des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
lundi 10 mai 2010
Le document-témoignage de Florence Aubenas
"Le quai de Ouistreham" de Florence Aubenas est un livre-choc, un témoignage d'actualité, qui dénonce le scandale quotidien des travailleurs "précaires" dans notre société. Je lis peu de documentaires en général. Je préfère de loin les livres dits de littérature. Mais ce journal écrit par Florence Aubenas, journaliste très connue en France (elle a subi trois mois d'enfermement total au Liban comme otage) se lit justement comme "un roman" : elle se met à la place d'une femme en tant que chômeuse sans diplôme pendant 6 mois à la recherche de travaux de ménage et elle raconte dans un style simple, cru et sans fioritures sa quête d'emploi, ses contacts avec les administrés du Pôle emploi, ses formations inefficaces, ses relations de travail avec les "damnés du ménage", ses moments de convivialité et de grande humanité avec ses collègues. Un thème récurrent rythme ce document : la fatigue, une fatigue incommensurable, la "course" absurde du petit matin, le nettoyage sans cesse renouvelé, le découragement des uns, la pêche" des autres... Pourquoi a-elle-écrit cet ouvrage ? Elle dénonce l'immense injustice des salariés à CDD, leurs horaires épuisants, (très tôt le matin, tard le soir), le mépris des chefs, l'indifférence des salariés à leur égard, les humiliations subies. J'ai lu ce livre comme un document essentiel pour comprendre la situation de certains de nos contemporains qui souffrent et qui mériteraient un traitement simplement humain : on est loin du compte !
jeudi 29 avril 2010
Hommage à Adrienne Monnier
Connaissez-vous Adrienne Monnier ? Le monde des librairies a souvent comporté des "figures" exceptionnelles. L'une est donc Adrienne Monnier. Du temps où j'ai moi-même exercé ce métier pendant cinq ans, j'avais remarqué Adrienne Monnier comme un modèle de femme-libraire, passionnée de livres, à l'avant-garde dans le début du siècle dernier et osant publier James Joyce considéré comme un ouvrage satanique... Son courage d'intellectuelle m'avait déjà fortement impressionnée. Je reprends quelques éléments de sa biographie (wikipédia) : elle est née le 26 avril 1892 en Savoie à 20 kilomètres de Chambéry(Les Déserts, quel magnifique nom de village !) et morte le 19 juin 1955, à Paris. En 1915, Adrienne Monnier ouvre une librairie "La Maison des Amis des Livres" (comme c'était simple et évident !) au 7 rue de l'Odéon, à Paris qui fait également office de bibliothèque de prêt et où elle organise des séances de lecture publique. Cette libraire, éditrice de livres, organisatrice de soirées et rencontres littéraires, écrivain et poétesse française a rencontré un nombre vertigineux d'écrivains célèbres tels Paul Fort, Paul Valéry, Pascal Pia, Jules Romain, James Joyce, Louis Aragon, Ezra Pound, Charles Vildrac, Georges Duhamel, Ernest Hemingway, Jacques Lacan, Francis Scott Fitzgerald, Léon-Paul Fargue, André Gide, Walter Benjamin, Nathalie Sarraute, Valéry Larbaud, André Breton, Jacques Prévert. En 1929, Adrienne Monnier publie la première traduction en français du roman de James Joyce, « Ulysse ». En 1922, Sylvia Beach, son amie en avait publié l'édition originale. J'ai lu l'ouvrage passionnant qui lui était consacrée "Passage de l'Odéon" de Laure Murat en 2003 et ré-édité en folio en 2005. Et cette année, les libraires indépendants ont édité un livre hommage que je me suis empressée d'obtenir comme un petit bijou de l'édition française. Une libraire de ma ville me l'a gentiment offert et je le conserverai comme une "relique" dans ma bibliothèque. Adrienne Monnier a vécu toute sa vie la passion des livres, des écrivains et de ce commerce particulier et fragile des oeuvres de l'esprit. Je ne sais pas si des rues possèdent son nom mais à Chambéry où je réside, on pourrait rebaptiser ma rue "Rue Adrienne Monnier" : cela me ferait très plaisir !!! Découvrez donc cette femme exceptionnelle !
