mardi 18 octobre 2016

Escapade à Milan, 1

Je viens d'effectuer ma dernière escapade de l'année en visitant Milan, une étape indispensable pour découvrir les richesses culturelles de l'Italie du Nord. Ce pays me fascine et je "collectionne" les villes comme on collectionne des tableaux vivants de l'art. Après la Sicile, Rome, Venise, Florence et la Toscane, Naples, je savais que Milan me réservait de belles surprises. Evidemment, cette métropole lombarde, la deuxième ville après Rome, mérite une escapade de cinq jours. J'ai pris le TGV à Chambéry et après quatre heures de route ( de rails), je suis arrivée à la gare Garibaldi. J'ai réservé ma première visite au célébrissime Duomo, la cathédrale gothique du centre ville, une des plus grandes d'Europe après celles du Vatican et de Séville. J'avoue que cet édifice ne peut qu'attirer l'admiration avec ses deux mille statues sur les façades et sur le toit.  La construction de cet édifice grandiose a démarré en 1386 sous le règne des Visconti et s'est terminé en... 1809 ! Sur la plus haute flèche, haute de 108 mètres, brille la silhouette de la Madoninna, la Vierge protectrice de la ville. Quand je suis entrée à l'intérieur de la cathédrale, j'ai retenu mon souffle devant l'immensité des cinquante deux piliers au sommet desquels s'enroulent des fresques sculptées. Les vitraux diffusent une lumière bleutée qui change constamment au fil des heures. Il fallait marquer la magnificence de la chrétienté et cet emblème religieux est devenu le cœur battant de la ville où Milanais et touristes se retrouvent en toute quiétude malgré la présence importante des militaires qui protègent ce magnifique monument. Mais, le Duomo n'est pas la seule cathédrale à visiter et j'ai découvert des églises milanaises aussi belles que celles de Rome et de Venise. Je citerai surtout l'église conventuelle de San Maurizio avec la chapelle dédiée à Sainte Catherine, couvertes de fresques incroyables dont une représentation de l'Arche de Noé et celle de San Simpliciano, fondée au IVe siècle par Saint Ambroise. Chaque église visitée constituait un musée tellement les fresques et les tableaux, les chapelles, les orgues, les autels formaient un ensemble harmonieux, nimbé de silence et de recueillement. J'ai croisé très peu de touristes dans ces lieux de culte... Bizarre, ils étaient tous devant le Duomo et surtout dans les nombreux magasins de luxe qui fourmillent à Milan. La réputation de la ville s'appuie sur la mode, le luxe et le raffinement et j'ai constaté pendant ces cinq jours la discrétion et la gentillesse de ces Italiens du Nord beaucoup plus calmes que les Napolitains... Un certain art de vivre se cultive avec le nombre des pâtisseries, des restaurants et des cafés et je n'ai pas résisté au tiramisu et aux glaces...

lundi 17 octobre 2016

Prix Nobel de Littérature

Quelle surprise de voir un chanteur de folk, même génial,  gratifié d'un prix littéraire de cette dimension après Camus, Le Clézio, Modiano pour ne citer que nos compatriotes ! Je comprends que les Suédois aient voulu moderniser, toiletter, rajeunir ce prix plus que centenaire. Mais, choisir Bob Dylan au détriment des écrivains américains qui le méritent depuis tant d'années, me laisse sans voix. Des critiques littéraires ont écrit dans la presse leur étonnement et pour certains d'entre eux leur consternation devant tant de démagogie de l'Académie suédoise. En d'autres termes, pourquoi Bob Dylan et pas Patti Smith qui, elle, dispose d'une œuvre littéraire incontestable ? J'aurais aussi décerné ce prix à Joan Baez, plus charismatique que Bob Dylan. J'avoue que je ne connais pas bien Bob Dylan, ayant peu de goût pour la chanson en général... Je baigne trop dans la musique classique pour m'intéresser à la chanson internationale qui a des milliards de fans sur la planète. Je préfère les causes désespérées et je soutiens et soutiendrai toujours les compositeurs des siècles passés qui sont peu écoutés de nos jours par les jeunes en particulier... Ce n'est pas un réflexe élitiste de ma part mais un constat de mon décalage culturel, de mes préférences archaïques alors que je devrais connaître les grands noms du rock, de la pop, du jazz, etc. Pierre Assouline dans son blog passionnant, "La République des Livres", titre son billet ainsi : "Le bras d'honneur des Nobel à la littérature américaine". L'écrivain manifeste son dépit car, à ses yeux, l'Académie suédoise a oublié volontairement les grands de la littérature américaine : Philip Roth, Joyce Carol Oates, Russel Banks, Don De Lillo. Je voulais mentionner ce fait divers culturel car le prix Nobel annonce tous les prix littéraires de l'automne et cette surprise, que certains approuveront totalement, m'a déçue mais je m'en remettrai sans problème. L'année prochaine, les Nobel vont-ils choisir un humoriste célèbre, un journaliste de talent, un homme ou une femme politique ? Ou reviendront-ils sur la terre des écrivains ? Rendez-vous le 13 octobre 2017...

