jeudi 11 juin 2015

Escapade à Besançon, 1

J'ai découvert cette ville en avril dernier pour des raisons familiales et j'y suis retournée cette semaine. J'avais toujours éprouvé un manque d'intérêt pour les villes situées au dessus de la ligne Lyon-Bordeaux à part Paris (je sais, c'est idiot de ma part) ressentant un complexe de supériorité sur la case "soleil", car venant de l'extrême Sud-Ouest (je veux parler de Biarritz-Anglet-Bayonne), je goûtais peu l'Est de la France, étant secrètement terrorisée par la menace du froid extrême, de la neige, de la pluie et de bien d'autres contrariétés atmosphériques. Pour aller à Besançon, j'ai choisi de traverser un bout de la Suisse (Genève et Lausanne) et les paysages défilent dans un vert permanent... Après le passage de la frontière en pleine forêt jurassienne,  j'ai atteint Besançon dans sa boucle formée par le Doubs et surplombée par sa Citadelle. Quelle ville harmonieuse avec ses quais Vauban, ses hôtels particuliers, ses nombreux trésors d'architecture (les façades Renaissance, ses escaliers à ciel ouvert, ses pierres bleues), ses places vastes, ses fontaines, ses parcs aux arbres magnifiques, la gentillesse innée de ses habitants, etc. ! Cette capitale de la Franche-Comté possède des atouts économiques, culturels et patrimoniaux incontestables et on ne lasse pas d'arpenter le centre ville qui n'est pas envahi par les voitures polluantes. Un tramway bleu emporte les citadins en toute sérénité et sur chaque rame, une personnalité historique représente le génie "bisontin". Il est aussi question du temps à Besançon, un temps mesuré, compté car l'industrie horlogère s'est implantée dans cette ville. La marque Lip renaît de ses cendres aujourd'hui et il existe un musée du Temps, installé dans un palais de la Renaissance. Comme je suis passionnée par l'Antiquité, j'ai découvert des vestiges romains : la célèbre Porte Noire et le square Cartan. La Porte Noire (175 après JC sous le règne de Marc Aurèle) présente des scènes guerrières et des décors mythologiques. Besançon se nommait Vesontio à l'époque romaine. Près de ce monument antique, se trouve la très belle cathédrale gothique Saint-Jean. Mes premières bonnes impressions depuis le mois d'avril se sont confirmées en juin... Demain, je relaterai les personnalités emblématiques de cette fort belle cité...

lundi 8 juin 2015

"Sur l'idée d'une communauté de solitaires"

Cet ouvrage de Pascal Quignard, paru chez Arléa en mars 2015, est composé d'un récit, "Les Ruines de Port-Royal" et de chapitres complémentaires aux "Ruines". Cet écrivain si singulier, si atypique dans le monde littéraire peut passionner ou rebuter le lecteur(trice). Pour ma part, son œuvre entière me fascine même si son écriture subtile, son érudition passent pour de la "cuistrerie" pour certains critiques. Je le lis depuis au moins deux décennies et dès qu'un livre paraît en librairie, je "cours" pour l'acquérir. Je crois que ma bibliothèque a déjà un mètre linéaire de "Quignard". Ce petit livre de 77 pages contient une conférence, donnée deux fois, sur les Ruines de Port-Royal. L'écrivain  a récité ce texte accompagné de musiciennes au clavecin et à l'orgue. Littérature et musique baroque se conjuguent à merveille. On ne peut pas résumer un ouvrage de Pascal Quignard. Il évoque des musiciens (Purcell, Rameau, Froberger, Couperin),  le peintre Georges de La Tour. Mais, parfois, il délaisse les grandes figures du Baroque pour parler de lui, de l'écriture, de la solitude. Je citerai cette phrase : "J'ai cherché partout dans ce monde, le repos, le requiem, un abandon, une halte,  et je ne l'ai trouvée que dans un coin avec un livre". La communauté des solitaires de Port Royal était composée d'hommes de la société civile en rupture sociale et familiale. Ils voulaient vivre comme des moines sans adopter les vœux. Pascal Quignard leur ressemble quand il relate sa maladie foudroyante en 1997. Il a aussi tout quitté (son poste d'éditeur chez Gallimard) pour se consacrer entièrement à son œuvre littéraire, "Le Dernier Royaume", une suite de 14 volumes, prévus par l'auteur (le neuvième tome, "Mourir de penser", est sorti l'année dernière). Dans le dernier chapitre, l'écrivain revendique l'état de solitude, "Enfin, dans cet espace, on respire. On ferme la bouche. On écrit. On est seul. On est soi. On respire." et cette citation pour conclure mon billet : "Tous ceux qui lisent sont seuls dans le monde avec leur unique exemplaire. Ils forment la compagnie mystérieuse des lecteurs". Cela pourrait devenir ma devise...

