lundi 12 septembre 2016

Une bibliothèque originale

Il se passe quelque chose d'éminemment sympathique dans la ville d'Anglet en Côte basque, je veux parler de l'installation d'une bibliothèque des plages... Quand je me suis promenée de la Chambre d'Amour (quel joli nom !) à la plage de la Madrague, j'ai aperçu une grande cabane en bois, toute blanche avec un toit bleu. Je pensais qu'une école de surf, comme il y en a tant sur les plages basques, proposait des leçons. Mais quelle surprise de voir sur la porte le mot magique : "Bibliothèque des plages" ! Je me suis approchée pour la visiter mais elle était fermée au public. J'ai eu la chance tout de même de rencontrer une bibliothécaire et son adjointe qui déménageaient les cartons de livres dans une camionnette. J'ai engagé la conversation et me suis présentée comme une ancienne collègue d'autant plus que j'avais connu l'ancienne directrice de la Bibliothèque d'Anglet. Le personnel m'a donc expliqué le fonctionnement de leur annexe. Elle fonctionne de 14h à 18h30 tous les jours en juillet et en août. Les vacanciers peuvent venir lire sur place des romans et des essais (2000 ouvrages) et une large gamme de revues complète le fonds disponible. Le secteur jeunesse est particulièrement soigné pour attirer les enfants. J'ai appris aussi qu'un lecteur estival pouvait emporter un livre pendant une semaine avec une caution minimale. Cette initiative m'a vraiment fait plaisir. Je sais que d'autres communes proposent cette activité culturelle sur les côtes françaises. Mais, à cet endroit précis, lors de ma balade quotidienne, je touchais de mes yeux cette belle cabane aux allures californiennes et je m'imaginais recevoir les enfants et leur raconter des histoires. Je conseillais quelques adultes qui paraissaient convaincus de mon enthousiasme littéraire. J'ai félicité la bibliothécaire de cette belle aventure : avec la baignade et le farniente, les livres avaient pris leur place entre les serviettes et les parasols... Entre les mots "plage" et "page", la différence s'avère moindre et ces deux espaces me permettent de me baigner dans les vagues et de rêver dans les pages...

vendredi 9 septembre 2016

Biennale internationnale d'art contemporain

La ville d'Anglet propose tous les deux ans une Biennale d'art contemporain et cet événement culturel apporte à la promenade en bord de mer, longue de cinq kilomètres,  un jeu de piste amusant et hautement symbolique. De la Barre, embouchure de l'Adour, à la Chambre d'Amour, douze œuvres spectaculaires marquent l'espace maritime et les badauds ne peuvent éviter ces étapes artistiques. L'art contemporain se met ainsi dans un décor sublime à la portée du promeneur nonchalant et curieux. Il est vrai que les sportifs avec leur bracelet électronique contourne les sculptures sans les voir... L'écrivain et historien de l'art, Paul Ardenne est le commissaire de l'exposition et propose un regard sur "l'art de vivre balnéaire, la côte comme frontière décisive à l'heure des migrations amplifiées, l'enjeu écologique des écosystèmes marins". J'ai donc cheminé sur le sentier du bord de mer en dénichant les sculptures les unes après les autres : trois palmiers fabriqués avec des bouées en plastique, des phrases mystérieuses inscrites sur un kiosque, un terrain de sport géant sur la plage, un accroche-coeurs en métal, un nuage en plâtre de quatre mètres cinquante, une carlingue d'avion couverte de vêtements, une barque enlisée dans un étang, une cabane reconstituée de Thoreau, une remorque spécial-migrants, etc. Pour apprécier ces œuvres éphémères et ensablées, il faut laisser son imagination capter les messages des artistes sur le monde actuel. Certains d'entre eux veulent nous faire comprendre le drame tragique des migrants, d'autres, l'urgence écologique, et si on veut en savoir plus, une plaquette bien conçue éclaire avec perspicacité tous les parcours singuliers et originaux des artistes exposés dans la Biennale. Ces artistes contemporains se nomment Fabrice Langlade, Laurent Perbos, Rachel Labastie, Robert Montgomery pour ne citer que ceux dont les "installations" m'ont le plus intéressée. La ville d'Anglet a la chance de posséder un décor magnifique avec ses plages immenses, et quand elle propose aussi un parcours artistique d'une grande originalité, je ne pouvais qu'être comblée par mon séjour basque. Nature et culture riment bien ensemble...

