jeudi 12 septembre 2013

Revue de presse

En septembre, les revues mettent l'accent sur la déferlante des 555 romans parus et à paraître. La revue Page d'août-septembre, réalisée par les libraires, propose un dossier sur les auteurs de la rentrée en alternant résumés et entretiens. Cette mine d'informations concerne aussi bien les écrivains français qu'étrangers. Cette revue est vendue dans les très bonnes librairies (Garin à Chambéry) et elle n'est pas toujours facile de la trouver. Je ne l'ai pas encore vue dans les bibliothèques de ma ville. Dommage... Transfuge affiche sur sa page de titre : "Rentrée littéraire, les 15 meilleurs romans français". Je retrouve les mêmes têtes de "série" : Jean-Philippe Toussaint, Yannick Haenel, Tristan Garcia, Jean Rolin, Sylvie Germain, Thomas Clerc, etc. La revue n'hésite pas à évoquer aussi les romans décevants, en particulier Amélie Nothomb et Marie Darrieussecq, écrits par des "usurpateurs, imposteurs de la rentrée. Fausse littérature et vraie poudre aux yeux". Et si on aime le cinéma, la revue traite des films de la rentrée. Le Magazine littéraire a choisi Proust dans son dossier central très copieux pour marquer le centième anniversaire de "Du côté de chez Swann", le premier tome de "A la recherche du temps perdu". La rentrée littéraire, une enquête sur "les écrivains ont-ils encore du style ?" et un grand entretien avec Richard Ford complètent le dossier central. Lors de ma dernière visite en librairie, j'ai pris avec plaisir un guide "Que lire ?" de la revue professionnelle et confidentielle Livres-hebdo, revue des éditeurs. Cette bonne initiative permet aux lecteurs(trices) une information exhaustive sur les parutions. Avant de choisir une nouveauté, lire ces revues me semble indispensable sauf si le hasard ou la chance remplace les critiques littéraires...

mercredi 11 septembre 2013

"Esprit d'hiver"

Ce roman de l'écrivaine américaine, Laura Kasischke, vous tient en haleine du début à la fin tel un thriller psychologique, un roman noir, glaçant, glacial, un "esprit d'hiver", un texte hivernal. Holly, la mère inquiète et surmenée, doit organiser le repas de Noël pour toute sa famille. Son mari est bloqué par le blizzard ainsi que ses frères et des amis. Elle se retrouve seule face à sa fille Tatiana, âgée de 13 ans. L'adolescente se conduit de façon étrange, ne quitte pas sa chambre et refuse de l'aider pour cuisiner. Holly ressasse dans un monologue de plus en plus intense la relation troublante qu'elle a vécue avec cette petite fille, adoptée en Sibérie, son amour inconditionnel de mère proche de la folie. Dehors, la tempête de neige paralyse toutes les rencontres possibles et Holly devient de plus en plus angoissée. Elle s'interroge sur cette petite fille aux yeux étranges qu'elle avait choisi dans un orphelinat misérable : s'agit de cette petite fille qu'elle avait choisie ou de sa sœur ? Le huis clos entre Holly et sa fille se transforme en affrontement menaçant. La première phrase du roman résume à elle seule l'atmosphère oppressante et étouffante de la relation mère-fille : "Ce matin-là, elle se réveilla tard et aussitôt elle sut : quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux." Laura Kasischke nous entraîne dans une forme de paranoïa : le drame s'annonce telle une tragédie grecque. La nature se montre hostile en ce jour de Noël, la famille déserte la fête prévue,  la  présence maléfique de cette jeune adolescente menace la maison, la mère culpabilisée dévoile son mal d'amour et son impuissance de protéger sa fille. Ce livre fort et troublant a déjà marqué la rentrée littéraire de l'automne. Il ne laissera aucun lecteur(trice) indifférent et même provoquera ou l'adhésion totale ou le rejet... Lire Laura Kasischke n'est pas de tout repos, mais quelle puissance romanesque ! J'ai pensé à Carol Joyce Oates, un univers parallèle d'une ressemblance frappante. Dans un interview qu'elle a accordé à Télérama, Laura Kasischke parle de l'écriture : "Je pense qu'il s'agit plutôt de creuser, creuser, creuser... Comme un archéologue. Déterrer les objets oubliés, les nettoyer, les observer, les identifier, les ajouter à sa collection. (...) Ecrire empêche peut-être la terre de tout recouvrir. Mettre des mots sur les impressions fugaces, à peine conscientes, reste la chose la plus belle que j'ai vécue jusqu'à présent."