vendredi 5 juin 2015

"Les livres prennent soin de nous"

Dès que j'ai vu ce petit livre chez mon libraire,  je n'ai pas hésité une minute pour l'acquérir comme une nécessité. Régine Detambel a déjà écrit beaucoup d'ouvrages : une vingtaine de romans, une dizaine d'essais (sur Colette, sur la vieillesse, sur la peau) et des formes brèves (sur l'enfance, etc.). Cette écrivaine mérite amplement notre admiration. Dans ce dernier essai, le sous-titre donne le tempo : "Pour une bibliothérapie créative". En effet, la lecture peut soigner les maux de l'âme, les chagrins, le mal être, le désespoir, le spleen. Tous les amoureux des livres en ont eu l'intuition et l'expérience.  Le mot "thérapie" porte une dose de médecine douce et à chaque lecteur correspond un livre salvateur, un livre bonheur, un livre refuge... Pour comprendre la jalousie, il faut découvrir Proust. Pour comprendre la bêtise, il faut  découvrir le pharmacien Homais. Pour comprendre l'enfer des camps, il faut lire Jorge Semprun, Primo Levi. Il existe des milliers d'ouvrages, qui ressemblent à des vaccins contre la rage de vivre, contre la colère, le dépit, l'insatisfaction, la tristesse. Dans ce livre passionnant, Régine Detambel propose plusieurs définitions de la bibliothérapie : un accès à la sensibilité, une identité du sujet, une approche de l'altérité, une connaissance du monde. Cette fonction de la lecture ré-enchante le rapport du lecteur(trice) au réel et ne peut que faire du "bien". L'essayiste récuse les livres de "développement personnel" qui fleurissent dans les rayons des librairies et elle recommande dans sa dimension thérapeutique, tout simplement, la littérature. Elle mentionne dans cet essai des dizaines de références d'écrivains, des citations, des spécialistes sérieux en bibliothérapie. Elle met en garde contre les charlatans du "bien être", les mages du bonheur standardisé. Le sommaire de l'ouvrage est déjà un poème vivifiant : "toucher au corps, une vie nouvelle, poétique du pathos, lire, une sculpture de soi, la page comme un pansement, Bibliothèques de l'intime, etc." Ce livre est une mine d'or pour ceux qui chercheraient encore  l'utilité de la lecture. Je pourrais citer de nombreuses phrases de Régine Detambel mais il vaut mieux les savourer en toute quiétude et cet ouvrage deviendra un livre de chevet mémorable,  je n'en doute pas une minute... 