lundi 10 octobre 2016

Jeudi des livres, 2

Je poursuis mon compte-rendu avec Véronique qui a beaucoup aimé le roman de Pierre Lemaître, "Au revoir, là-haut" et celui de Marc Dugain, "L'insomnie des étoiles". Danièle a choisi une nouveauté de la rentrée avec "Le garçon" de Marcus Malte, un ouvrage de plus de cinq cents pages relatant à la façon d'un conte, le destin d'un enfant sauvage au début du XXe siècle. Ce roman l'a vraiment intéressée en le comparant avec le "Cent ans de solitude" de Gabriel Marquez. Janelou a bien apprécié un très bon premier roman sur la Guerre d'Algérie, "Finir la guerre" de Michel Serfati. Elle aime les textes autofictionnels de Lionel Duroy dont son tout dernier publié en septembre, "L'absente" où l'écrivain revient sur sa mère et se réconcilie avec elle au-delà de la mort. Les règlements de compte que Lionel Duroy met en scène dans ses livres peuvent être taxés de "nombrilistes" mais, le thème de la famille a toujours nourri la littérature et continuera à l'épicer et à la troubler... Dany m'a envoyé un message pour s'associer à nos retrouvailles livresques. Elle a mentionné  "Dans les forêts de Sibérie" de Sylvain Tesson, "Un fils en or" de S.D.Gowda, "Le bruit des trousseaux" de Philippe Claudel, "A l'orée du verger" de Tracy Chevalier, pour ne citer que les premiers coups de cœur de la liste. La séance s'est terminée avec une rubrique cinéma. Mylène a vu un film sur Zweig, "Adieu, l'Europe" qu'elle a beaucoup apprécié. Janelou a cité un film très intéressant sur la danse, "La relève" sur l'Opéra de Paris et sur la vie difficile des danseurs étoiles. Nous nous retrouverons le jeudi 3 novembre pour partager livres et films du mois. La rentrée littéraire aura distribué ses nombreux prix et nous les évoquerons certainement avec plaisir. Le prix Nobel de littérature sera décerné jeudi prochain et j'ai pensé à Eri de Luca, Philip Roth, Annie Ernaux, Milan Kundera et, évidemment, les Suédois nous surprendront !   

samedi 8 octobre 2016

Jeudi des Livres, 1

L'atelier de lectures ne se tient plus le mardi, mais le jeudi... Dorénavant, nous nous retrouverons une fois par mois à l'AQCV qui m'a très gentiment prêté une salle pour nous réunir autour des livres. Ce jeudi des livres (Je dis des livres) a démarré le 6 octobre et malgré l'absence de quelques participantes, nous étions assez nombreuses pour former un groupe de lectrices très motivées. J'ai proposé d'aborder pendant les deux heures de la séance les coups de cœur de l'été. Nous avons envisagé une formule un peu plus inédite en conservant pendant la première heure, les coups du cœur du mois et dans la deuxième heure, une d'entre nous mène la séance en ayant choisi un thème ou un roman, un essai ou un écrivain. Pour lancer la nouvelle mouture pour le jeudi 3  novembre, j'ai pensé à un roman de Pascal Quignard, "Les solidarités mystérieuses", une ouverture fictionnelle à sa pensée et à son œuvre. Ensuite, je passe le "relais" pour une proposition nouvelle en décembre. Ce partage des projets de lecture permettra une participation plus active de mes amies lectrices. Mylène a pris la parole pour évoquer ses coups de cœur : "Nora Webster" de Colm Toibin, un écrivain irlandais, très apprécié dans son pays et chez nous. Il décrit la vie d'une veuve en se mettant à sa place dans les années 80. Ce temps du deuil est analysé d'une façon magistrale. Mylène a cité "Les pêcheurs d'Islande" de Pierre Loti, roman qu'elle a acheté dans la très bonne Librairie du Renard à Paimpol. La prose de Loti est toujours aussi belle dans les descriptions marines. Evelyne a poursuivi en résumant un ouvrage de Matin Arditi, "L'enfant qui mesurait le monde". L'histoire se déroule dans une petite île grecque avec trois personnages emblématiques : Maraki, une femme courage, pêcheur à la palangre (aux filets), son fils autiste, Yannis,  et un architecte américain, Eliot. Eliot a perdu la trace de sa fille qui était installée dans l'île pour effectuer des fouilles archéologiques. Un projet d'hôtel perturbe la population et la découverte des cahiers de sa fille va peut-être enrayer la spirale infernale du tourisme de masse qui dégrade les paysages grecs. Un très bon roman, selon Evelyne, helléniste de toujours et sensible aux belles histoires. La relation entre Yannis et Eliot l'a particulièrement marquée. Régine a poursuivi l'évocation des coups de cœur en nous parlant avec conviction et passion du livre de Rabih Allameddine, "Les vies de papier", publié chez l'éditeur "Les Escales". Ce journal intime est tenue par une libraire, Aaliya Saleh, âgée de 72 ans. Elle raconte sa passion de la littérature en citant ses mentors comme Pessoa (tiens, tiens), Kafka et Nabokov. Régine a précisé que ce livre ne se lit pas d'une seule traite. Il vaut mieux le savourer en accompagnant cette libraire qui a rejeté les carcans d'une société libanaise qu'elle juge trop traditionnelle. Elle nous a lu des extraits qui nous donnaient l'envie de le lire et avant de conclure, elle a ajouté un deuxième coup de cœur avec "Mémoire de fille" d'Annie Ernaux, un ouvrage d'autofiction remarquable sur sa jeunesse. Comme la séance était réservée aux coups de cœur, je consacrerai un deuxième billet lundi.