lundi 9 septembre 2013

Escapade en Suisse

Je viens de passer deux jours à Lausanne et à Genève pour des raisons purement "culturelles" : visites des musées à Lausanne, celui des Beaux Arts dans le palais de Rumine et l'Hermitage qui proposait une rétrospective sur le catalan Miro. J'ai quand même voulu découvrir la maison natale de Ramuz, un écrivain vaudois dans le village de Pully, près des merveilleuses Terrasses de Lavaux, des vignes au pied du Léman, classées par l'UNESCO dans le patrimoine mondial. Mon goût profond de la littérature provoque un réflexe pavlovien de découvrir l'environnement où vécurent ces drôles d'hommes et de femmes qui vouaient leur vie à l'écriture. J'ai bien identifié la demeure de Ramuz grâce à une plaque commémorative. Le lendemain, j'ai retrouvé la trace de Borges à Genève au 26 de la Grand Rue, proche aussi de la maison natale de Jean-Jacques Rousseau. Après avoir déambulé dans le musée d'art et d'histoire de Genève où j'ai admiré un Breughel, un rare Patinir, Modigliani, Manet, et des peintres suisses moins connus, j'ai enfin découvert la Fondation Bodmer su la colline très huppée de Cologny. J'ai eu la chance de voir l'exposition "Le lecteur à l'œuvre" qui se terminait le 8 septembre. Pour tous les amoureux(ses) du livre et de la littérature, visiter cette bibliothèque relève du "pèlerinage"... Devant mes yeux éblouis : des papyrus, des tablettes cunéiformes, des incunables vénitiens, la première Bible de Gutenberg de 1454, les Essais de Montaigne, des éditions originales des grandes œuvres de la littérature mondiale, des livres illustrés, annotés par des philosophes, des lettres manuscrites, des manuscrits corrigés (Proust), et aussi des explications pédagogiques sur l'histoire du livre à travers le monde. Cette Fondation hors pair du Zurichois Martin Bodmer est une institution unique au monde. Plonger dans cet univers de papier ressemble à un retour fascinant sur la culture antique, sur la civilisation du livre et de l'écriture, sans se sentir écrasé par le poids symbolique de toutes ces imprimés illustres et rarissimes. Beaucoup de nos bibliothèques publiques possèdent des fonds patrimoniaux certainement aussi riches que celui de Bodmer mais ces fonds sont invisibles pour le public. La Fondation nous permet de visualiser, de sentir, d'admirer ces trésors livresques, une caverne des merveilles, dessinée par l'architecte Mario Botta. A visiter pour le plaisir des yeux et pour rendre hommage à nos compagnons quotidiens, les livres !

mercredi 4 septembre 2013

"La mutation de l'animal lecteur"

