vendredi 25 décembre 2015

Présence des livres

Je n'ai pas écrit dans mon blog depuis une semaine pour des raisons simplement techniques, ma nouvelle fibre Orange ayant fonctionné deux jours et m'abandonnant ensuite à mon sort de non-connectée... J'ai retrouvé le chemin d'Internet sur ma tablette seulement la veille du 25 décembre. Je reprends donc avec soulagement l'écriture de ce blog. J'ai fait une petite pause hivernale et j'avoue que j'ai bien avancé mes lectures en délaissant mon ordinateur, grand dévoreur de temps. En ce jour de Noël, je veux rendre hommage aux livres. Ces compagnons silencieux m'accompagnent quotidiennement et à l'occasion des Fêtes, je n'ai pas manqué d'en offrir et d'en recevoir. J'ai ainsi envoyé trois livres de peinture à un de mes frères qui se lance dans la confection de tableaux. Il faut sans cesse venir et revenir aux fondamentaux de l'apprentissage par les mots même quand on commence à manipuler les pinceaux. Dans mon entourage, j'ai choisi le "2084" de Boualem Sansal pour une lectrice assidue, un roman d'un hollandais,  Stefan Hertmans, "Guerre et térébenthine" (d'après les conseils d'une libraire) pour une peintre amateur, des livres sur les chiens pour une orientation professionnelle d'une proche, des livres d'histoire pour mon fils étudiant. Ne jamais oublier le plaisir d'offrir ces objets de sens qui peuvent aider, soutenir, former voire transformer la vie... Pour ma part, j'ai reçu deux très beaux ouvrages : "L'alchimie du livre" d'Anselm Kieffer et "Zao Wou Ki et les poètes". Chaque année, je complète ma belle collection de livres d'art que je feuillette régulièrement et que je conserve précieusement dans ma bibliothèque. J'avais vu une sculpture géante de Kieffer à Berlin, et je voulais mieux le connaître. J'aime beaucoup les toiles de Zao Wou Ki, un peintre abstrait d'origine chinoise et j'avais visité une magnifique exposition de ce maître à Biarritz. Pas de Noël sans livres, des livres comme des chocolats (mais bons pour le régime !), demeure un adage gravé dans le marbre. Et cette année, j'ai maintenu la tradition : j'ai favorisé la présence des livres dans le quotidien de mes proches et dans le mien...

jeudi 17 décembre 2015

Atelier de lectures, 2

La deuxième partie de l'atelier était consacrée à Jens Christian Grondahl, un écrivain danois. J'avais choisi un seul roman, "Les Complémentaires", publié dans la collection Folio en 2015. Nous avons inauguré une nouvelle formule : les lectrices ont acquis ce poche pour confronter leurs critiques. Les échanges autour du roman ont bien eu lieu. Certaines l'ont apprécié, d'autres moins et il est évident qu'aucun livre ne peut entraîner l'unanimité d'un groupe. Quelques mots sur Grondahl : il a écrit une quinzaine de livres et il est traduit dans une vingtaine de langues. Sa réputation littéraire a largement dépassé les frontières symboliques danoises... Je connaissais ces romans depuis une quinzaine d'années et cette prose introspective me semblait intéressante à découvrir. Le roman "Les Complémentaires" explore le "moi" de deux personnages formant un couple solide et heureux, à priori. David, le mari, est un avocat brillant et sa femme, Emma, d'origine anglaise, dédie sa vie à la peinture. Mais elle ne tient pas à montrer ses toiles. Elle se réfugie dans son studio, au fond du jardin. Leur fille, Zoë, a suivi les traces de sa mère car elle expose dans une vidéo une performance artistique, où elle a intégré son ami Nabeel, d'origine pakistanaise. Un incident fissure les identités de chaque protagoniste. David trouve une croix gammée peinte sur sa boîte à lettres. Il ne s'attendait pas à cet acte antisémite alors que lui-même ne se sent pas particulièrement enraciné dans cet héritage. Sa fille Zoë, provoquante dans son art, choque ses parents. L'écrivain décrit avec une intensité psychologique le malaise existentiel de ses personnages en proie au doute et aux regrets. Chacun revoit leur ancien amour sans éprouver de nostalgie. Et Zoë s'émancipe de ses parents sans aucun état d'âme. Les dialogues feutrés, les portraits en demi-teinte, les sentiments enfouis, les émotions diffuses forment un canevas à points serrés... L'écrivain danois fouille le passé des personnages, creuse leur psychisme avec une plume acérée. Et la question des origines taraude les uns et les autres. Ce roman évoque le subtil mélange des identités contraires qui se mélangent dans une tolérance, vécue avec plus de sérénité dans les pays du Nord de l'Europe. Les lectrices ont bien souligné cet aspect du roman. L'avis mitigé de quelques unes portait davantage sur la relation du couple qui semblait d'un ennui profond. Peut-être que la fin du roman sans être explicite montrait aussi la mort de leur amour ?  Chaque lecture est au fond une ré-écriture, et le lecteur peut interpréter la conclusion à sa guise...

