lundi 5 janvier 2026

Mes dix récits préférés de l'année 2025, 2

Je poursuis mon palmarès de mes dix meilleurs récits de l'année dernière. Trois autres biographies d'écrivains m'ont procuré un grand plaisir de lecture : "Ma vie avec Proust" de Catherine Cusset, "Flaubert" de Marie-Hélène Lafon et "L'autre vie d'Orwell" de Jean-Pierre Martin. Catherine Cusset s'empare de la galaxie proustienne pour raconter sa passion pour "La Recherche du temps perdu". Elle appartient à la catégorie des idolâtres proustiens car le lire peut entraîner un changement de vie. Elle a puisé dans son oeuvre une "leçon de vie" et son récit intime, drôle et intelligent nous fait encore plus apprécier l'univers de "Marcel". Marie-Hélène Lafon adore Flaubert et dans un texte flamboyant, elle lui rend un bel hommage. Ce portrait d'un écrivain, un des plus fabuleux du XIX", se lit avec jubilation. J'ai choisi le roman de George Orwell, "1984" dans les dix romans préférés et j'ai découvert "L'autre vie d'Orwell" de Jean-Pierre Martin. L'auteur s'est intéressé plus particulièrement à la période de son exil volontaire dans une île écossaise où il recherchait la sérénité et une simplicité frugale. Un beau récit servi par une écriture élégante et profonde. Dans le cadre de l'Atelier Lirrérature, j'avais choisi le thème des journaux et des autobiographies et j'ai donc redécouvert "Armen" de Jean-Pierre Abraham, publié en poche chez Payot. L'auteur écrit : "J'avais trouvé vraiment mon lieu. Je crois que c'est ce qu'il faut chercher, trouver le lieu où l'on puisse devenir soi-même, s'épanouir, être à sa place, bien dans sa peau". Vivre dans un phare en Bretagne, j'avoue que j'aurais beaucoup aimé vivre cette expérience... Et j'aurais déposé dans ma valise des dizaines de livres tout en observant la mer. Ce livre culte raconte avec bonheur ce mode de vie. L'année 2025 est marquée pour moi par Cézanne où j'ai vu son exposition à Aix-en-Provence. Je me documente beaucoup, une manie de bibliothécaire dont je ne me débarrasse pas facilement. Je connaissais la passion de Rilke pour la peinture de Cezanne et j'ai donc apprécié ses lettres sur l'art cezannien. Mon dernier récit coup de coeur concerne un philosophe français original, Clément Rosset. Souvent, les livres de philosophie possèdent un vocabulaire spécialisé assez obscur, mais, "La joie est plus profonde que la tristesse", de Clément Rosset, d'une clarté lumineuse, se lit avec un plaisir certain. Ses maximes m'amusent beaucoup : "Tout est foutu, soyons joyeux" ou "Rassurons-nous, tout va mal". Son humour corrosif et ironique peut aussi devenir un chemin vers la sagesse heureuse. Voilà pour mes dix récits préférés de l'année passée : journaux, biographies, récits vécus et ouvrages sur l'art et sur la philosophie. Ah, le bonheur de lire, un loisir à pratiquer sans modération, une hygiène de l'esprit. 

dimanche 4 janvier 2026

Mes dix récits préférés de l'année 2025, 1

Je remarque que je lis autant de récits que de romans, comme si le réel me semble plus riche que la fiction. Je mettrai en tête de mes découvertes le "Journal" de Sandor Marai, un écrivain hongrois particulièrement intéressant à lire. J'aime beaucoup les journaux d'écrivain mais celui-ci surpasse ceux de nombreux confrères, à par celui de Virginia Woolf que je place au sommet de la littérature. Les trois tomes de ses écrits couvrent les années 43 jusqu'en 1989. Il évoque les événements historiques de son pays, mais aussi, sa vie d'écrivain et son quotidien familial. Il note ses lectures toujours passionnantes et son amour de la littérature traverse toute cette oeuvre autobiographique. Fuyant le totalitarisme communiste, il s'exile aux Etats-Unis. Il a perdu sa bibliothèque et il écrivait : "Cette pièce avec des livres, c'est ma patrie". Cet amoureux de livres er de la littératue ne pouvait que me plaire. J'ai ensuite bien aimé le livre de Jean-Paul Enthoven, "Je me retournerai souvent", un livre patchwork de souvenirs, de réves, de portraits d'écrivains, des êtres aimés, de la Toscane, des rendez-vous manqués. Un beau récit cultivé, mélancolique qui raconte un pan de la vie intellectuelle française. Cette année, j'ai lu avec une certaine émotion l'ouvrage d'hommage à Milan Kundera, un de mes écrivains préférés que je lis très régulièrement. Dans cet opuscule, paru chez Gallimard, éditeurs, traducteurs et amis de l'écrivain rappellent l'importance capitale de son oeuvre au XXe siècle. Cette citation de Kundera ressemble à une vérité d'une lucidité clairvoyante : "La seule chose qui nous reste face à cette inéluctable défaite qu'on appelle la vie est d'essayer de la comprendre. C'est la raison d'être de l'art du roman". Dans la catégorie des biographies romancées, j'ai remarqué celle d'Angela Buba, "Elsa", sur Elsa Morante. J'ai lu dans ma jeunesse "La Storia", "L'île d'Arturo", et d'autres titres et ces lectures m'avaient enchantée. Je songe à relire ses oeuvres surtout après la découverte de ce portrait bien documenté sur l'écrivaine italienne hors pair. Evoquer Elsa Morante, c'est aussi voyager dans l'Italie intellectuelle du XXe siècle sur fond de lois raciales et de combats pour la justice sociale. Une femme attachante et une écrivaine d'exception. 

