dans mes mains, je mesure le temps passé à cette passion, la lecture, mon art de vivre,
mardi 29 novembre 2016
"L'autre qu'on adorait"
Catherine Cusset prévient le lecteur dès la première page : son personnage, Thomas, s'est suicidé en 2008 aux Etats Unis. Il a été mêlé à sa vie, dans les années 80, comme amant et ami. Ce roman biographique pose la question de la bipolarité de Thomas dans ses comportements amoureux et professionnels. L'écrivaine prend la liberté de tutoyer son personnage en relatant les divers aspects de la vie de son héros malheureux. Quand il rate le concours d'entrée à l'Ecole Normale Supérieure, Thomas quitte la France, qui ne reconnaît pas ses mérites, pour les Etats Unis. Cet intellectuel brillant et ambitieux va pourtant sombrer dans une spirale d'échecs et de déceptions. Pourtant, New York l'enchante et le fascine. Il fait la fête avec ses nombreux amis, il tombe souvent amoureux, il mène une vie culturelle intense et passionnante. Mais, son comportement dépressif commence à dégrader ses relations avec la hiérarchie à l'université. Il n'obtient pas les postes universitaires qu'il convoitait par manque de travail sérieux sur sa thèse concernant Proust qu'il n'arrive pas à terminer par négligence et dilettantisme. Il met fin à plusieurs conquêtes féminines. Cette vie bouillonnante se déroule dans ses nombreux déplacements entre son pays d'adoption et son pays d'origine. Après toutes ces années où Thomas recherche l'amour total qu'il ne trouve pas et la reconnaissance universitaire qu'il n'obtiendra pas, il s'écroule et s'enferme chez lui jusqu'au geste final irrémédiable. Catherine Cusset écrit un beau témoignage sur un ami perdu à jamais. Elle raconte la vie difficile et handicapante d'un homme atteint de bipolarité, cette maladie mentale que même la famille et des amis ne perçoivent pas dans la personnalité de leur proche. Ce roman autofictionnel était à deux doigts du prix Goncourt mais, les jurés ont préféré la thématique des invisibles dans la société (la nounou meurtrière "d'Une chanson douce") à l'histoire d'un homme, issu de l'élite française, vivant à l'américaine, mettant fin à ses jours à cause de sa maladie mentale. Un histoire triste mais un bel hommage amical.
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