jeudi 8 septembre 2016

Rubrique Musique

J'ai assisté le vendredi 2 septembre à un concert unique : j'ai enfin vu et entendu mon contre-ténor préféré : Philippe Jaroussky. Je suis partie dans mon pays à Biarritz à l'occasion du festival "Musique en Côte basque" qui se déroule du 2 septembre au 18 septembre. J'ai réservé la place en février, sinon je n'aurais eu aucune possibilité d'écouter Jaroussky. Plus de mille places ont été refusées... Quand je me retrouvée dans la superbe église de Saint Jean de Luz, (installée inconfortablement sur une chaise pliante malgré le prix du billet !), j'ai soupiré d'aise car je savais que j'allais vivre un grand moment musical... Au diable le manque de confort à cet instant précis... Les douze musiciens de l'ensemble Artaserse sont entrés sur l'estrade devant le chœur de l'église et quand le chanteur s'est avancé sur le devant de la scène, le public, complètement acquis à son charme et à son talent, a fait silence pour recevoir les airs italiens de Cavalli, Steffani, Monteverdi, Cesti et Uccellini. Dans la plaquette du festival, il est écrit que le contre-ténor est acclamé dans le monde entier et a travaillé avec les plus grands chefs d'orchestre comme William Christie. Il possède une voix unique et quand j'ai entendu les airs italiens, le temps s'est suspendu et je n'ai pas vu passer les deux heures de concert. Il a été tellement applaudi par les spectateurs qu'il ne pouvait plus se retirer de la scène et nous a offert trois airs supplémentaires... J'avoue que je possède pratiquement tous ces disques (une vingtaine) et je n'ai jamais été déçue... Pour mieux connaître cet immense interprète lyrique, un site internet permet de le suivre dans ses tournées et la page Wikipédia apporte quelques informations supplémentaires. Je n'ai pas mentionné ses nombreux prix qu'il a obtenus depuis le début de sa carrière. Grâce à lui, la musique baroque a conquis un public de plus en plus large et je m'en félicite !

mardi 6 septembre 2016

"Mémoire de fille"

Le Monde des Livres du jeudi 31 mars n'hésite pas à qualifier le dernier livre d'Annie Ernaux, "Mémoire de fille", de "récit magnifique". J'ai lu tous ces récits autofictionnels et elle est devenue, au fil des ans, une écrivaine contemporaine classique car son œuvre littéraire atteint une universalité d'un point de vue féminin. Sa "Mémoire de fille" m'a particulièrement touchée par sa recherche presque désespérée de son "moi" de jeune fille en 1958 dans une France traditionnelle et éternelle... Elle observe et analyse  avec une lucidité absolue ces deux années 58-60 où elle se trouvait à l'heure des choix qui engagent une vie d'adulte. Elle écrit : "J'ai voulu l'oublier cette fille. L'oublier vraiment. (...) Ne plus penser que je dois écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari. Je n'y suis jamais parvenue." Cette Annie Duchesne quitte pour la première fois son foyer familial, le café-épicerie, pour rejoindre une colonie de vacances (un aérium). Cette liberté l'euphorise et sa passion amoureuse pour son moniteur-chef, avec lequel elle a sa première relation sexuelle, tourne au désastre. A cette époque, une fille aussi libérée avait une très mauvaise réputation au sein du groupe. Son moniteur la délaisse vite et elle cumule avec inconscience les conquêtes masculines. Annie Ernaux interroge cet été-là en évoquant la honte d'avoir agi ainsi et sa passivité face aux humiliations que les collègues lui infligent. Son séjour terminé, elle intègre l'Ecole normale pour devenir institutrice mais elle est renvoyée pour incompétence pédagogique. Elle part alors à Londres comme jeune fille au pair et intègre ensuite l'université de Rouen et deviendra professeur de lettres. Le projet d'Annie Ernaux ne peut que passionner son lecteur(trice) tellement sa "fable" sur la mémoire qu'elle sonde, décrypte, sculpte à la façon d'un psychanalyste, ressemble à une tentative "d'épuisement du réel" comme le suggérait Georges Perec. Entre cette jeune femme qu'elle avait perdue de vue (et de vie) et la femme d'aujourd'hui qui s'interroge sur ce passé reconstruit, plus de cinquante ans séparent ces deux êtres. Qu'ont-elles en commun ? Ce "Moi" fluctuant et changeant épouse les événements et les retient dans le filet mémoriel que l'écrivain se doit d'explorer. L'écriture dévoile et révèle : "J'ai commencé à faire de moi-même un être littéraire, quelqu'un qui vit les choses comme si elles devraient être écrites un jour". Ce récit autobiographique peut se résumer avec les mots d'Annie Ernaux : "un livre qui dit l'ébahissement d'avoir été cette personne-là et l'étrange irréalité que revêt, des années après, ce qui est arrivé". Lire "Fille de mémoire", c'est vivre au plus fort ce que peut offrir la littérature...