vendredi 7 octobre 2016

Rubrique cinéma

J'ai donc vu le film de Xavier Dolan, "Juste la fin du monde" et j'ai reconnu la griffe "dolanesque" dans la thématique du mal être, des dégâts psychiques qu'une famille mal assortie peut provoquer. Ce film dramatique dans son austérité théâtrale peut déranger par sa violence et sa désespérance. Le personnage principal, écrivain et homosexuel, revient dans sa famille après douze ans d'absence. Dès la première minute, on sait qu'il va mourir et il veut annoncer cette nouvelle à son frère, sa sœur et sa mère. Quand il se rend dans la maison familiale, sa mère sèche ses ongles, sa sœur hurle sur elle, son frère éclate de colère et sa belle-sœur est la seule à le recevoir gentiment sans le heurter. Ce film réunit les personnages dans un huis clos hystérique. La mère futile et agitée ne comprend pas son fils mais elle lui déclare son amour. Sa sœur a grandi mais elle reproche avec amertume et rancœur l'absence de ce frère, devenu un écrivain célèbre. Elle se sent rejetée et se dispute sans cesse avec le frère aîné. Ce frère résume à lui seul les relations familiales tissées d'incompréhension. Le verbe comprendre revient souvent dans leurs échanges volcaniques : "Je ne te comprends pas mais je t'aime quand même." Le jeune homme a abandonné cette famille à cause de sa vie amoureuse et ce retour raté lui fait comprendre que la paix et la sérénité ne règneront jamais dans ce milieu anxiogène et explosif. Une scène dans la voiture entre les deux frères me semble significative : ils ne peuvent pas communiquer. Le frère aîné lui reproche d'être dans les mots, le langage, la parole construite et élaborée et surtout, son silence, lourd de sens. Un gouffre infranchissable les sépare et le jeune écrivain finit par se taire par impuissance. Il ne dira rien, au fond. Il renonce à annoncer cette nouvelle funeste. Il préfère partir, quitter cette famille où il est impossible de se comprendre. Xavier Dolan raconte à sa façon excessive et passionnée les liens inextricables d'une famille complexe et frustre. Un film fort, troublant et intense comme son réalisateur...