Ce titre original d'un article de Télérama du 21 août a attiré mon attention. Je me sens tellement impliquée dans le milieu du livre et de la lecture que, dès que je lis des informations sociologiques sur l'acte de lecture, ma curiosité s'amplifie au fil des mots. Cet très bon article de Nathalie Crom offre une synthèse sur cette "mutation de l'animal lecteur" c'est à dire les lecteur(trice)s dans leur ensemble. Ce terme d'"animal lecteur" est tiré d'une citation d'Alberto Manguel, ce grand historien de la lecture : "Je crois que nous sommes, dans l'âme, des animaux lecteurs et que l'art de lire, au sens le plus large, définit notre espèce". Les sociologues notent que la lecture de l'écrit recule en général, surtout du côté de la jeunesse, accaparée par la fascination des écrans multiples (télé, internet, SMS, etc.). La lecture s'est transformée en lectures plurielles, sur papier et sur supports numériques. On est donc dans une mutation globale. Les grands lecteurs (20 livres par an) sont passés de 28% en 1973 à 16% en 2008.  Il ne faut pas désespérer, nous sommes encore là, les grands lecteurs et grandes lectrices surtout... L'article nous apprend aussi que l'acte de lire demande du temps lent, du silence rare, de la solitude salutaire et de la disponibilité intellectuelle (sources dans "La cause des livres" de Mona Ozouf). Or, ces conditions nécessaires ne coïncident pas avec le tempo d'aujourd'hui : rapide, fluctuant, zappant, fragmenté, superficiel et bruyant. Déclin ou pas de la lecture ? Non, pour les formes nouvelles de la lecture sur écrans divers, oui, pour la lecture dite "littéraire" des grandes œuvres classiques qui exigent efforts et temps long. Les spécialistes soulignent donc cette mutation contemporaine, une évolution que l'on ne peut plus stopper. Par bonheur, il reste encore des "irréductibles", des résistants pour découvrir des grands textes, des grands romans, de la poésie, et j'en fais partie !

lundi 2 septembre 2013

"La clôture des merveilles"

Cette biographie d'Hildegarde de Bingen, écrite par Lorette Nobécourt,  ressemble à un récit romanesque. Les éléments de la vie de cette femme extraordinaire sont bien relatés mais Lorette Nobécourt la décrit ainsi dès la deuxième page : "Elle a écrit des textes sacrés et profanes, aimé une femme, fondé deux monastères, composé de la musique, des poèmes, soigné, exorcisé, percé le secret des plantes, tenu tête aux puissants." Ce recit-conte évoque une figure féminine assez peu connue du public. Elle est née en Allemagne en 1098 et meurt à 82 ans. Cette religieuse bénédictine et femme de lettres a été reconnue, en 2012, par le pape Benoît XVI comme Docteur de l'Eglise après Catherine de Sienne, Thérèse d'Avila et Thérèse de Lisieux. Elle est passionnée par la religion et par les phénomènes mystiques. Elle entre au couvent très tôt et prononce ses vœux à 15 ans. Elle devient abbesse à 38 ans. Elle consigne ses visions mystiques dans le "Scivias" et fonde l'abbaye de Rupertsberg. Elle a aussi composé de la musique liturgique, inventé une langue artificielle, utilisé les plantes médicinales. Hildegarde de Bingen peut donc provoquer une certaine ferveur dans le monde catholique car elle est considérée comme une sainte. Lorette Nobécourt a écrit un texte marqué par une ferveur fiévreuse. Hildegarde de Bingen devient une héroïne quasi "féministe" avant l'heure par sa liberté de pensée, son audace pour affronter les puissants de son époque, sa vocation scientifique et sa passion musicale. Ce récit original s'appuie sur une écriture singulière, incandescente, un hymne à une femme vraiment étonnante... Un portrait réussi d'une femme hors du commun, une religieuse qui, mille ans après sa mort, nous parle encore.

vendredi 30 août 2013

"Journal 1973-1982"

