lundi 26 mai 2025

Escapade en Toscane, Grosseto et Montepulciano

 Traverser la Toscane en voiture permet tout de même de voir défiler de magnifiques paysages. Ces cyprès plantés sur les collines avec des pins maritimes et des enfilades de vignes sur un fond de ciel bleu, perlé de nuages blancs, formaient des tableaux de peinture que l'on trouve dans la Renaissance italienne. Ma mémoire enregistre avec bonheur ces images d'une nature préservée. Je m'arrêtais pour photographier ces panoramas remarquables, protégés miraculeusement d'une ultramodernité agressive et d'une laideur à pleurer comme tous ces espaces commerciaux qui cernent toutes les métropoles. A Grosseto, j'ai visité le centre ancien avec son Duomo incontournable car les églises en Italie ressemblent plus à des musées qu'à des édifices religieux. Quand j'ai préparé mon escapade, un musée de cette ville m'avait intéressée : le Musée archéologique et d'art de la Maremme, consacré largement aux Etrusques. J'ai retrouvé les urnes funéraires provenant de Volterra et de Chiusi et une section était dédiée à Roselle, une cité étrusque proche de la ville. Statuettes votives en bronze, beaux vases grecs, objets familiers du quotidien, bas-reliefs, vaisselle, tous ces vestiges montrent le degré sophistiqué et raffiné de la civilisation étrusque. En sortant du musée, j'ai découvert un nouveau musée, le Musée collection Gianfranci-Luzzeti ouvert en 2019 et le guide du Routard ne l'a pas mentionné. Situé dans l'ancien couvent des Clarisses, la collection présentée provient d'un don d'un antiquaire, Gianfranco Luzzeti. Les peintures datent des périodes Renaissance et Baroque. J'ai eu la surprise de me retrouver devant un Botticelli, "La Madonna et su bambino", d'une beauté à couper le souffle, et surtout un Bellini, ce peintre vénitien que j'aime beaucoup. Apres l'étape à Grosseto, je suis partie à Montepulciano, un petite ville de 15 000 habitants, haut perchée à 600 mètres d'altitude, connue pour son "vino Nobile" (à consommer modérément). Dans un décor Renaissance, j'ai arpenté les rues pentues et étroites dans cet écrin de la Toscane. Entourée de remparts et de fortification, cette cité est l'oeuvre d'Antonio da Sangallo, architecte, au service de Cosme Ier de Médicis. La Piazza Grande est un bijou architectural mais malheureusement, le Duomo était fermé pour travaux. Plus tard, j'ai été reçue par Roberto, un hôte charmant et d'une volubilité toute italienne qui proposait des chambres d'hôte des années 80 ! Peu de touristes dans cette petite ville, un archétype de l'urbanisation médiévale en Italie. Je me sentais au coeur de la Toscane !

jeudi 22 mai 2025

Escapade en Toscane, Populonia et Piombino

 Ces deux petites villes, Populonia et Piombino, ne connaissent pas l'affluence touristique. Mais, j'aime bien débusquer dans les guides des lieux épargnés par une foule invasive. Populonia se situe sur un des promontoires du golfe de Baratti et conserve des fortifications du XVe. Seule cité étrusque au bord de la mer, elle était devenue le plus important centre métallurgique d'Etrurie, riche en métaux divers comme le fer, le cuivre, le plomb, l'argent. Il faut imaginer le commerce de ses mines à travers la Méditérranée en particulier avec la Grèce. L'île d'Elbe se profile à l'horizon et le golfe miroitait au soleil. Virgile a cité Populonia en évoquant le recrutement de 600 guerriers par Enée. J'ai donc visité la partie basse du parc archéologique de Populonia, la Nécropole de San Cerbone. Les tombes sont restées enfouies sous plusieurs mètres de scories de fer et ont été découvertes au début du XXe siècle. Ces tombes monumentales à tumulus appartenaient à des familles aristocratiques ou à des princes guerriers. Certaines mesurent plus de vingt mètres de diamètre. Tous les objets trouvés dans ces tombes ont souvent été pillés mais, heureusement, des milliers d'entre eux reposent dans les murs des musées archéologiques, gardiens précieux et inestimables du passé de l'humanité. J'ai remarqué l'une d'entre elles, dit tombe à édicule sous la forme d'un petit temple avec des statues décoratives. D'autres tombes à caisson ou à sarcophage parsèment le terrain. Ces traces matérielles d'une civilisation qui a duré six siècles me paraissent toujours émouvantes. Un petit musée privé de la famille Gasparri surplombe le golfe de Baratti. La collection provient de la nécropole ainsi que des objets trouvés en mer. Les vestiges sont présentés dans des vitrines : poteries, récipients en bronze, céramiques, sarcophages, amphores, etc. Après cette visite instructive et culturelle, j'ai terminé la journée dans un hôtel face à la mer tyrrhénienne où j'apercevais les lignes de l'île d'Elbe, un décor de rêve qui me rappelait la Grèce. Piombino conserve sa vocation industrielle, ce qui n'encourage guère le tourisme. Cette ville moyenne est le principal port d'embarquement pour l'île d'Elbe. Mais, je n'ai pas eu le temps de visiter l'île. J'étais sous le charme de la mer d'un bleu parfait avec des mouettes qui passaient devant mes yeux. Ah, la mer, un espace de tous les temps, inchangée, persévérante, magique et sublime. Comment ne pas admirer ce bleu mouvant, ce bleu profond ? Je pensaits à Rimbaud et à son poème : "Elle est retrouvée. Quoi ? L'Eternité, c'est la mer allée avec le soleil". 