mardi 15 décembre 2015

Atelier de lectures, 1

Cet après-midi, le dernier atelier de l'année 2015 s'est déroulé dans une bonne ambiance entre lectrices motivées et disponibles. Malgré l'approche des Fêtes, le groupe était au complet à part une absente. Nous avons démarré par les coups de cœur. Janelou a parlé de Lionel Duroy, un écrivain qui est obsédé par sa propre vie, sa famille, ses amours et ce déballage intime provoque le malaise ou au contraire, l'admiration. Cette littérature du dévoilement, autobiographique, autothérapeutique est une prise de risque et il faut un certain courage de la part de l'auteur de révéler des secrets de famille. Dans "Le chagrin", publié en livre de poche, Lionel Duroy raconte son enfance dans les années 60 et décrit les relations familiales orageuses. Un texte fort, vivant et un règlement de compte très salutaire. Nicole a lu "2084" de Boualem Sansal, un roman d'anticipation dont j'ai déjà parlé dans ce blog. Il n'est pas facile à lire mais ce livre possède une force sans contexte et s'il est prémonitoire, il rappelle le "1984" d'Orwell et "Soumission" de Houellebecq. Evelyne a aimé "Palmyre" de Paul Veyne, un livre d'histoire très abordable qui rappelle l'extraordinaire perle du désert que constitue cette cité antique, broyée par la folie djihadiste. Mylène a voulu parler de cinéma en évoquant le film "Mia Madre" de Moretti qu'elle a beaucoup aimé. Elle a proposé une relecture d'Andrée Chedid, "Le Message", un beau roman d'amour en pleine guerre du Liban. Danièle a choisi "L'Homme de ma vie" de Yann Queffelec, un récit d'amour filial sur son père qui le détestait. Elle a découvert après cet ouvrage, "Les Noces barbares", qui n'a pas du tout vieilli. Son dernier coup de cœur concerne "Petit piment" d'Alain Mabanckou, un roman sur un enfant orphelin au Congo dans les années 60. Cet ouvrage a été remarqué à la rentrée sans pourtant obtenir de prix. Dany a évoqué "La Cinquième femme" de Mankell, récemment disparu. Un super roman policier dans la série du Commissaire Wallender. Régine a présenté un plaquette de Daniel Pennac sur les réfugiés, "Eux, c'est nous". Cet ouvrage pédagogique très bien écrit, explique le drame actuel des migrants. Nous avons terminé la première partie de l'atelier avec un second coup de cœur de Régine qui participe activement au Festival du Premier Roman de Chambéry. Elle nous conseille "Ciel d'acier" de Michel Moutot, un récit remarquable sur la déconstruction des Twins Towers après le 11 septembre 2001 par une tribu indienne, les Mohawks qui n'ont pas le vertige. Un ouvrage documentaire facile à lire et qui, selon Régine, semble passionnant à découvrir. Demain, j'évoquerai l'écrivain danois, Jens Christian Grondahl.

lundi 14 décembre 2015

"La carte des Mendelssohn"