vendredi 2 janvier 2026

Mes dix romans préférés de l'année 2025, 2

Un écrivain danois possède un charme certain. Il s'agit de Jens Christian Grondahl et de son roman, paru l'année dernière, "Au fond des années passées", paru chez Gallimard dans la collection Du monde entier. Je lis cet écrivain discret, sensible, secret depuis quelques années et son dernier roman m'a vraiment convaincue que cet homme mérite toute notre attention. Le narrateur à la soixantaine d'années se sent bien fragilisé par sa santé et surtout par sa vie amoureuse en plein échec. Un jour, il rencontre son ancien amour de jeunesse (un thème romanesque récurrent). Son roman ressemble à une sonate d'automne, subtile et nostalgique dans l'esprit du temps. Son dernier roman si réussi m'a donné envie de relire ses précédents... J'ai découvert l'année dernière un roman culte que je n'avais pas encore ouvert. L'Atelier Littérature sur les romans historiques m'a permis de découvrir "La Marche de Radetzky" de Joseph Roth, écrivain autrichien d'origine juive, ami de Stefan Zweig. Ce roman crépusculaire raconte la période des années 1859 à 1916 de l'Empire austro-hongrois à travers une famille, les Trotta. Le naufrage d'un monde me rappellait le roman magnifique de Lampedusa, "Le Guépard".  Cet écrivain que je n'avais jamais lu m'intéresse beaucoup et je poursuivrai sa connaissance durant cette année. Un roman biographique, "L'Ami Louis", de Sylvie Le Bihan, a attiré mon attention car l'autrice a mis en scène deux écrivains, le célèbre Albert Camus et l'inconnu discret, Louis Guilloux. Grâce à cet ouvrage, j'ai apprécié le portrait de Louis Guilloux, un homme du peuple, généreux et amical. Mon dernier coup de coeur de l'année 2025 a reçu le prix Médicis et le mérite évidemment. Ce roman autobiographique, "Kolkhoze" évoque l'histoire impressionnante de la famille de l'écrivain, de sa mère surtout, Hélène Carrère d'Encausse, académicienne et spécialiste de la Russie. Ce travail littéraire d'archiviste scrupuleux montre un monde fabuleux de Moscou à l'Ukraine, de la Géorgie à Paris. Voilà pour mes dix romans préférés de l'année dernière : Colm Toibin, Pascal Quignard, Henry James, Georges Orwell, Sansal Boualem, Antonio Munoz Molina, Jens Christian Grondahl, Joseph Roth, Sylvie Le Bihan, Emmanuel Carrère ! Sans m'en rendre compte, je n'ai pas respecté la parité mais j'ai tout de même une femme écrivain ! L'année prochaine, je ferai mieux, promis ! 