mercredi 21 mai 2025

Escapade en Toscane, Volterra

 Mon escapade toscane a démarré à Volterra, une petite ville de 10 000 habitants que j'avais déjà visitée il y a quelques années. J'étais heureuse de retrouver cette impression de "magie du lieu". Perchée sur sa colline d'une altitude de 500 mètres, c'est l'une des plus anciennes cités de la grande fédération étrusque jusqu'à l'arrivée de Scipion en 298 av. J.-C. et elle tomba sous la tutelle de Florence vers 1360. Baptisée "la cité du vent", d'un aspect un peu sévère, Visconti a tourné un de ses films, "Sandra" dans ses murs. La piazza dei Priori, l'une des plus belles places médiévales d'Italie, concentre à elle seule, cette beauté architecturale si exceptionnelle en Italie. Comme j'étais à la recherche des Etrusques, j'ai visité le très beau musée Guarnacci, fondé en 1761 (l'un des plus anciens d'Europe) par un abbé qui a fait don à sa ville natale de sa passion archéologique. Un palazzo accueille des objets allant de la période préhistorique à la période étrusque. Les 600 urnes conservées au musée frappent l'imagination des visiteurs car les bas-reliefs étonnent par leurs motifs ornementaux avec des rosaces, des animaux, des personnages mythologiques comme Ulysse, Thésée, les Amazones, etc. Une urne émouvante, présentée dans une salle, représente deux époux agés lors d'un banquet, unis dans la vie comme dans l'au-delà, et révèle la place importante des femmes dans la civilisation étrusque. Un symbole du musée a influencé le sculpteur Giacometti. Il s'agit du bronze votif, baptisé "L'ombra della sera" ou "L'ombre du soir", un jeune homme à la forme allongée ressemblant à une ombre humaine dans "la lumière du coucher du soleil". Ce chef d'oeuvre de la sculpture étrusque date du IIIe siècle av. J.-C. et attire à lui seul les amateurs d'archéologie. J'ai arpenté avec un grand plaisir culturel ce musée très peu fréquenté par les touristes peu nombreux car ils vont tous à Florence, le nombril de la Toscane. Et Volterra mérite vraiment le détour. J'ai terminé ma journée à la pinacothèque, un musée communal, avec de beaux tableaux de peintres toscans dont une Annonciation magnifique de Luca Signorelli que j'ai admirée longuement. J'ai fini ma soirée dans un couvent hôtel, à l'architecture monastique remarquable. J'ai ressenti un sentiment de sérénité dans un lieu si sacré, transformé en hôtel respectueux de son passé,  simple et soigné. La première étape de mon escapade m'a plongée dans un passé d'une richesse inouie et ce n'était que le début... 

mardi 13 mai 2025

"Discours pour le prix de la paix des libraires et éditeurs allemands", Boualem Sansal

