vendredi 27 décembre 2024

Atelier Littérature, les coups de coeur, 1

 Agnès a démarré la séquence, "coups de coeur", avec "Les Dames de guerre" de Laurent Guillaume, paru cette année chez Robert Laffont. En septembre 53, la rédaction de Life magazine envoie en Indochine une journaliste, Elizabeth Cole, afin de remplacer le reporter de guerre, mort pendant le conflit. Devenu correspondante de guerre, la journalisre réalise son rêve professionnel. Mais, elle ne s'attendait pas à vivre une aventure pareille quand elle enquête sur la mort de son collègue au coeur d'un nid d'espions, d'escrocs, de tragiquants d'armes. L'arrière-plan historique du roman a beaucoup intéressé Agnès qui nous a donné envie de lire ce roman documentaire, mais aussi un roman d'espionnage "addictif", une plongée sur les terres asiatiques en temps de guerre avec une héroïne attachante. Véronique a présenté un récit de vie de Lidia Maksymowicz, "La petite fille qui ne savait pas haïr", paru en Poche. La famille de Lidia Maksymowicz, catholiques d'origine biélorusse, est déportée au camp d'Auschwitz-Birkenau en 1943. La petite Lidia n'a que trois ans et l'horrible Mengele la remarque pour ses expériences. Heureusement, Lidia survit et elle est confiée à une famille polonaise après la disparition de ses parents. Elle grandit dans cette famille mais elle pense à sa mère qui a peut-être survécu à cet enfer. Un miracle a lieu quand elles se retrouveront sur un quai de gare à Moscou en 1963. Un témoignage émouvant à découvrir avec une jeune femme, Lidia, qui renonce à la haine, car "Haïr, c'est souffrir encore plus". Odile a lu et apprécié "Les Impatientes" de Djaïli Amadou Amal, paru en 2020 et prix Goncourt des Lycéens. Ce roman raconte le destin de trois femmes au Cameroun, subissant leur sort dans des mariages forcés, des viols conjugaux et des violences intolérables. Ces femmes "impatientes" veulent se libérer de ce joug ancestral et patriarcal. Un roman dénonçant la polygamie dans un pays musulman et l'autrice a bien du courage de décrire ces situations invraisemblables. Elle s'est affirmée en militante féministe dans l'association "Femmes du Sahel". 

jeudi 26 décembre 2024

Atelier Littérature, 3

Régine et Danièle ont bien aimé "La Lectrice disparue" de Sigridur Hagalin Björnsdottir, (le résumé de l'intrigue est dans ce blog). Les deux personnages principaux, Edda, la soeur en fuite et Einar, son frère à sa recherche forment un duo improbable. L'une a la passion de lire, l'autre souffre de dyslexie. Paradoxalement, cette différence frappante renforce leur relation frère-soeur. Ils finiront par se retrouver à New York et se dévoileront leurs secrets, longtemps occultés. Un roman islandais tout à fait singulier. Régine m'a envoyé cette citation :  "Nous devons reprogrammer notre cerveau pour acquérir ces facultés (lire et écrire). C'est là un point important : notre cerveau abrite des zones qui nous permettent de parler et d'écouter, de nous rappeler des choses et d'en imaginer, de traiter les informations visuelles, mais aucune n'est dévolue à la lecture. Lorsque nous apprenons à lire, le cerveau doit fabriquer de nouvelles connexions entre ces zones, et en réalité, il crée une nouvelle zone cérébrale". Ce roman original et intrigant pose des questions sur la lecture sur le plan neurologique. Odile était absente ce jeudi mais elle m'a envoyé un message pour le livre qu'elle avait choisi, "La librairie sur la colline" d'Alba Donati. Pour elle, cette "escapade toscane et littéraire est une belle ode à la littérature et aux librairies indépendantes. C'est toute une ambiance, un lieu de vie, de rencontres. On choisit un livre dans un décor où se mêlent littérature et nature. C'est plein de poésie". Personne n'a lu le récit autobiographique d'Agnès Desarthe, "Comment j'ai appris à lire", publié en 2014. L'écrivaine raconte son enfance de "non-lectrice" et son rejet de la lecture correspond à un esprit rebelle où elle refusait le monde des livres, trop conforme à une identité qu'elle ne ressentait pas. Après des études de lettres anglaises, elle réussit à devenir traductrice et quand elle découvre quelques écrivains dont le merveilleux Singer, si proche de son univers personnel, elle tombe dans les bras de la littérature. Cette enquête sur ce phénomène d'un désir entravé ressemble à une auto-analyse sincère et intéressante. Elle écrit : "A présent que lire est devenu mon occupation principale, mon obsession, mon plus grand plaisir, ma plus fiable ressource, je sais que le métier que j'ai choisi, le métier d'écrire, n'a servi et ne sert qu'une cause : accèder enfin et encore à la lecture, qui est à la fois le lieu de l'altérité apaisée et celui de la résolution, jamais achevée, de l'énigme que constitue pour chacun sa propre histoire". Jolie définition de la lecture, à méditer. 

