vendredi 2 janvier 2026

Mes dix romans préférés de l'année 2025, 2

Un écrivain danois possède un charme certain. Il s'agit de Jens Christian Grondahl et de son roman, paru l'année dernière, "Au fond des années passées", paru chez Gallimard dans la collection Du monde entier. Je lis cet écrivain discret, sensible, secret depuis quelques années et son dernier roman m'a vraiment convaincue que cet homme mérite toute notre attention. Le narrateur à la soixantaine d'années se sent bien fragilisé par sa santé et surtout par sa vie amoureuse en plein échec. Un jour, il rencontre son ancien amour de jeunesse (un thème romanesque récurrent). Son roman ressemble à une sonate d'automne, subtile et nostalgique dans l'esprit du temps. Son dernier roman si réussi m'a donné envie de relire ses précédents... J'ai découvert l'année dernière un roman culte que je n'avais pas encore ouvert. L'Atelier Littérature sur les romans historiques m'a permis de découvrir "La Marche de Radetzky" de Joseph Roth, écrivain autrichien d'origine juive, ami de Stefan Zweig. Ce roman crépusculaire raconte la période des années 1859 à 1916 de l'Empire austro-hongrois à travers une famille, les Trotta. Le naufrage d'un monde me rappellait le roman magnifique de Lampedusa, "Le Guépard".  Cet écrivain que je n'avais jamais lu m'intéresse beaucoup et je poursuivrai sa connaissance durant cette année. Un roman biographique, "L'Ami Louis", de Sylvie Le Bihan, a attiré mon attention car l'autrice a mis en scène deux écrivains, le célèbre Albert Camus et l'inconnu discret, Louis Guilloux. Grâce à cet ouvrage, j'ai apprécié le portrait de Louis Guilloux, un homme du peuple, généreux et amical. Mon dernier coup de coeur de l'année 2025 a reçu le prix Médicis et le mérite évidemment. Ce roman autobiographique, "Kolkhoze" évoque l'histoire impressionnante de la famille de l'écrivain, de sa mère surtout, Hélène Carrère d'Encausse, académicienne et spécialiste de la Russie. Ce travail littéraire d'archiviste scrupuleux montre un monde fabuleux de Moscou à l'Ukraine, de la Géorgie à Paris. Voilà pour mes dix romans préférés de l'année dernière : Colm Toibin, Pascal Quignard, Henry James, Georges Orwell, Sansal Boualem, Antonio Munoz Molina, Jens Christian Grondahl, Joseph Roth, Sylvie Le Bihan, Emmanuel Carrère ! Sans m'en rendre compte, je n'ai pas respecté la parité mais j'ai tout de même une femme écrivain ! L'année prochaine, je ferai mieux, promis ! 

jeudi 1 janvier 2026

Mes dix romans préférés de l'année 2025,1

Comme tous les ans, en début d'année, je respecte la tradition en consacrant un billet sur mes dix romans préférés. Je poursuivrai mes bilans de lecture en évoquant les documentaires et mes relectures. J'ai choisi un ordre chronologique de janvier à décembre. J'ai lu une centaine d'ouvrages cette année et j'ai eu d'évidents moments heureux, Pascal Quignard parlerait "d'heures heureuses". Je commencerai par la très bonne biographie romancée de Colm Toibin, "Le Maître" sur Henry James. Cet hommage d'un écrivain irlandais à un génie anglo-américain m'a ouvert un nouvel horizon : l'univers si mystérieux, si dense des oeuvres d'Henry James que j'ai décidé de découvrir régulièrement surtout dans ses nouvelles. Dorénavant, j'inscris, dans mon programme de lectures, Henry James. J'ai lu avec plaisir "Whashington Square", publié en 1880. Une femme naïve sous l'emprise autoritaire de son père tombe amoureuse d'un homme cynique. Cette histoire conserve toute son actualité. En janvier de l'année dernière, j'ai eu la bonne surprise d'un nouvel opus de Pascal Quignard, "Trésor caché", paru chez Albin Michel. Une femme découvre un trésor dans son jardin et sa vie va changer... Un conte moderne, une petite merveille à découvrir. Deux dystopies ont percuté mon imagination : "1984" de Georges Orwell et "2084" de Boualem Sansal. Le premier roman est devenu un classique indispensable pour comprendre l'horreur du totalitarisme, des dictatures de la pensée unique, de la bien-pensance. Il faut absolument lire ce roman terrifiant qui n'a qu'un objectif essentiel : ouvrir les yeux, penser par soi-même, vivre libre loin des dogmes et des "ismes". Boualem Sansal s'est inspiré d'Orwell pour évoquer le fléau de l'islamime qu'il a lui-même vécu en Algérie. Ce roman puissant démontre l'importance de cet écrivain, scandaleusement emprisonné par le pouvoir algérien et heureusement libéré récemment. Dans mon palmarès de l'année dernière, j'ai choisi le roman d'Antonio Munoz Molina, "Je ne te verrai pas mourir", prix Médicis en 2020. Un amour de jeunesse peut-il perdurer jusqu'à la fin de sa vie ? L'écrivain espagnol raconte les "mirages de l'amour" quand deux anciens amants se retrouvent quarante ans après. Les questions surgissent au fil du texte : la fidélité à soi et aux autres, la nostalgie du passé, le temps, la transformation des êtres, l'amour éternel, les désillusions. Il faut lire ce roman magnifique ! (La suite, demain)