mardi 27 avril 2010
La lecture numérique
Dans le milieu où je travaille (une BU), il existe une tension entre les amoureux passéistes du livre "papier" et les ultra-subjugués du tout numérique. Comme si ces deux mondes commençaient à s'affronter et à ne plus se comprendre... Je me range pour ma part du côté de notre cher livre en "papier", (voir l'ouvrage d'Umberto Eco "N'espérez pas vous débarrasser des livres") sans pour autant négliger les informations numériques. Je peux parcourir vite et brièvement la presse sur le net (je le fais tous les jours); je peux lire des poèmes sur le site de Gallica (BNF) quand je veux retrouver vite un poème de Mallarmé, Rimbaud, Nerval ; je m'intéresse de très près aux blogs d'auteurs, aux sites d'éditeurs, de libraires, des revues littéraires... Et pourtant, quand je me couche le soir, je prends un livre dans mes mains et ce livre m'accompagne dans ma fin de journée d'une façon sereine et silencieuse. Eclairé par une lampe adéquate, le livre se laisse toucher, dégage une odeur de papier, cet objet si familier peut tomber par terre sans dégâts, peut s'ouvrir immédiatement, se fermer, et ne remplacera jamais un e-book qu'il faudra allumer, qui sera froid, anonyme et sans couleurs, qui tombera en panne comme tous les ordinateurs... Je ne pense pas acquérir ce nouveau caprice de notre société de consommation. Quand je tiens un ouvrage dans les mains, je n'ai pas besoin de savoir que j'ai des centaines de titres à lire dans un même outil ! Encore un rêve absurde et inutile des concepteurs-informaticiens qui veulent tout faire, tout dire, tout rêver en un seul clic !!! Il faudra résister à cette vague anti-papier : sauvons nos bouquins uniques et merveilleux et même si nous devenons une minorité, gardons le cap et pensons au film de Truffaut "Fahrenheit 451" où des lecteurs passionnés apprenaient par coeur les livres pour qu'ils ne disparaissent jamais de nos mémoires !
L' avenir de la lecture
J'ai remarqué dans le quotidien Le Monde un article mentionnant un numéro de la Revue des 2 mondes. je le livre tel quel pour méditer sur l'avenir de la lecture et surtout lire la revue en question que j'espère trouver dans une librairie de ma ville (ce qui n'est pas sûr du tout !):
"Si la lecture n'a jamais été aussi accessible, tant elle occupe aujourd'hui nos écrans, il faut avoir la sagesse de revenir sur ses fondamentaux pour mieux cerner sa mutation. La révolution numérique appliquée à la lecture est-elle aussi décisive qu'on le dit ? Est-ce seulement un changement de support ? A-t-elle des incidences plus profondes sur la transmission d'un texte ? Tel est l'enjeu de la dernière livraison de La Revue des deux mondes, qui lui consacre un dossier dont la variété des points de vue donnera au lecteur l'impression d'être branché à une prise multiple.
Revenir au degré zéro de la lecture, c'est d'abord se souvenir que, étymologiquement, lire (du latin legere) signifie recueillir. C'est l'acte - " le plus mystérieux, le plus simple, le plus irréductible ", comme l'écrit le critique littéraire Michel Crépu - par lequel le monde est mis à distance. Celui qui s'adonne à cette opération solitaire aura le privilège de mêler la compréhension à la méditation, expérience que le chaos du réel ne rend pas possible(...) A juste titre, l'écrivain Pietro Citati rappelle ce moment décisif de l'histoire intellectuelle, lorsque la lecture silencieuse se substitua à la lecture sonore, au début du Moyen Age. Pour les Grecs, en effet, la lecture à haute voix en constituait la " forme originelle ". Dans le recueillement silencieux, c'est l'expérience d'une rencontre plus directe avec le texte, sans médiation, pour les moines, que la lecture des livres sacrés rapprochait de Dieu.
Puis vint le temps, pour Citati, où la lecture, à la fin du XVIIIe siècle, ne fut plus le privilège du sacré ou de la philosophie, mais disponible à tous, sous toutes les formes possibles : " Ces lecteurs n'étaient plus seulement les moines, les lettrés, les érudits, mais les juges, les dames de qualité, les hôtesses, les femmes de chambre (...). " Accessible à un plus grand nombre, cette deuxième révolution du livre semble annoncer les prémices de sa dégradation : lire devient un loisir, un moyen de passer le temps, une " haute trahison envers l'humanité ".