lundi 23 décembre 2024

Atelier Littérature, 2

Annette a beaucoup apprécié le roman d'anticipation de Ray Bradbury, "Farenheit 451", paru en 1955 chez Denoël. Cette dystopie remarquable raconte l'histoire du pompier Guy Montag qui, au fil des jours, prend conscience de l'importance des livres dans une société totalitaire, ennemie de la pensée et de la liberté. La lecture est bannie car elle représente une source de questionnement et de réflexion, antisociale. Le pompier en question est chargé de brûler les livres déténus par la population récaciltrante. Il est interdit de les posséder. Bradbury décrit avec une prémonition inouï notre société actuelle avec le triomphe de l'écran et de l'intelligence artificielle : "La scolarité est écourtée, la discipline se relâche, la philosophie, l'histoire, les langues sont abandonnées, l'anglais et l'orthographe de plus en plus négligés, et finalement presque ignorés. On vit dans l'immédiat. Pourquoi apprendre quoi que ce soit quand il suffit d'appuyer sur des boutons ?". Evidemment, l'intrigue du roman est foisonnante et il faut lire ce livre pour suivre le héros principal qui finit par se révolter. Il rejoint des "marginaux" qui ont la capacité de retenir par coeur le contenu d'un livre après une seule lecture. Ils se déclarent comme des "couvertures de livres". Un beau roman de science-fiction sur l'absolue nécessité de conserver la civilisation de l'écrit. d'affirmer avec conviction la place majeure des livres dans toute société libre et démocratique. Geneviève a lu "Mais la vie continue" de notre regretté Bernard Pivot. Un texte agréable, plaisant, d'un octogénaire sage, bienveillant et malicieux qui donne des conseils pour bien vieillir : "La bonne humeur, le rire, le persiflage, l'autodérision sont des huiles bienfaisantes dont je puis démontrer qu'elles allongent la vie, mais qui, c'est évident, rendent celle-ci plus légère, moins angoissant". Dans cet ouvrage, il n'évoque pas le thème de la lecture mais cet homme-livre qui en dévorait cinq à dix par semaine a glorifié la lecture, un besoin vital pour ce passeur de mots, charmant et populaire. Son "Apostrophes" a marqué des générations entières ! Nostalgie d'une époque révolue ! On se souvient encore de la célèbre dictée qui mettait à l'honneur notre langue française, une initiative inimaginable de nos jours... 