Ce roman labyrinthique n'a pas reçu un prix littéraire mais il aurait largement mérité le Médicis. Entrer dans ce livre peut effrayer les lecteurs(trices) pour plusieurs raisons : un sujet ambitieux, une plongée vertigineuse dans un arbre généalogique en Allemagne, un projet en forme de spirale. Diane Meur a choisi la famille des Mendelssohn, une lignée impressionnante et fascinante. La famille comporte des grandes figures de la philosophie, de la musique, du commerce et de l'industrie et de bien d'autres domaines. L'ouvrage s'ouvre sur l'évocation du premier des Mendelssohn, Moses, un oublié de l'histoire, un Voltaire allemand d'origine juive, tolérant et chantre d'une laïcité qui ne se nommait pas ainsi à l'époque. Ce grand sage, devenu allemand au XVIIIe siècle, a eu six enfants, et les enfants aussi ont enfanté, et en 2010, Diane Meur compte plus de 500 individus... Heureusement un arbre avec de nombreuses ramifications, nous aide à suivre les ascendants et les descendants de cette famille illustre. Car, un des petits-fils de Moses s'appelait Félix Mendelssohn, le compositeur célèbre, doté d'une sœur moins connue, Fanny, elle aussi compositrice. Le lecteur ébahi par tant d'informations croise des vies de banquiers, d'industriels, des officiers de la Wehrmacht, et même un planteur de thé à Bali. Diane Meur croise ces vies en les situant dans leur contexte historique et social. Elle s'implique elle-même en relatant ses propres recherches, sa vie personnelle et familiale, ses amitiés à Berlin. Ce livre-kaléidoscope mélange plusieurs genres littéraires : un journal intime, des biographies, des enquêtes historiques, des notions de philosophie, de généalogie, un portrait de la culture européenne. La lecture alimente notre culture personnelle et "La carte des Mendelssohn" apporte une richesse d'informations que l'on trouve rarement dans un roman contemporain. J'ai aussi beaucoup aimé les pérégrinations de la narratrice dans le Berlin d'hier et d'aujourd'hui et comme j'étais dans cette ville en novembre dernier, j'ai revécu mon escapade avec un grand plaisir... Cette fresque familiale montre les parcours hasardeux des uns et des autres, la filiation bousculée dans ses racines et l'héritage éparpillé à travers les pays. Au fond, elle nous renvoie à notre liberté...

vendredi 11 décembre 2015

"Devenir grec"

Le cours sur Homère m'a donc redonné l'envie de relire des extraits de l'Iliade et de l'Odyssée. Mais, pour mieux comprendre cette épopée, j'ai aussi emprunté des documents à la médiathèque de Chambéry. Je n'ai pas encore perdu mes manies de bibliothécaire car je ne cesse de compléter mes informations par d'autres informations jusqu'à m'en fatiguer moi-même... J'ai surtout feuilleté un beau catalogue d'exposition sur Ulysse, édité par la Bibliothèque Nationale de France en 2007. Des images défilent : monnaies d'or, vases grecs, amphores, bustes en marbre, fac-similés des éditions anciennes et dans cette mise en scène iconographique, des articles  éclairent le destin d'Homère et de ses œuvres. Un long entretien avec la grande spécialiste, la lumineuse Jacqueline de Romilly, apporte un témoignage admiratif  sur les scènes pleines de tendresse malgré la guerre et la mort dans l'Iliade. Heureusement, les catalogues d'exposition conservent une trace et cela permet aux provinciaux dont je fais partie de voir à posteriori  la richesse d'une exposition organisée par notre belle et grande institution nationale. J'ai aussi bien apprécié un article de Marcel Conche que j'ai trouvé dans un essai sur Homère publié au PUF en 1999. Le titre m'a attirée : "Devenir grec". Pourquoi est-il devenu grec, ce grand philosophe ? Je cite cet extrait : "Devenir normal, c'est devenir philosophe, et devenir philosophe, c'est devenir grec." Plus loin, il ajoute : "La raison attend, en chacun de nous, qu'on la choisisse ; elle est la puissance de rejet, de questionnement, de liberté, inhérente à chacun de nous. Car tout individu humain a vocation à devenir philosophe. (...) Et, en tout cas, cela n'est jamais arrivé avant l'invention de la philosophie par les Grecs." Lire Homère, c'est retrouver à tous moments cette lumière de la Grèce antique que j'aime tant, et comme le dit Marcel Conche, j'ai une double nationalité : française et grecque... 
            

