En deuxième partie, nous avions le projet de débattre sur un seul livre, celui de Philip Roth, "Némésis". Comme Mylène était absente, j'ai préféré reporté notre discussion dans l'atelier du jeudi 14 mars. J'ai donc demandé aux amies lectrices leurs coups de coeur. Danièle a évoqué un livre d'une écrivaine qu'elle apprécie beaucoup, Laurine Roux. Dans ce roman, "Une immense sensation de calme", paru en Folio en 2020, une jeune fille rencontre Igor et elle est subjuguée par cet homme étrange : "Cela dure un instant ou de longues minutes, je ne saurais le dire. Le regard d'Igor abolit mon être. Partout dans mon corps, mille particules soulèvent mes membres, et c'est à la fois de la peur et de la glace, du miel et de la lavande". Dans ce Grand Nord qu'ils arpentent en chassant, ils entendent des voix de femmes qui leur murmurent des secrets enfouis. Une tempête les précipitera dans la tourmente, révèlant les légendes du lieu. Récit mythologique, conte merveilleux, roman initiatique, Danièle s'est laissée emporter par l'ambiance poétique de ce texte original. Odile a bien aimé le dernier ouvrage de Nina Bouraoui, "Grand seigneur". Ce récit autobiographique de l'écrivaine raconte la mort de son père, ce "grand seigneur". Elle remonte dans son passé et décrit son père de Paris à Alger, un père qui reste mystérieux à ses yeux d'enfant. Il effectuait des "missions", occupait un poste de haut-fonctionnaire en Algérie. Ce témoignage d'admiration pour un homme hautement romanesque évoque aussi le chagrin du deuil et de la perte. Nina Bouraoui, dans son écriture élégante, avoue sa détresse : "Je ne sais pas ce que déclenche la mort d'un père, je ne sais pas si je vais me briser, me tordre ou grandir, m'élever. Je sais que je vais devenir une autre personne". Pascale a présenté une bande dessinée, "L'Arabe du futur" de Riad Sattouf. Cette série en 6 tomes vendue à plus de 3 millions d'exemplaires et traduite en 23 langues raconte l'enfance et l'adolescence de l'auteur, fils aîné d'une mère française et d'un père syrien. Pascale a mis à l'honneur une saga graphique pleine d'humour caustique et de vérité sociologique. Nous parlons très rarement des bandes dessinées dans l'Atelier. Une question d'âge ? Sans doute. (La suite, demain)
des critiques de livres, des romans, des moments de lectures, des idées de lecture, lecture-partage, lecture-rencontre, lectures
mardi 20 février 2024
lundi 19 février 2024
Atelier Littérature, Stefan Zweig, 2
Véronique a découvert dans sa bibliothèque, "Wondrak", un texte étrange et rare, un des moins connus de Stefan Zweig. A la fin du XIXe siècle, dans un village de Bohëme, la jeune Ruzena vient de donner naissance à un enfant. Cette femme, surnommée "Tête de mort", avait un défaut physique majeur car elle n'avait pas de nez. Les hommes la fuyaient et pourtant, ce fils existe et apporte à la jeune mère une joie qu'elle n'avait jamais connue. Vivant à l'écart, elle est tout de même obligée de le scolariser. En 1917, son fils doit partir à la guerre. Mais, elle organise un plan pour le soustraire aux gendarmes. Cette nouvelle révèlait le caractère pacifiste de Stefan Zweig. A découvrir par curiosité. Geneviève H. et Odile ont beaucoup aimé l'autobiographie de Stefan Zweig, "Le monde d'hier. Souvenirs d'un Européen", écrit lors de son exil au Brésil avant son suicide en 1942. Ce livre essentiel de l'oeuvre globale se lit avec une admiration unanime. Il raconte sa vie familiale libérale d'origine juive à la fin du XIXe siècle, les changements sociaux et techniques, ses amis comme Freud, Verhaeren, Rilke. Cette époque surtout intellectuelle était faite de liberté et de sécurité qui s'éffondrera dans les années 30 avec l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Cet ouvrage testamentaire d'une richesse inouïe reste le chef d'oeuvre de l'écrivain et résonne toujours autant de nos jours. Il intègre dans ses mémoires beaucoup de thèmes comme l'éducation, les femmes, la fin des monarchies, Paris, Londres, l'art, les guerres mondiales, etc. A lire absolument cette autobiographie extraordinaire ! J'ai retenu cette belle maxime : "Et seul celui qui a appris de bonne heure à épanouir largement son âme est plus tard à même de saisir en lui le monde entier". Annette a lu la nouvelle, "Etait-ce lui ?", un