vendredi 20 décembre 2024

Atelier Littérature, 1

 Le dernier Atelier Littérature 2024 s'est tenu à la Base ce jeudi 19 décembre et malgré quelques absentes, nous étions heureuses de nous retrouver autour d'une table pour partager notre amour de la lecture. Justement, la lecture, cet acte si simple d'aspect, se révèle bien plus complexe en vérité. J'avais proposé une liste d'ouvrages sur ce thème en décembre. J'ai présenté la bibliographie de janvier sur notre si belle capitale, Paris, qui appartient à nous tous et toutes et pas seulement aux Parisiens et Parisiennes. La cité si décriée parfois mais aussi célébrée par sa beauté architecturale méritait un atelier surtout après l'ouverture de la grandiose cathédrale, Notre-Dame-de-Paris. Entre décembre et janvier, ces lectures nous transporteront sur les bords de la Seine. Agnès a démarré la séance avec "Le Liseur" de Bernhard Schlink, paru en 1995 chez Gallimard. Notre amie lectrice a découvert ce roman avec intérêt même si ce n'est pas une lecture facile. L'histoire d'amour de ce jeune adolescent de quinze ans pour une trentenaire peut déjà déranger d'autant plus que le personnage d'Hanna est une ancienne gardienne d'un camp de concentration... La lecture demeure un leit-motiv tout au long du récit car l'amante du garçon vit dans la honte de son analphabétisme, plus grave à ses yeux que son engagement auprès des nazis. L'écrivain allemand pose le problème de la culpabilité des générations impliquées dans le nazisme. Hanna finira par se suicider en prison avant sa libération. Véronique et Danièle ont choisi "Les Chats éraflés" de Camille Goudeau, publié en Folio en 2023. Nos deux amies lectrices ont bien aimé ce premier roman. Soizic, vingt-deux ans, quitte sa Touraine et ses grands-parents alcooliques. Elle s'installe à Paris et son cousin lui propose de devenir bouquiniste sur les quais de la Seine. Entre les livres, les passants et les "égarés", sa vie va changer, surtout en recherchant sa mère à Paris, une mère qui avait abandonné Soizic. Un excellent premier roman et attendons son deuxième ouvrage pour confirmer son talent. Odile a présenté "Dehors la tempête" de Clémentine Mélois, paru en livre de poche en 2022. L'écrivaine raconte ses lectures passionnelles et car, pour elle, "Tout commence par la lecture". Odile a beaucoup aimé cet éloge des livres, de la littérature et de la lecture. Un livre plaisant, enthousiaste qui donne envie de comparer sa propre bibliothèque à celle de Clémentine Mélois.  

mercredi 18 décembre 2024

"Le Liseur", Bernhard Schlink, 2

 Bernhard Schlink justifie le sujet délicat de son roman ainsi : "J'ai écrit un livre sur ma génération, sur le rapport qu'elle entretient avec la génération de ses parents et la façon dont elle appréhende les actes de ces derniers". Tout au long du texte, une tension permanente persiste entre l'histoire personnelle du narrateur et celle de cette femme-bourreau, analphabète honteuse, mais qui semble toujours nier la réalité de ses actes atroces dans le camp de concentration. Hannah Arendt dénonçait cette attitude dans l'expression, "banalité du mal", en suivant le procès d'Eichmann, un "banal fonctionnaire" parmi des milliers d'autres, obéissant aveuglèment aux ordres supérieurs des nazis. L'obsession du jeune Michael pour sauver cette femme par la lecture à voix haute est une "mission" qui la sortirait de son trou noir, de son aveuglement sur le mal absolu que représente le totalitarisme nazi, une idéologie barbare. Pourtant, la puissance du savoir et de la culture n'a pas évité cette grande catastrophe du XXe siècle. Le personnage féminin semble glacial et inaccessible et dans une scène du roman, elle peut aussi avoir des gestes violents envers son jeune amant. Seuls les moments de lecture lui apportent une atmosphère paisible. Grâce à ce "liseur" généreux et compatissant, elle pourrait accéder à une ouverture au monde et surtout retrouver la dignité. Le geste ultime d'Hanna, son suicide par pendaison, peut s'interpréter comme une prise de conscience d'un passé trop lourd à supporter. Les livres ont peut-être déclencher en elle des remords de son adhésion aveugle à la pire période de son pays. Ce roman a été adapté au cinéma par Stephen Daldry en 2008. Hanna était interprété par Kate Winslet. La notion de culpabilité demeure le sujet central du roman : Hanna, coupable de sa banalité et de son vide existentiel, Michael, coupable par sa fascination sexuelle pour une femme étrange, la société, coupable de ne pas éduquer ses citoyens. Le narrateur écrit : "La souffrance que me causait mon amour pour Hanna était d'une certaine façon le destin de ma génération, le destin allemand auquel je pouvais me soustraire plus difficilement". Un roman allemand important à découvrir ou à relire qui n'a rien perdu de son actualité trente ans après sa parution. 