Le troisième temps de la lecture est-il celui du numérique ? Que ni Pietro Citati, ni Alberto Manguel, auteur d'une Histoire de la lecture (Actes Sud, 1998), ne le mentionnent dans leurs articles, en dit long sur leur scepticisme. Cette révolution menace-t-elle de saper l'aura de la lecture ? Il faut sans doute nuancer. Car ce livre numérique est la poursuite d'un fantasme de tous les temps : celui d'aboutir au livre total qui contiendrait tous les autres, avec ce rêve sans doute inavoué de vouloir se substituer au monde. Cependant, ce rêve semble avoir pris forme. Et, dans l'épaisseur de la Toile - seconde vie pour un grand nombre d'individus - un livre peut-il encore être bien lu sans que le lecteur soit aveuglé par les " paillettes superficielles et toutes les fausses séductions " (Alberto Manguel) qui saturent la réalité virtuelle ?
Patrick Bazin, conservateur général des bibliothèques, prend la mesure de ce qui menace la lecture (zapping digital, perte des référents stables...), mais il admet aussi que cette mutation est une ouverture vers " un monde plus lisible " et une extension du champ de la connaissance : " Pendant des siècles, nous avons lu le monde (...) à travers l'interface de l'écriture, et, surtout, à travers sa forme la plus aboutie, le livre. Avec le numérique, sa règle a été supplantée par une nouvelle forme de manipulation des symboles (...) plus proche de l'expérience concrète et de l'intuition. "
Amaury da Cunha
Revue
des deux mondes
Lire
au XXIe siècle
"Si la lecture n'a jamais été aussi accessible, tant elle occupe aujourd'hui nos écrans, il faut avoir la sagesse de revenir sur ses fondamentaux pour mieux cerner sa mutation. La révolution numérique appliquée à la lecture est-elle aussi décisive qu'on le dit ? Est-ce seulement un changement de support ? A-t-elle des incidences plus profondes sur la transmission d'un texte ? Tel est l'enjeu de la dernière livraison de La Revue des deux mondes, qui lui consacre un dossier dont la variété des points de vue donnera au lecteur l'impression d'être branché à une prise multiple.
Revenir au degré zéro de la lecture, c'est d'abord se souvenir que, étymologiquement, lire (du latin legere) signifie recueillir. C'est l'acte - " le plus mystérieux, le plus simple, le plus irréductible ", comme l'écrit le critique littéraire Michel Crépu - par lequel le monde est mis à distance. Celui qui s'adonne à cette opération solitaire aura le privilège de mêler la compréhension à la méditation, expérience que le chaos du réel ne rend pas possible(...) A juste titre, l'écrivain Pietro Citati rappelle ce moment décisif de l'histoire intellectuelle, lorsque la lecture silencieuse se substitua à la lecture sonore, au début du Moyen Age. Pour les Grecs, en effet, la lecture à haute voix en constituait la " forme originelle ". Dans le recueillement silencieux, c'est l'expérience d'une rencontre plus directe avec le texte, sans médiation, pour les moines, que la lecture des livres sacrés rapprochait de Dieu.
Puis vint le temps, pour Citati, où la lecture, à la fin du XVIIIe siècle, ne fut plus le privilège du sacré ou de la philosophie, mais disponible à tous, sous toutes les formes possibles : " Ces lecteurs n'étaient plus seulement les moines, les lettrés, les érudits, mais les juges, les dames de qualité, les hôtesses, les femmes de chambre (...). " Accessible à un plus grand nombre, cette deuxième révolution du livre semble annoncer les prémices de sa dégradation : lire devient un loisir, un moyen de passer le temps, une " haute trahison envers l'humanité ".
Le troisième temps de la lecture est-il celui du numérique ? Que ni Pietro Citati, ni Alberto Manguel, auteur d'une Histoire de la lecture (Actes Sud, 1998), ne le mentionnent dans leurs articles, en dit long sur leur scepticisme. Cette révolution menace-t-elle de saper l'aura de la lecture ? Il faut sans doute nuancer. Car ce livre numérique est la poursuite d'un fantasme de tous les temps : celui d'aboutir au livre total qui contiendrait tous les autres, avec ce rêve sans doute inavoué de vouloir se substituer au monde. Cependant, ce rêve semble avoir pris forme. Et, dans l'épaisseur de la Toile - seconde vie pour un grand nombre d'individus - un livre peut-il encore être bien lu sans que le lecteur soit aveuglé par les " paillettes superficielles et toutes les fausses séductions " (Alberto Manguel) qui saturent la réalité virtuelle ?