jeudi 1 janvier 2026

Mes dix romans préférés de l'année 2025,1

Comme tous les ans, en début d'année, je respecte la tradition en consacrant un billet sur mes dix romans préférés. Je poursuivrai mes bilans de lecture en évoquant les documentaires et mes relectures. J'ai choisi un ordre chronologique de janvier à décembre. J'ai lu une centaine d'ouvrages cette année et j'ai eu d'évidents moments heureux, Pascal Quignard parlerait "d'heures heureuses". Je commencerai par la très bonne biographie romancée de Colm Toibin, "Le Maître" sur Henry James. Cet hommage d'un écrivain irlandais à un génie anglo-américain m'a ouvert un nouvel horizon : l'univers si mystérieux, si dense des oeuvres d'Henry James que j'ai décidé de découvrir régulièrement surtout dans ses nouvelles. Dorénavant, j'inscris, dans mon programme de lectures, Henry James. J'ai lu avec plaisir "Whashington Square", publié en 1880. Une femme naïve sous l'emprise autoritaire de son père tombe amoureuse d'un homme cynique. Cette histoire conserve toute son actualité. En janvier de l'année dernière, j'ai eu la bonne surprise d'un nouvel opus de Pascal Quignard, "Trésor caché", paru chez Albin Michel. Une femme découvre un trésor dans son jardin et sa vie va changer... Un conte moderne, une petite merveille à découvrir. Deux dystopies ont percuté mon imagination : "1984" de Georges Orwell et "2084" de Boualem Sansal. Le premier roman est devenu un classique indispensable pour comprendre l'horreur du totalitarisme, des dictatures de la pensée unique, de la bien-pensance. Il faut absolument lire ce roman terrifiant qui n'a qu'un objectif essentiel : ouvrir les yeux, penser par soi-même, vivre libre loin des dogmes et des "ismes". Boualem Sansal s'est inspiré d'Orwell pour évoquer le fléau de l'islamime qu'il a lui-même vécu en Algérie. Ce roman puissant démontre l'importance de cet écrivain, scandaleusement emprisonné par le pouvoir algérien et heureusement libéré récemment. Dans mon palmarès de l'année dernière, j'ai choisi le roman d'Antonio Munoz Molina, "Je ne te verrai pas mourir", prix Médicis en 2020. Un amour de jeunesse peut-il perdurer jusqu'à la fin de sa vie ? L'écrivain espagnol raconte les "mirages de l'amour" quand deux anciens amants se retrouvent quarante ans après. Les questions surgissent au fil du texte : la fidélité à soi et aux autres, la nostalgie du passé, le temps, la transformation des êtres, l'amour éternel, les désillusions. Il faut lire ce roman magnifique ! (La suite, demain)

lundi 29 décembre 2025

Escapade à Paris, "L'Empire du sommeil" au Musée Marmottan-Monet

 Le musée de Marmottan-Monet, situé dans le 16e arrondissement, propose une exposition originale : "L'Empire du sommeil", disponible du 9 octobre 2025 au 1er mars 2026. Dans le site internet du musée, les commissaires de l'exposition soulignent "la portée symbolique et allégorique du sommeil, son importance dans l'iconographie profane et sacrée et l'influence des recherches scientifiques, philosophiques et psychanalytiques liées au sommeil". Quelques oeuvres ont attiré mon attention : un tableau de Sorolla d'une douceur sereine où une mère et son bébé dorment dans un grand lit blanc, un Valloton, un Munch, un Picssso, etc. Ce thème riche d'images a vraiment inspiré de nombreux peintres du XIXe au XXe siècle. Cent trente pièces, issues des prestigieuses institutions, composent l'univers mystérieux du sommeil considéré comme "un pur bonheur, une grâce, une harmonie, un accord entre le monde extérieur et nous-mêmes" mais le sommeil peut aussi évoquer "la mort ou l'amour". Les expositions thématiques permettent de réunir sur un sujet commun des visions diversifiées des artistes choisis. Dans ce même musée, j'ai aussi découvert un peintre que je ne connaissais pas : Jean-Baptiste Sécheret, un artiste en dialogue avec Monet car ses peintures ont pour motif les paysages côtiers, les ciels de Trouville, des immeubles et des monuments dans cette Normandie si chère aux peintres. Une salle est aussi consacrée à Berthe Morisot, élève de Corot et muse de Manet, la première femme impressionniste. Ses toiles se sont peu vendues de son vivant dans les musées et ses héritiers ont souhaité que le musée Marmottan-Monet abrite ses oeuvres dont vingt-cinq tableaux. Elle a peint des paysages normands, des marines niçoises, des jardins fleuris, des jeunes filles en fleurs. A Paris, j'apprécie ces musées à dimension humaine, installés dans des hôtels particuliers magnifiques. Le soir, j'ai retrouvé mon chanteur préféré au théâtre des Champs Elysées : il se nomme Philippe Jaroussky et ce concert sur des cantates italiennes était un pur bonheur musical ! J'ai aussi vu les illuminations de Paris, mais, j'ai préféré de très loin  l'illumination musicale de Philippe Jaroussky ! 