J'ai toujours été intéressée par les journaux intimes écrits par des écrivains. J'ai dans ma bibliothèque les journaux de Kafka, Virginia Woolf, Ramuz que j'ouvre de temps en temps et qui révèlent la vraie personnalité de ceux qui consacrent leur vie à l'écriture, la lecture et à la littérature. J'ai retrouvé dans le journal de Joyce Carol Oates ce sentiment d'intimité profonde, de communication sans fard et de lucidité sans concession. Cette immense écrivaine américaine, (qui n'a toujours pas obtenu le Prix Nobel de littérature alors qu'elle le mérite vraiment) entreprend l'écriture du journal à l'âge de 34 ans de 1973 à 1982. Elle concentre son énergie et sa fièvre pour évoquer sa vie littéraire, ses romans, nouvelles et poèmes qu'elle écrit tous les jours à heures régulières, ses rencontres avec des écrivains, son métier de professeur de littérature à l'université de Princeton. J'ai lu tellement de romans de JC Oates que lire la genèse de ces textes m'a vraiment étonnée. Elle vit dans l'obsession de ses personnages, comme s'ils faisaient partie de la "vraie vie", élaborent des généalogies, rêvent d'eux la nuit, imaginent leur psyché qu'ils soient homme ou femme... Joyce Carol Oates ou l'imagination créative par intuition, sensation, persuasion. Qu'elle parle de ses lectures quotidiennes, de son couple, de ses relations amicales et professionnelles, des voyages, des instants de sa vie quotidienne entre actes d'écriture, exercices de piano, repas, repos, balades en vélo et course à pied dans un coin de verdure de Princeton, elle ne tombe jamais dans la banalité et l'ennui. Elle nous ouvre sa vie intime en toute amitié et ce journal peut séduire évidemment les fidèles de son œuvre romanesque d'une puissance littéraire qui ne laisse pas indifférent. Je la cite : "Simplement être ici, à la maison, avec nos livres, nos objets, notre bois, notre jardin, notre travail ; ne plus avoir à être, ni à jouer "JOC" ; libérée des déjeuners, réceptions, dîners cérémoniels... J'ai une passion pour la vie privée, et pour l'anonymat ; peut-être même l'invisibilité. Pourvu que cela dure longtemps..." . Joyce Carol a aujourd'hui plus de 80 ans et un long chemin pavé de textes innombrables : j'avais beaucoup aimé son journal, "J'ai réussi à rester en vie", en 2011 où elle raconte la disparition subite de son mari. Son œuvre est considérable (plus de 70 romans depuis 1973), parfois géniale, parfois inégale. Un journal d'écrivain à savourer.

mardi 27 août 2013

Rubrique cinéma

Temps nuageux et gris "rentrée" sur Chambéry ce mardi 27 août, direction le cinéma l'Astrée, séance de 14h30. J'ai vu "Le prochain film" de René Ferret, Ovni non identifié, du cinéma français. Le comédien principal, Frédéric Pierrot, apporte au film toute une dimension intimiste, confidentielle et le spectateur(trice) participe à cette mise en scène en création, en préparation, avec des hésitations, des soubresauts. J'ai lu la très bonne critique du film dans le Monde du 21 août après l'avoir vu. Il ne se passe pas grand chose, pas d'action, pas de drame, pas d'accident, presque rien mais ce "rien" concerne le milieu du cinéma, d'un certain cinéma artisanal, celui de René Ferret à qui on doit une filmographie importante. Ce cinéma d'auteur possède un charme particulier, singulier et même attachant de nos jours à l'heure des films mastodontes américains ou des films avec  des acteurs célébrissimes. L'histoire de deux couples semble être le fil conducteur avec le thème récurrent de la fratrie. Un réalisateur veut mettre en scène une comédie avec son frère. Ce projet piétine dans une certaine langueur. Des scènes sur leur vie quotidienne se déploient entre le couple du réalisateur et celui formé par son frère et une éditrice. La complicité des deux frères vacille lors de répétitions et l'incompréhension s'installe. En fait, il faut se laisser séduire par l'atmosphère intime du film, les relations entre les deux frères, leurs compagnes souvent mélancoliques, les enfants présents, le milieu professionnel indifférent. René Ferret nous murmure qu'il est "difficile d'être pleinement heureux". Chaque personnage possède une fragilité, un doute et une incapacité à réaliser ses rêves : un film comique pour le réalisateur, un rôle léger pour son frère, etc. Un film sur le cinéma français, un certain cinéma français d'une sobriété originale.