 Les éditions Gallimard proposent une collection originale de textes courts, baptisée "Tracts". Dans cette série d'une centaine de titres, la diversité culturelle et le pluralisme politique se mêlent sans polémique stérile. J'ai donc lu le discours de Boualem Sansal lors de la remise pour le Prix de la Paix des libraires et éditeurs allemands en 2011. Des lauréats prestigieux ont obtenu cette récompense comme Jorge Semprun, Salman Rushdie, Claudio Magris, et tant d'autres intellectuels importants. Boualem Sansal déclare : "L'absence de liberté est une douleur qui rend fou à la longue. Elle réduit l'homme à son ombre et ses rêves à ses cauchemars". L''enfermement injuste et arbitraire de l'écrivain franco-algérien résonne tout au long de ce tract qui, une fois acheté, permettra de soutenir la société internationale qui milite pour sa libération. Le contexte politique des années 2010 du "Printemps arabe" pouvait donner un espoir à l'écrivain. Il évoque Assia Djebar, une écrivaine algérienne, académicienne qui a oeuvré pour la liberté des femmes : "Que, sans femmes en pleine possession de leur liberté, il n'y a de monde juste nulle part, il y a un monde malade, ridicule et hargneux". Il rappelle la décennie noire dans son pays dans les années 90 en parlant des "hordes islamistes" voulant imposer une dictature théocratique. Dans ce texte, il rend hommage à son épouse, Nahiza, en s'adressant ainsi : "Merci pour tout, pour ton amour,  ton amitié, ta patience et ce courage tranquille dont tu as fait montre toutes ces années". Il évoque sa stupéfaction d'avoir été choisi, lui, un "écrivain modeste, un militant d'occasion, un scribouillard comme on dit de moi à Alger dans les milieux autorisés".  En tant qu'algérien, l'écrivain n'a connu que la guerre, des guerres entre Arabes et Berbères, entre les religieux et les laïcs, entre le pouvoir dictarorial et le peuple otage. Pour Boualem Sansal, tout est à reconstruire : "Le plus dur reste à faire, se libérer et se reconstruire dans un état démocratique ouvert, accueillant, qui donne une place à chacun et n'impose rien à personne". Un beau programme utopique que les politiques devraient appliquer dans toutes les pays du monde. Et Boualem Sansal est toujours en prison. Un scandale d'état. Quand va-t-il retrouver la liberté et la paix ? Personne ne le sait sauf ses géoliers institutionnels de l'autre côté de la Méditerranée. 

lundi 12 mai 2025

Sur les traces des Etrusques

 Bientôt, je vais partir vers un horizon étrusque du côté de la Toscane, de Florence à Volterra, de Piombino à Grosseto, de Montepulciano à Cortone. J'ai découvert cette merveilleuse région italienne dans les années 80 et je conserve précieusement dans ma mémoire les paysages toscans avec ses collines, ponctuées de cyprès, de vignes et d'oliviers sans oublier les villages perchés. La terre toscane, une terre de rêve humaniste, se caractérise par une nature exceptionnellement belle et aussi par une culture patrimoniale d'une richesse inouie. J'ai relu tous mes guides traditionnels, du Routard au guide Hachette, sans oublier la consultation des sites spécialisés sur le net.  Comme j'aime l'Antiquité et l'archéologie, je vais retrouver avec un grand bonheur la civilisation étrusque, ces "Italiens" des origines, en visitant les musées archéologiques et des sites antiques comme Populonia, Vetulonia, Roselle, Fiesole. J'ai repris mes livres d'histoire sur ce peuple mystérieux qui me fascine. L'ouvrage érudit, "La vie quotidienne des Etrusques" de Jacques Heurgon, publié en 1989 chez Hachette, révèle un peuple, "propagateurs fervents des modes grecques" et "éducateurs de Rome". J'aime savoir comment ils vivaient, du matin au soir, leurs rites funéraires, leurs croyances, leur ordre social. Cet ouvrage, une mine essentielle d'informations pour comprendre la civilisation étrusque. J'ai aussi lu un essai de H. D. Lawrence, "Promenades étrusques", publié en 1932. Cet écrivain anglais, connu pour son roman culte, "L'amant de Lady Chatterley", part en 1927 sur les terres étrusques pour visiter les sites les plus importants : Cerveteri, Volterra, Tarquinia, la côte de la Maremme. Lawrence développe dans ce texte une vision vitaliste, hédoniste, lumineuse de ce peuple premier avec leurs danses, leur musique, le culte des morts, le sens de la fête dans les banquets. Les tombes de Tarquinia que j'avais visitées montraient à travers leurs fresques des scènes festives et libertines. Je ne rentrerai pas dans les querelles entre historiens mais, j'avoue que l'ouvrage de Lawrence m'a fait bien sourire car à son époque, il fallait qu'il aille chercher des paysans du coin pour visiter les tombes qui avaient été pillées mais, heureusement, il restait les peintures sur les murs. L'écrivain a voulu donner une vision paradisiaque de ce monde de marchands et de navigateurs dont la langue est restée longtemps obscure. Je vais donc retourner sur ce terroir béni des dieux. Un voyage de trois mille ans, des Etrusques aux Romains, en passant par la Renaissance et l'Italie contemporaine. Ah, l'Italie, mon pays adoptif car si je devais quitter la France, je vivrais en Italie ! 