récit "policier" où il est question de voisins avec leur jeune enfant et leur chien. Betsy, la narratrice, revient sur le drame de cette famille qui a perdu leur enfant assassiné. Qui est l'assassin ? Ponto, le chien ? Si vous voulez connaître la vérité, il faut lire cette nouvelle originale. Odile a bien apprécié "Amok", une nouvelle très célèbre, publiée en 1922. Un médecin se confie au narrateur lors d'une traversée à bord d'un bateau pour l'Europe. Il raconte qu'une Anglaise voulait se faire avorter discrètement et elle était prête à payer une somme considérable. Il refuse et veut discuter avec elle pour rejeter cette solution. Mais, comme elle maintient sa décision, le médecin rentre dans une transe furieuse (l'amok) et la poursuit jusque chez elle. Il faut découvrir cette étrange nouvelle d'une densité troublante. Régine, qui considère Stefan Zweig comme son écrivain préféré, a relu "Brûlant secret" qu'elle a évidemment beaucoup apprécié. Je n'en reparlerai pas car j'ai déjà consacré un billet sur ce texte "brûlant" d'intensité. Danièle a terminé la séance en présentant la biographie de Stefan Zweig, écrite par Catherine Sauvat. Cet ouvrage bien écrit, apporte un éclairage précieux sur la vie de l'écrivain. Pour mieux comprendre l'oeuvre polymorphe de Zweig (nouvelles, biographies, essais, mémoires, théâtre et poésie), il est essentiel de connaître cet homme aux multiples facettes. Pour ma part, j'ai consacré un nombre important d'heures de lecture pour relire et lire ma Pléiade de Zweig et jamais, je ne me suis ennuyée, un gage de son génie romanesque !
vendredi 16 février 2024
Atelier Littérature, Stefan Zweig, 1
J'ai démarré l'atelier Littérature du jeudi 15 février avec Stefan Zweig, l'immense écrivain autrichien et cosmopolite par excellence. Geneviève M. a évoqué avec son talent de conteuse, "La pitié dangeureuse", publié en 1939. Anton Hofmiller, jeune officier de cavalerie, est invité dans un château et commet une erreur fatale en s'adressant à une jeune femme esseulée pour une danse. Or, Edith est paralytique et elle éclate en sanglots. Comme il veut réparer sa bévue, il envoie des fleurs à la jeune femme. S'ensuit un engrenage infernal : sa pitié d'origine se transforme en piège qui se referme sur lui. Le comte Kekesfalva le traite comme un fils. Il envisage un mariage car Edith est follement amoureuse du jeune officier. Mais, quand l'officier renonce à se marier, la jeune fille se suicidera. Cet unique roman de l'auteur évoque le sentiment de la pitié d'une façon magistrale. Odile a choisi la célèbrissime nouvelle, une des plus interprétées au cinéma, "La confusion des sentiments", publiée en 1927. Le narrateur, professeur à la soixantaine bien frappée se souvient d'une relation lointaine avec un universitaire dans une petite ville allemande. Celui-ci participe à son cours sur la littérature anglaise et devient son "scribe". Ce vieux professeur cache un secret intime. Il est marié à une femme plus jeune que lui mais, en fait, il tombe amoureux de son jeune étudiant. A cette époque, l'homosexualité était punie par la loi. Cette relation amoureuse interdite ne pouvait que finir mal... Ce texte audacieux et moderne explore en profondeur des sentiments universels : l'amour, l'amitié, la jalousie, la passion. Une nouvelle incontournable de son oeuvre. A lire absolument. Odile a qualifié sa lecture d'extraordinaire. Pascale n'a pas apprécié "La peur" (ou "Angoisses"), Elle n'est pas rentrée dans le texte. Dommage car c'est aussi une nouvelle palpitante, dense et moderne sur la culpabilité, le secret, la peur de tout perdre. Janelou a beaucoup apprécié "Brûlant secret", publié en 1911. Cette histoire d'un jeune garçon se passe dans un hôtel où un séducteur cynique tente d'approcher la mère du garçon pour en faire sa maîtresse. Sa stratégie consiste à s'occuper de l'enfant et il devient son ami. Mais, tout se gâte quand la mère cède plus ou moins aux avances du jeune homme cynique et empressé. Le jeune garçon se sent trahi, se rebelle et frappe le séducteur en pensant qu'il tente de tuer sa mère. Il s'enfuit chez sa grand-mère et tout finira bien. Encore une nouvelle très emblématique de Stefan Zweig sur l'innocence de l'enfance, les secrets des adultes et les relations parentales. Un régal de lecture.