jeudi 6 octobre 2016

Escapade à Lisbonne, 5

Cet été, je me suis mise à lire et relire Fernando Pessoa. J'ai déjà évoqué cet immense écrivain-poète dans ce blog avant de partir à Lisbonne. J'ai été fortement étonnée de voir son effigie dans les boutiques de souvenirs, sur des carnets, des pavés, des sacs, des porte clés. etc. Un écrivain aussi secret et aussi austère est devenue l'icône de la ville en dix ans côtoyant les sardines en boîte et autres gadgets fabriqués en Chine. Fernando Pessoa revenant sur terre serait vraiment très étonné de se transformer en objet publicitaire, lui qui n'a rencontré aucune reconnaissance de son vivant. J'ai donc cherché ses traces dans la ville lumière en démarrant dans le Chiado, près de la place Camoes.  Devant le bar "Brasiliera" que le poète fréquentait, une statue en bronze doré le représente assis et attablé près d'un guéridon. Quelques touristes curieux se font photographier devant l'éternité. Mais, il vaut mieux aller visiter le musée Pessoa dans un quartier excentré de la ville. La mairie a choisi un petit immeuble où l'écrivain a vécu les quinze dernières années de sa vie. Dès que l'on aperçoit la façade, les citations de l'écrivain s'étalent sur les murs et ces graphismes donnent une image de livre ouvert. Dès l'entrée de l'immeuble, une bibliothèque regroupe  toutes ses œuvres dans toutes les langues qui peuvent être consultées sur place et la bibliothécaire m'a mis sur une table quelques livres en français pour les consulter. J'ai lu quelques poèmes avant de visiter sa chambre modeste avec un lit étroit et des objets usuels dans des vitrines. De nombreuses photos relatent la vie de Pessoa avec ses diplômes, ses fiches de notes, etc. Ce petit musée présente un ensemble de documentation hétéroclite, constitué de livres, d'objets, de photographies, de figurines et de films. Pour apprécier pleinement cet espace littéraire, il faut quand même comprendre le portugais, ce qui n'est pas mon cas, hélas... J'ai repris mon chemin vers la Place du Commerce où un des bars les plus anciens de la ville, le café Martinho da Arcada était fréquenté par les écrivains et les intellectuels dont mon poète lisboète. Un emplacement lui était réservé et j'ai vu sa tasse de café, son petit verre de digestif, son chapeau, et des livres de Pessoa sur la table. J'ai pensé au Flore à Paris où Sartre et Beauvoir avaient leur table réservée. J'ai même aperçu sur la façade de l'église des Martyrs, une plaque sur le baptême de Pessoa dans cet édifice... Lisbonne rend donc un hommage fervent à cet écrivain méconnu à son époque car son œuvre a commencé à être publiée dans les années 70, trente cinq ans après sa mort. Lisbonne a pris le visage de Pessoa pendant mon séjour et malgré sa marchandisation surprenante,  il reste son œuvre à découvrir et redécouvrir sans cesse...

mercredi 5 octobre 2016

Escapade à Lisbonne, 4

Un de mes plus grands bonheurs quand je me trouve dans une grande capitale européenne peut se résumer en un seul mot : l'art ! J'organise ma journée en fonction des heures d'ouverture de ces institutions et à Lisbonne, les musées ouvrent leurs portes de dix heures du matin à dix-huit heures sans exception. Je partais le matin pour découvrir ces musées en me donnant pour objectif de me limiter à deux musées par jour. Je suis donc revenue à Lisbonne pour revoir les toiles de Vieira da Silva dans sa Fondation située dans un quartier un peu excentré. J'ai ressenti la même émotion que j'avais vécue la première fois en 2002. Une bonne trentaine de tableaux m'attendait et les observer dans leur format, leurs couleurs, leur structure augmentait mon admiration pour cette grande dame si modeste de la peinture lyrico-abstraite. J'aime me perdre dans toutes les lignes, les formes, les parallèles, les verticales, les horizontales, et dans le cadre, apparaît une fenêtre, une issue, un espace de liberté comme une envolée vers la liberté. Ce dimanche matin, nous étions cinq visiteurs à rencontrer les œuvres de Vieira sans nous gêner et en partageant notre affection pour cette créatrice de génie, malheureusement peu connue alors qu'elle a marqué son époque sur le plan pictural. Après ce pèlerinage culturel, consacré à mon peintre préférée, j'ai pris le chemin du bord de Tage pour visiter le Musée national d'Art ancien de Lisbonne niché sur une colline face au fleuve. Le charme du musée réside dans sa dimension plus que raisonnable et le nombre de tableaux n'écrase pas le visiteur. J'ai remarqué la salle des Guardi, Breughel, Turner, Raphaël, Durer, Cranach, etc.  Mais, quelle déception d'apprendre que le Jérôme Bosch avait migré au Prado à Madrid. Je me suis consolée en découvrant une magicienne des natures mortes : Josefa de Obidos, une rareté extraordinaire dans un monde masculin en majorité. Le troisième musée très important, le Berardo,  qu'il ne faut surtout pas manquer, se situe à Belem, en face du Monastère des Hiéronymites dans un complexe culturel au bord du Tage. Ce Beaubourg lisboète repose sur des collections privées de José Berardo, un homme d'affaires, amateur d'art. Dans un espace blanc, l'art moderne et contemporain aligne les œuvres des artistes comme Picasso, Max Ernst, Balthus, Miro,  Delvaux, Bacon, Arman et même Warhol. Le monde de l'art est donc bien présent à Lisbonne sans oublier la Fondation Gulbenkian et le musée d'art contemporain du Chiado où j'ai découvert l'univers coloré et fantasmagorique de Paula Rego, une femme artiste de tout premier plan. Les voyages se font aussi dans la planète Art et les musées lisboètes méritent qu'on leur consacre toute notre attention admirative...