lundi 29 décembre 2025

Escapade à Paris, "L'Empire du sommeil" au Musée Marmottan-Monet

 Le musée de Marmottan-Monet, situé dans le 16e arrondissement, propose une exposition originale : "L'Empire du sommeil", disponible du 9 octobre 2025 au 1er mars 2026. Dans le site internet du musée, les commissaires de l'exposition soulignent "la portée symbolique et allégorique du sommeil, son importance dans l'iconographie profane et sacrée et l'influence des recherches scientifiques, philosophiques et psychanalytiques liées au sommeil". Quelques oeuvres ont attiré mon attention : un tableau de Sorolla d'une douceur sereine où une mère et son bébé dorment dans un grand lit blanc, un Valloton, un Munch, un Picssso, etc. Ce thème riche d'images a vraiment inspiré de nombreux peintres du XIXe au XXe siècle. Cent trente pièces, issues des prestigieuses institutions, composent l'univers mystérieux du sommeil considéré comme "un pur bonheur, une grâce, une harmonie, un accord entre le monde extérieur et nous-mêmes" mais le sommeil peut aussi évoquer "la mort ou l'amour". Les expositions thématiques permettent de réunir sur un sujet commun des visions diversifiées des artistes choisis. Dans ce même musée, j'ai aussi découvert un peintre que je ne connaissais pas : Jean-Baptiste Sécheret, un artiste en dialogue avec Monet car ses peintures ont pour motif les paysages côtiers, les ciels de Trouville, des immeubles et des monuments dans cette Normandie si chère aux peintres. Une salle est aussi consacrée à Berthe Morisot, élève de Corot et muse de Manet, la première femme impressionniste. Ses toiles se sont peu vendues de son vivant dans les musées et ses héritiers ont souhaité que le musée Marmottan-Monet abrite ses oeuvres dont vingt-cinq tableaux. Elle a peint des paysages normands, des marines niçoises, des jardins fleuris, des jeunes filles en fleurs. A Paris, j'apprécie ces musées à dimension humaine, installés dans des hôtels particuliers magnifiques. Le soir, j'ai retrouvé mon chanteur préféré au théâtre des Champs Elysées : il se nomme Philippe Jaroussky et ce concert sur des cantates italiennes était un pur bonheur musical ! J'ai aussi vu les illuminations de Paris, mais, j'ai préféré de très loin  l'illumination musicale de Philippe Jaroussky ! 