mercredi 14 février 2024
"Angoisses", Stefan Zweig
"Angoises" de Stefan Zweig, cette courte nouvelle parue en 1920, est aussi connue avec le titre "La Peur". J'ai découvert ce texte avec un intérêt croissant tout au long des pages. Au début du siècle, à Vienne, Irène, une belle trentenaire mariée, s'ennuie dans la société bourgeoise de l'époque. Pour pimenter son quotidien, elle prend un amant, un jeune musicien à succès dont elle n'est pas particulièrement amoureuse. Elle agit par légéreté et par inconscience. Un jour, elle sort de l'immeuble de son amant et rencontre une femme qui l'accuse d'infidélité. Elle lui annonce qu'elle va le dénoncer à son mari. Cette étrange créature n'est qu'une vulgaire maitre-chanteuse. A partir de cet instant, Irène vit dans la peur permanente. Cette femme la poursuit même chez elle pour réclamer de l'argent. Son sentiment de culpabilité la taraude et la rend folle. Elle a peur de la réaction de son mari et elle pressent que la vérité sur son comportement va éclater sa famille et son monde. L'angoisse, ce sentiment si analysé par Stefan Zweig, s'empare de cette trentenaire qui était loin d'imaginer son enfer personnel en prenant un amant. Sa vision de sa vie familiale change car elle a maintenant peur de tout perdre. Elle met en vente un de ses bijoux pour calmer cette femme ennemie menaçante. Sa descente aux enfers la montre prise à son propre piège. Son mari soupçonne l'état angoissant de sa femme et ses enfants ne la reconnaissent plus. Le piège se referme sur elle et l'oblige à avouer son "crime" d'un adultère qui, à ses yeux, ne valait pas les moments d'angoisse vécus. Dans ce milieu bourgeois rigide, une femme ne se donne pas le droit de tromper son mari et cette conduite constitue un vrai scandale. La peur monte en elle comme une bestiole dévorante. Pour se sortir de cette impasse, elle décide de mourir, sa seule solution radicale. Avant de passer à l'acte, elle va revoir son amant et là, coup de théâtre, la maître-chanteuse vit avec ce musicien. Irène n'avait pas imaginé ce scénarion pitoyable. Mais une autre nouvelle va mettre fin à son angoisse. Un témoin silencieux assiste au naufrage d'Irène. Ce témoin n'est autre que son propre mari qui, pour punir l'infidilité de son épouse, a monté tout ce stratagème. Irène a tellement vécu un enfer que son mari lui offre le "pardon". Cette nouvelle dramatique possède une densité particulière, l'angoisse monte crescendo tout au long du récit. Un bijou de concision, de précision sur un sentiment universel : la peur de la perte.