jeudi 4 juin 2015

Atelier d'écriture

Mylène nous a proposé un exercice sur Pierre Bonnard. En choisissant un de ses tableaux, il fallait décrire le décor, les couleurs, les objets et ajouter un personnage pour raconter une histoire inspirée par la toile. Voici mon texte :
"Projet,
L'été, dans la cuisine, au petit matin, la chaleur encore soutenable envahit l'espace. Sur la table, un panier de fruits rouges, une carafe de jus d'orange, du fromage. Le silence pénètre les objets. Tout est rouge : le fond du placard, la nappe, les fruits. Tout est blanc : les meubles, la fenêtre, la cheminée. Quelques traces de ciel bleu dans le décor, et du jaune, partout, comme un soleil étalé dans la pièce. Pierre s'est levé tôt ce matin. Il a une envie de solitude pour choisir le thème du tableau qu'il va exécuter aujourd'hui. Il flaire l'air parfumé et remarque les couleurs chaudes de la vie matinale. Il commence à peindre dans sa tête, des verticales (les meubles, les murs), des horizontales (la nappe, la desserte, la table), puis des cercles (les assiettes, les verres, les plats). Pourquoi peindre ce décor banal et quotidien ? D'autres confrères préfèrent les paysages, les femmes, les enfants, les animaux. Pierre veut rendre hommage aux objets de sa vie à la campagne. Quoi de plus modeste qu'un placard, qu'une table, qu'une assiette, qu'un guéridon ? Mais la vie palpite dans ces compagnons immobiles et contemplatifs. Avant de retourner dans son atelier, il va déguster ce petit-déjeuner en s'enivrant de couleurs, de formes et de matières. Il manquera dans cette peinture les sons, mais quand on verra cette toile, on entendra les cigales, le vent dans les arbres et le silence du peintre." 

mardi 2 juin 2015

Atelier d'écriture

Ce matin, se tenait le dernier atelier d'écriture de la saison 2014-2015. Mylène et Marie Christine avaient préparé une série de questions en forme de bilan qui est, évidemment, positif. Dans l'ensemble, le rythme de deux ateliers par mois convient à tout le monde. On préfère deux exercices par séance, un court et un long. La pause café est nécessaire pour plus de convivialité et permet des discussions amicales. Les séances démarrent toujours par des textes d'écrivains et de poètes, de photographies ou de reproductions pour nous inspirer. Les thèmes abordés dans les ateliers peuvent passer d'un portrait d'un arbre à des souvenirs d'enfance, d'un jeu oulipien avec des contraintes à un dialogue imaginaire. Au total, une vingtaine de thèmes circule sur nos feuilles blanches. Nos deux animatrices veulent déclencher le désir d'écrire sur les sujets proposés. Que dire des réserves émises par certaines ? Mylène regrette parfois le nombre élevé des "écrivantes" (parfois 12 à 13 personnes) mais, il faut s'en accommoder car il n'existe pas de solution alternative. J'ai aussi évoqué quelques sujets qui, pour moi, me paraissent trop traditionnels (Noël par exemple...) Et puis, certaines propositions peuvent aussi "bloquer" l'inspiration". De toutes façons, il est hors de question d'interrompre cette animation au sein de l'AQCV. Il est bon d'écrire, de se retrouver en groupe pour écrire, d'écouter les textes produits dans la matinée pour Mylène et dans l'après-midi pour Marie-Christine. Et je tiens à les remercier pour leur bénévolat actif et généreux. Pour ma part, j'ai suggéré une journée supplémentaire par trimestre pour travailler sur un projet plus long. Par exemple, une nouvelle courte, un récit intime, écrit chez soi, pourrait ensuite être retravaillé, lu à haute voix et remodelé en fonction des avis de l'animatrice et des "camarades" en écriture. Un projet pour la rentrée prochaine à mettre en place. Il faut conserver cet art d'écrire en atelier pour partager nos textes, pour apprécier les trouvailles des unes et des autres, pour sourire et parfois rire quand l'humour éclate dans les lignes de certaines compositions. Nous allons toutes nous retrouver le mardi 23 juin avec les lectrices de l'atelier que j'anime. Lire et écrire, deux verbes essentiels qui représentent pour moi un art de vivre, du mieux vivre...

lundi 1 juin 2015

"Une histoire d'amour et des ténèbres"