lundi 5 septembre 2016

Revue de presse

Les revues littéraires du mois de septembre évoquent, bien entendu, la rentrée littéraire comme le veut la tradition. Lire offre un guide complet sur les nouveautés et un entretien avec Laurent Gaudé qui publie "Ecoutez nos différences" aux éditions Actes Sud. Julien Bisson, le nouveau rédacteur de la revue, écrit dans son édito en citant l'atmosphère lourde de la société française à cause des attentats sanglants de cet été :  "Refuser la paralysie et continuer à mettre des mots sur les maux. Sur ces blessures, physiques ou intimes, qui nous laissent hagards, meurtris. Des mots pour se défendre du péril, des nos peurs, de nos angoisses. De nos dangereuses inclinations, parfois. Loin de l'empressement du politique, si prompt à l'excès et à la vitupération, la littérature est un espace de recul, d'analyse, de réflexion." Un dossier central propose les "20 livres clés de la rentrée littéraire", sorte de palmarès pour les prix littéraires de l'automne. Je retrouve Serge Joncour, Karine Tuil, Jean-Paul Dubois, Andréi Makine, et. La rédaction donne aussi ses coups de cœur. Le Magazine Littéraire a choisi un dessin de Philippe Geluck pour illustrer le Spécial "Les romans de la rentrée, l'autofiction attaquée par l'exofiction". On peut donc lire un grand entretien avec Salman Rushdie, un article sur les romans post-apocalyptiques, des critiques sur les romans de la rentrée (les écrivains critiqués dans Lire se retrouvent aussi dans le ML), des avis sur la non-fiction. Un très bon dossier sur les religions, "Pourquoi les religions reviennent ?" nous éclaire sur un sujet brûlant d'actualité et si l'on s'intéresse à cette problématique, une bibliographie aidera le lecteur(trice) à se forger sa propre opinion. Un numéro très riche et indispensable pour la rentrée littéraire. La dernière revue de la rentrée, "Page",  paraît tous les trimestres et aborde avec exhaustivité les choix des libraires. L'intérêt de "Page" se mesure à la présence d'écrivains moins connus que ceux et celles qui figurent dans la presse spécialisée. Une mine d'informations a ne pas négliger et la sincérité des libraires, ces professionnels motivés et désintéressés, me convient bien car ces médiateurs culturels ne participent pas à cette foire d'empoigne que représente la consécration des prix où l'influence des critiques et des éditeurs semble prépondérante...