Patrick Bazin, conservateur général des bibliothèques, prend la mesure de ce qui menace la lecture (zapping digital, perte des référents stables...), mais il admet aussi que cette mutation est une ouverture vers " un monde plus lisible " et une extension du champ de la connaissance : " Pendant des siècles, nous avons lu le monde (...) à travers l'interface de l'écriture, et, surtout, à travers sa forme la plus aboutie, le livre. Avec le numérique, sa règle a été supplantée par une nouvelle forme de manipulation des symboles (...) plus proche de l'expérience concrète et de l'intuition. "
Amaury da Cunha
Revue
des deux mondes
Lire
au XXIe siècle
lundi 26 avril 2010
Retour sur Albert Camus
J'ai fini de lire un roman dont le personnage principal est Albert Camus, "les derniers jours d'Albert Camus" de José Lenzini aux éditions Actes Sud. On y retrouve Albert Camus à la fin de sa courte vie car il est mort dans un accident de voiture à l'âge de quarante-sept ans ! Mort absurde, mort inutile, mort précoce d'un des plus prestigieux intellectuels français du XXème siècle. Comme je connaissais les moindres détails de sa vie (j'avais lu avec beaucoup d'attention la biographie de Camus de Todd), j'ai retrouvé avec une infinité de détails les derniers moments de sa vie tourmentée : la vie privée compliquée, les interrogations perpétuelles de sa vie littéraire et philosophique, les questions de son "désengagement" dans la Guerre d'Algérie, ses derniers moments de vie avec la famille Gallimard dans son périple de Lourmarin à Paris. Un de ses livres les plus émouvants à lire est sans conteste le dernier manuscrit qu'il transportait dans sa serviette et qui est son dernier roman "autobiographique" posthume "Le premier homme". Le portrait de sa mère mutique et modeste ressort beaucoup dans la trame du livre de Lenzini. Pour tous ceux qui aiment Camus, lisez cet ouvrage !
samedi 24 avril 2010
Lectures d'avril
J'ai lu pendant ces vacances à la maison, dans mon jardin sous le cerisier en fleurs, deux romans complétement différents. Le premier fait partie de cette école scandinave du policier atypique. Ce roman "Terre des mensonges" d'Anne Radge raconte l'histoire d'une fratrie qui se retrouve à la mort de leur mère dans une Finlande austère, sauvage et glaciale. Les trois frères ont des destins et des vies tellement inconciliables qu'ils peinent à communiquer. Ils devront pourtant se retrouver, s'accepter et démêler les secrets de leur passé commun. La suite vient de paraître et je la lirai avec intérêt. Le deuxième roman, "Le journal intime de Benjamin Lorca" de Arnaud Cathrine, raconte l'histoire d'un écrivain vu par ses plus proches, son frère cadet, son meilleur ami, sa compagne. Ils sont confrontés à un dilemne à la Kafka : faut-il détruire le journal intime qu'il a écrit tout au long de sa vie (en fait, l'écrivain s'est suicidé). Je ne vous donne pas la clef du roman. A vous de la découvrir. J'aime beaucoup les romans qui parlent de littérature et de portraits d'écrivains et celui-ci est vraiment très convaincant. Ce jeune écrivain Arnaud Cathrine est à suivre...
vendredi 23 avril 2010
Vacances d'avril
Je n'ai pas pris ma plume quasi quotidienne depuis le 16 avril pour cause de "vacances". Le nuage volcanique m'a empêchée de rejoindre la ville de mes origines et de ma jeunesse, je veux parler de Biarritz que j'aime, surtout ses vagues, son océan, ses paysages à couper le souffle ! Et cette Côte basque où réside ma famille me donne une énergie "maritime" dont j'ai grand besoin... Je pense à ma mère qui traverse une période délicate en ce moment et comme le ciel s'est dégagé, je compte m'y rendre très prochainement... Aujourd'hui, comme mon angoisse s'est estompée après avoir reçu de bonnes nouvelles du côté de ma famille, je reprends mon blog avec plaisir. Je vais aller en ville en librairie m'acheter un livre pour fêter la journée mondiale du livre, le book day comme on dit en anglais. Lire pendant ces jours difficiles m'a procuré un calme et un apaisement nécessaires pour affronter cette période difficile. J'ai reçu un mot écrit à l'hôpital par ma mère qui m'a émue jusqu'aux larmes car écrire dans son état est un exploit intellectuel qui mérite toute mon admiration et les mots simples qu'elle a employés resteront à tout jamais gravés dans notre mémoire familiale !
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