vendredi 26 décembre 2025

Escapade à Paris, mes balades préférées

 Dans mon programme parisien, je n'oublie jamais la nécessité de la marche, un moyen de locomotion le plus efficace pour apprécier la capitale. Je ne compte plus les milliers de pas que cette ville implique et je ne ressens pas trop la fatigue comme s'il me poussait des ailes dans le dos. Le regard aux aguets est toujours en alerte pour admirer les monuments, les rues, les boulevards, la cité, les quais, les places sans oublier les passants, les touristes, les parisiens. Comme mon hôtel se situait dans la rue des Bons Enfants, je pouvais arpenter le jardin des Tuileries que j'aime tout particulièrement. En 1519, François 1er avait choisi ce vaste terrain occupé par des fabriques de tuiles, d'où son nom pour construire une résidence. Mais, ce projet n'a pas vu le jour et Catherine de Médicis aménagea un palais, les Tuileries, au milieu d'un jardin florentin. En 1664, André Le Nôtre, créateur des jardins royaux de Versailles, est chargé par Louis XIV de redessiner le parc. Le peuple pouvait s'y rendre une fois par an ! A cette époque, je n'aurais pas pu me balader dans ce lieu merveilleux... Les bassins attirent évidemment ma présence car peuplés de mouettes, j'assiste à un bal permanent et j'ai même aperçu un héron, (un vrai pas un faux) au milieu d'une brochette de mouettes. Les statues me réjouissent la vue et je capte souvent mes volatiles grimpées sur elles. De l'arche du Carroussel à la Place de la Concorde, la perspective enveloppe mon esprit et me plonge dans une rêverie où je croise tant de fantômes. Même au mois de décembre où les arbres sont défeuillés, le paysage conserve sa beauté multiséculaire. Je me balade aussi dans le Jardin du Palais royal et là je croise de temps en temps ma Colette, qui a vécu dans ce lieu magique. Des chaises "littéraires" sont dispersées dans le jardin et j'aime lire les citations choisies. Une m'a charmée, celle d'Emily Dickinson, la poétesse américaine : "Que c'est bon d'être en vie ! Que c'est infini - d'être" ! A deux pas du Palais royal, j'ai traversé les Passages Colbert et Vivienne, des espaces couverts où nichent des restaurants, des commerces de luxe et surtout la plus vieille librairie de Paris, la librairie Jousseaume, fondée en 1826. Ma déambulation m'a conduite jusqu'à la rue de Richelieu et j'ai effectué un pélerinage professionnel pour revoir la Bibliothèque nationale avec la Salle ovale et celle de Richelieu. Quand on a été bibliothécaire pendant presque trente ans, le métier colle à la peau... 

mardi 23 décembre 2025

Escapade à Paris, Georges de La Tour au Musée Jacquemart-André

Je me renseigne régulièrement sur les expositions parisiennes et j'ai remarqué celle du Musée Jacquemart-André, consacrée à Georges de La Tour (1593-1652). Ce peintre lorrain n'a été découvert qu'au début du XXe siècle par un historien d'art allemand. Né dans une famille de boulangers, il sera le peintre du roi Louis XIII et sera logé dans le Louvre. Il reviendra dans sa région natale à la fin de sa vie à Nancy. Le Musée, un de mes préférés à Paris, propose une trentaine de tableaux où ses clairs-obscurs d'une grande intensité dominent la tonalité globale. Les spécialistes ne savent pas s'il a voyagé en Italie car ses scènes intimistes et religieuses rappellent l'univers pictural du Caravage. Quand je me suis retrouvée devant ses toiles malgré la fréquentation dans les salles, j'ai tout de suite été séduite et fascinée par un élément essentiel : "une utilisation unique de la lumière". Des bougies illuminent ses toiles et donnent une dimension intime aux personnages, souvent issus du peuple commme des musiciens aveugles, des vieillards et des paysans. J'ai remarqué des scènes nocturnes à la chandelle parmi lesquelles "La femme à la puce", "Les Joueurs de dés", "Job raillé par sa femme". Cette flamme "s'impose alors comme sujet central de ses oeuvres du "Nouveau-Né" à la "Madeleine pénitente". Je pensais au très beau livre de Gaston Bachelard, "La Flamme d'une chandelle" qui m'avait enchantée quand je l'ai lu dans ma jeunesse. Il est temps de le relire après cette redécouverte de la flamme-lumière de Georges de La Tour. Bachelard écrit dans son ouvrage "lumineux" : 'Un être se rend libre en se consumant pour se renouveler, en se donnant ainsi le destin d'une flamme". Dans les tableaux du peintre lorrain, la lumière de la bougie donne une "intensité à la fois poétique, fragile et intemporelle". Après cette visite, j'ai revu avec un grand plaisir esthétique la salle Florence au rez-de-chaussée du musée où j'ai retrouvé et admiré mes chers amis italiens : Carpaccio, Botticelli, Mantegna, Signorelli et Bellini ! Un festin de reine. Après cette belle exposition, j'ai commandé chez un libraire un ouvrage épuisé de Pascal Quignard sur Georges de La Tour. Une prolongation heureuse de cette visite à la bougie...