vendredi 26 décembre 2025

Escapade à Paris, mes balades préférées

 Dans mon programme parisien, je n'oublie jamais la nécessité de la marche, un moyen de locomotion le plus efficace pour apprécier la capitale. Je ne compte plus les milliers de pas que cette ville implique et je ne ressens pas trop la fatigue comme s'il me poussait des ailes dans le dos. Le regard aux aguets est toujours en alerte pour admirer les monuments, les rues, les boulevards, la cité, les quais, les places sans oublier les passants, les touristes, les parisiens. Comme mon hôtel se situait dans la rue des Bons Enfants, je pouvais arpenter le jardin des Tuileries que j'aime tout particulièrement. En 1519, François 1er avait choisi ce vaste terrain occupé par des fabriques de tuiles, d'où son nom pour construire une résidence. Mais, ce projet n'a pas vu le jour et Catherine de Médicis aménagea un palais, les Tuileries, au milieu d'un jardin florentin. En 1664, André Le Nôtre, créateur des jardins royaux de Versailles, est chargé par Louis XIV de redessiner le parc. Le peuple pouvait s'y rendre une fois par an ! A cette époque, je n'aurais pas pu me balader dans ce lieu merveilleux... Les bassins attirent évidemment ma présence car peuplés de mouettes, j'assiste à un bal permanent et j'ai même aperçu un héron, (un vrai pas un faux) au milieu d'une brochette de mouettes. Les statues me réjouissent la vue et je capte souvent mes volatiles grimpées sur elles. De l'arche du Carroussel à la Place de la Concorde, la perspective enveloppe mon esprit et me plonge dans une rêverie où je croise tant de fantômes. Même au mois de décembre où les arbres sont défeuillés, le paysage conserve sa beauté multiséculaire. Je me balade aussi dans le Jardin du Palais royal et là je croise de temps en temps ma Colette, qui a vécu dans ce lieu magique. Des chaises "littéraires" sont dispersées dans le jardin et j'aime lire les citations choisies. Une m'a charmée, celle d'Emily Dickinson, la poétesse américaine : "Que c'est bon d'être en vie ! Que c'est infini - d'être" ! A deux pas du Palais royal, j'ai traversé les Passages Colbert et Vivienne, des espaces couverts où nichent des restaurants, des commerces de luxe et surtout la plus vieille librairie de Paris, la librairie Jousseaume, fondée en 1826. Ma déambulation m'a conduite jusqu'à la rue de Richelieu et j'ai effectué un pélerinage professionnel pour revoir la Bibliothèque nationale avec la Salle ovale et celle de Richelieu. Quand on a été bibliothécaire pendant presque trente ans, le métier colle à la peau... 

mardi 23 décembre 2025

Escapade à Paris, Georges de La Tour au Musée Jacquemart-André

Je me renseigne régulièrement sur les expositions parisiennes et j'ai remarqué celle du Musée Jacquemart-André, consacrée à Georges de La Tour (1593-1652). Ce peintre lorrain n'a été découvert qu'au début du XXe siècle par un historien d'art allemand. Né dans une famille de boulangers, il sera le peintre du roi Louis XIII et sera logé dans le Louvre. Il reviendra dans sa région natale à la fin de sa vie à Nancy. Le Musée, un de mes préférés à Paris, propose une trentaine de tableaux où ses clairs-obscurs d'une grande intensité dominent la tonalité globale. Les spécialistes ne savent pas s'il a voyagé en Italie car ses scènes intimistes et religieuses rappellent l'univers pictural du Caravage. Quand je me suis retrouvée devant ses toiles malgré la fréquentation dans les salles, j'ai tout de suite été séduite et fascinée par un élément essentiel : "une utilisation unique de la lumière". Des bougies illuminent ses toiles et donnent une dimension intime aux personnages, souvent issus du peuple commme des musiciens aveugles, des vieillards et des paysans. J'ai remarqué des scènes nocturnes à la chandelle parmi lesquelles "La femme à la puce", "Les Joueurs de dés", "Job raillé par sa femme". Cette flamme "s'impose alors comme sujet central de ses oeuvres du "Nouveau-Né" à la "Madeleine pénitente". Je pensais au très beau livre de Gaston Bachelard, "La Flamme d'une chandelle" qui m'avait enchantée quand je l'ai lu dans ma jeunesse. Il est temps de le relire après cette redécouverte de la flamme-lumière de Georges de La Tour. Bachelard écrit dans son ouvrage "lumineux" : 'Un être se rend libre en se consumant pour se renouveler, en se donnant ainsi le destin d'une flamme". Dans les tableaux du peintre lorrain, la lumière de la bougie donne une "intensité à la fois poétique, fragile et intemporelle". Après cette visite, j'ai revu avec un grand plaisir esthétique la salle Florence au rez-de-chaussée du musée où j'ai retrouvé et admiré mes chers amis italiens : Carpaccio, Botticelli, Mantegna, Signorelli et Bellini ! Un festin de reine. Après cette belle exposition, j'ai commandé chez un libraire un ouvrage épuisé de Pascal Quignard sur Georges de La Tour. Une prolongation heureuse de cette visite à la bougie... 