jeudi 10 décembre 2015

Homère, 2

On ne peut pas séparer l'Iliade de l'Odyssée car un personnage de légende, Ulysse, les relie et il s'avère que l'Odyssée a marqué, marque et marquera des générations de lecteurs(trices). Ulysse représente l'aventure humaine, le voyage, la curiosité, le courage, l'intelligence (la métis chez les Grecs). Je connaissais maintes aventures de ce héros fabuleux mais j'ai bien apprécié le rappel de mémoire donné par notre professeur. Il avait préparé la carte géographique des péripéties d'Ulysse, de la Grèce à la Sicile, de la Sardaigne à Gibraltar, de Naples à la Tunisie, le bassin méditerranéen est le berceau de la civilisation occidentale du monde grec. Ulysse a tué le géant cyclope Polyphème en lui crevant l'œil avec un pieu d'olivier. Or, le cyclope est le fils de Poséidon, lui-même frère de Zeus et la vengeance du dieu de l'océan va poursuivre Ulysse tout au long de son périple. Cette saga antique ressemble à une "série" d'aujourd'hui : des Sirènes enjôleuses aux Lestrygons guerriers, de Circé à Eole, de Charybde en Scylla, Homère nous raconte les exploits d'Ulysse avec une ironie philosophique. Le poète formule un message d'espoir : malgré les malheurs, les difficultés, les accidents de la vie, il faut suivre l'exemple d'Ulysse. Car, l'homme n'échappe pas à son destin même s'il est prévenu. Sa bravoure indestructible et son intelligence rusée lui permettent d'assumer les épreuves qu'il traverse. Il revient à Ithaque, seul car tous ses compagnons ont péri et quand il retrouve Pénélope, sa femme quittée devant vingt ans, Ulysse a accompli son destin. Cette histoire tient du mythe où les hommes et les dieux cohabitent dans "la fureur et le bruit". Ce livre d'images épiques est notre premier roman des origines, notre premier roman d'aventures, notre premier roman d'amour, notre premier roman historique... On a tous du Ulysse en nous, même si on est une femme. Car les épreuves de la vie sont unanimement partagées par les deux sexes...

mardi 8 décembre 2015

Homère, 1

Pendant six semaines, j'ai assisté à un cours de mon professeur de littérature (et de philosophie, aussi) sur Homère, proposé par l'USTL (Université savoisienne du temps libre) à  Chambéry. Evidemment, douze heures pour aborder le premier écrivain de la planète, c'est quand même trop peu... Il aurait fallu que l'on analyse Homère tout un semestre au minimum. Mais, ce format de cours nous a tout de même plongés dans l'Iliade et l'Odyssée,  deux œuvres écrites 2800 ans avant J.C. ! J'ai même été étonnée de me retrouver avec une cinquantaine "d'élèves sexagénaires et plus" pour écouter les explications de notre professeur, grand amateur éclairé du grec ancien et de sa littérature. Tout le monde connaît l'épopée de l'Iliade avec le valeureux Achille, sommé de récupérer la belle Hélène, enlevée de son plein gré par le beau Paris de Troie. Cette saga antique sur la guerre entre les Achéens et les Troyens n'a pas pris une ride et ce texte d'une portée universelle garde toute sa dimension historique quand on sait que des archéologues recherchent toujours des traces de Troie dans la Turquie d'aujourd'hui. Ulysse, le héros aux "mille tours" trouvera une astuce pour vaincre la cité aux remparts imprenables : le cheval de Troie. Cette tricherie audacieuse et astucieuse a permis la fin de la guerre et le retour à la paix. Mais que de batailles, de dialogues, d'interventions divines, de duels dont celui mythique d'Achille et d'Hector ! Une épopée sublime et magnifique que l'on a oubliée de lire sauf si on se donne l'opportunité de suivre un cours pédagogique sur Homère. L'Iliade nous renseigne sur la vie quotidienne des héros et des dieux, sur la forme littéraire en chants scandés par des aèdes. Lire Homère, c'est retrouver le soleil de ce pays magique, de goûter le sel de la mer, la cuisine à  l'huile d'olive, de rêver sous un ciel d'un bleu antique... Ces exploits ont été recueillis par ce mystérieux et insaisissable Homère.  Comme j'apprends le grec ancien depuis deux ans, je suis d'autant plus motivée pour relire Homère, le savourer voire essayer de traduire quelques passages avec mon professeur de grec ancien que je ne remercierai jamais assez de m'offrir deux heures par semaine, les fondamentaux de la langue grecque, une invention d'inspiration divine, j'en suis persuadée... Merci à Zeus !