vendredi 2 septembre 2016

Rentrée littéraire

Ce rite du mois d'août revient comme rendez-vous attendu des amoureux des livres et de la littérature. Dès le 20 août, j'ai senti un petit frémissement dans la presse et puis, les revues mensuelles ont fait leur apparition dans les maisons de la presse. La lecture des magazines et du Monde des Livres ne suffit pas,  même si ces publications ouvrent l'appétit comme un apéritif que l'on partage en toute convivialité. Mais, que ce soit sur Internet ou dans la presse papier, rien ne vaut une visite d'approche dans les librairies. Je me suis rendue la semaine dernière chez Garin pour découvrir les nouveautés de la rentrée. Quel plaisir de saisir un livre dans ses mains, de le soulever pour l'approcher des yeux et de lire la quatrième de couverture et la première phrase du roman ! Les livres du printemps et de l'été qui n'ont pas trouvé leur lecteur, vont repartir chez les éditeurs. (on appelle ce mouvement, un "retour"). Il faut bien faire de la place pour les nouveaux... Cruelle réalité de la librairie : certains titres vont se retrouver dans les rayonnages en repêchage et d'autres vont définitivement repartir pour le pilon... J'ai remarqué quelques très bons écrivains comme Jean Paul Dubois, Catherine Cusset, Luc Lang, Laurent Mauvignier, Céline Minard, Karine Tuil  pour la littérature française. J'ai feuilleté le dernier Amos Oz, "Judas", un écrivain israélien que j'aime beaucoup. Je ne peux pas me passer de ces balades en librairie où la découverte, la surprise et l'étonnement font partie d'un de mes plus grands plaisirs dans la vie. Avant de quitter la librairie Garin, j'ai eu ma discussion avec la responsable qui m'a parlé de ces engouements pour la rentrée et de ses déceptions aussi. Pour compléter la collecte d'informations sur la rentrée littéraire, j'ai acheté la revue Page, conçue par des libraires, que l'on ne trouve que chez Garin. On m'a offert une plaquette, "S'il n'en restait que 100", un petit guide de référence à l'usage du lecteur curieux, excellente bibliographie sur les nouveautés incontournables. En prime, j'ai retrouvé, comme tous les ans,  un supplément de la revue Livres Hebdo, "Que lire ?", un panorama complet sur les publications de la rentrée avec des entretiens (dont celui d'Amos Oz) et des portraits d'écrivains. Une rentrée littéraire équilibrée et intense sans poids lourds écrasants de la littérature et sans polémique...

jeudi 1 septembre 2016

Mon été Schubert

J'ai négligé pendant des années Franz Schubert. Quelle ingratitude de ma part pour ce compositeur génial ! Je me souviens de ces sonates au piano, de ces trios et quatuors qui m'ont fait aimer la musique de chambre pour laquelle j'ai eu une vraie préférence dans les années 90. Un jour de l'année dernière, je me trouvais à la médiathèque de Chambéry quand une discothécaire m'a informée d'une séance de répétition concernant la classe de chant du Conservatoire de Chambéry. Cette belle initiative m'a offert une ouverture inattendue sur la planète des lieder de Schubert. J'avais pourtant essayé plusieurs fois d'écouter ces chants accompagnés au piano. Mais, je n'étais pas prête pour cette rencontre musicale. Une deuxième circonstance cinématographique m'a encore charmée quand j'ai entendu un lied de Schubert dans le film, "L'avenir" avec Isabelle Huppert. J'avais trouvé cet air magnifique et je me suis dit qu'il était temps pour moi de retrouver ce génie musical de Vienne. Ma troisième idylle avec lui s'est passée à Naples dans le décor inoubliable du théâtre San Carlo où j'ai assisté à un concert inoubliable, le plus beau de ma vie de "mélomane amateur" en écoutant la Symphonie Inachevée et la Messe D650 de Schubert. Un éblouissement, j'ose le dire... Puis, à Vienne, j'ai aussi pris un billet pour assister à un concert de lieder avec le baryton allemand, Benjamin Appl qui m'a littéralement subjuguée avec des chants de Grieg, Mendelssohn, Schubert et Schumann. J'ai profité de mon séjour viennois pour visiter la maison d'enfance du musicien dans un quartier excentré de Vienne. Entrer dans cet appartement modeste m'a remplie d'une émotion douce et sereine et de pièce en pièce, je me suis imprégnée de l'atmosphère de l'époque en contemplant, en particulier, ses célèbres lunettes rondes, exposées dans une vitrine. J'avais l'impression d'être en sa compagnie. Cet été, j'ai écouté quotidiennement les CD de la collection Matthias Goerne Schubert Edition, d'une beauté musicale inégalée. Pour faire connaître la dimension poétique des lieder de Schubert interprétés par Matthias Goerne, je reviendrai dans ce blog sur le contenu des chants. A tous moments de sa vie,  la musique est un voyage dans un continent inépuisable de merveilles...