mardi 13 février 2024
Escapade à Biarritz
Pendant une semaine, j'ai pris le large marin dans ma belle cité de Biarritz, un retour aux racines familiales. Devant mes yeux : la Grande Plage, les rochers, l'Hôtel mythique du Palais, le Rocher de la Vierge, le Port des Pêcheurs, l'église Sainte-Eugénie et tant d'autres sites que je repère toujours avec un grand plaisir dans mes déambulations quotidiennes. Ces balades matinales m'offrent des panoramas superbes ! Vagues géantes sur le pont du Rocher de la Vierge, plages en marée basse où affleurent les roches couvertes de lichens, bâteaux de pêche couchés sur le flanc dans le port. Les fameux "Ours blancs" se jettent dans l'eau glacée sans hésitation. J'admirais leur témérité et ces bains de mer quotidiens ont un bienfait salutaire pour la santé. Mais je manquais certainement d'entraînement ! J'aime flâner, déambuler dans cette ville balnéaire pendant l'hiver sans la masse touristique d'avril à novembre. Les Biarrots et Biarrotes vivent dans un petit paradis surtout l'hiver et ils le savent bien. Des policiers municipaux encadraient des classes scolaires et ils avaient le sourire aux lèvres. Je suis tombée sur une manifestation d'enfants en costumes basques fêtant Sainte Agathe dans les rues de la ville. La culture basque est toujours vigoureuse et vivante dans cette région française. J'avais l'impression de vivre dans un temps culturel long d'une tradition plus que millénaire. La langue basque restera toujours une énigme et il est très difficile de l'apprendre si on ne naît pas dans son bain linguistique dès sa naissance. J'ai profité aussi d'une de mes librairies préférées, le Bookstore, et en fouillant les rayonnages pour trouver une pepite littéraire, j'ai déniché deux Zweig : des lettres de l'écrivain et une conférence sur le mystère de la création artistique. Sur le balcon de mon studio, je vivais des moments de gardien de phare en observant les surfeurs en alerte "vagues" dès le matin. Les mouettes n'arrêtaient pas de passer devant mes yeux en planant de bonheur et j'ai même réussi à donner une mie de pain à l'une d'entre elles. Si la réincarnation s'avérait réelle apres notre disparition terrestre, je choisis sans hésiter le corps d'une mouette pour planer au-dessus de l'océan, des vagues et du sable. En plein hiver, j'ai ressenti la douceur du climat basque sans pluie mais en fin de semaine, la tempête Karlotta est arrivée et l'océan s'est déchâiné ! Les vagues, hautes de quatre mètres, lêchaient avec une énergie découplée les plages et les promenades. Des vents contraires empêchaient la marche tranquille. J'ai pris quelques photos pour immortaliser ces moments de furie météorologique. Alors, j'ai déviné que le dieu Neptune était de très mauvaise humeur pendant ces deux jours en Côte basque. Lundi, quand je me suis envolée vers Lyon, la colère de Neptune s'est évanouie et j'ai attéri à Lyon sans dommage ! Je ne veux pas me montrer "chauvine", mais quand même, il est beau, mon Pays basque !
lundi 12 février 2024
"La confusion des sentiments", Stefan Zweig
Un des romans les plus énigmatiques de Stefan Zweig, "La confusion des sentiments", touche toujours le lectorat conquis par l'étrangeté des relations humaines. Cette longue nouvelle a été publiée en 1927 sous-titrée : "Notes intimes du professeur R. de D.". Parue en France deux ans plus tard, elle était intégrée dans le même recueil que le texte, "Vingt-quatre heures de la vie d'une femme". Le narrateur, un universitaire sexagénaire, revient sur son passé et raconte sa rencontre avec un professeur charismatique qui l'a fortement influencé pour poursuivre ses études et se lancer dans les voies de la pensée. L'étudiant, Roland de D. s'ennuie à Berlin malgré une vie dissolue. Son père lui rend une visite et lui intime l'ordre de poursuivre ses études dans une autre ville allemande. Dans sa nouvelle vie, il tombe sur une conférence tenue par un professeur de lettres anglaises. Cet amour commun de l'étude les rapproche dans une relation amicale inter-générationnelle. Le professeur semble attiré par ce jeune homme et il lui propose un hébergement dans son immeuble. Cette proximité va favoriser un rapprochement affectif. Ils vont se voir tous les soirs chez le professeur en étant invité au repas du soir. Roland éprouve une admiration totale envers cet homme érudit qui lui dicte des commentaires sur Shakespeare. En entrant dans la vie intime du professeur, il fait la connaissance de son épouse, plus jeune que son mari. Leur mariage semble bien étrange et la jeune femme devient vite amie avec le jeune homme. La conduite du professeur s'avère paradoxale avec le jeune étudiant : parfois très proche, parfois très distant. Roland ne comprend pas ce comportement ambigu et constate aussi les absences subites du professeur. Il confie alors à la jeune femme ses tourments et sa confusion sentimentale. Ce trio amoureux finit par éclater quand le professeur avoue ses sentiments à Roland. Pour conserver le "suspens", je ne donnerai pas la clé du drame. Stefan Zweig a eu l'audace à l'époque d'évoquer l'homosexualité masculine, une question hautement sensible encore aujourd'hui dans le monde. L'écrivain autrichien met en lumière les luttes internes, les élans refoulés, l'interdiction d'aimer dans une société intolérante et normative. La passion amoureuse se niche au coeur des nouvelles de Stefan Zweig et cette "confusion des sentiments" montre bien l'impossiblité du bonheur dans un dilemme moral, vécu par les personnages. Encore une longue nouvelle fascinante à lire et à redécouvrir.