vendredi 9 mai 2025

"Arctique solaire", Sophie Van Der Linden

 J'ai découvert le roman de Sophie Van Der Linden, "Arctique solaire" sur les conseils de Régine qui l'a présenté dans l'Atelier Littérature d'avril. L'autrice, lors d'une visite au Musée d'art moderne à Paris, a observé une toile de l'artiste suédoise Anna Boberg (1864-1935), un paysage peint aux îles Lofoten. De cette vision initiatique, ce roman biographique est né. L'aventure esthétique d'Anna Boberg a commencé en 1901 quand elle débarque seule dans ces confins glacés. Le récit prend la forme d'une longue lettre adressée à son mari où elle exprime toute sa sensibilité de peintre : elle veut "peindre du blanc qui ne soit pas l'absence, peindre une lumière qui ne soit pas matière". Son mari, un architecte célèbre, la soutient dans sa recherche picturale et lui construit une cabane qui lui sert d'atelier. L'artiste aimait tout particulièrement les îles Lofoten, un archipel de la mer de Norvège, un lieu privilégié pour observer les aurores boréales. Ses séjours se déroulaient dans des conditions rudes et hostiles, un "enfer givré". Elle doute d'elle, de son talent, mais elle affronte sa solitude créatrice pour l'amour de l'art. Les critiques ne reconnaissent pas tout à fait son talent alors qu'elle se sent plus audacieuse que ses collègues, Carl Larsson et Bruno Liljefors. Dans sa vie professionnelle, Anna Boberg aménageait des intérieurs comme décoratrice. Elle menait une vie mondaine en fréquentant la famille royale suédoise et a même rencontré Sarah Bernhardt. Autodidacte, l'artiste peintre choisit des paysages comme son modèle, Claude Monet. Elle veut capter les couleurs du fjord, les "vibrantes oscillations chromatiques", en traquant les aurores boréales, fugitives et imprévisibles. Ce roman biographique ressemble à un essai impressionniste sur les couleurs de la vie, de la nature. Des questions surgissent au fil du texte : comment un tableau peut jaillir dans les mains d'un artiste ? Pour quel motif ? Comment traduire la beauté d'un paysage sur une toile ? Ce roman biographique subtil et délicat apporte quelques réponses. Sophie Van Der Linden a suscité notre curiosité pour une femme peintre inconnue, Anna Boberg et pour des îles lointaines. l'archipel des Lofoten ! 

jeudi 8 mai 2025

"L'Ignorance", Milan Kundera, 2

 Milan Kundera dévoile dans tous ses romans "l'irréductible mystère du déroulement de chaque existence et le poids déterminant des choix d'un instant sur l'ensemble d'une vie". En somme, il alerte sur le fait que les actes parfois insignifiants ont des conséquences lourdes. L'intitulé du roman, "L'ignorance" désigne le déni, la "cécité" qui empèche les hommes et les femmes de "maîtriser" vraiment leur destin. Ce comportement pourrait aussi dépendre tout simplement du hasard. D'autant plus que les personnages synthétisent cet aspect dans leurs vies. Leur passé leur appartient à peine, tellement la mémoire leur joue des tours. Quand Irena rencontre ses anciennes amies restées au pays, elle est amèrement déçue par cette rencontre : "C'était une conversation bizarre. Moi, j'avais oublié qui elles avaient été ; et elles ne s'intéressaient pas à ce que je suis devenue". Les émigrés se transforment en "fantômes" évanescents pour ceux et celles qui n'ont pas vécu l'exil. Les deux protagonistes, Josef et Irena, vont se rencontrer et s'aimer mais ils ne peuvent envisager une vie commune. Josef, le veuf inconsolé, veut retrouver son pays adoptif, le Danemark, car les yeux de sa femme se sont posés sur les paysages danois et il préfère rester fidèle à sa compagne. Irena a refait sa vie avec Gustaf, un entrepreneur suédois, qu'elle ne veut pas quitter. Une des scènes les plus marquantes du roman se passe entre Josef et sa belle-soeur : "Confusèment, il essaya d'expliquer mais les mots avaient du mal à sortir de sa bouche parce que le sourire figé de sa belle-soeur, braqué sur lui, exprimait un immuable désaccord avec tout ce qu'il disait. Il comprit qu'il n'y pouvait rien, que c'était comme une loi : ceux à qui leur vie se révèle naufrage partent à la chasse aux coupables. La complainte des retours d'exil". Milan Kundera parle de déracinement et de l'impossibilité du retour. Tout a changé vingt ans plus tard : les visages, les sentiments, les idées. Nostalgie du passé, nostagie du temps qui passe. Les émigrés pensaient qu'ils seraient accueillis comme des héros, mais, personne ne les comprend et considère l'exil comme une trahison impardonnable. L'ironie mélancolique et pessimiste de Milan Kundera se traduit dans cette citation : "Les gens ne s'intéressent pas les uns aux autres et c'est normal". L'écrivain évoque aussi la ville magique, Prague, en proie au tourisme débridé, au point d'utiliser Kafka comme une icône footbalistique comme Madona, le brésilien. Il renouvelle sa critique d'une musique d'ambiance partout et dans tous les lieux, enveloppante et assommante. Ce roman nostalgique et désabusé est, pour moi, l'un de ses meilleurs, écrit en français comme un acte d'amour pour son pays d'accueil, la France.