J'ai déjà évoqué dans ce blog, Amos Oz avec le roman "Seule la mer". Ayant ressenti un vrai coup de cœur pour cet écrivain israélien, j'ai lu son grand roman autobiographique,  "Une histoire d'amour et de ténèbres" paru dans la collection Folio. Ce texte, écrit en 2002, a obtenu le prix France Culture 2004. Avant de se plonger dans cet immense océan de mots, d'images, d'histoires (850 pages), il faut se renseigner sur l'histoire d'Israël,  sur la construction de ce pays si essentiel dans le contexte politique d'aujourd'hui.  Ainsi, la lecture sera moins difficile à entreprendre. Dès la première page, le narrateur raconte son enfance et décrit avec une précision de chirurgien "verbal", l'appartement minuscule de ses parents, sa chambre et dans ce logis humide et inconfortable, les livres prennent déjà une place de choix. Ses parents sont des intellectuels : "Il y avait des livres partout : papa lisait seize ou dix-sept langues et en parlait onze (avec un accent russe). Maman en parlait quatre ou cinq et en lisait sept ou huit." Son père a obtenu un poste de bibliothécaire à la bibliothèque nationale de Jérusalem. Sa mère était professeur de littérature. Le petit garçon, notre futur écrivain, a déjà soif de livres et de culture. J'aime cette phrase d'Amos Oz sur les livres : "On aurait dit que les gens allaient et venaient, naissaient et mouraient, mais que les livres étaient éternels. Enfant, j'espérais devenir un livre quand je serais grand. Pas un écrivain, mais un livre : les hommes se font tuer comme des fourmis. Mais un livre, même si on le détruisait méthodiquement, il en subsisterait toujours quelque part un exemplaire qui ressusciterait  sur une étagère, au fond d'un rayonnage dans quelque bibliothèque perdue, à Reykjavik, Valladolid ou Vancouver." Dans ce "roman-monde", le narrateur conte la saga romanesque de sa famille et de son pays dans un désordre voulu, avec des digressions, des allers et des retours dans un passé mythique et réel. Ce livre documenté sur le plan historique est un témoignage sur la Palestine des années 40. Dans un commentaire déposé sur le site Amazon, un lecteur définit ce livre comme "une généalogie intime qui a l'ampleur des plus grandes fresques". Amos Oz évoque le suicide de sa mère quand il était adolescent. Le portrait de cette mère en proie à ses démons intérieurs revient comme un leitmotiv émouvant et tragique. Un grand livre, un écrivain majeur à découvrir et à lire sans tarder.  

jeudi 28 mai 2015

"Fugue d'hiver"

Je viens de terminer "Fugue d'hiver" de l'écrivain norvégien, Ketil Bjornstad, publié chez Lattès en 2014. Mais pour lire ce roman, il vaut mieux commencer par  "La Société des Jeunes Pianistes", puis continuer avec "L'appel de la rivière" car le personnage central s'appelle Aksel Vinding, que l'on suit dans les trois textes. Si on aime les grandes sagas romanesques, venues de la Scandinavie, et si, en plus, on voue une passion pour la musique classique, alors cette suite en trois volumes intéressera cette catégorie de lecteurs.  Dans le premier tome, le jeune homme appartient à un groupe d'adolescents, futurs pianistes professionnels. Ils vivent à Oslo en 1960. Un seul obtiendra le Graal en remportant le concours très sélectif du "Jeune Maestro". Dans le deuxième volume, le jeune pianiste est désespéré car il a perdu son grand amour, Anja Skoog. Il doute de lui même et cette crise existentielle prend fin quand il tombe amoureux de la mère d'Anja, Marianne... Dans le troisième volume,  Aksel Vinding se retrouve seul car Marianne s'est suicidée. Il se sent coupable et remet sa carrière en question. Il sombre dans l'alcool, n'arrive plus à exercer son métier de pianiste. Il saisit une chance de rebondir en s'exilant dans la Norvège du Nord. La rencontre avec la sœur de Marianne va provoquer un séisme dans sa vie. Son destin est lié à cette famille tragique. Anja, Marianne, Sigrun représentent-elles en fait le même idéal féminin ? Va-t-il enfin trouver l'amour, son inspiration musicale, son talent artistique ? Ce personnage très torturé et complexe n'attire pas d'emblée la sympathie, mais l'auteur n'a pas voulu écrire un conte de fées magique, une opérette ridicule, une comédie musicale insipide. Il nous raconte le destin tourmenté d'un jeune homme indécis, cynique et égocentrique... Mais il se rachète grâce à sa passion romantique pour Rachmaninov, Chopin, Brahms et le piano... Une bonne saga pour l'été avec le côté rafraîchissant du Nord de la Norvège.