lundi 22 décembre 2025

Escapade à Paris, "Les Mondes de Colette" à la Bibliothèque Nationale de France

 Je me suis offert une petite escapade à Paris la semaine dernière. Au menu de ces trois jours, des expositions et un concert de Philippe Jaroussky au Théâtre des Champs Elysées. J'avais envie de voir "Les Mondes de Colette" à la Bibliothèque Nationale de France que l'on peut voir jusqu'au 22 janvier. Pourquoi cette grande institution a-t-elle proposé de mettre à l'honneur l'une des voix les plus originales et les plus singulières de la littérature française ? Une des commissaires de l'exposition tente une explication : "L'oeuvre de Colette, souvent qualifiée de très classique, aurait pu être écrasée par la deuxième partie du XXe siècle, mais, elle continue cependant à nous parler dans sa capacité à traiter beaucoup de sujets comme l'amour avec une grande liberté et sans jamais donner de jugement moral". J'ai donc découvert plus de 300 documents (photographies, manuscrits, publications, films, tableaux) en cinq thématiques : "Souvenirs sensibles', 'Le monde", "S'écrire", "Le temps" et "La chair". Colette et son enfance merveilleuse avec une mère exceptionnelle qui lui apprend un mode d'être : "regarde, contemple, savoure le fait d'être vivante". Colette et ses amours libres après son divorce avec son premier mari, Willy, l'usurpateur. Colette et l'amitié avec sa cour féminine fidèle et ardente. Colette et son écriture autobiographique, une langue française patrimoniale, vivante, vibrante. Colette et sa vigoureuse vieillesse, vaincue par une arthrite de la hanche, mais toujours combattante. Je salue avec admiration son esprit de liberté, son accent bourguignon, son amour de la musique, de la nature et des animaux. Autour de l'exposition, la BNF organise des manifestations, des tables rondes, des lectures à voix haute. A mes yeux de "fan" de l'écrivaine, je ne pouvais que saluer cette initiative et cela m'a permis de revisiter cette bibliothèque à l'architecture monumentale et impressionnante sous la forme de quatre livres ouverts sous le ciel de Paris. J'avais organisé une visite approfondie de ce monument livresque dans les années 90 avec une cinquantaine de bibliothécaires de Rhône-Alpes. Pour les provinciales que nous étions, cette bibliothèque gigantesque nous fascinait. J'ai donc revu avec plaisir ce lieu unique et j'ai pensé à la citation de Borgès, l'argentin : "J'ai toujours pensé que le paradis est une sorte de bibliothèque". J'ai donc franchi les portes d'un paradis avec ses seize millions de livres et d'autres documents. Colette avait toute sa place dans ce lieu mythique et les dieux qu'elle a certainement rencontrés doivent savourer sa présence...

lundi 15 décembre 2025

Atelier Littérature, les coups de coeur

 Agnès a présenté "Les Guerriers de l'hiver" d'Olivier Norek. Un roman palpitant, selon notre amie lectrice, qui a découvert un aspect de la Deuxième Guerre mondiale entre l'URSS et la Finlande. Un peuple se dresse contre l'ennemi, et parmi ces soldats, un snipper, appelé Simo, un David finlandais contre un Goliath russe. Une légende est née. Mylène a beaucoup aimé le dernier roman de Leonor de Recondo, "Marcher dans tes pas", publié cette année chez l'Iconoclaste. La narratrice raconte la vie de sa grand-mère, Enriqueta, en août 1936. D'Irun à Hendaye, il faut vite fuir l'armée franquiste et quitter sa maison familiale en laissant tout derrière elle. Leonor de Recondo rend hommage à cette femme courage et sa petite-fille, née française, demande la nationalité espagnole pour tourner la page terrible de la guerre civile en Espagne. Le regard poétique de l'écrivaine sur cette grand-mère exceptionnelle est une belle découverte pour Mylène et pour les amies lectrices qui le liront certainement. Marie-Christine a lu un grand classique du XXe siècle : "Terre des hommes" d'Antoine Saint-Exupéry. Publié en 1939, le récit est un recueil de réflexions sur l'amitié, sur la mort et sur l'héroïsme à travers des évènements. En librairie, ce beau texte, illustré par Riad Sattouf, est publié chez Gallimard. Un beau cadeau à glisser sous le sapin de Noël. Geneviève a choisi comme coup de coeur un roman biographique sur Camille Claudel, "La Robe bleue", publié en 2004, chez Verdier. Le destin poignant de cette grande artiste ne peut laisser personne indifférent. Camille Claudel a passé plus de trente ans dans un hôpital psychiatrique près d'Avignon et son frère, Paul, l'écrivain, ne lui rend pas beaucoup de visites alors que Camille l'attendait en vain. Michèle Desbordes, avec son art si subtil de son écriture, a brossé un portrait émouvant de l'artiste et de sa descente aux enfers. Geneviève nous a donné envie de retrouver cette sculptrice de génie. Odile Ba a choisi "Un si beau diplôme" de Scholastique Mukasonga, née au Rwanda. La narratrice prend le chemin de l'exil pour échapper à l'identité hutu ou tutsi. Ce récit relate la lutte d'une femme à la "volonté inébranlable". Voilà pour les coups de coeur de décembre. Merci encore aux lectrices présentes ce jeudi et je donne rendez-vous le jeudi 22 janvier pour évoquer les liens de la musique avec la littérature. Tout uu programme !