lundi 5 février 2024
"Kafka au candy-shop", Patrice Jean
L'essai de Patrice Jean, "Kafka au candy-shop", publié chez Léo Scherer, remet la littérature "au centre du village". Cet écrivain peu connu d'un large public a pourtant publié deux romans emblématiques, "L'homme surnuméraire" et "Le Pari d'Edgar Winger". J'ai lu avec plaisir cet ouvrage sur la littérature dite "engagée", imprégnée de militantisme politique, déformant la vision du monde et de l'humain avec des lunettes idéologiques. Le slogan, "Tout est politique" ne convient vraiment pas à l'essayiste. Loin des revendications progressistes ou conservatrices, l'écrivain se doit de cultiver une seule attitude : la subjectivité. Etre soi, être seul : "Vivre, c'est s'éprouver soi-même, dans son irréductible solitude". Comment appréhender "l'autre" et le monde alors dans cette posture subjective ? Par la littérature, affirme Patrice Jean : "La connaissance d'autrui serait impossible sans l'imagination et la faculté de rapporter à notre vie intérieure, les rires, les timidités, les joies et les douleurs des hommes rencontrés dans le présent, le passé, l'imaginaire". La définition du mot "littérature" se précise au fil des pages : "Mon propos est de définir l'objet de la littérature comme un objet autonome, indépendant de la politique et du collectif". Si on commence à décrypter les positions politiques des uns et des autres dans le champ littéraire, le sectarisme triomphe. Nos écrivains classiques, hors concours. Ne lisons plus Simone de Beauvoir et Sartre, trop à gauche. Celine et D'Ormesson, trop à droite. Et la liste sera longue si chacun tombe dans ce piège de l'idéologie. Le roman doit se détacher de ces visions dogmatiques : "Le roman est le point de rencontre entre le spectacle objectif des sociétés et la vie intérieure (subjective) de l'individu". Il mentionne de nombreux écrivains et philosophes : Schopenhauer, Bernanos, Clément Rosset, Michel Henry, Baudelaire, Cavafis, Cioran et tant d'autres. La littérature révèle la part sombre de chaque humain, la possibilté du Mal, la complexité, l'ambiguïté, l'ambivalence. Essai disruptif, essai transgressif, ce texte a le mérite de poser des questions importantes sur le statut de la littérature. Dans un article de "Marianne", Patrice Jean résume avec clarté la réponse à la question "A quoi sert donc la littérature ? " : "Elle permet de mieux comprendre le monde, elle aide à vivre, oui. Elle ne sauve pas le monde mais sauve des individus. (...) Elle s'est infusée dans l'esprit des individus. Elle ne parle pas au collectif, c'est au coeur de chacun qu'elle parle. Si je n'avais pas lu, je ne sais pas ce que je serais devenu". Cet essai revigorant et tonique n'exclut pas un certain pessimisme de la part de l'écrivain. La lecture littéraire reste encore une activité "spirituelle" ou "philosophique" au sens laïque du terme. Mais jusqu'à quand ? La littérature autonome, indépendante de l'idéologie, forme encore une île salvatrice où il fait bon vivre...