mardi 17 décembre 2024

"Le liseur", Bernhard Schlink, 1

 Ce roman de Bernhard Schlink, "Le Liseur", paru en 1995 chez Gallimard dans la collection "Du Monde entier", n'a pas perdu sa force et sa densité. Je l'ai relu récemment pour l'Atelier Littérature du 19 décembre. Et à ma deuxième lecture, j'ai été plus intéressée par la thématique de la Shoah et comment cette tragédie a marqué les générations postérieures à l'événement en Allemagne. Un adolescent, Michael Berg, rencontre par hasard une femme plus âgée que lui. Hanna Schmitz a trente cinq ans et travaille comme conductrice de tramway dans une ville allemande. Il est attiré par cette femme mystérieuse et discrète qui l'initie à la sexualité. La lecture à voix haute tient une place importante dans leur liaison clandestine. Elle lui demande de lui lire des textes et Michael se prête volontiers à ce jeu. Imprévisible et indifférente, elle disparait de la vie du jeune Michael, six mois après le début de leur relation amoureuse. Sept ans après, le jeune homme, étudiant en droit, retrouve Hanna sur les bancs d'un tribunal. Ce séisme le bouleverse. Son ancienne amante est accusée d'un crime lors de l'évacuation du camp d'Auschwitz. En fait, cette femme secrète a toujours gardé le silence sur son passé horrible où elle était gardienne du camp nazi. Ses collègues nazies lui imputent le crime et Hanna ne se défend pas. Michael comprend alors son mutisme d'antan et prend conscience de son analphabétisme. Dans le camp, elle choisissait des prisonnières pour qu'elles lui lisent des livres. Hanna part en prison et Michael, loyal envers elle, lui envoie des cassettes qui contiennent des textes qu'il enregistre. Hannah enprunte les livres à la bibliothèque et peu à peu, elle apprend enfin à lire. Dix-huit ans passent ainsi dans cette prison. Michael se marie, a un enfant et divorce, mais il garde un lien même ténu avec cette femme dont il a certainement pitié. La directrice de prison appelle Michael pour lui annoncer sa libération et il accepte de s'occuper d'elle en lui trouvant un logement. Mais, quand il vient la chercher, il apprend son suicide et elle a légué quelques milliers de marks à la personne à une prisonnière du camp, une survivante qui a témoigné lors de son procès. Cet héritage est refusé par cette femme qui donne l'argent à une association juive. (La suite, demain)

lundi 16 décembre 2024

"La Lectrice disparue", Sigridur Hagalin Björnsdottir

Sigridur Hagalin Björnsdottir, écrivaine islandaise, est journaliste et dirige le service des informations de la télévision publique dans son pays. Dans son roman, "La Lectrice disparue", paru en 2024 dans la collection Babel chez Actes Sud, une jeune bloguese, Edda, s'enfuit de chez elle sans donner aucune explication. Elle abandonne son mari et son bébé de trois jours. La police mène une enquête et découvre sa présence à New York. Einar, son frère fusionnel, ne comprend pas l'attitude de sa soeur et il accepte de partir à sa recherche. Ce frère, pêcheur, fou amoureux de la nature immense islandaise, va découvrir une cité américaine aux antipodes de son pays natal. Pourquoi cette fratrie est-elle aussi unie ? Leurs mères respectives vivent ensemble pour les élever car les enfants ont le même père, un père cinéaste la plupart du temps absent de leurs vies. Cet homme fantasque et original a séduit Julia, la mère d'Edda et il a trompé Julia avec Ragneidur, enceinte d'Einar. Les deux femmes se rencontrent et décident de partager leur appartement pour élever leurs progénitures. Les deux enfants sont profondément différents. Le garçon est dysléxique et la fille dévore les livres. Elle lui lit beaucoup d'histoires et possède une mémoire exceptionnelle. La lecture l'isole des autres et son frère au contraire entretient des rapports aux autres.  Ils semblent former la même personne et trouvent ensemble un équilibre. Le roman se présente sous plusieurs points de vue : celui des deux mères, d'Einar à New-York, de sa soeur. L'autrice aborde plusieurs sujets : la crainte du numérique, la perte de l'écrit, des mots, des légendes, des contes, la complexité des relations familiales, les réseaux sociaux. Le frère finira par retrouver sa soeur et il lui avouera des secrets du passé. Il faut lire ce roman original et dense pour comprendre la fuite d'Eddar aux Etats-Unis. Entre l'Islande des années 90 et le New-York d'aujourd'hui, ce roman-thriller aborde le problème majeur de l'influence de la lecture sur l'éducation tout au long de la vie et sur son éventuelle disparition dans un monde connecté.